
Les États-Unis et leurs voisins, de l’impérialisme en Amérique : États-Unis/Amérique latine, bananer pour mieux régner avec la United Fruit Co.
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A
Etats-Unis, Amérique latine, bananés pour mieux régner avec l'United Fruit Company. La banane est un fruit formidable, succulent, nourrissant. Il dispose, et c'est notable, d'un impeccable emballage naturel qui en facilite la conservation et le transport. La banane plait à tout le monde. A tous les âges, aux vieilles personnes et aux enfants. Les enfants qui s'amusent d'un rien et qui s'en servent comme d'une arme de substitution avec sa forme incurvée. La banane est un formidable pistolet, mais la banane est aussi une arme aux mains de l'impérialisme étasunien.
B
On prétend que les premières bananes ont été découvertes aux Indes par Alexandre le Grand avant notre ère. Par conséquent, qu'elles ont été introduites ensuite en Afrique, que les Portugais l'ont découvert en Afrique vers l'année 1500. Ils l'ont introduite aux Canaries.
C
Le cours de l'histoire.
B
Et que de là, elles ont été apportées avec lui à Saint-Domingue. Mais ce n'est qu'au début du XIXe siècle qu'elles sont arrivées à New York venant de Cuba.
D
Et si ce soir, vous mangez la banane par les deux bouts?
A
Et toi, Dudule, tu les aimes, les bananes?
C
Oh oui.
A
Et pourquoi donc?
E
Ah ben, ah ben, ah ben, ah ben, parce qu'il n'y a pas d'autres dedans.
A
Miam, miam, miam, Réventura et ses collégiens. Oui, la banane, il n'y a pas d'os dedans. Bonjour Romain Huret.
E
Bonjour.
A
Vous êtes historien spécialiste des Etats-Unis. Vous êtes président de l'école des hautes études en sciences sociales. C'est toujours un plaisir d'avoir des représentants de cette sublime institution. Alors d'avoir la personne qui la préside, c'est un véritable honneur. Et vous avez avec vous aujourd'hui pour discuter de cet impérialisme des Etats-Unis vers l'Amérique du Sud et l'Amérique latine, Karine Chavarochette.
E
Bonjour. Bonjour.
A
Vous êtes anthropologue de l'environnement et du travail, vous êtes spécialiste du Mexique et de l'Amérique centrale, chercheuse associée au Conservatoire National des Arts et Métiers. Romain Huret est dans les relations qui se nouent entre ce pays, les Etats-Unis, un pays en construction, c'est une langue de construction, et puis les voisins du Sud, on a quand même quelques jalons. La doctrine Monroe dans les années 1820 est souvent évoquée. Qu'est-ce que cette doctrine?
E
C'est une doctrine qui va mettre en garde la population étasunienne contre la menace d'entrer dans les alliances européennes. Et le risque que pourrait encourir la jeune république étasunienne si elle se mêlait des affaires du monde. Et Monroe dit attention... La république est fragile. Et dans l'histoire des républiques, à l'époque antique, à l'époque médiévale, à l'époque moderne, on a vu des républiques qui se sont effondrées à cause d'une envie de conquête, à cause des guerres. Et donc Monroe met en garde la population, met en garde les futures générations, sur le risque de se mêler les affaires du monde. Et donc il faudra attendre 1898 et la guerre à Cuba. pour voir cette doctrine Monroe s'infléchir et la population étatsunienne entrer volontairement en guerre et se mêler des affaires du monde.
A
Romain Huret, ça signifie que quand le président Monroe, président des Etats-Unis dans les années 1820, avant ce qui a par la suite été nommé la doctrine Monroe, il ne considère pas que l'ensemble du continent américain est le précaré des Etats-Unis, c'est plus subtil que ça?
E
Absolument. Pour l'instant, il sait très bien que le pays est engagé dans une conquête des territoires de l'Ouest, et une conquête qui va occuper le pays des années 1820 jusqu'à 1893, qui est la date qui est souvent avancée par les historiens pour indiquer la fin de ce qu'on appelle la frontière, ce grand mouvement de conquête de l'Ouest et d'achèvement de l'unité territoriale. Donc à ce moment-là, Monroe ne pense qu'à la conquête de l'Ouest et que à la possibilité du pays de devenir une grande république avec des terres conquises à l'ouest. Ce qui est intéressant, c'est que vous avez deux dates, 1893, fin de la frontier, achèvement du territoire, cinq ans plus tard, Cuba, et dix ans plus tard, on s'intéresse beaucoup à ce qui se passe au sud des Etats-Unis.
A
Pourquoi 1898 d'ailleurs la volonté des Etats-Unis de s'intéresser à ce qui reste de colonie espagnole à Cuba et cette attaque de Cuba? Pourquoi à ce moment-là il est important pour les Etats-Unis de prendre pied ailleurs que sur leur territoire?
E
Alors c'est une question qui a beaucoup intrigué les historiens et les historiennes. Pourquoi à ce moment-là? Il y a plusieurs raisons. Il y aura une raison officielle qui est de défendre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. le droit du peuple cubain à disposer de lui-même. Donc on va avoir toute une rhétorique autour de la démocratie et de la guerre juste. les Etats-Unis interviennent pour sauver un peuple de la tyrannie impériale. Mais derrière tout cela, on voit déjà se mêler, ce dont nous allons parler aujourd'hui, des intérêts économiques, des intérêts politiques, et l'impérialisme américain a démarré.
A
Avec des bananes. Karine Chabarochette, vous êtes spécialiste de cette idée de frontière et d'identité. Je reprends des éléments du titre de votre thèse, qui a été publiée d'ailleurs. Frontières et identités en terres mayas, Mexique, Guatemala, 19e, 21e siècle. Cela signifie que, malgré tout, vu du sud, les Etats-Unis représentent non pas une menace, mais en tout cas un voisin qu'il faut surveiller. Il y a quand même des précédents. Le Mexique sait très bien que l'opposition aux Etats-Unis peut faire perte des territoires.
F
Oui, alors justement, il y a une vision, je dirais, un point de vue qui va être différent du côté du Mexique, qui est le voisin direct, mais qui a aussi une structuration politique, si je puis dire, beaucoup plus importante, héritée. Alors là, si on reprend tous les héritages historiques, la présence de l'Empire aztèque, les cités etat mayas, la nouvelle Espagne sous la colonisation espagnole, une indépendance également qui va s'affirmer. Et si on fait un bond en avant au début du XXe siècle, on va avoir la révolution mexicaine qui va aussi positionner le Mexique comme un état fort avec une construction nationale. Ce qui n'est pas du tout la même chose en Amérique centrale. et notamment au Guatemala, où on a des pays qui étaient déjà à la marge de l'Empire aztèque, déjà dans la gestion, puis aux marges également de l'Empire colonial espagnol, et donc les indépendances se font de cette manière.
A
Avec ici peut-être un peu de géographie à rappeler. Le Mexique fait partie de l'Amérique du Nord dans le découpage traditionnel.
F
Alors l'isme après, voilà, l'isme centraméricain part du Guatemala jusqu'au Panama. donc qui est considérée vraiment comme une terre à la fois intercontinentale et inter-océanique puisque la particularité est d'être sur les deux océans pacifiques et atlantiques.
A
Et quand nous parlons d'Amérique latine au moins c'est beaucoup plus simple parce que c'est tout ce qui est au sud des Etats-Unis.
F
Oui, de langue espagnole ou portugaise.
A
À partir de quel moment la banane arrive dans cette histoire-là? Parce que c'est intéressant, nous parlons ici d'un fruit absolument formidable qui n'était pas un fruit consommé tant que ça au 19e siècle. C'est à la fin du 19e siècle que la banane commence à intéresser?
