
Les élites en temps de crise 7/4 : Des élites si peu populaires, de l’Ancien Régime à nos jours
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. La défiance envers les élites est quelque chose qui revient sans cesse dans les discours et ça mérite bien une mise en perspective historique avec l'émission du Cours de l'Histoire des élites si peu populaires de l'Ancien Régime à nos jours. Bonne écoute. Bonjour à toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans le Cours de l'Histoire, le Cours de l'Histoire qui, toute la semaine, s'intéresse aux élites. Oui, aux élites face à la crise. C'est d'actualité, ces élites face à la crise. Et aujourd'hui, nous allons faire un long panorama depuis la Révolution française jusqu'à nos jours. de l'histoire. Xavier Mauduit. Existe-t-il des élites dans le monde animal? Pour chaque genre de bestiole, il y a-t-il certaines qui dominent et d'autres qui sont dominées, celles qui dominent toute son espèce? C'est ce que s'est demandé Saint-Simon, mais non pas le Saint-Simon de Louis XIV, celui du XIXe siècle, philosophe, celui qui est à la source du socialisme. Et en 1819, Ce n'est pas tellement à la zoologie qu'il s'intéresse, non. Il propose une parabole avec des frelons et des abeilles. Il écrit que l'art de gouverner est devenu entre les mains du gouvernement la chose du monde la plus simple et la plus facile. Il se réduit à donner la plus forte portion du miel prélevé sur les abeilles à celle des deux grandes classes de frelons qui serrent les vues du gouvernement avec le plus de zèle et de dévouement. Le peuple et ses élites, les frelons et les abeilles, et c'est la question qui nous pique aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Cette semaine dans le cours de l'histoire sur France Culture, les élites en temps de crise, des intellectuels face à la guerre, à l'empire de Charlemagne qui se délitent, où il y a du sang dans l'encruyer, des contestations dans la cité, des émissions à écouter, à podcaster pour la balade ou diffusion en ligne sur le site internet du cours de l'histoire franceculture.fr et sur l'application Radio France. Aujourd'hui, les élites françaises, des lumières au grand confinement, c'est le titre de votre ouvrage. Eric Anso, bonjour!
Éric Anceau
Oui, bonjour, Xavier Mauduit. Tout à fait.
Xavier Mauduit
Vous êtes maître de conférence à l'université Sorbonne, la Sorbonne Université, ancienne Paris 4. Vous êtes spécialiste de l'histoire politique et sociale de la France au XIXe siècle, biographe de Napoléon aussi. Puis, vous avez fait paraître récemment, ils ont fait et défait le Second Empire aux éditions Talendiers. Et vous arrivez avec les élites françaises, des lumières au grand confinement, aux éditions passées composées. C'est un long panorama sur les élites Eric Anceau que vous nous proposez, des lumières 18e siècle au grand confinement, c'est aujourd'hui. Avec, parce que nous sommes de bons élèves, la nécessité de définir les mots du sujet. Doit-on parler d'une élite ou des élites? Vous allez me répondre des élites parce que c'est le titre de votre ouvrage.
Éric Anceau
Exactement. Alors, en fait, si vous voulez, le terme est utilisé dans l'acception qu'on lui connaît aujourd'hui à partir du 14e siècle. Qu'est-ce que les élites? Qu'est-ce qu'une élite? Eh bien, on s'en sert à la fois pour désigner à la fois la fine fleur de la société qui détiendrait le pouvoir ou conseillerait les puissants, ceux qui l'exercent, mais aussi les personnes les meilleures dans les différentes catégories professionnelles. Et ces deux exceptions vont aller jusqu'à aujourd'hui. Il y a plusieurs élites, mais parfois, et on va peut-être le dire, il peut arriver dans l'histoire que ces élites n'en fassent qu'une. Et c'est là où il y a un véritable problème.
Xavier Mauduit
Voilà, c'est ce que l'on peut lire régulièrement dans la presse sur cette fusion des élites, sur ces élites déconnectées d'une forme de réalité. Et la vision de l'historien est essentielle. D'ailleurs, la couverture de votre ouvrage, Eric Anceau, représente une scène de la Révolution française. Elle est intéressante, cette scène. C'est un tableau de Joseph Désiré-Court, donc un peu plus tardif, un tableau de 1830, mais qui représente le moment où la tête du député Férault, tête décapitée au bout d'une pique, est présentée à Boissy-d'Anglas, qui préside l'Assemblée à ce moment-là. Et Boissy-d'Anglas salue cette tête décapitée. Vous avez fait le choix de mettre en couverture de votre ouvrage une scène de la Révolution. Le moment est essentiel dans le rapport que nous entretenons avec l'élite. Ce moment Révolution.
Éric Anceau
Exactement. Cette scène me semblait très symbolique, ainsi qu'elle le semblait à l'éditeur, parce que c'est le peuple qui a aidé la bourgeoisie à arriver au pouvoir en 1789. Il y a une alliance qui s'opère ensuite entre les sans-culottes et les révolutionnaires. Mais les sans-culottes souffrent énormément, nous sommes en l'an 3, ils souffrent de la famine, et ils estiment que les députés ne les défendent pas, donc ils vont envahir l'Assemblée, et à ce moment-là, effectivement, l'un des députés qu'ils incriminent le plus, qui s'appelle Ferro, va être décapité, et le président Boissy d'Angla contraint de le saluer pour garder lui-même la vie. Mais immédiatement après, on fera donner l'armée et les sans-culottes seront désarmés. Ils seront désarmés entre 1795, imaginez, et 1830.
Xavier Mauduit
Et d'ailleurs, c'est la question qui est au cœur de cette réflexion, Eric Anceau. c'est nous sentons-nous représentés par les élites avec peut-être un préalable à mettre en place sur la nécessité même d'avoir une élite. Ce n'est pas tellement la question, c'est une question qui a traversé les écrits des politiques des penseurs. La question de l'élite, de l'existence d'une élite n'est pas tellement vraiment le sujet, c'est plutôt comment s'organise, comment se construit cette relation avec l'élite.
Éric Anceau
Exactement. Alors, en fait, il paraît logique que dans des résumés aristocratiques, il y ait des élites, mais dans les démocraties aussi. Aucune démocratie dans l'histoire n'a pu se passer d'élite. Et même les démocraties dites populaires du temps du Bloc de l'Est avaient une forme d'élite qui était la nomenklatura. C'est Thucydide, me semble-t-il, qui a le mieux dans l'Antiquité exprimé le besoin qu'avait une démocratie d'une élite parce que, disait-il, Là, c'est la démocratie athénienne dont il parlait, bien évidemment, celle qu'il connaissait le mieux. Eh bien, la démocratie sombre dans l'anarchie. Il faut donc une élite, des élites, y compris en démocratie, surtout en démocratie.
Xavier Mauduit
Eh bien, écoutez, Eric Anceau, je vous propose que pendant Cette heure d'émission du Cours de l'Histoire, nous fassions une traversée depuis la Révolution française et sans doute jusqu'à nos jours, pour essayer de comprendre ces moments forts, ces moments où palpitent le cœur du peuple, celui de l'élite. Certains ont peur et puis d'autres essayent de se manifester et de contester le pouvoir élitaire. Je vous propose de commencer avec la Révolution française, un extrait du film La Révolution française de Robert Henrico. Et donc, dans ce film de 1989, nous avons ce moment où se pose la question des privilèges.
