
Les États-Unis et leurs voisins, de l’impérialisme en Amérique : États-Unis/Canada, histoire trouble de voisinage
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Adeline Vazquez-Para
France Culture.
Laurence Croce
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Etats-Unis, Canada, trouble de voisinage. En 1775, à la veille de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, l'Amérique du Nord est marquée par une forte présence anglaise. Les 13 colonies qui elles vont se constituer en Etats-Unis d'Amérique et le Canada qui lui demeure fidèle à la couronne britannique. Mais pourquoi? Voilà de quoi causer des tensions et même des guerres. Pourquoi la colonie anglaise du Canada n'a-t-elle pas rejoint le mouvement d'indépendance lancé par leurs voisins?
Louis-Joseph Papineau
On me demande souvent pourquoi les Canadiens.
Pierre Michel
Ont prouvé leur fidélité au roi d'Angleterre.
Louis-Joseph Papineau
Et à chaque fois, je réponds que c'était notre devoir de le faire.
Xavier Mauduit
Sans compter que les Yankees s'accaparaient volontiers.
Louis-Joseph Papineau
De nos belles terres des Townships avant que nos seigneuries étaient bondées. Nous avions le choix entre des révolutionnaires qui rejetaient l'ordre et l'autorité établie, et notre bon souverain qui nous permettait l'usage du français la liberté religieuse et la.
Pierre Michel
Liberté de nous gouverner nous-mêmes.
Louis-Joseph Papineau
Avions-nous vraiment le choix?
Xavier Mauduit
Une fiction radiophonique pour commencer cette émission sur les relations entre les Etats-Unis et le Canada. Adeline Vazquez-Para, bonjour.
Adeline Vazquez-Para
Bonjour.
Xavier Mauduit
Vous êtes maîtresse de conférence en civilisation nord-américaine à l'Université Lumière Lyon 2. Vous êtes l'autrice de l'Histoire du Québec, des origines à nos jours séchées. Talendier et Laurence Croce, bonjour.
Laurence Croce
Bonjour.
Xavier Mauduit
Vous êtes maîtresse de conférences en études canadiennes à l'université Paris Cité, avec ici cette réflexion que nous avons dès le début sur la situation de l'Amérique du Nord, avant même que tout cela débute. Si nous nous mettons en 1775 devant une carte et nous la regardons, c'est vrai que les Britanniques sont très présents en Amérique du Nord, hein? Aline Baskespara?
Adeline Vazquez-Para
Alors ils sont très présents et surtout ce qu'il y a, c'est que dans la vallée du Saint-Laurent, il y a cette population donc francophone, catholique, qui n'a rien à voir avec cette population anglophone. Et effectivement, comme ça a été dit, cette population essaie justement de gagner un petit peu de marge de manœuvre, puisqu'elle est sous régime britannique depuis peu de temps, depuis 1763, depuis la fin de la guerre de Sept Ans, qui a opposé les anglais aux français aux Amériques.
Xavier Mauduit
Et nous avons perdu en 1763 notre Canada. C'est vrai que les populations, malgré tout, sont là. Si l'on veut faire un panorama, donc j'entends bien ici qu'il y a une colonie anglaise au Canada. A partir de 1763, on y ajoute des populations françaises. C'était l'ancienne colonie française. Il y a sur le littoral atlantique les 13 colonies qui vont donner les Etats-Unis. Il y a beaucoup d'autres gens à évoquer. La place des Français en Louisiane aussi, parce que ça c'est quelque chose... On disposait de la Louisiane. On en est où à ce moment-là? On n'est plus tellement présent en Louisiane.
Laurence Croce
Alors sur la Louisiane, la Louisiane a été récupérée par l'Espagne après la guerre de Satan. Donc en fait, il y a quand même des populations toujours francophones en Louisiane, bien sûr. Mais normalement, la Louisiane a été récupérée par l'Espagne, donc ne fait plus partie ni de l'Empire français, ni de l'Empire britannique. Donc voilà, on peut un petit peu oublier la Louisiane. Les populations françaises qui restent sous mandat britannique à partir de 1767 sont celles de la vallée du Saint-Laurent, donc la province du Québec. C'est comme ça que ça s'appelle à l'époque. Elle va beaucoup changer de nom en fait cette province ensuite dans les années qui vont venir. Et il y a l'Acadie également sur la côte atlantique qui elle est anglaise depuis plus longtemps puisque depuis le traité d'Utrecht.
Xavier Mauduit
Avec ici, on l'entend bien, une place de la France qui a tendance vraiment à reculer dans les années qui nous intéressent. Donc des Espagnols, des Anglais, des populations. Et puis on peut quand même, dès le début, évoquer les populations autochtones parce que là aussi, ça va nous permettre de comprendre tous ces mouvements-là. Qu'en est-il des populations autochtones? On imagine souvent des oppositions. Il y a surtout beaucoup de contacts et déjà des alliances.