E
Ce qui est très frappant dans cette histoire, c'est que la banane n'intéresse pas les Etats-Unis. Les Etats-Unis sont le pays de la pomme. Il y a un proverbe très connu aux Etats-Unis qui dit que la tarte aux pommes est étasunien comme la tarte aux pommes. Et progressivement, la banane va arriver. Un son qui l'a rappelé à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Et ce qui est fascinant dans l'histoire que nous racontons, c'est le moment où on va créer chez les consommateurs et les consommatrices un désir de banane. Il va falloir inventer une envie de consommer un fruit qui était peu ou pas présent dans la culture et dans la cuisine étasunienne. Et ça va se faire à une vitesse prodigieuse puisque en moins de 30 ans, la banane va devenir aussi étasunienne que la tarte aux pommes.
A
Elle est incontournable, très vite, cette banane. Mais c'est vrai que là aussi, quand on regarde un peu l'histoire de la colonisation et des plantations, nous associons pas cela à la banane dans un premier temps. On parle beaucoup de canne à sucre, on parle de plein de choses, mais pas foncièrement de la banane.
F
Oui, on parle de café notamment. Et si on repart même à l'époque coloniale, on est sur l'indigo ou l'extraction de bois précieux. Et au niveau agricole, effectivement, on est plutôt sur des plantations de café.
A
Avec, ici, un acteur, une actrice importante de cette histoire, parce que c'est une société dont le nom a vraiment marqué, et c'est cela qui est fascinant, l'ensemble du continent américain, mais même au-delà, parce qu'avec cette histoire alimentaire, on a un petit peu de politique. C'est l'United Fruit Company.
G
Je dirais que la United Fruit Company a été l'une des premières multinationales dans le secteur des matières premières. Elle a poussé la stratégie d'intégration verticale jusqu'à l'extrême. Elle est allée jusqu'à construire ce qui allait devenir la plus importante flotte de transport maritime privée du monde. Et elle a intégré toutes les étapes de la production jusqu'à la distribution aux Etats-Unis. C'était vraiment extrême pour l'époque. Mais ce n'est pas là qu'ils ont le plus innové. Ce qui est fondamental, c'est que cette entreprise a littéralement créé le marché des bananes, en même temps qu'elle a inventé un modèle pour transporter le produit vers ses consommateurs. En 1890, personne aux États-Unis ne savait ce qu'était une banane. En 1914, vous pouviez acheter des bananes dans toutes les villes des Etats-Unis.
A
La loi de la banane, c'est un documentaire de Jeffrey Jones avec ici en 2017 l'évocation de ce succès sidérant en l'espace de quelques années. Romain Huret, est-ce qu'il est possible de construire l'histoire de cette banane cultivée en masse et diffusée, on entend les années 1890, ça correspond d'ailleurs à ce que vous nous disiez, ce moment de bascule de la politique des Etats-Unis.
E
Ça correspond au moment de bascule, ça correspond aussi à une très forte urbanisation du pays. Et la banane aussi va être un fruit de culture urbaine, on va consommer massivement de la banane dans les villes aux Etats-Unis. Et donc on voit très bien la manière dont ce fruit qui était inconnu devient l'un des fruits les plus populaires, avec des techniques de publicité qui se diffusent aussi, une stratégie commerciale extrêmement agressive, c'est bien décrit dans le son que vous venez de nous faire entendre, et une organisation tout à fait stupéfiante de cette entreprise, United Food, qui va prendre en charge l'ensemble de la production, de masse, puisqu'elle va être massive, et de la consommation de masse dans le pays. Donc on a un symbole, et ça va être vu comme tel, du triomphe du capitalisme, et d'un capitalisme particulièrement prédateur.
A
D'ailleurs, j'entends bien que la population des Etats-Unis ne connaissait pas la banane, et d'un seul coup se met à manger des kilos et des kilos de banane. Du côté de l'Amérique du Sud, est-ce que la banane était consommée, vraiment consommée comme une évidence?
F
Consommé en banane plantain, ce qu'on appelle la banane plantain, qui est plutôt frite et cuisinée de manière salée, on trouve bien sûr une consommation de banane, mais pas autant que le cacao par exemple, qui est vraiment un produit local. La banane n'est pas considérée comme quelque chose d'extraordinaire, en tout cas au goût ou dans la consommation. C'est un fruit tropical parmi d'autres.
A
Et la banane plantain, c'est vrai que ce n'est pas du tout la même utilisation. Il ne vaut mieux pas manger une banane plantain s'il n'a pas été cuite. Romain Huret, 1898, les Etats-Unis qui prennent Cuba, ça c'est de l'impérialisme tel que nous l'entendons aujourd'hui. L'idée que les Etats-Unis sortent de leur territoire, c'est un nouveau rapport au voisin, à ce moment-là, au voisin du Sud, cette volonté de s'implanter à Cuba.
E
Alors c'est peut-être plus compliqué parce que c'est un impérialisme qui ne dit pas son nom et qui ne s'assume pas comme tel. La guerre à Cuba est une guerre démocratique, une guerre juste pour la population et elle est vendue comme telle par l'État qui en fait une guerre de défense d'un peuple opprimé par l'Empire Espagnol et donc il faut sauver ce peuple-là et l'Amérique entre... Je suis désolé, je dis Amérique et je me dis qu'il ne faut pas que je dise Amérique. On a le tort de le dire et je suis désolé de le dire. Je m'étais promis de ne pas le faire et de dire Etats-Unis à chaque fois mais c'est très difficile. parce que l'impérialisme a aussi conquis la sémantique et on parle d'Amérique tout le temps, on parle des Américains et je sais que mes collègues en Amérique latine, en Amérique centrale détestent cet usage du terme américain qui est un terme yankee et que l'historien des Etats-Unis que je suis le fait souvent. Donc je m'excuse si ma langue fourche et si je dis Amérique pour désigner les seuls Etats-Unis. Mais pour répondre à votre question, oui, 1098, c'est le début de l'impérialisme. Aujourd'hui, on le lit comme le début de l'impérialisme. Mais à nouveau, il n'est pas pensé comme tel par les acteurs qui voient une fois de plus la défense des valeurs états-uniennes et la défense de la démocratie.
A
Et puis on a quand même des territoires qui sont marqués par des siècles de colonisation et par l'esclavage aussi.
F
Oui, alors l'esclavage dans une moindre mesure justement, pas de la même forme qu'aux Etats-Unis. La traite, ce qu'on appelle la traite atlantique, donc effectivement au début de la colonisation espagnole quand les colons ont besoin de main d'œuvre, notamment pour les mines. et dans une moindre mesure pour l'agriculture, notamment aux Antilles. Donc la traite débute. Et on a des populations afro-descendantes qui vont s'installer dans la zone notamment caraïbe. Mais ces régions d'Amérique centrale, en tant que laboratoire du capitalisme, comme Romain Huret le disait, on va être plutôt là, à cette période-là, sur un travail quand même salarié. avec beaucoup, beaucoup de précautions à prendre, puisqu'il y a un système d'endettement qui va fixer les populations dans ces plantations et en faire des, on peut dire, semi-esclavage, mais pas en tant que tel comme aux Etats-Unis par exemple, on n'est pas du tout dans la même configuration. Et puis également, dans ce procédé-là, la United Food va s'appuyer sur les terres qui vont être de plus en plus disponibles. C'est-à-dire qu'on va chasser les populations, notamment Maya ou Bribri pour le Costa Rica, des populations autochtones de leurs terres, qui avaient, voilà, depuis, conservé depuis la période coloniale, tout un accès à la terre et à la culture, et qui va permettre à la fois de récupérer des terres, mais aussi d'avoir une main d'oeuvre pas chère et corvéable à Merci. Donc c'est un système, une articulation de politique libérale du XIXe siècle en Amérique centrale.