Éric Anceau
Vous voyez, Monsieur le Comte, toutes les
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
corvées, ça a duré depuis trop longtemps. Ces attaques contre
Éric Anceau
les propriétés des nobles
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
à travers tout le pays ne sont pas de vulgaires actes de vandalisme.
Éric Anceau
Ces attaques doivent nous remplir de fierté. Elles sont les bûchers expiatoires des privilèges. Dites au peuple que vous reconnaissez l'injustice
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
de ces droits acquis dans des temps
Éric Anceau
de ténèbres et d'ignorance.
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
Notre collègue breton a raison. La colère du peuple est une juste colère.
Éric Anceau
Moi, vicomte de Noailles, je propose que tous les privilèges et les droits de la noblesse soient abolis.
Xavier Mauduit
Un extrait du film de Robert Enrico, La Révolution Française, avec ce moment où le vicomte de Noailles, lors de la nuit du 4 août 1789, abolit les privilèges. Il est de ceux qui décident d'abolir les privilèges. Eric Anceau, nous avons là, sur cette nuit du 4 août, l'exemple type de la division des élites. En soi, il n'y a pas une élite face à un peuple, ce qui serait une lecture erronée de la Révolution Française. Il y a plusieurs élites. La révolution française pourrait-elle être lue uniquement à travers ses élites et que le peuple, essentiel évidemment, est un acteur, entre autres, un de ceux qui jouent ce grand jeu de la révolution?
Éric Anceau
Exactement. 1789, c'est le moment tournant. Alors, je commence sous lumière, mais pour bien comprendre l'événement 1789, c'est cette grande révolution qui marque le basculement, je dirais, sociologique au sein des élites. Et comme vous le disiez, les élites sont très divisées à l'époque. Vous avez toute une partie de la noblesse libérale qui a participé au mouvement des Lumières et qui veut réformer la monarchie qui à l'époque est une monarchie absolue. Vous avez les parlementaires qui sont eux-mêmes des nobles, qui réclament une association au pouvoir, et le roi qui refuse. Le roi qui s'appuie pourtant sur ses privilégiés. Une grande partie de ces privilégiés vont en quelque sorte savonner la planche de la monarchie, mais savonner leur propre planche. C'est-à-dire que bien évidemment ils vont s'allier au peuple, on pense à la journée des tuiles du 7 juin 1788 où le peuple va venir en aide aux parlementaires à Grenoble qui viennent d'être fermés, interdits de se réunir par le roi Louis XVI. Et dans un premier temps, il y a cette alliance qui va faire la révolution avant que le peuple ne chasse les nobles libéraux et que ceux qui profitent de cette affaire-là, ce soit les bourgeois. Les bourgeois qu'on va retrouver après dominants, je dirais, la société française et les différents régimes pendant deux siècles.
Xavier Mauduit
Oui, sur ce moment révolutionnaire, les éléments marquants sont l'irruption du peuple, en fait, dans ce monde où jusqu'alors, seules les élites étaient entre elles et pouvaient organiser la société. L'irruption du peuple est essentielle et la bourgeoisie, la bourgeoisie qui arrive au pouvoir, évidemment, ce n'est pas uniquement lié au moment révolutionnaire. Et c'est pour ça que c'est bien, Eric Anceliot, que vous rappeliez le XVIIIe siècle. C'est un long processus, en fait, avec cet à-coup majeur de la Révolution française. Est-ce que l'on peut dire que la Révolution française est simplement une contestation de l'élite? En fait, on se rend compte que c'est beaucoup plus compliqué.
Éric Anceau
C'est extrêmement compliqué. D'ailleurs, ça l'est d'autant plus qu'on ne peut pas dire que la bourgeoisie ne soit pas totalement associée au pouvoir. Si on remonte le fil du temps, on se rend compte qu'en tournant des XIIIe et XIVe siècles, le roi Philippe le Bel, pour contester le pouvoir d'Éclair, va s'appuyer sur les légistes. On va retrouver, après les grands commis de l'État, en particulier sous Louis XIV. simplement vous avez toute une bourgeoisie moyenne, celle des gens de robe, des avocats, qui n'est pas associée au pouvoir et qui est même, je dirais, humiliée par le pouvoir et par les privilégiés. Il y a une anecdote que j'aime beaucoup raconter à mes étudiants et que j'ai reprise d'ailleurs dans le livre, c'est en 1769, le fils d'un avocat qui va jouer un grand rôle après sous la révolution, qui s'appelle Antoine Barnave, qui va avec sa maman au théâtre, il vit à Grenoble, et il n'y a qu'une loge de libre, il s'installe dans cette loge, et à ce moment-là il y a le gouverneur qui l'est fait chasser par la troupe, parce que c'est une loge réservée à l'aristocratie, à la noblesse, et à ce moment-là on voit toute la bourgeoisie qui est dans le théâtre de Grenoble sortir par solidarité, avec Mme Barnave et son fils, et le jeune Antoine Barnave en est profondément marqué. Il sera l'un des grands révolutionnaires. Donc vous voyez, il y a un climat d'incompréhension, je dirais, au sein même des élites. et c'est de cette incompréhension, de cette haine entre les uns et les autres dont sortira la révolution. Et le peuple, je dirais, appuie la petite et la moyenne bourgeoisie, mais d'une certaine façon va se faire instrumentaliser par elle. Mais ce peuple également, accède à la conscience politique avec la révolution. Donc, à partir de 1789, il ne s'en laissera plus non plus compter.
Xavier Mauduit
Mais c'est ça, ce poids politique du peuple est soutenu par une réflexion. Cette réflexion est intéressante de savoir comment s'imagine, se construit mentalement l'univers social. Et dans cet univers social, il y a des élites. Comment sont-elles perçues? Vous avez évoqué, Eric Anceau, ce mot de haine. On pourrait parler de défiance, de défiance entre Pour simplifier, le peuple et les élites mais entre les élites entre elles. Il y a sans cesse un regard comme un jeu d'équilibre et dès que l'équilibre est rompu, c'est là qu'il y a la fissure qui peut se traduire par un mouvement insurrectionnel.
Éric Anceau
Exactement. Alors il y a un paramètre qu'on n'a pas encore introduit, c'est le pouvoir exécutif qui peut être le roi, qui sera ensuite le premier consul, puis l'empereur Napoléon Bonaparte, et puis de nouveau à partir de 1814-1815, la monarchie restaurée. Et je dirais, si vous voulez, c'est un jeu à trois, voire à plus qu'à trois, entre d'une part la tête de l'exécutif, les élites elles-mêmes, nous l'avons dit, extrêmement divisées, et puis le peuple. Et à partir de 1789, bien évidemment, ce sont les bourgeois qui vont dominer, mais non sans partage. En 1814-1815, c'est un retour de l'aristocratie traditionnelle, si j'ose dire, dans les fourgons de l'étranger avec le roi Louis XVIII. Donc, vous voyez, c'est un jeu très complexe que j'ai cherché à décrypter. La tendance lourde, c'est une domination de la bourgeoisie. Mais en fait, il y a des jeux de pouvoir qui font qu'à chaque changement de régime, on en a beaucoup, entre 1789 et aujourd'hui, il y a eu 17 régimes différents. Et ceci explique peut-être cela, d'ailleurs.
