
"La terre brûle", histoire d'un désastre annoncé
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Xavier Mauduit
France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Interviewer/Host
La terre brûle, l'histoire d'un désastre annoncé du Kenya à Singapour, de l'Inde à Madère en passant par la Chine, par les Etats-Unis, à vrai dire, par le monde entier. C'est une histoire environnementale qui s'écrit sur le temps long. La terre, les mers, les océans, les forêts, les montagnes et les gens qui les habitent sur le temps long donc, mais aussi sur le temps court de l'urgence environnementale. Allez, pour nous, le départ sera Singapour.
Xavier Mauduit
Toute.
Interviewer/Host
Proche de la péninsule de Malaisie, dont elle est séparée par le détroit de Johor, l'île de Singapour occupe une.
Jeanne Delocroix
Position clé entre l'océan Indien et la mer de Chine.
Interviewer/Host
Si la Malaisie a pour emblème le.
Jeanne Delocroix
Tigre, Singapour est la cité du lion.
Xavier Mauduit
... ... ... ... ...
Interviewer/Host
Sunil Amris, bonjour.
Sunil Amrith
Bonjour, merci de me recevoir.
Xavier Mauduit
Merci de me recevoir.
Interviewer/Host
Et merci beaucoup à Marguerite Kappel qui aujourd'hui sera votre voix en français. Vous êtes professeur d'histoire à l'université de Yale aux Etats-Unis. Vous dirigez le département d'histoire environnementale. Vous publiez La Terre Brûle, 1000 ans d'histoire. Nous entendions pour ouvrir cette émission une archive qui parle de Singapour en 1982. Vous aviez trois ans, mais votre ouvrage, vous le commencez en évoquant une toute autre ville. Vous parlez de Singapour, beaucoup plus urbaine. Ce n'est pas cet univers que nous avons entendu dans l'archive.
Sunil Amrith
C'est exact.
Xavier Mauduit
J'ai grandi à Singapour dans les années 80, 90.
Sunil Amrith
Quand mes parents se sont installés là.
Xavier Mauduit
J'Étais très jeune et il n'y avait que quelques gratte-ciels dans la ville.
Sunil Amrith
Et au fil des années, la ville.
Xavier Mauduit
A été complètement transformée, elle a grandi à la verticale.
Sunil Amrith
Mais elle s'est aussi développée à l'horizontale.
Xavier Mauduit
En s'appropriant des terres et en les revendiquant sur la mer.
Sunil Amrith
Des années 1960 aux années 2000, le.
Xavier Mauduit
Territoire de Singapour a grandi de 25%.
Interviewer/Host
Pour bien comprendre, vous dites mes parents se sont installés là, vous dites je dans votre ouvrage, je me permets de poser la question. Vous êtes né au Kenya, c'est bien cela, mais vous n'êtes pas originaire du Kenya. C'est une histoire aussi de parcours individuel.
Sunil Amrith
Oui, c'est vrai.
Xavier Mauduit
C'est l'histoire d'une famille, de sa trajectoire. Mes parents sont nés et ont grandi en Inde et puis leur travail les a amenés en Afrique de l'Est. C'est là que je suis né. Mon père a été ensuite envoyé à Singapour et c'est là que j'ai grandi.
Interviewer/Host
Pourquoi l'histoire environnementale dans des études d'histoire quand on est à la toute fin des années 1970 au début des années 1980 ? C'est-à-dire que vos études vous les commencez 20 ans après pour simplifier les choses. L'histoire environnementale existe déjà mais elle n'a pas la portée qu'elle a aujourd'hui. Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce champ-là ?
Xavier Mauduit
J'ai commencé effectivement sans m'intéresser à l'histoire environnementale.
Sunil Amrith
Quand j'ai commencé l'histoire, les études d'histoire.
Xavier Mauduit
Ce qui m'attirait c'était vraiment l'histoire politique.
Sunil Amrith
L'Histoire culturelle, l'histoire du commerce, des échanges.
Xavier Mauduit
J'avais bien sûr conscience de certaines préoccupations environnementales.
Sunil Amrith
Autant que jeune, mais ce n'était pas.
Xavier Mauduit
Ce qui me conduisait en premier lieu à étudier l'histoire.
Sunil Amrith
Mais je me suis rendu compte, au fil de mes recherches, en travaillant sur.
Xavier Mauduit
L'Asie du Sud-Est, en travaillant sur l'Inde.
Sunil Amrith
Que les facteurs environnementaux sont inévitables, même.
Xavier Mauduit
Quand on essaie de comprendre d'autres types de mutations.
Interviewer/Host
Quand vous avez commencé à travailler sur l'Asie du Sud-Est, c'était avec quel regard ? Qu'est-ce que vous cherchiez à ce moment-là ?
Sunil Amrith
Au départ, ce qui m'intéressait, c'était l'histoire des migrations. Et c'est toujours un sujet extrêmement important dans mon travail. Ce qui m'intéressait, c'était de comprendre les.
Xavier Mauduit
Déplacements des populations entre l'Inde et l'Asie du Sud-Est au 19e et au début du 20e siècle.
Sunil Amrith
C'est à travers cette histoire de déplacement que je me suis intéressé au mouvement.
Xavier Mauduit
Des populations, mais aussi au mouvement des idées, au mouvement des cultures. Et c'est ça qui m'a conduit vers l'histoire environnementale.
Interviewer/Host
Mais nous comprenons bien que votre vécu familial permet aussi de comprendre. Mais comme tout le monde, les cheminements intellectuels, vous avez commencé vos recherches sous la direction d'Emma Rothschild, qui nous a fait l'honneur de venir dans le cours de l'histoire. Une émission à écouter sur franceculture.fr et l'appli Radio France. Et moi, Emma Rothschild, qui a publié une enquête généalogique parce que c'est ça aussi, travailler sur les migrations. Ce n'était pas simplement les migrations. Aujourd'hui, c'est les migrations du passé également.
Sunil Amrith
Emma Rothschild a été effectivement ma tutrice.
Xavier Mauduit
De thèse et elle m'a appris quelque chose de très important.
Sunil Amrith
J'ai appris à associer le micro et.
Xavier Mauduit
Le macro, c'est ça qu'elle fait dans son travail.
Sunil Amrith
Elle part d'une famille et elle peut.
Xavier Mauduit
Aborder l'histoire d'un empire.
Sunil Amrith
De la même manière, dans mes recherches.
Xavier Mauduit
Je m'intéresse toujours aux voix, à petite échelle, aux petites voix, même quand je travaille sur un tableau beaucoup plus large.
Interviewer/Host
Dans la terre brûle, mille ans d'histoire que vous publiez, Sunil Amrish, chez Albain Michel, il y a beaucoup de personnages. C'est une histoire environnementale, sans doute, mais une histoire comme toutes les histoires très incarnées. D'ailleurs, vous n'hésitez pas à commencer vos chapitres en racontant un destin individuel, un parcours, quelqu'un qui arrive à tel endroit, venant d'ailleurs, et c'est ça qui est l'amorce. C'était important pour vous de mettre en avant des figures pour pouvoir raconter après ce qui est souvent des idées beaucoup plus générales et qui nous concernent tous et toutes.
Sunil Amrith
Oui, je pense que c'est effectivement ça.
Xavier Mauduit
Parce que quand on parle de crise environnementale ou quand on parle d'histoire environnementale.
Sunil Amrith
Je crois que très facilement on peut.