E
Cette question de l'esclavage et des dégâts archiraciales sont tout à fait importantes pour comprendre ce qui va se jouer. A la fin du XIXe siècle, tous les habitants des Etats-Unis sont persuadés que le peuple anglo-saxon est supérieur. aux autres peuples. Et il va y avoir un discours qui va suivre dans l'ensemble de la société. Théodore Roosevelt, qui va être le président, qui va ajouter un corollaire à la docterie de Monroe en justifiant des interventions ponctuelles, est très marqué par cela. Il a combattu à Cuba, il va en avoir en tête un régiment qui va devenir mythique aux États-Unis qui s'appelle les Rough Riders et qui sont un régiment composé d'hommes anglo-saxons supérieurs au reste de la population. Et on voit s'établir très vite dans cette démarche impérialiste des catégories raciales et des hiérarchies raciales. Il y a des peuples qui sont supérieurs aux autres. Et ça va jouer dans la compagnie United Food où on va distinguer des hommes qui sont solides, qui ont la capacité de travailler plus que d'autres. Et donc il y a des hiérarchies extrêmement fines qui vont être transmises par souvent des contre-maîtres qui travaillent pour United Food, contremettent qu'ils viennent souvent du sud des Etats-Unis et qui ont des préjugés raciaux très forts sur les bons travailleurs et les mauvais travailleurs avec des hiérarchies qui dépendent de la couleur de peau et des origines des travailleurs. Les Jamaïcains, par exemple, sont réputés comme étant durs à la tâche, capables de bien travailler, ils ne vont pas s'enfuir des plantations et ils travaillent sans se plaindre. Donc il y a des hiérarchies raciales extrêmement fortes et qui renvoient à celles qui dominent aux Etats-Unis à ce moment-là.
F
Et en parallèle des catégories raciales qui ont préexisté au moment de la colonisation espagnole et de l'Empire espagnol en effet.
A
Oui c'est quelque chose qui demeure. Moi j'entends ici Romain Heuret l'évocation du corollaire Roosevelt. Là on est au début du XXe siècle, 1904. Donc la doctrine Monroe, les années 1820. L'idée c'est les Etats-Unis ne se mêlent pas de l'ailleurs mais vous nous avez dit qu'il y a encore de l'espace à explorer. Donc là il n'y a pas de problème. On peut imaginer qu'à la fin du XIXe siècle, ça y est, Tout l'espace des Etats-Unis est connu, maîtrisé et dès lors on peut penser à l'ailleurs. C'est quoi ce corollaire Roosevelt à la doctrine Monroe?
E
Ce corollaire Roosevelt a été souvent résumé par une formule amusante. Il faut parler doucement à ses voisins mais avec un gros bâton. L'absurde révélateur de ma part. Le big stick, le gros bâton. Et Roosevelt est très tributaire des forces du capitalisme dominante à l'époque. Et ces entreprises souhaitent intervenir, souhaitent s'installer dans le sud des États-Unis et dans le sud du continent. Et donc il va mettre en place une corollaire qui justifie, qui légitime pour des raisons, de bonnes raisons, des raisons économiques, des raisons politiques, des interventions ponctuelles. Mais toujours avec l'idée que si les Etats-Unis interviennent, c'est avec de bonnes raisons. Il n'y a jamais de mauvaises raisons. Ça reste un peuple qui a été choisi par Dieu. La destinée manifeste est encore très présente dans le pays. Et donc finalement, on intervient, mais pour de bonnes raisons.
A
Voilà, pour de bonnes raisons. Mais bien sûr, il y a le discours et puis après, il y a l'application, la pratique. D'ailleurs, la perception des États-Unis depuis le Sud se modifie avec ces différents discours. Parce qu'au début du XXe siècle, quand Theodore Roosevelt commence à évoquer ce gros bâton, ce biblistique, on doit se demander au Sud, où on a des États constitués quand même, quelle est l'indépendance possible face à un grand pays avec un grand bâton?
F
Oui, puis il y a toujours un phénomène d'attraction, répulsion entre les Etats-Unis et les pays d'Amérique latine. On le voit avec le Mexique. Après, il faut imaginer qu'il y a une réception différente entre des populations locales et des oligarchies ou des dictateurs en place qui ne vont pas avoir du tout la même pratique ni la même vision du pouvoir états-unien.
A
Parce que là, bien sûr, dans nos représentations du contrôle par les États-Unis de l'ensemble d'un continent, nous imaginons un regard porté sur chaque pays. C'est déjà le cas à la fin du XIXe siècle, au début du XXe siècle.
E
Les États-Unis avaient plutôt bonne presse au début du XIXe siècle dans une partie de l'Amérique latine, à cause de l'indépendance. Il y avait cette solidarité de nations qui ont été capables de conquérir leur indépendance. Et on va voir beaucoup de dirigeants latino-américains s'inspirer du modèle républicain des États-Unis, comme le pays qui a été capable de le faire, qui a été capable de rompre et de survivre. Il ne faut surtout pas oublier que les républiques sont fragiles et ont toujours été dans l'histoire. Donc pour cette génération des Lumières, il y a une véritable angoisse de la survie de la République. Est-ce qu'elle va durer dans le temps? Est-ce qu'elle ne va pas basculer vers une dictature? Et donc dans une partie du continent, on regarde pendant longtemps le pays comme un modèle politique. En tout cas, et tout change au début du XXe siècle, tout au long du XXe siècle, les Etats-Unis vont devenir le péril Yankee, United Fruit, la pieuvre, ce monstre qui est assoiffé d'argent, assoiffé de pouvoir et méprise complètement les intérêts du peuple dans l'ensemble du continent.
A
Et affamé de bananes.
B
Sauf au Salvador et au Nicaragua, dans toute l'Amérique centrale, on dit que United Fruit est la force la plus puissante. On dit même qu'elle est plus puissante que l'ambassade des Etats-Unis et l'opposition déclare souvent qu'elle est même plus puissante que les gouvernements. On la voit partout, elle est visible dans les capitales, par ses bureaux, par ses agents, par ses nombreux avions sur les aéroports. Elle est visible sur les deux côts de l'Atlantique et du Pacifique. par ses énormes plantations, par sa flotte, la flotte blanche. C'est également une force invisible. Elle joue fatalement, par son importance, un rôle politique de premier plan. Elle est en liaison constante avec les gouvernements et avec les parlements, notamment lorsqu'il s'agit de renouveler ou de modifier les contrats et les concessions. Bien souvent, elle se heurte à l'opposition d'une partie de l'opinion publique. Mais ces oppositions, même lorsqu'elles sont véhémentes, même lorsqu'elles sont fortes dans les parlements, se révèlent assez impuissantes, parce que la United Truth peut toujours menacer de quitter le pays, d'aller ailleurs, et cette menace suffit à apaiser les plus violentes oppositions.
A
En 1950, Jack Kaiser, journaliste, résistant à un homme politique aussi qui s'exprimait à propos de l'United Food. Dites-nous, Corinne Chavarochette, cet homme-là dit en 1950 que cette société qui s'occupe des bananes est aussi puissante que l'ambassade des Etats-Unis et que c'est même l'ambassade des Etats-Unis. On peut le percevoir ainsi?