Xavier Mauduit
Et ceci explique cela dans les élites françaises. des lumières au grand confinement. Effectivement, nous traversons ce monde qui est intéressant parce que nous connaissons l'événement historique. Nous suivons la Révolution française, l'épisode napoléonien, mais vu avec cet angle de lecture qui est celui des élites, nous parlons de bourgeoisie. Il y a un mot qu'il faut évoquer, c'est celui de notable. Et c'est vrai que le mot notable est essentiel pour comprendre ce monde des élites au 19e siècle.
Éric Anceau
Oui, tout à fait. Alors, les notables, on les voit apparaître. Alors, le terme est très ancien. Vous avez les assemblées notables du XVIIIe siècle qui provoqueront d'ailleurs la révolution et la convocation des États généraux. Mais le terme, je dirais, va apparaître dans nos constitutions à partir de la constitution de l'an III, 1795, la constitution du directoire, et plus encore la constitution de Napoléon Bonaparte, celle de l'an VIII, 1799. Qui sont ces notables? Ce sont tous les propriétaires, principalement à l'époque les propriétaires fonciers. Ce peut être des nobles ralliés à la Révolution, mais ce sont surtout bien évidemment des bourgeois, des possédants. et ils vont dominer la société du premier XIXe siècle, on parlera de France des notables, dont l'apogée se situe véritablement sous les monarchies censitaires, c'est-à-dire la restauration de 1814-1815 jusqu'en 1830, et puis après la monarchie de Juillet de Louis-Philippe entre 1830 et 1848, Avec, c'est très intéressant, au sein de cette société des grands notables, un basculement qui va s'opérer, justement, en 1830, entre une catégorie et une autre qui vont dominer la société.
Xavier Mauduit
Alors, quel est ce basculement? Oui, en 1830, Éric Anceau, parce que vous avez évoqué cette monarchie censitaire. Il faut rappeler que l'institution définit même une partie des notables. Seuls ceux qui payent un certain impôt, le sens, peuvent voter. Donc, déjà, tout le monde ne prend pas parti à la vie politique. s'ils prennent partie à la vie politique, mais s'ils veulent, c'est dans la rue ou par des écrits. Mais seule une petite partie de la population vote.
Éric Anceau
Oui, imaginez. Effectivement, il y a un écart monumental entre le pays légal, c'est-à-dire celui qui paie, vous l'avez rappelé, une certaine quotité d'impôts, et le pays réel, c'est-à-dire la totalité des Français. De mémoire, je vous cite un chiffre qui est très parlant. Imaginez qu'au moment de la monarchie restaurée, au moment des premières grandes élections législatives, en 1816, il y a 29 millions de Français. eh bien 90.000 Français seulement sont électeurs et un peu plus de 15.000 sont éligibles. Vous voyez cet écart. Et puis sous la monarchie de Juillet, en 1846, alors là la population française s'est accrue, on est à peu près 35-36 millions d'habitants et on doit avoir à peu près 250.000 électeurs seulement encore et 56.000 éligibles. Quel est le basculement très intéressant qui s'opère en 1830? On rejoue d'une certaine façon 1789, dans la mesure où avec Louis XVIII et avec Charles X, les nobles sont revenus. Les nobles partagent le pouvoir. Vous avez sous la restauration une charte qui garantit les libertés fondamentales, qui autorise également les protestants. Donc il y a plus de libertés qu'il y en avait avant 1789. Mais ceux qui dominent véritablement, on le voit par exemple avec Villèle, ce sont les petits aristocrates crottés, comme on les appelait, et pleins de rancœur à l'égard de la révolution. Il y aura même un tour de vis sous Charles X qui provoquera justement la révolution des Trois Glorieuses, la révolution de 1830. et sont bridés en particulier ces grands notables évoqués par Saint-Simon dans la magnifique parabole que vous évoquiez en introduction, c'est-à-dire les banquiers, les négociants, eux les industriels. Et ce sont eux qui d'une certaine façon vont instrumentaliser le peuple en juillet 1830 pour prendre le pouvoir. Je rappellerai à nos auditeurs que les deux présidents du conseil successif, les deux premiers de Louis Philippe, c'est un banquier, Jacques Lafitte, homme du mouvement, et c'est un homme plus conservateur, mais banquier lui aussi, qui s'appelle Casimir Perrier. Le fait me semble extrêmement significatif.
Xavier Mauduit
C'est important de le souligner, effectivement, parce que ce moment 1830 nous parle, cette révolution de 1830, les 27, 28, 29 juillet, les Trois Glorieuses qui mettent fin à la restauration de hors Charles X et qui mettent en place ce qu'on a appelé la monarchie de juillet. Bonjour, Louis-Philippe, je vous propose. d'écouter un discours, un discours essentiel, celui d'Alphonse de Lamartine, son discours de réception à l'Académie française. C'est le 1er avril 1830, on est donc juste avant la Révolution. C'est une lecture par Élodie Hubert. Messieurs, appelé par votre indulgence, bien plus que par mes faibles titres, à l'honneur dont je viens jouir aujourd'hui, avoir un nom qui vous emprunte tout et qui vous rend si peu, inscrit parmi les noms du siècle dont vous êtes l'ornement et l'élite, J'ai tardé longtemps à venir prendre acte de cette part d'illustration que vous m'avez décernée, à vous apporter le tribut de ma reconnaissance et de mon bonheur, mon bonheur, j'en avais alors, la distinction dont vos suffrages m'honoraient, cette gloire des lettres dont votre choix est la récompense ou le présage, cet éclat d'estime et de bienveillance que répand sur une famille, sur une patrie tout entière l'élection d'un de ses enfants, Toutes ces joies de l'esprit, de la famille, de la patrie étaient doublées pour moi. Le discours d'une sensibilité inattendue de Lamartine lors de sa réception à l'Académie française le 1er avril 1830, une lecture par Élodie Hubert dans le cours de l'Histoire. Nous l'entendons dans ce discours, Lamartine évoque l'élection d'un de ses enfants de la patrie. Il y a cette conscience qui s'instaure, alors fruit de la Révolution française qui a eu lieu quand même bien plus tôt, 50 ans plus tôt. Cette idée que voilà, maintenant, il y a des élites, mais ces élites sont plus ouvertes. Vous l'avez évoqué, Eric Anceau, les élites de la finance, les élites de l'industrie, tout doucement s'approchent du pouvoir. Il y a dans ce milieu, premier tiers du 19e siècle, une évolution du rapport à l'élite.