Xavier Mauduit
Imaginer que ce ne sont que des choses abstraites, et de penser uniquement de façon très vaste. On parle système, on parle de capitalisme, d'impérialisme.
Sunil Amrith
Pour moi, c'est très important de se.
Xavier Mauduit
Rappeler qu'au cœur de tous ces changements, il y a des choix humains, des.
Sunil Amrith
Décisions prises par les humains, souvent avec.
Xavier Mauduit
Des contraintes très fortes. C'est là que l'histoire environnementale et l'histoire individuelle se rencontrent.
Interviewer/Host
Elle se rend compte de manière extrêmement limpide. C'est stimulant de lire « Votre terre brûle », Sunil Alnris, avec aussi la volonté de jouer sur le temps long. Quand on regarde, il y a une date qui ouvre la première partie, c'est 1200. On entend bien que ce n'est pas une date précise, mais nous sommes il y a plusieurs siècles. L'histoire environnementale mérite aussi ce regard sur un temps très long.
Sunil Amrith
En réalité, on peut même dire que.
Xavier Mauduit
J'Ai commencé trop tard.
Sunil Amrith
Il y en a d'autres qui ouvriraient.
Xavier Mauduit
Le livre 5 000 ans avant, avec la naissance de l'agriculture.
Sunil Amrith
D'autres écriraient l'histoire de la vie sur.
Xavier Mauduit
Cette planète en remontant aux ères géologiques précédentes. mais j'ai fait le choix délibéré de commencer au milieu de l'histoire.
Sunil Amrith
Mais dans un moment où l'histoire s'accélère, selon moi, où l'impact des sociétés humaines sur la planète est en train de.
Xavier Mauduit
S'Intensifier, et aussi où les liens d'interconnexion sont en train de se renforcer.
Interviewer/Host
Il y a le « quand » et il y a le « où ». Beaucoup de cartes dans votre ouvrage, c'est important, les cartes qu'on trouve et de l'histoire bien sûr. Dans cette histoire-là, le « où » est important aussi. En partant du XIIIe siècle, il faut partir d'un point ou de plusieurs points. Comment avez-vous procédé ?
Sunil Amrith
J'ai décidé de commencer en Chine. Parce que ce qu'on observe en Chine à cette période-là, c'est une transformation de.
Xavier Mauduit
L'Agriculture et la culture du riz.
Sunil Amrith
Et l'un des fils rouges du livre.
Xavier Mauduit
Selon moi, c'est l'alimentation.
Sunil Amrith
Depuis cette période-là et jusqu'à aujourd'hui, c'est.
Xavier Mauduit
Encore le cas, notre manière de cultiver notre alimentation est un des impacts profonds que les sociétés humaines ont sur la planète.
Sunil Amrith
Et en observant la Chine, pour commencer, ce que j'ai constaté, c'est qu'une certaine variété de riz, qui a été importée.
Xavier Mauduit
De ce qui est aujourd'hui le centre.
Sunil Amrith
Du Vietnam, et qui poussait très vite.
Xavier Mauduit
Et qui était plus résistante aussi aux sécheresses, a complètement transformé les possibilités, le potentiel de la vie sur Terre.
Sunil Amrith
Donc à un moment où la population.
Xavier Mauduit
De Paris c'était peut-être 200 000 personnes.
Sunil Amrith
Londres moins que 100 000, en Chine.
Xavier Mauduit
On pouvait avoir des villes d'un million d'habitants qui vivaient.
Sunil Amrith
Et ça a changé complètement la densité.
Xavier Mauduit
De la population humaine et ça a créé aussi toutes sortes de nouvelles possibilités.
Interviewer/Host
Les questions environnementales aujourd'hui nous font nous poser des questions sur allons-nous vivre et survivre sur cette planète ? Va-t-elle être encore vivable ? Et vous avez raison de le souligner, pendant longtemps la question c'était allons-nous pouvoir nourrir des populations ? Restons en Chine au tout début du XIIIe siècle.
Xavier Mauduit
Les vieux grains produisent de nouvelles pousses, les prunes mûrissent et les pluies apportent l'abondance. Dans les rizières, commencez à en semencer alors que vous avancez d'un pas lent et que vos bras se balancent continuellement d'avant en arrière. Le lendemain matin, regardez les terrains plats où des pointes vertes effilées ondulent dans le vent. Regardez attentivement ces racines longues d'un pouce pour que les ranger offrent l'espace nécessaire au mûrissement.
Interviewer/Host
Jeanne Delocroix, dans le cours de l'Histoire sur France Culture, qui nous lisait ce poème de Lou Chou. Nous sommes donc à la fin du XIIe siècle, au début du XIIIe siècle, selon notre calendrier, les Semailles. Ici, une histoire environnementale, bien sûr, une histoire très humaine et toujours des questions de vie et de survie. Parce que c'est ça qui nous intéresse et vous l'avez dit, En évoquant ces personnages que vous saisissez, qui nous conduisent, c'est l'humain qui change la nature, mais la nature fait vivre l'humain. C'est cette relation profonde que vous montrez sur ce temps long.
Sunil Amrith
Oui, c'est exactement cette relation-là. Le risque avec l'histoire environnementale, c'est qu'on oublie la composante humaine.
Xavier Mauduit
On ne s'intéresse qu'au climat comme déterminant de tout.
Sunil Amrith
Alors qu'en réalité, c'est une relation mutuelle et très complexe.
Xavier Mauduit
C'est un rapport entre la créativité humaine et les contraintes environnementales.
Sunil Amrith
Et c'est là que se concentrer sur.
Xavier Mauduit
La trajectoire d'individus et la façon dont ils affrontent ce dilemme universel humain, C'est ça qui nous aide à comprendre la trajectoire du changement.
Interviewer/Host
Et puis réduire les risques, parce que dans ce poème, les pluies abondantes sont évoquées, pluies abondantes, inondations, risques, dangers, et en même temps, c'est l'abondance. Et c'est cela aussi que vous étudiez. Qu'est-ce qui s'est passé en Chine à ce moment-là ? Quelles ont été les conséquences de ces transformations liées à ces nouvelles céréales, aux rizs en tout cas, ces nouvelles espèces de riz ?
Xavier Mauduit
Alors, les transformations, on peut les retracer de différentes manières.
Sunil Amrith
Le changement le plus important, peut-être, c'est qu'en arrivant à une forme de sécurité.
Xavier Mauduit
Alimentaire, puisqu'à un certain niveau, l'industrie a pu s'épanouir en Chine.
Sunil Amrith
Et c'est ce qui en a fait.
Xavier Mauduit
Une force d'attraction pour le monde.
Sunil Amrith
Et c'est ce qui finit d'ailleurs par.
Xavier Mauduit
Attirer aussi les Européens jusque-là.
Sunil Amrith
Donc la révolution du riz, ce qu'elle.
Xavier Mauduit
Permet, c'est la spécialisation.
Sunil Amrith
Mais bien sûr, il y a un prix à payer.
Xavier Mauduit
Ce prix a été porté par les populations nomades, par les habitants du sud.
Sunil Amrith
De la Chine, qui ont été marginalisés.
Xavier Mauduit
Qui ont été chassés par les résiculteurs et les nouveaux colons.
Sunil Amrith
C'est une histoire qu'on connaît bien et.
Xavier Mauduit
Qu'On voit se répéter sur de nombreux continents dans les siècles qui suivent.