F
Alors, en fait, ce qu'on peut percevoir, c'est une corrélation entre le monde politique et économique. Donc on a une compagnie... Alors, dans les années 50, elle a quand même moins d'importance. Enfin, moins d'importance, tout est relatif, puisque dans le cas du... Si on peut faire une petite parenthèse sur le Guatemala, elle va quand même fomenter le coup d'État de 1954. et remettre une dictature, un état fort en place pour arrêter en fait un processus de réforme agraire. Donc on voit la puissance de cette compagnie qui a ses entrées politiques et qui va aussi œuvrer avec la CIA. Donc on a à la fois une puissance économique parce que Cette compagnie participe au développement, enfin en tout cas à des rentrées financières, même si elle paye très peu d'impôts à l'état guatémaltèque ou aux états centra-américains en règle générale. Mais la UFCO ainsi que d'autres compagnies bananières vont vraiment tenir un certain nombre de gouvernements et arriver à un pull. impulser des politiques qui leur conviennent, notamment sur la propriété de la terre, mais aussi sur la gestion des ports. Est-ce qu'on peut retrouver, pour faire un parallèle avec des situations actuelles avec la Chine, je fais une petite parenthèse, mais on voit ces formes d'impérialisme en tout cas, qui s'appuient sur ces grandes multinationales.
A
L'United Fruit est fondée en 1899. On est dans ce grand mouvement. Romain Aurek, vous nous avez décrit le contexte. Et là, il ne faudrait pas se leurrer. Imaginez qu'il s'agit ici d'une volonté politique. On entend bien que c'est économique et que les deux se mêlent. Ça va bien, mais cette société-là existe pour se faire de l'argent.
E
C'est principalement une activité économique lucrative, très lucrative. Les fondateurs du United Foot vont devenir millionnaires comme on l'était à l'époque. Et donc c'est une réussite exceptionnelle. On les surnommera les barons voleurs. Ces hommes d'affaires qui vont s'enrichir de manière massive, de manière brutale. L'enrichissement est exceptionnel pour cette génération. C'est en moins de 30 ans, ça va être très rapide. Et on va voir ce capitalisme nouer des liens très forts avec les élites politiques, les élites militaires. Je parle seulement des Etats-Unis. Les élites en général, on a peut évoquer par exemple le rôle des fondations philanthropiques qui sont peut-être plus discrètes mais qui vont jouer un rôle très important dans cet impérialisme-là en mettant en place des programmes pour assainir les espaces qui sont contrôlés par United Fruit et notamment faire en sorte que les maladies disparaissent des espaces, qu'on invente des produits chimiques, des pesticides, puisque la banane n'est pas un produit simple à produire et il y aura beaucoup de problèmes pour United Fruit à maintenir la qualité de la production. Et donc on voit l'armée des Etats-Unis, les grandes fondations philanthropiques, les élus du Congrès, soutenir massivement United Food et dès qu'il y a un problème pour l'entreprise dans l'un des pays, c'est un problème pour les Etats-Unis. Le coup d'état de 54 est symptomatique. La CIA joue un rôle extrêmement important. Des élus qui pour certains sont actionnaires de United Food ou sont au conseil d'administration, n'hésitent pas à intervenir ici comme ils le feront en Iran l'année précédente pour le pétrole. Donc les intérêts des grandes entreprises sont les intérêts des Etats-Unis. Comme le dit le président Eisenhower, le capitalisme et les Etats-Unis ont un destin lié.
A
Avec ici l'idée d'élite étasunienne associée aux dirigeants de cette compagnie, peut-on dire la même chose pour les élites dans les différents pays qui composent avec ces compagnies?
F
Une partie des élites, notamment celles qui sont au pouvoir, puisque l'enrichissement lié au commerce de la banane va avoir aussi des répercussions sur des activités locales. L'enrichissement ne se fait pas que dans un sens, même si, comme on l'a dit tout à l'heure, les populations sont de la main d'oeuvre à bas coût. Il y a quand même ne serait-ce que des développements d'infrastructures comme les chemins de fer, les zones portuaires. voire même des centres, des sortes d'enclaves et de villages de la banane, où on loge les ouvriers, leurs familles, et où on a des dispensaires, des écoles, voilà, quelques petites infrastructures.
A
Oui, c'est ce discours complexe que vous évoquiez. C'est ici l'avancée d'aides sociales, médicales, d'infrastructures aussi. Un discours politique porté sur la liberté. C'est en cela que cet impérialisme-là est extrêmement efficace parce qu'il ne se voit pas, il n'est pas affirmé en tout cas.
E
Oui, il est très complexe dans la mesure où les défenseurs de ce modèle ne se voient pas comme des oppresseurs. L'image de la pieuvre qui va être l'image définitivement attachée à United Food dans le continent américain, cette pieuvre avec cette entacule qui s'empare de toutes les terres et de tous les pouvoirs politiques. est utilisé souvent par ses élites états-uniennes pour dénoncer le pouvoir du capitalisme aux Etats-Unis. Quelqu'un comme Theodore Roosevelt est favorable à la régulation des entreprises, à des formes de contrôle de ce capitalisme sauvage. Il pense qu'il est contraire aux idéaux états-uniens. Et dans le même temps, il laisse faire, il y voit une certaine forme de légitimité à l'action de ces entreprises à l'extérieur du continent, de l'espace étatsunien.
A
Aujourd'hui dans le cours de l'histoire, Etats-Unis, Amérique latine, bananés pour mieux régner.
H
Il se dé, il se dé, il se dé, il se dé, il se dé, oh Day light come and me want go home Work all night and drink a rum Day light come and me want go home Stock banana till the morning come Come, Mr. Tallyman, tally me banana Will I come and me wan' go home? Come, Mr. Tallyman, tally me banana Will I come and me wan' go home? Six foot, seven foot, eight foot bunch Will I come and me wan' go home? Six foot, seven foot, eight foot bunch Day is a day, oh Daylight come and we won't go home Day is a day, is a day, is a day Daylight come and we won't go home A beautiful bunch a ripe banana Daylight come and we won't go home Hide the deadly black tarantula Six foot, seven foot, eight foot march Daylight come and we wan' go home Six foot, seven foot, eight foot march Daylight come and we wan' go home Day, busy day Daylight come and we wan' go home Day, busy day, busy day, busy day Come, Mr. Tallyman, tally me banana Till I come and me wan' go home Come, Mr. Tallyman, tally me banana Till I come and me wan' go home Day-o! Day-o! Till I come and me wan' go.
E
Home.
H
Il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était.
E
Il était.
A
Il était, il était, il était, il il était, il était, il il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, il était, était, il était à partir de bananes. Dans l'évocation ici par Harry Belafonte, on entend le travail c'est répétitif et bien sûr on pense aux plantations, à l'esclavage. Karine Chavarochette, est-ce que l'on peut imaginer que l'United Fruit Company prend le relais de ce qui existait auparavant, c'est-à-dire des plantations avec des esclaves. Même si vous nous avez bien expliqué que ce ne sont pas des esclaves, il y a ces formes de contrats qui sont vraiment proches de systèmes qui bloquent complètement les gens, pas loin de l'esclavage, mais il y a quand même une continuité qui s'écrit ici.
F
Alors, continuité mais quand même lointaine. Pour moi, il y a quand même une différence entre les plantations, par exemple, de coton dans le sud des États-Unis, ou les plantations coloniales aussi que l'Empire espagnol a développées, notamment dans les Antilles de canne à sucre. On est dans des conditions de travail extrêmement dégradées. On parlait tout à l'heure, effectivement, des pesticides, des herbicides et des journées de travail extrêmement longue, une faible mécanisation. Mais les populations, ça me dérange en tout cas de dire que les populations sont dans un système d'esclavage comme on peut le connaître dans le sud des Etats-Unis ou même à la période coloniale espagnole.