Éric Anceau
Tout à fait. Alors bravo pour cette pastille que je découvre là, je ne savais pas que vous la mettriez dans l'émission. Ce discours de Lamartine de réception à l'Académie française, elle est très intéressante. Alors avec cette petite ambiguïté, n'est-ce pas, qu'Alphonse de Lamartine lui-même est noble, mais il n'est pas un grand noble, ce n'est pas un grand aristocrate. Il utilise dans l'extrait que vous avez retenu un mot très intéressant qui est celui de l'illustration. Qu'appelle-t-on l'illustration dans ce premier XIXe siècle? Ce sont des gens qui brillent par leurs talents intellectuels. Et depuis le XVIIIe siècle et le rôle joué par Voltaire, alors le mot intellectuel n'est pas utilisé, il faudra attendre l'affaire Dreyfus, mais l'idée est bien là, il y a un autre pouvoir qui est en train d'émerger, c'est celui des hommes de plume. c'est celui des philosophes, des gens qui font profession de réfléchir et qui viennent aiguillonner le pouvoir et qui viennent au besoin donner une voie à suivre au peuple. Alphonse de Lamartine incarne remarquablement cela. Il faut savoir que Lamartine pouvait lui être député parce que, bien qu'étant un peu désargenté, le peuple s'était cotisé pour lui permettre d'obtenir le sens nécessaire. Il y a un autre cas très intéressant qui est un contemporain de Lamartine, c'est le philosophe de la Sorbonne, Victor Cousin, peut-être le plus grand. en philosophe français du XIXe siècle, imaginer lui n'est pas censitaire. Il deviendra bien évidemment ministre par la grâce du roi Louis-Philippe, mais il n'est pas censitaire. Il y a ce fameux écart que j'évoquais tout à l'heure. Et puis, l'éruption du peuple, on la retrouve avec ses intellectuels derrière en 1848. Et Lamartine, là, occupe le premier rôle. Il deviendra l'un des révolutionnaires de 48 et le ministre des Affaires étrangères. de la jeune Deuxième République.
Xavier Mauduit
Oui, lors de la révolution de 1848, effectivement, Lamartine est présent sur le perron de l'hôtel de ville à Paris. Et il y a ce mouvement qui nous intéresse dans le cours de l'histoire sur ce rapport complexe à l'élite. Éric Enceau, les élites françaises des Lumières au grand confinement, il y a plusieurs manières en tant qu'historien d'aborder l'élite. Il y a Le texte, bien sûr, de critique. Trouvez ce biais qui va vous permettre d'identifier comment sont perçus les élites. Et parfois, de manière étonnante, il y a aussi le fait divers. Alors, on va écouter un extrait de la sublime émission « La caméra explore le temps », une diffusion en 1962, à propos d'un crime. C'est un crime, un meurtre, un suicide, beaucoup de mystères. C'est le duc de Pralin. Difficile de faire plus belle aristocrate en France qui a poignardé sa femme. Et le scandale est là, couvre jusqu'au suicide du duc de Pralin. Enfin, suicide, pas suicide. Écoutons ce crime sous Louis-Philippe dans la caméra Explore
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
le Temps. Le duc a été victime d'un empoisonnement. Qu'est-ce que vous dites? Que vous avez très bien entendu, mon cher collègue. Un empoisonnement? Monsieur, si le duc s'est suicidé, nous n'y sommes pour rien. Eh bien, je parie que ce ne sera pas l'avis général. Comment? Il y aura toujours de mauvais esprits pour dire que ce suicide est survenu bien à propos. Pour couper court au scandale et éviter ainsi un procès public. Vous égarer les deux cases. Il serait ridicule de soutenir que le gouvernement a poussé le Duc à s'empoisonner. Mais je ne dis pas qu'il l'a fait. Je dis qu'on dira qu'il l'a fait. De sorte que le Duc risque de mourir sans avoir été arrêté. Le poison aura empêché l'arrestation d'un père de France, ami du roi. Un si grand nom. Une si noble famille. Je croyais que ces choses-là n'arrivaient que chez
Xavier Mauduit
les ouvriers. Eh bien non, ça n'arrive pas que chez les ouvriers. C'est un extrait de la caméra Explore le Temps 1962 à propos d'un fait divers en fait. La mort du Duc de Pralin. Nous sommes en 1847 sur ce moment-là. 1847 sous la monarchie de Juillet. Personne n'imagine encore parce que les gens ne connaissent pas le futur en 1847 mais que la monarchie de Juillet s'effondre l'année suivante. Eric Anceau, en quoi ce type d'affaires montre combien l'historien peut utiliser le fait divers pour essayer d'identifier la défiance qui s'installe envers
Éric Anceau
les élites? Oui, alors dans les années 1840, vous avez une grande défiance vis-à-vis du régime, la monarchie de Juillet, qui est devenue très, très impopulaire. Le fils du roi, malheureusement, avec une conjonction de planètes très mauvaise pour Louis-Philippe, meurt. Lui était populaire, le duc d'Orléans, d'une chute de cheval en 1840. Mais vous avez un fond de crise économique et sociale très, très important. La politique étrangère et intérieure du roi qui ne va pas. Et puis ces fameux scandales. Et là, avec cette pastille, on illustre effectivement l'un des plus grands scandales de l'époque. Il n'est pas le seul. Vous avez des scandales également de conflits d'intérêts, de prévarications. Le ministre des Travaux Publics teste avec un ancien ministre de la Guerre qui s'appelle Kubierre, c'était en 1842-1843, qui tremble dans une affaire de pot de vin. Et des affaires comme ça, vous en avez des dizaines. Mais alors, celle-là, celle que vous avez retenue, est particulièrement intéressante. parce que ça va être le plus grand scandale en 1847. Un père de France, imaginez, le duc de Choiseul-Pralin, qui avait fait plus de 8 ou 9 enfants à la fille du maréchal Sébastiani, qui était ministre de la guerre, donc là on est dans les plus hautes sphères de l'État, et qui la poignarde. Alors c'est assez mystérieux, mais on l'emprisonne et figurez-vous qu'il est retrouvé, comme on le voyait dans la pastille, mort dans sa cellule. Il s'est en fait très probablement suicidé pour éviter le scandale qui le frappe et qui affecte sa famille. Mais le peuple s'empare de l'affaire. Non, il ne s'est pas suicidé. Vous savez, les rumeurs, le complotisme et de tout temps, on en parle beaucoup aujourd'hui avec les fake news, mais il y avait tout ça déjà au 19e siècle et même avant. Et on va s'imaginer qu'il a été assassiné par le pouvoir. parce qu'il portait de très très lourds secrets et donc il ne fallait pas qu'il les divulgue au moment de
Xavier Mauduit
son procès. Je suis ravi que nous nous arrêtions sur ce fait d'hiver de 1847, la mort du Duc de Choiseul-Pralin, parce qu'Eric Anceau, vous avez dressé le panorama du moment, le contexte, une crise économique et sociale, aussi
Éric Anceau
à l'international.