Interviewer/Host
Mais on ne peut pas dire que ce qui s'est passé en Chine à ce moment-là a pu assurer la sécurité alimentaire sans conséquences. Il y a eu des conséquences, mais à regarder le résultat, on oublie parfois ces conséquences, vous venez de les évoquer. Cette transformation a été profonde, ça a changé les paysages, ça a changé même la manière de vivre des gens. C'est toujours le danger, et on n'est pas là, l'historien n'est pas là pour juger, mais porter ce regard sur de temps en temps, ça permet vraiment de saisir comment l'humain transforme son paysage pour assurer sa sécurité. Après, c'est mesurer les conséquences que cela peut avoir. Ici, ces conséquences, on les oublie, on ne voit que la sécurité.
Sunil Amrith
Et même cette sécurité alimentaire, elle était fragile. Il faut se souvenir qu'on parle simplement.
Xavier Mauduit
D'Une petite marge de sécurité.
Sunil Amrith
C'est seulement au XIXe siècle, après la révolution industrielle en Europe, que l'on a.
Xavier Mauduit
Vu advenir une marge de sécurité un petit peu plus conséquente dans certaines sociétés.
Sunil Amrith
Jusqu'à là, on a du mal à.
Xavier Mauduit
L'Imaginer, je crois, mais chaque acquis paraissait extrêmement fragile.
Interviewer/Host
Oui, et c'est toujours fragile. Et au fil du temps, c'est toujours fragile. Sunil Amris, est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui, la sécurité que nous a offert le XIXe siècle, le XXe siècle, fait que nous avons pu oublier combien tout cela a été et est fragile ?
Sunil Amrith
Oui, et je crois aussi que nous.
Xavier Mauduit
Avons peut-être trop confiance, que nous sommes peut-être trop dans une forme de confort par rapport à notre sécurité, à croire qu'elle n'est pas fragile.
Sunil Amrith
Si on regarde sur le temps long, on voit qu'on ne devrait pas tenir.
Xavier Mauduit
Pour acquis le contrôle que nous avons sur notre environnement, l'environnement qui nous nourrit.
Sunil Amrith
C'est pour ça que je suis retourné en Chine, au XIIIe siècle, pour essayer de comprendre quand nous avons commencé à.
Xavier Mauduit
Éprouver cette possibilité de sécurité, mais toujours dans certaines limites. Et la question est devenue, quand avons-nous oublié l'existence de ces limites ?
Interviewer/Host
Avec ces différentes parties chronologiques, la démarche de l'historien ici, cette première partie, ce sont les germes du changement, on l'a dit, qui commencent au XIIIe siècle en Chine. Mais là encore, la géographie est importante, ce n'est pas comparable partout de la même manière et qui s'étend jusqu'en 1800. Quand vous faites cette analyse-là, c'est-à-dire que dans les différents espaces du monde, on assiste à ces changements ou germes du changement à des rythmes différents, c'est comme ça qu'on peut l'analyser ?
Sunil Amrith
Oui, c'est ce qui me semble. Il y a une chose qui est.
Xavier Mauduit
Frappante, c'est que simultanément, en Chine et.
Sunil Amrith
En Europe occidentale, qui à la même.
Xavier Mauduit
Période voit aussi une transformation des paysages.
Sunil Amrith
Avec l'introduction du blé, Il semble y avoir une forme de parallèle.
Xavier Mauduit
L'impact est très différent.
Sunil Amrith
En partie parce que la résiculture et.
Xavier Mauduit
La culture du blé ont des exigences et des contraintes sociales très différentes.
Sunil Amrith
La résiculture, sur le long terme, c'est.
Xavier Mauduit
Vraiment un contraste et je crois qu'il faut pointer, la résiculture ne profitent pas d'être menées sur des grands espaces.
Sunil Amrith
Et ça explique des trajectoires assez différentes.
Xavier Mauduit
Du développement de l'agriculture entre l'Europe et la Chine.
Interviewer/Host
Ce qu'on peut dire, c'est que la résiculture permet des concentrations de population quand, là où il y a d'autres formes de culture, les céréales comme le blé, cette densité n'est pas possible. Est-ce qu'on peut imaginer ici relier cette idée-là à l'idée d'une expansion, aller chercher de nouvelles terres ?
Sunil Amrith
Oui, exactement. Ça ne signifie pas qu'il n'y a.
Xavier Mauduit
Pas d'expansion agraire dans la résiculture, c'est ce qu'on observe.
Sunil Amrith
On observe que la culture du riz.
Xavier Mauduit
S'Empare par exemple des territoires de collines. Et donc ce n'est pas si différent.
Sunil Amrith
De ce qui se passe en Europe.
Xavier Mauduit
À ce moment-là avec les marées qui vont être transformées en champs, les forêts qui vont être transformées en champs.
Sunil Amrith
Mais ce qu'on observe en Europe, c'est.
Xavier Mauduit
Vraiment des très vastes propriétés.
Sunil Amrith
Et aussi un début de mécanisation qui n'est pas viable pour la risiculture.
Interviewer/Host
D'ailleurs, est-ce que quand vous regardez ces différents espaces, vous voyez quelque chose de commun ? La volonté de limiter les effets de la nature ou en tout cas la capacité à maîtriser la nature. J'utilise peut-être un vocabulaire d'athée, mais tel que ça a pu être imaginé.
Sunil Amrith
Je crois que cette idée est vraiment.
Xavier Mauduit
Devenue un moteur de changement très profond.
Sunil Amrith
La question c'est à quel point est-ce.
Xavier Mauduit
Qu'On peut contrôler réellement l'environnement.
Sunil Amrith
C'est seulement beaucoup plus tard que l'idée.
Xavier Mauduit
D'Un contrôle total est apparue.
Sunil Amrith
Mais la question c'est comment est-ce qu'on.
Xavier Mauduit
Peut utiliser la technologie, les infrastructures, de nouvelles formes de gouvernance pour tenir à distance certains des périls posés par la nature.
Interviewer/Host
Dans le cas de la récicluture, transformation complète des paysages, les systèmes de terrasses, les retenues d'eau, et puis la grande compréhension aussi du fonctionnement de la nature. Parce que dans cette histoire-là, la volonté de contrôler la nature, il faut la connaître avant tout. Ça aussi, c'est toujours en essayant d'apporter des réflexions pour le présent que nous avançons quand on fait de l'histoire. Ces gens du passé avaient une grande connaissance de la nature.
Sunil Amrith
Profondément.
Xavier Mauduit
Oui, une connaissance profonde.
Sunil Amrith
Dès le XIIIe siècle, on a des.
Xavier Mauduit
Manuels d'agriculture extrêmement détaillés qui documentent vraiment chaque étape des cultures, des processus.
Sunil Amrith
En Inde, à la même période, on a des inscriptions qui enregistrent tous les.
Xavier Mauduit
Rythmes, toutes les variations de la mousson.
Interviewer/Host
Avec ici, dans le cas de l'Asie que vous connaissez si bien, le phénomène de la mousson. Parce que nous sommes souvent, en regardant les actualités, avec la volonté ou le défaut d'associer le changement climatique aux catastrophes et d'avoir des images qui nous viennent en tête. Or, pour la mousson, ce n'est pas une catastrophe, ce n'est uniquement que quand ça fait des désastres parce qu'il y a de la population. il y a la possibilité, au contraire, de profiter de la nature, et c'est ce que vous disiez, en l'accomprement, pour permettre aux populations d'assurer, je reprends les mots que vous avez utilisés, leur sécurité.