A
Romain Heuret.
E
Les conditions de travail sont extrêmement dures, comme elles le sont à un degré moins, certes, aux Etats-Unis, avec des capitaines d'industrie qui sont très violents au début du XXe siècle, qui n'hésitent pas à avoir recours à des hommes de main. Henry Ford a des droits à le faire, et on le fait également en Amérique centrale, et de manière encore plus sauvage, et de manière beaucoup plus violente. Un marqueur de difficultés, c'est le départ, l'absentéisme et la difficulté à trouver du personnel. Il faut sans cesse aller chercher de la main-d'oeuvre. C'est une obsession des cadres et des contre-maîtres d'United Foot. Alors ils essaient de développer ce qu'on appelle au 19ème siècle le paternalisme, ce que Karl Marx appellera le paternalisme avec toute une série d'habitations, de logements, d'aides pour les travailleurs, pour les maintenir, pour les stabiliser, parce qu'il n'y a rien de pire que l'instabilité des travailleurs pour United Food. Dans le même temps, ce qui est très frappant, et ça vient d'être dit, c'est le désastre écologique et la violence environnementale qui se jouent dans ces lieux. L'usage massif de pesticides oblige sans cesse United Food à aller chercher des terres ailleurs puisque les terres agricoles au bout d'un temps ne produisent plus rien et donc le cycle de vie de ces terres se réduit au fil des années. Et là, il y a quelque chose d'assez fascinant dans cette prédation permanente d'United Food qui finit même par tuer les terres qu'elle produit. C'est une forme de prédation très sauvage, très violente et qui cause un véritable désastre environnemental avec des ouvriers qui savent très bien les conséquences sur leur peau, sur leur visage du déversement massif de pesticides pour sauver les bananeraies.
F
Oui, en effet, on est dans l'accumulation primitive, donc on est vraiment dans un schéma de mono-exportation qui vient donc servir à la fois le développement du capitalisme et l'impérialisme étasunien et dans cette extraction, donc un modèle d'extractivisme qui rend stériles les terres au fur et à mesure et qui, en parallèle, va polluer les sols donc les terres avoisinantes, les nappes phréatiques et les cours d'eau. Donc on est vraiment dans une mono-exportation totalement destructrice de la nature environnante et du mode de vie à côté. C'est-à-dire que même si vous ne travaillez pas pour la United Fruit ou même si vous avez vos vos plantations familiales à côté, vous êtes impacté par les pesticides, notamment quand ils sont aspergés par avionnettes qui déferlent sur la totalité de la zone cultivée.
A
Et dans les années 1970, dans les Antilles françaises, la Martinique, la Guadeloupe, l'utilisation du chlore d'écone, on sait bien aujourd'hui comment ce sont des sujets d'actualité. Là aussi, empoisonnent l'eau les gens. Et c'est cette histoire-là qui nécessite un regard sur la longue durée. On l'entend bien, nous partons de la fin du XIXe siècle, nous traversons le XXe siècle et nous sommes encore présents avec ces préoccupations.
E
Mais c'est une technique qui est intéressante parce qu'elle existe toujours aujourd'hui aux Etats-Unis et Donald Trump l'a relancé avec la pratique du fracking. qui est l'exploitation des sous-sols pour aller chercher des matières premières et qui obéit à la même logique, c'est-à-dire que vous creusez sur un lieu particulier, vous épuisez le filon et puis ensuite vous vous déplacez. Et avec des conséquences qui sont les mêmes pour les populations. On a vu de la consommation d'eau très perturbée avec des maladies pour les populations locales. Donc il y a une même logique prédatrice qui peut se mettre en place si rien n'est fait pour réguler ce système capitaliste.
A
Le fracking, c'est la fracturation hydraulique, bien sûr, qui détruit les sols. Avec, dans cette histoire, j'évoquais les années 1970 et l'utilisation du chlordécone dans les Antilles. Mais en 1979, un journaliste visite une banane-raie. C'était de vie pleinelle.
C
Je suis arrivé comme ça dans la vallée d'Estrela, un coin perdu, il n'y a plus de village pendant bien une demi-heure de route, et on arrive dans une vallée, tout d'un coup on a une grande pancarte d'Aule, ça dépend de la stand d'art foot avec une grande étoile, et c'est donc On rentre dans le territoire de la compagnie. Quand je dis le territoire, il y a des gares d'armée, il y a un pont, il y a une pancarte qui dit progrès, bien-être, paix et travail. Il y a une piste d'avion. Les compagnies, elles ont leur bateau qui arrive à Limone. Enfin, tout ça est totalement autosuffisant. Et les travailleurs sont dans la bananéra, mais comme dans un monde. C'est-à-dire, il y a les boutiques, il.
A
Y a les bars, il y a.
C
Les restaurants, il y a les cafés, il y a les écoles. C'était un dimanche, donc il n'y avait pas le bruit. Il fallait imaginer le bruit. C'est quoi le bruit? C'est un bruit de tringles, un bruit de choses qui glissent sur une tringle. Pourquoi? Vous avez des allées dans tout cet univers de bananes. Quand ça travaille, il y a une division du travail. Il y a les coupeurs, qui sont les plus mal payés, qui ramènent les régimes. Et il y a ensuite ce qu'on appelle les coureurs. Et c'est ça le bruit. Les régimes de bananes sont accrochés à des tringles avec des arceaux qui passent dans ces champs de bananes immenses. Et ils les poussent, mais ils les poussent en courant. pour que ça arrive très vite, ensuite aux impacteurs. Et les rythmes de travail, c'est 6 heures le matin, 6 heures le soir, avec trois pauses, c'est-à-dire 12 heures de travail. Et pour les impacteurs, c'est plutôt 13-14 heures.
A
Edwy Plenel, sur France Culture en 1979. Carine Chabachette, bonne description de ce qui se passe.
F
Très bonne description, très juste. Alors là, on est en 79, mais en 2019, ça existe de la même manière. On rajoute un sac en plastique bleu qui entoure les régimes de bananes et qui viennent aussi polluer les terres et s'effriter.
A
Dans cette histoire, Romain Huret, moi je voudrais qu'on insère un peu de politique, c'est-à-dire que ce que j'entends, c'est que nous avons une grosse société créée à la toute fin du XIXe siècle, qui s'occupe des fruits, qui veut faire de l'argent, qui, dès lors, fait tout ce qu'il faut pour faire de l'argent, pollue le sol, peut exploiter des populations, mais comment la politique s'insère dans cette histoire-là? Vous m'avez parlé de la CIA, par exemple, et que vient faire la CIA dans cette histoire?