Xavier Mauduit
C'est compliqué. La presse, il faut le souligner, le développement de la presse et puis ce sentiment de complot. Évidemment, ça fait écho à ce que nous pouvons vivre aujourd'hui. Nous sentons que la crise est ici. Il n'y avait pas la pandémie à ce moment-là, mais quoique le choléra n'était jamais bien loin. Eric Anceau. Justement, ce regard que vous portez sur les élites françaises sur le temps long des lumières au grand confinement, il y a sans cesse des relations que vous faites entre les moments où les élites sont très contestées et vous retrouvez des traits similaires entre, par exemple, sous la monarchie de Juillet et puis à d'autres moments, crise économique, perte de confiance dans ces élites. C'est le
Éric Anceau
cocktail d'étonnant. C'est l'un des cocktails détonants. Alors il y en a un autre qui est celui de la guerre. La guerre perdue. Alors on a 1870, on évoquera peut-être en détail tout à l'heure l'épisode 1870, un régime qui lui est populaire, en dépit de ce qu'a pu écrire la Troisième République ensuite, qui est le Second Empire. puisqu'il vient de se ressourcer dans les urnes. Vous avez eu un plébiscite libre avec des réunions contradictoires le 8 mai 1870 pour le passage à l'empire libéral qui a donné un score très favorable à l'empereur Napoléon III. Et pourtant, patatras, son régime s'écroule le 4 septembre 1870. Tout simplement parce que l'Empereur est défait sur le champ de bataille, Sedan bien évidemment, par les Allemands. Et ça les Français ne le pardonnent pas à leur chef de l'État. Alors là c'est une faillite de l'élite politique de l'Empereur et des élites militaires. Mais cela se reproduira à 70 ans de distance, à l'autre bout de la Troisième République. Elle d'ailleurs chutera à cause de ça en 1940. Marc Bloch nous a laissé, et d'ailleurs je fais une petite incise, c'est la lecture il y a une vingtaine d'années du livre de Marc Bloch « L'étrange défaite » qui m'a donné l'idée de ce livre. Puisque Marc Bloch disait dans ce livre qu'il a écrit à chaud et qui sera publié de façon posthume après qu'il ait été fusillé par les Allemands, il disait que toutes nos élites, pas seulement les élites politiques mais également les élites intellectuelles et les élites militaires avaient failli en 1940. C'est ce qui s'est
Xavier Mauduit
produit en 1870 aussi. Oui, cette faillite des élites est quelque chose qui vient de manière récurrente dans le débat. Alors 1940, évidemment. 1870, il faut le rappeler. 1870, où la République proclamait le 4 septembre. explique le désastre militaire lors de la guerre face à la Prusse par l'impréparation de l'Empire qui vient de chuter. Mais en fait, très vite, la République elle-même est contestée. Je vous propose un extrait du téléfilm La Commune de 1871, un téléfilm de Céline Clerval-Miaux qui évoque quelques semaines après, quelques mois après le 4 septembre 1870, quand la Troisième République est proclamée, combien ce qui vont devenir les communards, les communards
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
contestent cette jeune république. Le gouvernement, qui le 4 septembre s'est chargé de la défense nationale,
Éric Anceau
a-t-il
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
rempli sa mission? Non. Nous sommes 500 000 combattants et 200 000 Prussiens nous étreignent. À qui la responsabilité? Sinon à ceux qui nous gouvernent. Ils n'ont pensé qu'à négocier au lieu de fondre des canons et de fabriquer des armes. Ils ont laissé en place les Bonapartistes et mis en prison les Républicains. Par leur lenteur,
Éric Anceau
leur indécision, leur inertie, ils nous ont conduits
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
jusqu'au bord de l'abîme. Ils n'ont su ni administrer, ni combattre. Place au peuple,
Xavier Mauduit
place à la commune! Mmh... Et là, tous les auditeurs, les auditrices de France Culture fredonnent le temps des cerises. Eric Anson, nous l'entendons dans cet extrait du téléfilm La Commune de 1871. Il y a ce vocabulaire qui nous interpelle aujourd'hui. La guerre continue après la chute de Napoléon III. C'est la République qui mène maintenant le combat contre la Prusse qui devient l'Allemagne. Et nous avons ce vocabulaire Impréparation, indécision, inertie. Alors là, il est question de canons et d'armes et non pas de masques et de lits de réanimation. Mais c'est un discours constant, toujours. Et c'est ce que l'on cherche aujourd'hui à comprendre avec vous, Éric Enceau, dans le cours de l'histoire, c'est comment se construit cette défiance face aux élites. Il y a cette idée que l'élite doit être préparée. L'élite est au pouvoir. pour organiser la vie de la société. Et donc,
Éric Anceau
l'impréparation est immédiatement critiquée. Exactement. Une impréparation, un manque, je dirais, de vision à moyen et à long terme de l'élite. 1870, c'est quand même une impréparation à la fois diplomatique et militaire. Je rappelle en deux mots les choses. Nous pensions pouvoir compter dans une lutte qui s'annonçait depuis la bataille de Sadovar, juillet 1866, lutte contre Bismarck, contre la Prusse et éventuellement contre une grande partie de l'Allemagne, ce qui va être le cas, tous les Allemands vont se retrouver contre nous, nous pensions pouvoir compter sur l'Autriche d'une part, l'Autriche-Hongrie et sur l'Italie. Et en fait aucun accord n'avait été signé. Le Quai d'Orsay, le ministère des affaires étrangères et Napoléon III vont en quelque sorte endormir la population et les députés en disant mais nous avons ces alliances et en fait d'alliances il n'y aura point. Ni les Italiens ni les Autrichiens n'entreront en guerre et resteront prudemment en retrait au moment de la guerre de 70 et en préparation militaire. Alors bien évidemment la phrase qu'on prête au maréchal Leboeuf, le ministre de la guerre, devant le conseil des ministres et puis ensuite devant la commission parlementaire chargée d'examiner si oui ou non il faut entrer en guerre, cette phrase qui est « notre armée est prête jusqu'au dernier bouton de guêtre » est apocryphe. Mais l'idée est là, c'est-à-dire que le maréchal Leboeuf disait que nous pourrions mobiliser, réunir nos troupes très rapidement. que nous avions le matériel nécessaire et qu'il ne fallait pas tarder à entrer en guerre. Très rapidement, dès le mois d'août 1870, dès les premiers combats, on se rendra compte que tel n'est pas le cas. Succession de défaites
Xavier Mauduit
absolument incroyables. cette guerre de 70. Oui, et là, nous sommes sur un moment où les élites sont contestées parce qu'elles ont failli de manière factuelle. Il y a une défaite, donc il y a une contestation. Mais cette construction du rapport à l'élite se fait sur un temps assez long, toujours, parce qu'encore en 1870, il y a cet héritage de la Révolution de 1789 qui est présent. Et d'ailleurs, la Commune de Paris, 1871, se revendique de ces révolutionnaires du temps passé. Il y a en fait ce jeu constant, mais on trouve toujours cette source révolutionnaire, ce désir d'égalité. Et si une élite est
Éric Anceau
acceptée, c'est qu'elle doit être exemplaire. Exactement. Alors là, ça nous renvoie à une forme de schizophrénie française qu'ont très bien décrit nos camarades étrangers, parce que nous avons peut-être plus de mal à le voir. Je pense à un livre qu'avait publié Ezra Suleiman, le grand politiste américain. il y a une douzaine d'années, et qu'il avait appelé justement « schizophrénie française » au pluriel. Les Français ont ce besoin de verticalité, d'autorité, d'ordre, hérité en grande partie de notre monarchie décapitée en 1793, et qu'on retrouve d'une certaine façon sous la Vème République du général de Gaulle. Mais en même temps, ils ont soif d'égalité, ils n'aiment pas les têtes qui dépassent. Et les élites doivent être à la fois exemplaires, proches du peuple, omniscientes, tout ça, et vous en conviendrez, bien compliqués. Ça nous renvoie peut-être également aussi au problème de la formation des élites. Il