Sunil Amrith
Je crois que toute l'histoire du commerce.
Xavier Mauduit
Dans l'océan Indien est fondée sur cette connaissance des vents et des courants de mousson.
Sunil Amrith
C'est ce qui a permis, très très.
Xavier Mauduit
Tôt, ces échanges entre le Moyen-Orient, l'Inde, l'Asie du Sud-Est et la Chine. Et tout ça vient aussi d'une connaissance environnementale.
Interviewer/Host
Sunil Amrish, vous nous avez dit que vous avez commencé votre recherche en réfléchissant aux migrations. Et puis, l'eau est très présente dans toute cette histoire. Depuis que nous parlons, il y a de la mousson, il y a des rizières, il y a de l'eau. Comment vous en êtes venu des mouvements humains à réfléchir aux mouvements de l'eau ?
Sunil Amrith
Eh bien, justement, je suis parti de.
Xavier Mauduit
Ce phénomène dont je viens de parler. C'est-à-dire que j'ai réfléchi aux mouvements de population, et c'est presque un cliché, mais les vents de mousson permettent cette migration humaine, et ça, ça existe depuis très longtemps.
Sunil Amrith
Mais dans la plupart des histoires de.
Xavier Mauduit
L'Océan indien, y compris dans mes premiers.
Sunil Amrith
Livres, On ne parle plus de la.
Xavier Mauduit
Mousson au bout de trois pages.
Sunil Amrith
C'est simplement une toile de fond.
Xavier Mauduit
C'est un contexte.
Sunil Amrith
Et c'est là où ça a attisé ma curiosité pour la mousson en tant que telle.
Xavier Mauduit
Mon livre précédent était une histoire scientifique des recherches sur la mousson, du savoir qu'on a sur la mousson.
Sunil Amrith
Et c'est vraiment ce qui m'a amené.
Xavier Mauduit
À complètement basculer dans l'histoire environnementale.
Interviewer/Host
J'espère que même dans un studio de France Culture, vous avez pensé à prendre votre parapluie. Mauvais temps général sur le monde entier. A Bombay, floraison de parapluie. Pluie d'été, pluie d'orage. Le vent se met de la partie. Floraison de parapluie retournée. Orage, vent et pluie. On n'a peut-être pas l'habitude de tout cela aux Indes, mais on attend une philosophie. La mousson en Inde, présentée dans le journal des actualités françaises en 1958. Vous avez particulièrement étudié le golfe du Bengale. D'ailleurs, le golfe du Bengale, où nous trouvons-nous ?
Sunil Amrith
C'est l'étendue d'eau qui est entre l'Inde.
Xavier Mauduit
Et l'Asie du Sud-Est, donc bordée par l'Inde, le Bangladesh, le Myanmar, la Thaïlande et la Malaisie.
Interviewer/Host
Et dans une lecture simpliste de la chose, avec la mousson que nous avons évoquée, nous imaginons des populations qui connaissent très bien leur environnement et qui sont obligées d'être complètement imbriquées à leur environnement. C'est beaucoup plus complexe en réalité. Vous nous montrez que ce n'est pas si simple que ça.
Sunil Amrith
Non, ce n'est pas si simple. Dans cette région du monde, depuis très longtemps, l'économie, les grandes puissances, ce sont.
Xavier Mauduit
Des liens avec des zones très lointaines.
Sunil Amrith
Donc le savoir environnemental que les personnes pouvaient avoir sur place était également forgé.
Xavier Mauduit
Par des mutations politiques.
Sunil Amrith
Et je pense que le risque, quand.
Xavier Mauduit
On imagine des gens qui auraient vécu dans un environnement très intime, avec la.
Sunil Amrith
Mousson, la connaissance parfaitement bien, c'est qu'on.
Xavier Mauduit
S'Imagine surtout des sociétés qui n'évoluent pas. Alors qu'en réalité, elles changent en permanence.
Interviewer/Host
Des sociétés qui changent en permanence. Et dans cette comparaison qu'on peut faire, presque cette histoire comparée entre l'Asie et l'Europe, avec la résiculture d'un côté et puis la culture du blé de l'autre, vous nous l'avez bien expliqué, il n'y a pas les mêmes enjeux, notamment des enjeux de densité, de population. Et pour l'Europe, il y a l'idée de partir. Et l'exploration du monde, ça entre dans ce que vous nous racontez, Avec, pour la lecture que l'on peut avoir des populations du golfe de Bengale, là aussi le biais de lire avec des sources venues d'Occident. Donc les populations qui ne bougent pas, qui n'évoluent pas, c'est bien souvent une lecture de l'Occident. Mais comment inscrivez-vous dans cette longue histoire, mille ans d'histoire, la terre brûle, les migrations des Européens, cette volonté de conquête du monde ?
Sunil Amrith
Je crois qu'en commençant en Chine, on comprend que d'une certaine manière, au point.
Xavier Mauduit
De départ de l'expansion coloniale européenne, il.
Sunil Amrith
Y a une faiblesse.
Xavier Mauduit
Ce n'était pas une position de force.
Sunil Amrith
Dans laquelle était l'Europe.
Xavier Mauduit
Ce qui veut dire que la péninsule.
Sunil Amrith
Ibérique, l'ouest de l'Europe, était coupée du marché chinois.
Xavier Mauduit
Ils étaient exclus du commerce des épices qui était déjà une source de profit importante.
Sunil Amrith
En partie à cause de l'occupation ottomane.
Xavier Mauduit
Au milieu de l'Eurasie.
Sunil Amrith
Et c'est presque trop connu pour le.
Xavier Mauduit
Rappeler en détail, mais on sait que Christophe Colomb, quand il est parti, c'est l'Inde qu'il cherchait.
Interviewer/Host
Oui, c'est ça. Et quand on part d'Europe, qu'on part vers l'Ouest, alors bien sûr, il ne le savait pas, mais on peut tomber sur un nouveau continent. Et plus avant, on croise des terres que l'on connaît depuis longtemps, des îles madères.
Xavier Mauduit
A 545 km du continent américain, en plein océan Atlantique, Madeira, Madra la portugaise, qu'on aborde, bien entendu, à vol d'oiseau. Les caravels de l'enfant Henri, prince de Sagres, la découvrent en 1465. Elle est parée de forêt, d'où son nom, Madeira, bois. Son climat est sain et clément, les fleurs y sont reines. Au cœur même de Founcal, la végétation est luxuriante. Et partout, partout, des fleurs. Celles-ci jouent. Elles jouent à cacher quelque chose. Quoi ? Eh oui ! Une rivière. Une rivière qui est très sèche l'été et qui abrite sa honte derrière les bougainvilliers. Couvent, église et soldats.
Interviewer/Host
Voilà, encore de l'eau, une rivière dans cette émission Voyage sans passeport en 1959. A propos de Madère, ici nous l'entendons, cette végétation luxuriante, il y a tout ce qu'il faut, beaucoup de fleurs, pas de plantation. En revanche, dans la description, Cynthia Lambris, vous, vous regardez Madère de quelle manière ?
Xavier Mauduit
Madera est une composante importante de l'histoire que je raconte dans La Terre Brûle, parce que c'est vraiment le tout premier exemple d'une nouvelle forme de production de.