E
Avant de vous répondre, je vais revenir sur le son qui est diffusé et c'est un moyen d'y répondre. C'est intéressant d'entendre Edwin Plenel regarder ce qu'il se passe dans ces bananeraies, puisque United Foot va devenir dans les années 50-60, à cause de la CIA, le symbole de l'impérialisme états-unien dans cette région-là. Il ne faut pas oublier qu'en 1954, pendant le coup d'État, il y a un jeune homme qui s'appelle Che Guevara qui est présent. et qui voit la toute puissance étasunienne, puissance militaire, puissance politique, puissance culturelle aussi, puisqu'on va accuser Arbenz d'être un communiste, ce qu'il n'est pas, donc on va avoir une propagande d'Etat tout à fait incroyable pour dénigrer ce dirigeant qui souhaite mettre en place une réforme à guerre. Et donc Che Guevara et d'autres dirigeants en Amérique latine vont estimer qu'il n'y aura pas d'autre solution pour lutter contre United Foot, pour lutter contre les Etats-Unis que la révolution et qu'il faut passer à la lutte armée pour mettre un terme à cela. Et dans une partie de la gauche intellectuelle en France et dans le monde entier, on va voir dans ce combat révolutionnaire un juste combat pour lutter contre ce qui est vu contre la puèvre états-unienne qui a atteint des proportions Jamais vu jusqu'alors, ce que fait Theodore Roosevelt avec sa petite armée, ses petites fondations. La CIA le décuple 60 ans plus tard en étant capable d'intervenir partout avec un complexe militaro-industriel d'une puissance inégalée. Donc United Food devient le symbole pour tous les mouvements de libération et les mouvements socialistes dans les années 60 de l'impérialisme yankee.
A
Avec ici l'évocation, l'archive date de 91, hein, d'Edwin Plenel. C'est plus récent mais ça fonctionne pour le passé et c'est sans doute pour ça, Karine Chabarochette, que ça ressemblait tellement à aujourd'hui. Dans l'idée de voir un intérêt porté par la CIA sur ce pouvoir, le mot a été prononcé, l'expression de réforme agraire. Parce que c'est ça, on sent bien le souci qui revient sans cesse, la redistribution des terres aux paysans.
F
C'est exactement ça, pour différentes raisons. D'une part parce que pour des populations, si je prends le Guatemala, le rapport à la terre est extrêmement important, donc fait partie aussi de toute une vision du monde, une cosmogonie. Il faut pouvoir cultiver son lopin de terre, il y a un enracinement qui est extrêmement fort et Bizarrement, si je puis dire, la colonisation espagnole a protégé des terres qui étaient réservées, sous forme de terres communales, des eridos qui étaient réservées aux populations mayas autochtones. Mais avec la hausse démographique et l'arrivée des indépendances et le développement des politiques libérales, la terre devient un bien qu'il faut obtenir. Et là, on a des populations métisses et des populations étrangères, notamment pour le cas du Guatemala. Alors on a parlé des Etats-Unis, mais il y a aussi les Allemands qui développent en même temps, eux, plutôt dans les plantations de café. Et donc on a une bataille autour de la possession de la terre entre des milliers d'hectares de plantations et des terres pour les cultures vivrières qui sont de plus en plus réduites. Et quand Romain Huret parlait tout à l'heure de Che Guevara, effectivement quand il est pendant ses neuf mois au Guatemala et qu'il assiste au coup d'État militaire, avant le coup d'État, il a vu la première application de la réforme agraire au Guatemala. Et quand on parlait tout à l'heure des différences avec le Mexique, le Mexique, à partir de la révolution de 1910-1920, va réaliser cette réforme agraire. Donc la propriété agraire est vraiment le nœud, en tout cas, pour tous ces pays d'Amérique centrale, puisque c'est la base même d'une survie, bien sûr, économique et politique, mais aussi sociale, parce que c'est lié à Une vision du monde qui est totalement différente de la vision de la United Food Company.
A
Et à partir de ce que vous venez de dire, moi je renvoie à l'émission du cours de l'histoire sur France Culture. Révolution mexicaine, héros sous sombres héros. C'est écouté sur franceculture.fr et la Pirate du France. De là, on n'en sait plus sur la révolution mexicaine dans ces années 1910. Le contexte est fondamental. Romain Huret, vous êtes historien, vous le savez tellement. La guerre froide, c'est un enjeu majeur ici d'avoir des régimes qui ne risquent pas de basculer dans l'univers communiste.
E
Même s'ils ne sont pas forcément communistes. C'est-à-dire qu'on invente aussi parfois des ennemis communistes et la CIA est capable d'inventer des monstres qui soi-disant veulent basculer dans le communisme. Mais vous avez raison, la guerre froide est un épisode essentiel d'accélération des tensions et de guerre culturelle qui est intéressante et United Foot va devenir un objet de la guerre culturelle, de la guerre froide, pour mesurer la place de United Fruit dans l'imaginaire américain. Et là j'utilise un dessin américain comme l'ensemble du continent. Beaucoup d'écrivains, beaucoup de poètes vont écrire sur United Fruit, vont écrire sur Les massacres commis par l'entreprise avec l'aide de militaires sur place, Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez, vont beaucoup s'inspirer et vont volontairement utiliser United Food comme le symbole de la pieuvre et le danger que les Etats-Unis et le capitalisme font courir à l'ensemble du continent.
I
La grève générale éclata. Les cultures furent interrompues à mi-chemin. Les fruits se gâtèrent entre les fourches des arbres. et les convois de 120 wagons s'immobilisèrent dans les derniers embranchements. Les villages regorgèrent d'ouvriers désœuvrés. C'est là que se trouvait José Arcadio II, le jour où on annonça que l'armée avait été chargée de rétablir l'ordre public. Il mit le nez dehors et les aperçut. C'était trois régiments dont le pas, au rythme du tambour, faisait trembler la terre. Leur haleine de dragon multicephale chargea d'une vapeur pestilentielle l'atmosphère limpide. Ils paraissaient identiques les uns aux autres. Fils de la même mère, supportant avec le même air abruti le poids des sacs et des bidons de soldats, la honte de leur fusil avec la baïonnette au canon, le chancre de l'obéissance aveugle et du sens de l'honneur.
A
Raphaël Laloume, qui nous lisait un extrait de « 100 ans de solitude », le livre de Gabriel Garcin-Marquez en 1967, qui évoque un massacre dans les bananeraies en 1928. Ça permet ici d'évoquer, Karine Chavarrochette, les réactions des populations locales, c'est-à-dire que des formes de résistance se mettent en place face à cet.
F
Impérialisme fruitier. Oui, il y a toujours eu des formes de résistance, soit passives en faisant en sorte de ne pas aller travailler dans ces plantations, soit au sein même des plantations après le début du XXe siècle avec le développement aussi du syndicalisme, Des pensées marxistes aussi vont amener petit à petit des ouvriers agricoles à s'unir. Mais on n'est quand même pas dans des grèves comme on peut l'observer dans les mines ou sur d'autres lieux d'extractivisme. Mais je voulais justement juste ajouter en parler de littérature parce que ces compagnies bananières ont fortement inspiré et je pensais, je voulais citer Miguel André Alastorias qui est donc un écrivain guatémaltais qui a été prix Nobel de littérature et qui a écrit sa trilogie bananière donc l'ouragan, le pape vert et les yeux enterrés, où il décrit à la fois la dépossession des hauteurs guatémaltèques et le fait de créer ce mouvement de population salariés, entre guillemets, comme on a dit tout à l'heure. Le pape vert qui, en fait, revient sur un étasunien qui va faire fortune dans la banane. C'est pour ça qu'il s'appelle le pape vert. Et les yeux enterrés ou les mouvements de contestation, justement, avec au Guatemala cette période de réforme agraire qui va prendre, entre guillemets, que des terres en friche. C'est pas une expropriation totale de l'entreprise étasunienne. où les personnes qui ont lutté pour cet accès à la terre vont pouvoir se reposer et avoir les.
A
Yeux fermés. République bananière, ça vient de.
E
Cette histoire-là? Oui, tout à fait. C'est un journaliste, c'est-à-dire un écrivain qui s'appelle Or Henry qui va utiliser pour la première fois ce terme en 1904 dans un roman qui s'appelle « Des Choux et des Rois ». Donc il y a un recueil de nouvelles et l'expression va connaître un succès extraordinaire puisqu'on utilise désormais ce terme pour à peu près tout et rien, même si la banane n'est pas présente. Ça désigne tous ces régimes qui dépendent très fortement d'une monoculture. et qui sont prêts à toutes les compromissions.