Xavier Mauduit
y a peut-être une carence à ce niveau-là. Alors, le problème de la formation des élites nous conduit même à réfléchir sur la pensée que les élites ont elles-mêmes de la formation de ceux qui doivent leur succéder éventuellement. C'est la question notamment de l'École nationale d'administration. Alors, une ébauche en 1848 qui n'a pas duré bien longtemps, mais il y a surtout l'École nationale d'administration mise en place après la Seconde Guerre mondiale. Je vous propose d'écouter le général de Gaulle Pensons au général de Gaulle en cette année 2020 et sa disparition il y a 50 ans. Le général de Gaulle qui s'exprimait en 1963 devant
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
l'association des anciens élèves de l'école nationale d'administration. Après avoir eu à décréter, il y a déjà pas mal d'années, la mise au monde de l'école nationale d'administration, je me félicite de tout mon cœur de l'avoir prospéré. Je le dis avec grand plaisir en présence de celui qui me l'a alors conseillé, le président Michel Debré. Et il m'est fort agréable d'être accompagné dans cette cérémonie par un ministre d'État qui était à cette époque secrétaire général du gouvernement et par deux anciens élèves qui sont aujourd'hui ministres. si le service de l'État est foncièrement honorable. C'est d'abord parce qu'il associe ceux qui y participent aux responsabilités les plus élevées qui soient les responsabilités de la puissance publique. Et c'est aussi parce qu'à travers l'État, On sert, d'une manière directe et à tout prendre, des intéressés, la collectivité humaine et nationale. Combien est-ce vrai surtout quand l'État, c'est la
Xavier Mauduit
République et quand la collectivité, c'est la France. le général de Gaulle en 1963 devant l'association des anciens élèves de l'ENA, Eric Anceau. Il y a dans ce discours, et c'est toujours émouvant d'entendre le général de Gaulle parce que les phrases sont belles, le discours est bien construit et puis il y a une vision globale. Mais à côté de ça, nous connaissons la contestation très forte qu'il y a de cette école nationale d'administration. Donc il y a toujours ce
Éric Anceau
tiraillement, cette nécessité d'équilibre qui parfois est rompue. Exactement. Si on propose très rapidement une vue panoramique de la formation de nos élites, on se rend compte pour revenir au XIXe siècle, à l'époque des dénotables, que celles-ci sont formées principalement à l'école de droit de Paris, qui propose en fait une exégèse du code civil sans aspect pratique, on n'enseigne pas le droit administratif, On n'enseigne pas l'économie politique. Et à Polytechnique, qui est, comme l'est aujourd'hui l'ENA, totalement dévoyée. C'est-à-dire que c'est à l'époque, quand elle a été créée sous la Révolution et portée au pinacle par Napoléon Bonaparte, une école qui est chargée de former les ingénieurs. Mais on va les retrouver dans les cadres de l'État. Mon collègue Bruno Bellost avait montré que 3 000 polytechniciens, dans le premier XIXe siècle, deviennent ministres, députés, conseillers d'État, etc. Alors 1870, grande réforme, on crée l'école libre des sciences politiques pour essayer de créer un nouveau personnel politique ayant l'esprit plus pratique et ayant le sens de l'État. Et c'est le sens de la recréation de l'ENA par le général de Gaulle et Michel Debré en 1945. Je dis recréation, vous l'aviez tout à l'heure rappelé, il y a une première ENA sous la deuxième république en 1848 mais qui fera long feu en 1849. Quelle est l'idée de ces deux ENA? La méritocratie. Ce doivent être les meilleurs qui, par des concours, doivent devenir les hauts fonctionnaires de l'État. Ils doivent être bien formés, avoir l'esprit à la fois pratique mais bien construit, bien structuré avec une colonne vertébrale. Ils doivent avoir le sens de l'honneur et de l'État. Enfin, ils doivent être cantonnés dans la haute fonction publique. C'est ce que voudra le général de Gaulle en arrivant au pouvoir en 1958. Alors on pourra reprocher une forme de technocratie, un pouvoir politique qui s'appuie en fait sur les énarques, sur les technocrates, mais une forme de cloisonnement. Très peu de ces énarques deviennent députés et ministres sous la république gaullienne. Et le problème que nous avons aujourd'hui, et tout le monde le sait depuis une quarantaine d'années, c'est que les énarques ont tout investi. Ils ont investi les milieux économiques, on les retrouve à la tête des entreprises du CAC 40. Ils ont investi les milieux politiques. Édouard Philippe, Jean Castex, Emmanuel Macron sont tous énarques. Donc si vous voulez, il y a un brouillage et on se pose la question de savoir
Xavier Mauduit
si on n'est pas passé des élites à... Voilà, des élites à une élite qui est la véritable question. C'est quelque chose qui nous interpelle sur le contemporain. Eric Anceau, je rappelle que vous enseignez à la Sorbonne, vous enseignez également à Sciences Po en enseignant... Pendant des années, vous pouvez accumuler des réflexions suffisantes pour écrire les élites françaises des lumières au grand confinement. J'imagine que, je fais de la fiction, vous avez écrit depuis des mois, des années sans doute, en écrivant des lumières haut. J'imagine que vous avez un moment écrit au gilet jaune et l'actualité vous a rattrapé et vous vous êtes dit je vais aller plus loin, j'allais au grand confinement. En quoi ce grand confinement est intéressant aujourd'hui dans notre rapport particulier? aux élites ou, pour le dire autrement,
Éric Anceau
à l'élite vu que plusieurs élites ont fusionné. Oui, je vois Xavier que vous m'avez très très bien lu. Alors effectivement, mon livre devait paraître en mars dernier, au moment où nous avons été confinés par le gouvernement. Et je me suis dit qu'il serait peut-être intelligent, pertinent en fait, de différer de six mois la publication de mon livre pour essayer d'analyser en fait la manière dont le gouvernement allait réagir à la crise pandémique qui nous frappait. Et je n'ai pas été déçu en ce sens, on ne peut pas jeter la pierre au gouvernement, on le voit aujourd'hui, il y a bien évidemment d'autres démocraties, d'autres pays qui ont encore plus mal géré que la France et que son gouvernement, la pandémie. Simplement, les récurrences se trouvent vérifiées, impréparation de nos hôpitaux, mesures erratiques prises par le gouvernement, et puis également faillite d'une partie de nos élites. Alors je n'ai pas pu le mettre bien évidemment dans le livre parce que je risquais des procès, mais j'ai eu des confidences au sommet de l'État de hauts fonctionnaires qui ont été totalement défaillants pendant cette crise, comme ils avaient pu l'être en 1870 et en 1940, pris de panique, qui se sont fait porter pâle pour ne pas avoir à agir. Donc
Xavier Mauduit
vous voyez, là encore une fois, des récurrences. des récurrences sur le modèle français, Eric Enceau. Et puis, vous l'avez évoqué, il y a souvent la comparaison avec les autres pays. C'est nécessaire de comparer avec les autres pays. Il faut dire que la France en sort pas plus mal ou un peu plus mal. Il y a des débats avec d'autres pays. Y a-t-il
Éric Anceau