Sunil Amrith
Sucre, via une institution qu'on connaît désormais sous le nom de plantation, et en.
Xavier Mauduit
Utilisant le travail de personnes réduites en esclavage. c'est le point de départ.
Sunil Amrith
Il y avait déjà eu des plantations.
Xavier Mauduit
De sucre à petite échelle dans le monde méditerranéen.
Sunil Amrith
Ce qui était nouveau à Madeira, c'est.
Xavier Mauduit
Que les investisseurs venaient de partout en Europe.
Sunil Amrith
Ils venaient des Pays-Bas, ils venaient des.
Xavier Mauduit
Cités-États italiennes, et ils voulaient un rendement rapide. Ce qu'on observe, c'est une transformation absolue du paysage de Madea.
Sunil Amrith
L'historien Jason Moore a écrit dessus.
Xavier Mauduit
Un texte très intéressant sur la manière dont l'île a été incendiée.
Sunil Amrith
Très vite, après avoir été le premier.
Xavier Mauduit
Producteur de sucre du monde, les terres ont été abandonnées.
Interviewer/Host
Nous sommes avec Madère à la fin du XVe siècle, au XVIe siècle, et puis au XVIIe siècle, et puis, et puis, et puis, ça ne fonctionne plus. On peut dire que c'est le modèle de la plantation à Madère, mais pas d'industrialisation encore. Dans la réflexion, toujours sur le temps long, sur l'histoire environnementale, on saisit combien les répercussions de l'action humaine sur l'environnement n'ont pas attendu. l'industrialisation. C'est ça aussi pour vous, jouer sur ces mille ans d'histoire.
Sunil Amrith
Oui, exactement.
Xavier Mauduit
La plantation est devenue un modèle d'un.
Sunil Amrith
Système agricole bien précis, qui cherche à.
Xavier Mauduit
Extraire un maximum de ressources en un temps minimal. Et c'est un modèle qui s'est répandu jusque dans les Caraïbes, les Antilles, au.
Sunil Amrith
Brésil, Et ça a créé énormément de.
Xavier Mauduit
Dégâts environnementaux, mais aussi humains.
Interviewer/Host
Dans cette histoire, je l'ai dit dans votre ouvrage, la Terre brûle mille ans d'histoire, des parties chronologiques, ce qui est bien pratique, et une deuxième partie qui commence en 1800. Donc on peut dire que malgré tout, l'industrialisation demeure aujourd'hui encore une étape importante. dans l'histoire environnementale. Ce bouleversement est là, très présent. Mais qu'est-ce qui conduit à avoir une telle incidence ? Parce que ce n'est pas la machine à vapeur avec un train qui traverse la campagne qui va avoir des effets sur l'ensemble de l'humanité. Mais en fait, si en suivant comme ça le chemin de fer, on arrive à un réseau beaucoup plus vaste où tout s'enchaîne. C'est ce qu'on saisit en vous lisant Sunil Amrish, c'est combien tout est un briquet. Vous le vivez ainsi ? C'est un peu que comme ça qu'on peut faire de l'histoire environnementale ?
Sunil Amrith
Oui, parce que si on observe l'impact de la révolution industrielle, on risque de.
Xavier Mauduit
Se concentrer de façon trop étroite sur.
Sunil Amrith
Le charbon, par exemple, ou sur une.
Xavier Mauduit
Source d'énergie en particulier.
Sunil Amrith
Ce qui a vraiment accéléré la transformation.
Xavier Mauduit
C'Est exactement ce que vous venez de dire, c'est l'imbrication de tout. Et le chemin de fer, c'est un excellent exemple.
Sunil Amrith
Parce que le chemin de fer exige.
Xavier Mauduit
En soi énormément de ressources pour être construit, être développé et ensuite être entretenu.
Sunil Amrith
Mais, par ailleurs, le chemin de fer.
Xavier Mauduit
Permet aussi d'autres transformations, pour que ça aille encore plus loin. L'exemple que j'utilise dans le livre, c'est l'Amérique du XIXe.
Sunil Amrith
Où non seulement le chemin de fer.
Xavier Mauduit
Va consommer énormément de charbon, consommer énormément.
Sunil Amrith
De main-d'oeuvre, mais c'est aussi, ça rend.
Xavier Mauduit
Rentable de détruire les forêts du Minnesota, par exemple, parce que ça permet d'atteindre des marchés beaucoup plus loin, à l'ouest.
Interviewer/Host
J'aimerais bien avoir votre avis sur la notion de progrès, qui est une idée qui a été le moteur de la pensée pendant plusieurs siècles, qui aujourd'hui est utilisée avec beaucoup de méfiance, non pas parce qu'il y a urgence environnementale, même si c'est une bonne réponse, mais surtout parce que l'on saisit comment elle a été utilisée par les siècles passés. Vous vivez comment, vous, cette notion de progrès ?
Sunil Amrith
C'est l'idée motrice du 19e siècle. Et au nom du progrès, on le.
Xavier Mauduit
Sait désormais, de nombreuses formes de violence ont pu avoir lieu.
Sunil Amrith
Mais je pense que surtout ce qui.
Xavier Mauduit
Reste, c'est que cette idée s'incarne de différentes façons au 20e siècle.
Sunil Amrith
Par exemple, même si on peut défendre.
Xavier Mauduit
L'Idée que le progrès dans sa vision européenne a été très destructeur en Inde.
Sunil Amrith
Les leaders politiques de l'Inde du XXe siècle, eux disaient, c'est pour ça qu'il.
Xavier Mauduit
Faut justement qu'on accélère notre propre progrès.
Sunil Amrith
On a besoin d'y accéder nous aussi, autant que possible.
Xavier Mauduit
Donc même ceux qui au départ étaient les victimes du progrès, en quelque sorte, se sont accrochés à cet idéal.
Interviewer/Host
Et parmi ces figures que vous mobilisez, pour illustrer exactement ce que vous venez de dire, Indira Gandhi. À New Delhi, le Parlement indien, lui aussi a innové en désignant une femme, Mme Indira Gandhi, comme chef du gouvernement. Collaboratrice de son père, le pandit Nehru, pendant 25 ans, ministre de l'Information dans le cabinet de M. Chastry, elle a pu donner la mesure de son intelligence et de sa fermeté. Dans une période difficile, elle prend en main le destin de 450 millions d'Indiens. Nous étions en janvier 1966. Ce sont tous les paradoxes aussi de cette histoire environnementale. Parce qu'il y a ces millions d'Indiens, d'Indiennes qui doivent vivre, qui doivent pouvoir manger. Et puis il y a les risques que cela comporte. Nous le sentons bien et à travers le temps, mais avec une ampleur qui ne cesse de s'accentuer, la mesure est difficile. Peut-on lire l'histoire environnementale comme cela ? Indira Gandhi est informée de risques, peut-être pas comme nous le sommes aujourd'hui, et puis il y a des obligations aussi, c'est faire vivre la population.
Sunil Amrith
Oui, c'était tout à fait sa vision. On peut d'ailleurs considérer Indira Gandhi comme une visionnaire. Elle était bien plus consciente que la.
Xavier Mauduit
Plupart des politiciens de l'ampleur du problème environnemental. Elle parlait de biodiversité. Elle n'utilisait pas ce terme-là, mais elle en parlait.
Sunil Amrith
Elle parlait de pollution. Et déjà, dans les années 1980, elle.