A
Pour rester au pouvoir. Régime politique, pas régime de banane. Le contrôle de Panama en 1903, l'occupation du Nicaragua dès les années 1910, l'occupation d'Haïti, etc. On pourrait les énumérer tant. C'est une histoire authentiquement politique, économique, on l'a bien entendu. C'est une histoire du capitalisme. Et c'est aussi bien sûr, mais Asturias a été évoqué, Prinobel, Garcia Marquez, Prinobel aussi a été évoqué.
E
C'est une histoire culturelle. Mesdames, voici la recette.
D
Du roulé des tropiques. Roulé des tropiques? Une salade caraïbe! Et si ce soir vous mangez la banane par les deux bouts? Comment? Recevant gratuitement les 19 recettes bananes du merveilleux livre de cuisine Un peu d'exotisme. Envoyez sur carte postale vos noms et adresses à recettes bananes, SEDEX 510 75 300 Paris Brune. Et n'oubliez pas, une bouchée de plaisir, une bouchée d'énergie... Mangez la banane par les deux bouts! Recettes bananes, SEDEX 510.
A
75 300 Paris Brune. Les joies de la publicité. Dites-moi Romain Hurel, les.
E
Célibataires mangent-ils des bananes? Ils en mangent, je pense, parce que comme tous les hommes et les femmes aux Etats-Unis, ils sont très inspirés par les bananes et par la publicité. Donc j'imagine qu'ils ont dû en manger.
A
Pour rester en forme. Vous êtes l'auteur d'un ouvrage intitulé Les oubliés de la Saint-Valentin, des vies à l'ombre du mariage. C'est publié à La Découverte. C'est formidable, cette approche sociale, culturelle, parce que dans toutes les histoires que nous évoquons d'impérialisme, il y a ces histoires culturelles. Célibataire ou pas célibataire, c'est en marche, mais c'est surtout comment la publicité a été le fer de lance de cette conquête des goûts, parce qu'il fallait imposer la banane, ce qui.
E
N'Était pas une évidence. la publicité bien sûr, mais aussi les savoirs médicaux et la toute puissance d'United Fruit et de ses représentants, de ses cadres, c'est également de convaincre les médecins qu'il faut prescrire de la banane aux jeunes enfants et très tôt pour que les enfants soient en forme et soient de... de bons citoyens et on va voir une stratégie volontaire de diffusion de ce goût dans le pays qui n'existait pas 30 ans plus tôt. Donc c'est une réussite de marketing extraordinaire et qui inspire encore j'imagine beaucoup d'entreprises pour susciter, pour inventer le goût des.
A
Consommateurs et des consommatrices. Est-ce que ça a changé le goût d'ailleurs? Parce que Karine Chavarrochet, vous avez bien dit que la banane n'était pas le fruit premier dans l'alimentation. C'est là où on produit tant et tant de tonnes de bananes. Est-ce que la banane est désormais.
F
Consommée dans le Sud? Bien sûr, elle est consommée, et pas simplement en banane plantain, mais elle est consommée comme d'autres monocultures actuelles, comme l'ananas par exemple. Donc on a bien sûr sur le marché local, où vous quittez l'aéroport, vous pouvez acheter des bananes.
A
Ou des ananas frais. C'est devenu une évidence, l'United Fruit Company, critiquée. Et on l'a bien entendu, pour tous ses aspects, ne serait-ce que sociaux, la manière d'utiliser les travailleurs, transformer en outils, en machines. Et là, avec tout ce que vous nous avez expliqué, l'impossibilité de partir, c'est vrai qu'on est à la frontière d'une réflexion autour de l'esclavage, nous l'entendons bien. critiquée par la pollution. Changement de nom récemment. C'est là aussi une volonté quand même.
E
De redorer son image. Redorer son image et là on voit aussi la puissance de la littérature, la puissance de la guerre culturelle. Finalement ce nom United Foot est devenu difficile à porter. Le nouveau nom c'est Chiquita Brands International, je ne suis pas sûr que ce soit plus heureux comme terme et comme moyen de véhiculer des stéréotypes et sur la banane et sur les rapports auto-genres mais c'est le nom qu'a choisi.
A
Les dirigeants d'United Fruit. C'est en 1989 qu'il y a eu ce changement de nom. Que reste-t-il aujourd'hui de cette histoire-là? C'est-à-dire que nous sommes en réalité toujours dans ces fonctionnements mis en place au cours du XXe siècle. Vous me faites ouïe de la tête, Karine Chavarrochette, parce que c'est ça, on entend bien ici que quand on parle d'United Foot, nous sommes dans un univers culturel, roman, etc. C'est tout un imaginaire. des pratiques, bien sûr, mais ça n'a pas disparu. En fait, ça a été camouflé, ça a été.
F
Changé dans la présentation. Oui, oui, tout à fait. Les plantations existent encore. Si on va, par exemple, au Costa Rica actuellement, on voit Dole, Del Monte, Chiquita Bound qui ont leur Alors avec des travailleurs, là, c'est un autre système. C'est par exemple les travailleurs clandestins nicaraguaiens ou saisonniers. Donc on est encore sur un système économique qui est bien spécifique où il faut que les salaires soient bas. et au niveau du contrôle après des ports, c'est pour ça que je parlais de la Chine tout à l'heure, où il y a un enjeu depuis quelques mois entre les Etats-Unis et la Chine pour les contrôles du canal de Panama, des ports d'Amérique centrale, parce que c'est l'ouverture sur les marchés à la fois asiatiques, européens, donc ce sont des lieux très connectés avec.
A
Les affaires du monde. Et puis, dans la volonté des Etats-Unis de présenter un discours tout à fait respectable, il y a toujours la place de la CIA qui, quand même, marque cette histoire-là, sans cesse dénoncée du Guatemala. On pourrait traverser l'ensemble du continent sud-américain. Là aussi, il a y une volonté d'effacement de cette présence, ou pour le dire autrement, comment aux Etats-Unis présente-t-on cette intervention de la CIA qui est décriée sans cesse? Sur l'idée que la CIA puisse intervenir.
E
Pour placer des régimes? Je pense qu'elle continue à le faire et pour beaucoup et notamment pour l'administration Trump au pouvoir. Cette fonction là de la CIA est tout à fait légitime et on les a vu récemment agir en sous-main et ils doivent agir là. dans beaucoup de pays d'Amérique latine et d'ailleurs. Donc c'est une tradition qui est perçue pour une partie de la.
A
Population comme absolument légitime. Et avec toujours l'action des populations parce que là aussi c'est toujours des surprises, c'est un peu la peau de banane qui arrive parfois et qui permet quand même de garder la tête haute. Merci vivement à tous les deux. Karine Chavarrochette, frontières et identités en terre, Miami, Mexico, Guatemala. Et merci Romain Huret aussi d'être venu avec les oubliés de la Saint-Valentin. Alors pas tellement de bananes.
E
Dans l'histoire mais enfin... Mais des célibataires, c'est pas sans lien puisqu'il y a un chapitre sur les célibataires masculins qui sont souvent des travailleurs dans.
A
Le monde de l'extraction. Vous faites le lien que vous voulez. entre les bananes et le célibataire. En tout cas, merci vivement à vous d'être venu dans le cours de l'histoire. Prochain épisode, Etats-Unis, Groenland, l'impérialisme.
F
Pris dans la glace. Qu'est-ce que.