une spécificité française de notre rapport aux élites? Oui, sur le temps long, c'est ce que j'ai voulu montrer dans le livre. Regardez, vous disiez à l'instant que la France ne s'en sort pas plus mal que d'autres pays, et vous avez parfaitement raison. Et pourtant, en avril dernier, je le mets d'ailleurs dans l'épilogue de mon livre, on a questionné les peuples européens, mondiaux, pour savoir comment ils considéraient qu'était gérée la crise dans leurs différents pays. Et la France figurait en queue de classement. Donc vous voyez, il y a cette défiance qui est très très nette en France. Alors cela dit, on voit la montée des mouvements populistes. Pas besoin ici que j'épilogue au lendemain des élections américaines. Mais en Amérique, au Brésil, en Allemagne d'une certaine façon, en Grande-Bretagne, en Italie récemment, il y a une colère des peuples et pas seulement du peuple français. sur la manière dont leurs élites gèrent la
Xavier Mauduit
mondialisation, les crises multiformes qui nous frappent aujourd'hui. Oui, et puis Eric Anceau, vous terminez votre ouvrage en insistant bien que les élites ont une responsabilité des devoirs à assumer en contrepartie de ces privilèges. à commencer par la domination sociale, œuvrer pour le bien commun, faire preuve de compétence, d'exemplarité, d'intégrité, savoir entendre les doléances du peuple. Il y a ça aussi à rappeler pour comprendre cet équilibre social. Il y a
Éric Anceau
des privilèges peut-être d'un côté, mais des devoirs. Exactement, c'est tout à fait fondamental pour le consentement, en particulier en démocratie, à être gouverné par des élites. Alors cependant, ne tombons pas dans la caricature, le peuple a aussi, bien évidemment, c'est un jeu, c'est un dialogue, une part de responsabilité. Je serais tenté de dire qu'on a aussi
Xavier Mauduit
d'une certaine façon les élites que l'on mérite. Qu'on a les élites que l'on mérite, c'est une jolie conclusion, Éric Anceau. Merci beaucoup à vous. Je rappelle le titre de votre ouvrage, Les élites françaises, des lumières au grand confinement. C'est publié
Éric Anceau
aux
Xavier Mauduit
éditions Passé Composé. Merci beaucoup, Éric Anceau. Merci. Lui va nous aider aussi à comprendre. Une question simple, une réponse
Narrator/Actor (various historical reenactments and readings)
éclairante. C'est Gérard Noiriel, le pourquoi du comment. Peut-on réprimer la violence sur un terrain de rugby? Régulièrement, les médias se font l'écho des incidents qui ont lieu sur les terrains de football ou de rugby. Loin d'être nouvelles, les polémiques concernant la responsabilité des joueurs, des spectateurs, des fédérations et des pouvoirs publics ont, elles aussi, une histoire. Elles ont commencé à passionner le grand public dans l'entre-deux-guerres, comme l'a montré l'étude de Christophe Granger consacrée à l'affaire Taillentout. Le 4 mai 1930 se tient à Bordeaux la demi-finale du Championnat de France de rugby qui oppose l'équipe d'Agin à celle de Pau. Après 7 minutes de jeu, Michel Pradier, l'un des joueurs agenés, est violemment plaqué au cou par un adversaire qui lui fracture la colonne vertébrale à la base du crâne. Pradier est évacué du terrain et dans la nuit, il succombe à sa blessure. En janvier 1931, quelques mois après les faits, Fernand Taillentoux, l'auteur du « Plaquage », est reconnu coupable d'homicide par imprudence et, dans un premier temps, condamné à trois mois de prison avec sursis. Cette affaire va provoquer une immense polémique, impliquant tous les acteurs d'un sport en pleine mutation. Introduit à Paris et dans les grandes villes du Sud durant les années 1880 par des hommes issus de la bourgeoisie d'affaires et des professions libérales, le rugby commença à bénéficier du soutien des municipalités progressistes après la Première Guerre mondiale, devenant du même coup un important vecteur d'identité locale. La naissance de la Fédération française de rugby, fondée en 1919, contribua fortement à la multiplication du nombre des clubs et au développement d'un professionnalisme déguisé pour attirer les meilleurs joueurs. D'où une concurrence de plus en plus vive entre les joueurs qui expliquent le durcissement dans les manières de pratiquer le rugby. De plus en plus souvent, les matchs dégénèrent en bagarre qui contredisent les nobles principes de l'amateurisme. Les dirigeants des principaux clubs du pays, qui sont pour l'essentiel des notables locaux du Sud-Ouest, prennent alors leur distance avec la Fédération. Le drame de Bordeaux est à leurs yeux la confirmation des dérives de leur sport, alors que les dirigeants de la Fédération, qui sont soutenus par les agents de l'État chargés de la promotion du sport en France, l'attribuent à la fatalité. Les magistrats et les juristes durent alors trancher une série de points décisifs dans l'histoire des sports collectifs. La question centrale était de savoir si l'on pouvait reconnaître l'existence d'un droit à la violence sportive au sein des sports considérés comme violents, tels que le rugby. Finalement, la Cour d'appel de Bordeaux estima que lorsqu'il s'agit d'actes exécutés en conformité avec les règles sportives en question, le monde sportif est souverain et la justice n'a pas à s'en mêler. Mais quand tel ou tel acte contrevient à la règle sportive, alors ce n'est plus de sport qu'il s'agit. Les fautes commises engagent la responsabilité de leur auteur et peuvent être sanctionnées par le droit. L'affaire Taillentout fut ainsi un maillon important dans la constitution du droit du sport en France. En posant la question de la responsabilité pénale d'un joueur pour un geste commis dans le cadre d'un match, elle ouvrit une vaste réflexion sur la définition de ce qu'est un sport et sur
Xavier Mauduit
la nature particulière des actions qui s'effectuent en son nom. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission préparée par Valentin Lovrens, Anne Toscane-Judès, Marion Dupont, Odile Jouessel. Une émission dont la programmation est assurée par Maïwenn Giziou, les élites en temps de crise, des tyrans face à la démocratie athénienne, à l'empire carolingien qui se délide, des émissions à écouter. et réécouter en podcast la balade de diffusion sur le site franceculture.fr et sur l'application Radio France. Demain, il y a du sang dans l'encrier 1944-1945 avec Gisèle Sapiro pour son ouvrage « Des mots qui tuent la responsabilité de l'intellectuel
Le Cours de l'histoire
France Culture – "Les élites en temps de crise 7/4 : Des élites si peu populaires, de l’Ancien Régime à nos jours"
Date: 21 février 2026
Host: Xavier Mauduit
Guest: Éric Anceau (Historien, maître de conférences à la Sorbonne)
This episode explores the enduring tension between the French public and its elites, tracing the complex relationship from the Ancien Régime and the French Revolution to the present day, including today's crises such as the COVID-19 pandemic. Host Xavier Mauduit interviews historian Éric Anceau, author of "Les élites françaises, des Lumières au grand confinement," for a sweeping historical panorama of the forms, functions, and failures of various French elites.
Pluralité des élites : On distingue des élites au pluriel plutôt qu'une élite unique, recouvrant pouvoir politique, économiques, intellectuels, etc. (02:53–03:33).
« Il y a plusieurs élites, mais parfois … il peut arriver dans l’histoire que ces élites n’en fassent qu’une. Et c’est là où il y a un véritable problème. » — Éric Anceau (02:53)
Nécessité des élites en démocratie : Même les démocraties populaires n’ont jamais pu se passer d’élites (06:00–06:24).
« Aucune démocratie dans l’histoire n’a pu se passer d’élite… même la démocratie sombre dans l’anarchie. » — Éric Anceau (05:41)
Tableau fondateur de la rupture populiste avec la bourgeoisie : Image forte de la tête de Féraud brandie, symbolisant le moment où le peuple se sent trahi par ses représentants (04:20–05:12).
Élites divisées : Présence de plusieurs élites durant la Révolution — noblesse réformiste, bourgeoisie, parlementaires — menant à des alliances et ruptures successives (08:42–10:12).