Xavier Mauduit
Parlait de changement climatique, bien avant la plupart des politiques américains, par exemple.
Sunil Amrith
Mais dans le même temps, la manière.
Xavier Mauduit
Dont elle l'a exprimé en 1972 lors de la première conférence des Nations Unies.
Sunil Amrith
À Stockholm sur l'environnement, C'était de présenter.
Xavier Mauduit
Ça comme une tâche sans précédent dans l'histoire humaine, celle qui lui incombait à.
Sunil Amrith
Elle, qui était cette tâche d'assurer les.
Xavier Mauduit
Besoins fondamentaux d'un cinquième de l'humanité, sur une ou deux générations seulement.
Interviewer/Host
Et puis, toujours contextualiser ces phénomènes-là, les informations dont nous disposons aujourd'hui sont beaucoup plus vastes. Informations chiffrées, tout simplement, par des bases de données. Et puis, tout ce que nous apporte la pensée des chercheurs, des chercheuses qui, année après année, et pas seulement les chercheurs et les chercheuses, tout le monde met sa petite Pierre, qui fait qu'aujourd'hui nous disposons de beaucoup d'informations, mais en se projetant dans le passé, il y a quelques décennies ou quelques siècles, il n'était pas possible de saisir cela. C'est le piège aussi de l'anachronisme dans l'histoire environnementale, ce serait de juger les gens du passé à l'aune de ce que nous connaissons aujourd'hui.
Sunil Amrith
Oui, vous avez raison, c'est pour ça qu'il faut comprendre. comment ce dilemme était perçu, envisagé dans.
Xavier Mauduit
Le passé, par exemple, au 19e siècle ou dans les années 70.
Sunil Amrith
Ce qui me frappe, c'est qu'Indira Gandhi.
Xavier Mauduit
Avait conscience des contradictions. Et dans son approche politique, il y avait d'ailleurs des contradictions.
Sunil Amrith
On se souvient surtout d'elle comme d'une dirigeante autoritaire. Et c'est tout à fait exact. Mais en même temps, Elle était aussi une penseuse avec une pensée très complexe.
Xavier Mauduit
Elle était quelque part en avance sur.
Sunil Amrith
Le reste et elle avait effectivement beaucoup.
Xavier Mauduit
Moins d'informations que ce dont on dispose aujourd'hui, c'est vrai.
Interviewer/Host
Avec une place particulière accordée à la guerre, au moment de guerre, au temps de guerre. Parce que là aussi, c'est un paradoxe. La guerre est là pour tuer, mais elle a eu pour conséquence d'offrir la possibilité après-guerre de produire encore plus. Et puis conséquence dont nous sommes peut-être les victimes aujourd'hui des productions qui peuvent être un désastre. Mais la guerre, c'est un moment aussi important dans la Terre brune.
Sunil Amrith
Oui, et quand j'ai commencé à écrire.
Xavier Mauduit
Le livre, je ne m'attendais pas à ce que les deux guerres mondiales jouent un rôle aussi central.
Sunil Amrith
Je crois qu'elles occupent presque 80 pages du livre. Au début, je pensais que ce serait.
Xavier Mauduit
Peut-Être un chapitre pour les deux guerres. Mais j'ai commencé à comprendre à quel point elles ont transformé les choses.
Sunil Amrith
Justement pour cette double raison que vous venez d'évoquer. Les guerres mondiales ont été évidemment des.
Xavier Mauduit
Moments de destruction massive, destruction humaine mais aussi environnementale.
Sunil Amrith
Mais la Deuxième Guerre en particulier a.
Xavier Mauduit
Aussi créé de nouvelles possibilités pour la vie, pour prolonger la vie, pour l'enrichir. Des choses qui auraient été inimaginables même dans les années 1930.
Sunil Amrith
Beaucoup de gains, et je veux vraiment les appeler comme tels, beaucoup de choses ont été gagnées dans la deuxième partie.
Xavier Mauduit
Du XXe siècle pour la vie humaine qui vienne de technologies qui ont été développées pour la guerre.
Interviewer/Host
Ce qui conduit à une troisième partie qui s'intitule l'exception humaine. En tout cas, c'est comme ça que ça apparaît en français dans votre ouvrage La Terre brûle, avec une traduction de Bruno Boudard. L'exception humaine, qu'est-ce que cela signifie ?
Sunil Amrith
Pour moi, ce que ça signifie, c'est le moment où les intentions humaines, les.
Xavier Mauduit
Activités, les technologies humaines, commencent à avoir un impact massif sur le système Terre.
Sunil Amrith
Et ça ne commence pas dans les années 50, mais c'est le moment où.
Xavier Mauduit
On voit ce que beaucoup de scientifiques appellent la grande accélération.
Interviewer/Host
Et la grande accélération qui commence en 1945, qui se poursuit et ce n'est pas une accélération qui suit une courbe en ligne droite. C'est une accélération qui ne cesse d'avancer, qui peut conduire. Et vous avez choisi comme titre « La terre brûle, mille ans d'histoire ». Cette idée de feu est mise en avant depuis le début de l'émission. beaucoup d'eau. Dans votre ouvrage, les forêts ont leur place, la forêt amazonienne aussi, la forêt qui brûle. C'est une image qui est très forte parce que l'histoire que vous nous racontez est une histoire faite d'images, d'images de catastrophes, on le dit souvent, mais pas seulement de catastrophes, de populations qui, grâce notamment à la culture où vous parliez des rizières, arrivent à assurer leur sécurité alimentaire. Pourquoi le feu mis en avant ? Pourquoi ce titre, la terre brûle parce que bien souvent on dit c'est la montée des eaux qui va conduire à la ruine de l'humanité.
Sunil Amrith
Je crois que d'une certaine façon j'aurais.
Xavier Mauduit
Pu mettre le feu au centre de tout ce livre même si d'ailleurs surtout.
Sunil Amrith
Si je remontais encore plus loin dans l'histoire.
Xavier Mauduit
Mais sur la période de huit siècles.
Sunil Amrith
Que je couvre, c'est vrai, vous avez.
Xavier Mauduit
Raison, c'est sans doute l'eau que je place comme moteur.
Sunil Amrith
Mais au XXème, en particulier à cause.
Xavier Mauduit
De la combustion des combustibles fossiles, comme on le sait, mais aussi à cause.
Sunil Amrith
Des incendies de forêt, on sous-estime cet impact de la déforestation quand on raconte.
Xavier Mauduit
Ce qui nous a amené à ce.
Sunil Amrith
Point de crise climatique. C'est ce qui m'a donné effectivement l'image et le titre.
Interviewer/Host
Avec tous ces paradoxes que nous soulignons sans cesse sur le temps long, déforestation dramatique aujourd'hui et les conséquences terribles de ce qui se passe en Amazonie. Mais, Sunil Amris, vous commencez votre ouvrage au XIIIe siècle, où là, l'idée de couper des arbres pour agrandir les terres agricoles est mise en valeur. Et c'est ce jeu très paradoxal, en fait, de notre rapport à notre environnement.
Xavier Mauduit
Et cette tension, elle perdure aujourd'hui, selon moi.
Sunil Amrith
D'une certaine façon, je crois que cette.
Xavier Mauduit
Idée des terres vides, des terres inoccupées, c'est quelque chose qui est apparu à.
Sunil Amrith
La fois en Europe et en Chine.
Xavier Mauduit
Au XIIe, au XIIIe siècle.