C
C'Est que le Groenland? Le Groenland, c'est la plus grande île du monde. C'est une île qui est cinq fois grande comme la France, dont les neuf dixièmes sont couverts.
A
D'Un désert de glace. Paul-Emile Victor qui s'exprimait à propos du Go Land dans le cours de l'Histoire, une émission préparée par Jeanne de Lecroy-Raphael Laloum, Jeanne Copest-Solenrois et Mayuwengizhu. Merci à Lina, l'Institut National de l'Audiovisuel pour son aide dans la recherche des archives. Le cours de l'Histoire est à écouter et à podcaster sur notre site franceculture.fr.
Date: January 28, 2026
Podcast: Le Cours de l’histoire - France Culture
Host: [A]
Guests:
L’épisode propose une exploration captivante des relations entre les États-Unis et l’Amérique latine à travers le prisme de l’impérialisme économique et politique, mettant en lumière le rôle central de la United Fruit Company (devenue Chiquita Brands) dans la transformation des sociétés, des économies, et des écosystèmes d’Amérique centrale et latine aux XIXe et XXe siècles. La “banane” devient ici le symbole de la domination impériale, du capitalisme prédateur, et de l’imbrication des intérêts étatiques et privés.
Doctrine Monroe : Un isolationnisme prudent
[02:21] Romain Huret rappelle que la doctrine Monroe (années 1820) met en garde les États-Unis contre l’implication dans les alliances et les guerres européennes, prônant la prudence pour préserver la jeune république.
Citation marquante :
« Monroe met en garde la population, met en garde les futures générations, sur le risque de se mêler les affaires du monde. » — Romain Huret [02:21]
Bascule à la fin du XIXe siècle
Avec la “fin de la frontière” (1893) puis la guerre de Cuba (1898), les États-Unis sortent de leur territoire pour s’affirmer sur la scène mondiale, sous couvert de la défense de la démocratie mais en poursuivant surtout leurs intérêts économiques.
[04:31]
« Les États-Unis interviennent pour sauver un peuple de la tyrannie impériale. Mais derrière tout cela, on voit déjà se mêler des intérêts économiques, des intérêts politiques, et l'impérialisme américain a démarré. » — Romain Huret
La United Fruit : de la création du marché à la domination totale
[09:12] Un intervenant décrit l’intégration verticale extrême de l’entreprise : flotte maritime propre, contrôle de toute la chaîne, et création d'une demande américaine en moins de 30 ans.
Citation :
« Cette entreprise a littéralement créé le marché des bananes, en même temps qu'elle a inventé un modèle pour transporter le produit vers ses consommateurs. » — [G], [09:12]
« En 1890, personne aux États-Unis ne savait ce qu'était une banane. En 1914, vous pouviez acheter des bananes dans toutes les villes. »
Le fruit exotique devient symbole national
[07:33]
« En moins de 30 ans, la banane va devenir aussi étasunienne que la tarte aux pommes. » — Romain Huret
Rôle de la publicité et des savoirs médicaux
[52:46]
« ...convaincre les médecins qu'il faut prescrire de la banane aux jeunes enfants... une stratégie volontaire de diffusion de ce goût… C'est une réussite de marketing extraordinaire. »
Le corollaire Roosevelt : “Parler doucement, mais avec un gros bâton”
[18:26] Romain Huret évoque la justification d’interventions armées dans la région pour des “bonnes raisons”.
« Le corollaire Roosevelt… Il faut parler doucement à ses voisins mais avec un gros bâton. »
United Fruit comme puissance quasi-étatique
[21:41] Citation du journaliste Jack Kaiser :
« Dans toute l'Amérique centrale, on dit que United Fruit est la force la plus puissante. On dit même qu'elle est plus puissante que l'ambassade des États-Unis… »
[22:48]
« … elle va même jusqu’à fomenter des coups d’État… travaillant avec la CIA. » — Karine Chavarochette
(référence au coup d’État au Guatemala en 1954)
Imbrication des élites locales et états-uniennes
[27:15]
« On va voir ce capitalisme nouer des liens très forts avec les élites politiques, les élites militaires… Les intérêts des grandes entreprises sont les intérêts des États-Unis. » — Romain Huret
Conditions de travail et paternalisme
[34:23]
« Les conditions de travail sont extrêmement dures… Il faut sans cesse aller chercher de la main-d’œuvre… ils essaient de développer ce que Karl Marx appellera le paternalisme… » — Romain Huret
Désastre écologique et destruction sociale
[36:19]
« Mono-exportation totalement destructrice de la nature environnante… même si vous ne travaillez pas pour la United Fruit… vous êtes impacté par les pesticides. » — Karine Chavarochette
Formes de résistance et syndicalisation
[48:28]
« Il y a toujours eu des formes de résistance, soit passives… soit au sein même des plantations avec le développement aussi du syndicalisme… » — Karine Chavarochette
La United Fruit dans l’imaginaire littéraire et politique
[46:08]
« Beaucoup d’écrivains, poètes… Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez… utilisent United Fruit comme le symbole de la pieuvre… » — Romain Huret
Gabriel Garcia Marquez, “Cent ans de solitude” (extrait lu à [47:09]), met en récit le massacre de grévistes en 1928.
Expression “république bananière”
[50:32]
« …c’est un écrivain qui s’appelle O. Henry qui va utiliser pour la première fois ce terme en 1904… » — Romain Huret
De United Fruit à Chiquita Brands : Continuité et camouflage
[54:35]
« …Finalement ce nom est devenu difficile à porter, le nouveau nom c’est Chiquita Brands International… »
Pratiques inchangées, acteurs globalisés
[55:32]
« Les plantations existent encore. Si on va, par exemple, au Costa Rica actuellement, on voit Dole, Del Monte, Chiquita Brands… » — Karine Chavarochette
La CIA et la perpétuation de l’interventionnisme
[57:01]
« Je pense qu’elle [la CIA] continue à le faire, et pour beaucoup, cette fonction-là est tout à fait légitime… » — Romain Huret
| Timestamp | Sujet et Temps Fort | |-----------|----------------------------------------------------------------| | 00:01 | Introduction du thème : la banane comme arme de l’impérialisme | | 02:21 | Doctrine Monroe expliquée | | 07:33 | La « création » du goût pour la banane aux USA | | 09:12 | La United Fruit Company, pionnière de la multinationale | | 18:26 | Corollaire Roosevelt et justification de l’interventionnisme | | 21:41 | Puissance et omniprésence de la United Fruit en Amérique latine| | 27:15 | Alliances entre élites locales et américaines | | 36:19 | Impact écologique et social des plantations | | 46:08 | Culture, littérature et résistance | | 50:32 | Naissance du terme « république bananière » | | 54:35 | Héritage contemporain : Chiquita, Dole, Del Monte | | 57:01 | Interventions actuelles de la CIA et continuités impériales |
Cet épisode démonte le mythe de la simple “banane exotique” pour révéler l’enchevêtrement du fruit, de l’impérialisme états-unien, du capitalisme de plantation, et des résistances politiques et culturelles qui traversent encore aujourd’hui l’Amérique latine. Avec une palette d’analyses riches, des anecdotes historiques, des lectures littéraires et des témoignages d’époque, il éclaire la profondeur des liens entre nourriture, impérialisme, écologie et luttes sociales.
En conclusion, la banane est ici tout, sauf un fruit anodin : elle porte l’histoire violente d’un continent aux prises avec la domination, l’extractivisme et le rêve perpétuel de souveraineté.
Résumé préparé à partir du verbatim complet et structuré selon la logique de l’émission.