« Les élites sont très divisées à l'époque… Il y a cette alliance qui va faire la révolution avant que le peuple ne chasse les nobles libéraux. » — Éric Anceau (08:42)
Conscience du peuple : La Révolution marque également l'entrée du peuple dans la sphère politique, tout en étant souvent instrumentalisé (10:51–12:44).
Monarchie censitaire & notables (1815–1848) : Pouvoir restreint à ceux payant un certain impôt, basculement du pouvoir de la noblesse aux bourgeois du secteur financier et industriel (15:00–16:42).
« Imaginez qu’au moment de la monarchie restaurée … 90.000 Français seulement sont électeurs et un peu plus de 15.000 sont éligibles. » — Éric Anceau (16:42)
Émergence des intellectuels : La reconnaissance du talent et de l’illustration ouvre une nouvelle porte à l’élite, incarnée par des figures telles que Lamartine (21:45–23:40).
« Le peuple s’empare de l’affaire… On va s’imaginer qu’il a été assassiné par le pouvoir parce qu’il portait de très très lourds secrets… » — Éric Anceau (26:16)
Crise de 1870 et 1940 : L’effondrement des élites en temps de guerre (politique, militaire, intellectuelle), illustrée par la défaite contre la Prusse (1870) puis contre l’Allemagne nazie (1940) (29:15–33:39).
« 1940… Marc Bloch disait… que toutes nos élites… avaient failli. » — Éric Anceau (29:15)
Discours récurrents de l’impréparation des élites lors des crises — Hier pour les canons, aujourd’hui pour les masques (31:43–36:00).
Exigence contradictoire : autorité et égalité (36:00–37:01).
« Les Français ont ce besoin de verticalité, d’autorité, d’ordre… Mais en même temps, ils ont soif d’égalité, ils n’aiment pas les têtes qui dépassent. » — Éric Anceau (36:00)
La question de l’ENA : Idéal de la méritocratie mis à mal par l’omniprésence des énarques dans tous les secteurs du pouvoir, créant une « fusion des élites » (39:17–42:12).
Pandémie et défiance renouvelée : Reproduction des schémas d’impréparation, confidences sur les défaillances dans la haute administration pendant la crise COVID-19 (43:01–44:23).
« J’ai eu des confidences … de hauts fonctionnaires qui ont été totalement défaillants pendant cette crise, comme ils l’avaient été en 1870 et en 1940, pris de panique … » — Éric Anceau (43:01)
Comparaison internationale & spécificité française : Malgré une gestion objectivement comparable à d’autres pays, la France demeure dernière au classement du ressenti populaire sur la gestion de la crise (44:38–45:38).
« Il y a des privilèges peut-être d’un côté, mais des devoirs. » — Éric Anceau (46:07) « D’une certaine façon on a aussi les élites que l’on mérite. » — Éric Anceau (46:28)
Sur la définition des élites:
« Il peut arriver dans l'histoire que ces élites n'en fassent qu'une. Et c'est là où il y a un véritable problème. »
— Éric Anceau (03:33)
Sur la méfiance structurelle:
« Un écart monumental entre le pays légal ... et le pays réel, c'est-à-dire la totalité des Français. »
— Éric Anceau (16:42)
Sur les élites et la verticalité française:
« Les Français ont ce besoin de verticalité, d'autorité, d'ordre ... Mais en même temps, ils ont soif d'égalité, ils n’aiment pas les têtes qui dépassent. »
— Éric Anceau (36:00)
Sur les crises récurrentes:
« J’ai eu des confidences ... de hauts fonctionnaires qui ont été totalement défaillants pendant cette crise, comme ils l’avaient été en 1870 et en 1940, pris de panique ... »
— Éric Anceau (43:01)
Responsabilité et exemplarité des élites:
« Les élites ont des devoirs à assumer en contrepartie de ces privilèges : œuvrer pour le bien commun, faire preuve de compétence, d'exemplarité, d'intégrité ... »
— Xavier Mauduit résume (45:38)
Phrase de conclusion:
« D'une certaine façon, on a aussi les élites que l'on mérite. »
— Éric Anceau (46:28)
| Timestamp | Segment | Theme | |-----------|---------------------------------------------------|----------------------------------------------------| | 00:00 | Introduction, parabole de Saint-Simon | Origine des élites, parabole animal/politique | | 02:53 | Définition des élites au pluriel | Pluralité et évolution historique des élites | | 04:20 | Illustration : la Révolution, alliance/rupture | Violence, rupture entre peuple et représentants | | 10:51 | Place du peuple, conscience politique | Naissance du politique moderne populaire | | 13:21 | Jeu de défiance entre élites et peuple | Insurrections, équilibre social instable | | 16:42 | Cens, notables, inégal accès au pouvoir | Démocratie censitaire, exclus du vote | | 21:45 | Lamartine, "illustration", naissance des intellectuels | Mutualisation du mérite, élite culturelle | | 24:41 | Crime du duc de Pralin, défiance et rumeurs | Fait divers, défiance envers l'élite | | 29:15 | 1870, 1940 : marasmes, faillite des élites | Crises militaires, responsabilité | | 31:43 | Récurrence des critiques d’impréparation | Discours populaire contre l'élite en crise | | 36:00 | Schizophrénie française: besoin d'autorité vs égalité | Double exigence pour les élites | | 39:17 | De Gaulle à l’ENA, formation de l'élite | Méritocratie, technocratie, subjectivité | | 43:01 | Grand confinement, réaction administrative | Récurrence historique des défaillances | | 44:38 | Spécificité française du rapport à l'élite | Sentiment populaire, comparaison internationale | | 45:38 | Les devoirs des élites, responsabilité des peuples | Éthique, équilibre et consentement | | 46:28 | « On a aussi les élites que l’on mérite » | Mot de la fin, boucle historique |
The conversation maintains an erudite but accessible tone, blending rigorous historical analysis with references to popular culture (films, pastilles, extraits de fiction), always attentive to drawing connections with the present. Anceau's language is precise, occasionally didactic, often relishing in the complexity of French history and national psychology.
| Period | Type of Elite(s) | Public Perception | Typical Crisis | |-----------------------------|-------------------------------------|-----------------------|-------------------| | Ancien Régime | Noblesse, clergé | Méfiance, distance | Réforme bloquée | | Révolution française | Nobles, bourgeois, "peuple" | Rupture, irruption | Insurrection | | XIXe siècle (monarchie/république) | Notables, industriels, financiers, intellectuels | Contestation, scandales | Crises sociales | | Troisième Rép./Empire | Bourgeoisie dominante, intellectuels | Fiabilité, puis défiance | Guerre, crise | | XXe siècle – aujourd'hui | Énarques, hauts-fonctionnaires, CAC40, politiques | Fusion, soupçon, populisme | Crise sanitaire, économique |
This episode offers a nuanced, deeply rooted exploration of French skepticism toward those in power — a skepticism that finds origins in history, but is reactivated at every major crisis. Mauduit and Anceau, with many concrete examples and historical detours, show that the expectations, failures, and legitimacy crises of elites are as much a part of French identity as the quest for equality and the recurring call for leaders to prove themselves worthy of their role.
For listeners seeking a comprehensive reflection on the French people’s relationship to those who govern, this episode is an exemplary resource—especially relevant in contemporary times of crisis.