Sunil Amrith
Et on a encore en nous cette.
Xavier Mauduit
Idée de terre qu'il faut absolument faire fructifier, qu'il faut utiliser pour produire.
Sunil Amrith
Cette intention est en tension avec le.
Xavier Mauduit
Fait que le reste du monde, entre.
Sunil Amrith
Autres en Europe, mais aussi en Asie.
Xavier Mauduit
Ont un lien très fort, la population a un lien très fort avec la terre, avec le paysage. Qu'est-ce que c'est d'un paysage agricole ou d'un paysage dit sauvage ?
Interviewer/Host
Quelle lecture avez-vous de l'idée d'imposer Ailleurs, ce qu'en Occident nous n'avons pas réussi à faire, d'imposer en Afrique, en Amérique du Sud, de préserver des territoires immenses, ne touchez pas à vos forêts, sachant que notre industrialisation s'est appuyé sur la destruction, alors peut-être pas des forêts parce qu'il y avait besoin de bois et la forêt n'a jamais été aussi grande en France qu'aujourd'hui, mais il y a ces paradoxes et vous avez évoqué la figure d'Indira Gandhi, c'est également toute cette réflexion sur on nous impose des choses que vous, vous ne faites pas, vous n'avez pas faites.
Xavier Mauduit
Et c'est là qu'est justement la tension majeure dans la politique environnementale mondiale depuis les années 70.
Sunil Amrith
Les pays du monde en voie de.
Xavier Mauduit
Développement, dont beaucoup ont été colonisés, ont défendu l'idée que leur heure était venue.
Sunil Amrith
Et qu'ils avaient le droit de profiter des mêmes types de progrès qui seraient.
Xavier Mauduit
Justement permis par les ressources naturelles.
Sunil Amrith
Dans les années 1990, le premier ministre.
Xavier Mauduit
De la Malaisie à l'époque a dit au gouvernement américain Nous ne sommes pas les poumons de l'Occident.
Interviewer/Host
Et oui, mais c'est bien de le rappeler aussi. Histoire mondiale, obligatoirement mondiale, dans laquelle nous croisons, au détour d'une page, la princesse Mononoké.
Xavier Mauduit
La lumière de la lune brûle dans ton cœur. La beauté d'un couteau tracé, Sono kisaki ni okurita Sonata no yoko de wa Kanashimi to ... ... ... ... ... La.
Interviewer/Host
Musique du film d'animation, la princesse Mononoke, chef-d'œuvre de Miyazaki. C'est une musique de Joe Hisaishi. Ici, nous étions en 1997. L'idée est de rester en Asie. Alors, ce n'est plus l'Asie du Sud-Est. Nous sommes au Japon et nous sommes, pareil, dans des temps lointains, parce que là, nous sommes au XVIe siècle à peu près. Pourquoi, Sunil Amris, avoir placé la princesse Mononoke dans votre ouvrage ?
Sunil Amrith
Quand j'ai commencé à réfléchir à la conclusion de mon livre, je me suis.
Xavier Mauduit
Tourné vers l'art, vers l'imaginaire. La princesse Mononoke est particulièrement intéressante parce que l'histoire environnementale japonaise est fascinante parce que c'est une exception.
Sunil Amrith
Dans le Japon des Tokugawa, Il y a eu des efforts pour protéger la forêt à une période où ailleurs, en.
Xavier Mauduit
Chine, en Europe, ont détruisé la forêt très largement.
Sunil Amrith
Ce qui m'a frappé, c'est que Mononoke.
Xavier Mauduit
Se passe dans un passé mythique. Et c'était une façon de rendre de manière dramatique le dilemme central.
Sunil Amrith
Ce que j'aime dans ce film, c'est.
Xavier Mauduit
Que la civilisation humaine qui provoque la destruction, et qui provoque les dieux au passage, n'est pas une civilisation mauvaise. En réalité, c'est une société très ouverte qui accepte les prostituées, les lépreux qui les accueillent.
Sunil Amrith
Et pourtant, cette petite communauté humaine va.
Xavier Mauduit
Transgresser les limites physiques.
Sunil Amrith
Et bien sûr, en fin de compte.
Xavier Mauduit
Les humains et la forêt sont détruits.
Sunil Amrith
Ce qui ouvre à la fin du film, une idée peut-être un peu romantique.
Xavier Mauduit
Mais qui contient de l'espoir, celle d'une relation nouvelle, différente entre les humains et la nature.
Sunil Amrith
Et puis j'ai fait le lien avec.
Xavier Mauduit
Des idées plus anciennes.
Sunil Amrith
Par exemple, l'idée de.
Xavier Mauduit
Rabindranath Tagore, qui.
Sunil Amrith
Est un poète bengali, Qui écrivait déjà.
Xavier Mauduit
Dans le même genre, un siècle plus tôt, dans le même style.
Interviewer/Host
Avec l'espoir que vous venez d'évoquer, parce qu'une des critiques faites à l'histoire environnementale, c'est de dire, attention, la catastrophe est là, mais vous terminez avec des pistes pour redresser la situation. Et d'ailleurs, j'ai l'impression que ici c'est une réponse assez critique. Je ne suis pas historien de l'histoire environnementale, simplement pour dire attention nous allons vers la catastrophe. C'est utilisons le passé pour trouver des pistes afin de redresser la situation.
Sunil Amrith
Oui, mais je crois... D'ailleurs c'est une.
Xavier Mauduit
Réaction que j'ai eue, à la terre brûle. On m'a dit que ce livre était trop déprimant.
Sunil Amrith
Et c'est effectivement une accusation qui est.
Xavier Mauduit
En général portée contre les historiens de l'environnement. À quoi est-ce que ça sert de s'apesantir sur cette histoire de la catastrophe ? Ça nourrit les peurs.
Sunil Amrith
Mais je crois que c'est justement en.
Xavier Mauduit
Affrontant les contradictions de l'histoire, avec ses destructions, mais aussi les graines semées de.
Sunil Amrith
Nouveaux possibles, C'est simplement en faisant ça.
Xavier Mauduit
Qu'On peut se préparer à affronter ce qu'on vit aujourd'hui.
Sunil Amrith
Je crois que ce qui est important.
Xavier Mauduit
C'Est de montrer que les réponses ne.
Sunil Amrith
Sont pas dans notre passé.
Xavier Mauduit
La situation qu'on affronte aujourd'hui est littéralement sans précédent.
Sunil Amrith
Mais ce qu'on peut trouver dans le passé, ce sont des idées, des inspirations.
Xavier Mauduit
Et aussi l'impression que le changement est possible, la conviction que le changement est possible.
Sunil Amrith
C'est pour ça que j'ai étudié aussi.
Xavier Mauduit
L'Histoire de l'activisme pour l'environnement. Ce n'est pas pour reproduire les solutions.
Sunil Amrith
Qu'Ils avaient, mais pour reconnaître et comprendre.
Xavier Mauduit
Que leur mobilisation, leur capacité à imaginer.
Sunil Amrith
Le monde autrement, nous ont permis des transformations.
Xavier Mauduit
C'est ça, je pense, qu'il faut que nous tirions de cette histoire.
Interviewer/Host
Ah oui, le ouvrage n'est pas déprimant. Il est stimulant. C'est pas déprimant, c'est stimulant ce qui peut être déprimant. En revanche, vous y enseignez à Yale, aux Etats-Unis, c'est la manière dont est analysée la situation elle-même. Ça a une incidence, ça, en tant qu'historien environnementaliste ?
Sunil Amrith
Oui, absolument. Par exemple, les termes « justice environnementale » sont interdits. On ne peut pas utiliser l'expression. dans toute demande de bourse, ou sur.
Xavier Mauduit
Les sites des ministères et des agences gouvernementales, c'est interdit. Même dans beaucoup d'universités, on est en train de supprimer ces programmes-là, parce qu'il.
Sunil Amrith
Y a eu une attaque extrêmement féroce.
Xavier Mauduit
Contre les défenseurs de l'environnement, et contre.
Sunil Amrith
L'Idée même que le changement climatique existe.
Interviewer/Host
D'où l'importance d'écouter ces voix plurielles, qui ne sont pas là pour uniquement tirer la sonnette d'alarme, même si c'est mérité, mais simplement apporter des éléments de réflexion, des éléments d'analyse. Et c'est ce que vous faites, Sunil Amris, « La terre brûle, mille ans d'histoire », c'est publié chez Alba Michel et je le rappelle, une traduction de Bruno Boudard. Merci vivement à vous d'être venu dans le cours de l'histoire.
Sunil Amrith
Merci beaucoup Xavier.
Interviewer/Host
Et merci à Marguerite Capelle pour aujourd'hui, une fois encore, cette transmission impeccable. Merci beaucoup à vous. En 2002, notre président de la République, alors Jacques Chirac, au quatrième sommet de la Terre, avait eu une expression. Ce n'était pas la terre brûle, la maison brûle. Notre maison brûle. Et nous regardons ailleurs. La nature mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l'admettre. L'humanité souffre. Elle souffre de mal développement, au nord comme au sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. Il est temps, je crois, d'ouvrir les yeux.
Jeanne Delocroix
Vous aussi, vous avez peut-être reçu une invitation pour une visite nue au musée ? Oui, quelques musées français proposent désormais des créneaux pour découvrir les collections inténudes dans Ève. Alors se mettre nue en public ? Une fantaisie contemporaine ? Pas vraiment. Dans l'Antiquité, la nudité fait partie de certaines sphères de la vie quotidienne. Dans la Grèce antique, c'est la norme aux gymnases et aux Jeux Olympiques. Mais pour voir naître un véritable mouvement organisé autour de la nudité, il faut attendre le christianisme. Au deuxième siècle, un certain Prodicus fonde le groupe religieux des Adamites. Ils veulent imiter Adam et Ève avant le péché, vivre nu, prier nu, retrouver l'innocence du paradis terrestre avant la chute. Leur idée ne fait pas long feu, mais elle ressurgit avec force un millénaire plus tard. Car à la fin du Moyen Âge, l'époque est en crise. Famine, guerre, peste, corruption de l'église, dans ce climat, de nouveaux mouvements religieux se multiplient. Ils prônent une vie simple, égalitaire, débarrassée des richesses. Et dans ce contexte, plusieurs groupes d'adamites ressurgissent. En Autriche, en Bohême et dans les Flandres. Désormais, ce sont des centaines de dissidents, mis par un même idéal, nus. Et selon certains chroniqueurs, il rejetterait aussi le mariage, la propriété privée et le travail. Et il pratiquerait l'amour libre. Des hippies des années 1400. Auraient-ils crié eux aussi faisons l'amour pas la guerre ? Quoi qu'il en soit, leur nudité choque vite l'Église et les autorités. Même les plus réformateurs les trouvent trop extrêmes. Résultat, les adamites sont expulsés, accusés, pourchassés. Par centaines, ils finissent sur les bûchers. Difficile, il est vrai, de se défendre quand on est nu. Le rêve d'Éden chute dans les flammes. Pourquoi tant de haine ? Parce qu'en rejetant les vêtements, ils rejettent aussi les normes sociales. Les habits distinguent les classes, la nudité les abolit. Et derrière cette nudité, il y a un rêve, celui d'une utopie égalitaire. A la fin du XVe siècle, il ne reste plus rien des adamites. Mais leur idéal d'un christianisme plus simple, loin du luxe et de la corruption, rejoint le grand bouillonnement religieux de la fin du Moyen-Âge. une effervescence d'idées et de débats, une volonté de réforme dans l'Église, un souffle qui mènera bientôt à la réforme protestante. Et les adamites, c'est nudistes ou naturistes avant la lettre, nous laissent une idée qui refait surface au fil des siècles. Et si l'on revenait à une forme de vie plus simple, ou même plus proche de la nature ? Et aujourd'hui ? On ne risque plus le bûcher en se mettant nu. Certains espaces naturels, plages et parcs, sont dédiés au naturisme. Et maintenant, les premiers musées français s'y mettent. Les adamites voulaient retrouver l'Éden. Les mouvements naturistes d'aujourd'hui parlent de se reconnecter à la nature, ou de simplicité face au consumérisme. Ou alors il y a ceux qui n'y voient qu'un problème très concret, comment ne pas croiser, dans une visite nue, ses collègues, ses voisins, ou pire, ses beaux-parents. Cinq siècles plus tard, une utopie toujours aussi difficile à porter, et toujours aussi gênante, surtout quand on ne sait pas où ranger son ticket de vestiaire.
Interviewer/Host
Le fil histoire d'Emmanuele Arioli s'est à retrouver sur les réseaux de France Culture, le fil culture géant vidéo sur ces mêmes réseaux. Le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Millet à la technique Anthony Thomasson, émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Laloume, Jean-Copé, Solène Roy, Tom Humdenstock et Maïouane Guiziou. Le cours de l'histoire est à écouter, à podcaster sur notre site franceculture.fr et l'appli Radio France.
France Culture – 24 octobre 2025
Host : Xavier Mauduit
Invité principal : Sunil Amrith (professeur à Yale, historien spécialiste de l’environnement – auteur de La Terre brûle, 1000 ans d’histoire)
Durée : 9h00-10h00
Cet épisode du « Cours de l’histoire » explore l’histoire environnementale sur un millénaire, en partant de transformations agricoles en Chine au XIIIe siècle, jusqu’aux crises environnementales contemporaines. S’appuyant sur l’ouvrage "La Terre brûle, mille ans d’histoire" de Sunil Amrith, le podcast éclaire comment sociétés, choix individuels, systèmes économiques et mouvements de populations ont modifié la planète, combinant récit global et destins individuels. La conversation interroge tournants historiques, paradoxes et espoirs autour de la vigilance écologique, s’arrêtant sur les notions de progrès, de guerre, de migrations et de justice environnementale.
L’émission se termine sur l’idée que l’histoire environnementale n’est pas simple « récit de la catastrophe », mais au contraire force de réflexion stimulante, qui donne des clés, des exemples de transformations possibles et de résistances, sans cependant céder à l’illusion de réponses toutes faites.
« Ce n’est pas déprimant, c’est stimulant. (…) C’est de montrer que les réponses ne sont pas dans notre passé. La situation qu’on affronte aujourd’hui est littéralement sans précédent. Mais ce qu’on peut trouver dans le passé, ce sont des idées… la conviction que le changement est possible. » — Sunil Amrith (51:12–51:34)
Ce résumé propose un fil d’écoute utile pour qui veut saisir la profondeur du propos et les moments essentiels, tout en respectant la richesse du dialogue et la tonalité réflexive et accessible caractéristique de l’émission.