Adeline Vazquez-Para
Tout à fait. Et en fait, ces populations autochtones qui vivent dans la région des Grands Lacs font désormais partie de la province de Québec, donc la province de Québec qui se met en place en 1763. Et effectivement, il va falloir jouer un petit peu pour le régime britannique avec toutes ces populations qui sont très diverses. Donc, ces populations autochtones sont d'origine iroquoise, qui se connaissent bien, qui ont fondé des alliances militaires depuis le 17e siècle. Et les Britanniques vont devoir composer avec, finalement, à la fois des autochtones, des Français et puis des écossais qui arrivent petit à petit dans cette province de Québec. Donc tout l'enjeu est vraiment de faire cohabiter ces populations entre elles et effectivement au moment où arrive cette première lettre du congrès continental en 1774, il y a cette problématique de savoir si on peut changer de régime complètement et si effectivement toutes ces populations entre elles peuvent rejoindre la révolution américaine.
Xavier Mauduit
Laurence Croce.
Laurence Croce
Oui, sachant qu'en fait ces populations autochtones qui sont un peu plus à l'ouest des Appalaches, donc la vallée de l'Ohio, en remontant jusqu'au Grand Lac, sont sur un territoire que la Grande-Bretagne a décidé de préserver d'une colonisation. Donc juste après, en 1767, tout ce territoire, ça s'appelle le territoire indien, et les 13 colonies, en théorie, n'ont pas le droit de laisser partir des colons sur ce territoire. Ce qui est un gros problème parce que beaucoup des guerres coloniales avant la guerre de Sept Ans, justement, avaient été déclenchées par le désir de ces colons américains de la côte de s'étendre vers l'ouest, au-delà des Appalaches, dans des territoires qui étaient normalement sous mandat français mais en fait pas occupé du tout par les français, occupé par des peuples autochtones qui avaient des alliances avec la France. Donc ça c'est une espèce de paume de discorde entre les colons américains et la couronne britannique. Et paume de discorde qui va être exacerbée par l'acte du Québec de 1774 qui remet le territoire indien dans la province du Québec. Et ça, les américains considèrent, d'ailleurs c'est une des lois qu'ils appellent les lois intolérables et qui vont être mentionnées dans la déclaration d'indépendance.
Xavier Mauduit
Voilà, c'est 13 colonies qui ne supportent pas de se voir privées de potentiels territoires à coloniser. Cet acte du Québec qui associe le Québec à ces territoires indiens. Vous nous avez évoqué une lettre du congrès continental en 1774, donc c'est la même année. De quoi s'agit-il?
Adeline Vazquez-Para
En fait, c'est une lettre qu'ils adressent, qu'un comité du Congrès adresse aux habitants de cette province de Québec pour qu'ils rejoignent la révolte qui a eu lieu déjà l'année précédente avec la Boston Tea Party, donc la révolte du thé qu'on connaît bien. Et ils désirent véritablement propager les idées de la révolution, notamment un régime représentatif, puisque avec l'acte de Québec, comme l'a dit Laurence, effectivement il y a ces territoires qui ont été gagnés, mais les populations n'ont toujours pas de régime représentatif. Le gouverneur est seul, avec ses conseils et ses conseillers, à gouverner en fait cette province. Donc les Américains, ou alors ce qu'on peut appeler les Américains, essaient justement de convaincre ces populations de finalement avoir une chambre d'assemblée et puis de se diriger, de se gouverner eux-mêmes et de rejoindre cette révolte qui commence à germer.
Xavier Mauduit
C'est logique d'ailleurs quand on y pense, parce qu'on a 13 colonies qui se révoltent pour obtenir leur indépendance et il y a les petits copains qui sont également sous domination britannique, donc ils se disent on va faire la même chose, mais vous Laurence Rose, vous me faites non! Avec le doigt!
Laurence Croce
Non, en fait, ce serait d'utologique, parce qu'on part de contextes historiques complètement différents, parce que les colonies anglaises, enfin américaines, elles étaient sous le régime du l'Empire britannique, donc avec déjà une tradition de représentation locale avec des assemblées élues. Tout le problème de la révolution indépendante, c'est l'idée que ce sont les assemblées élues locales qui doivent décider des impôts et pas le Parlement britannique central. alors que la province du Québec vient d'une tradition complètement différente, celle de l'Empire français, où il n'y a jamais eu d'Assemblée élue. Alors effectivement, en 1763, quand le Royaume-Uni reprend le contrôle des colonies françaises, il y a tout un programme disant que finalement on va faire revenir ces colonies dans le modèle politique global de l'Empire britannique. Donc ça veut dire introduire une Assemblée, etc. Et en fait, 1774, la couronne revient complètement sur cette idée et va mettre en avant l'exceptionalisme de la province du Québec. Donc, politiquement, il n'y aura pas d'assemblée. Et surtout, religieusement, on va établir l'église catholique comme église établie et officielle de cette province. On va confirmer le régime seigneurial, c'est-à-dire un régime de propriété terrienne très différent de celui des colonies américaines. Donc il y a plein de choses qui... Il y a vraiment ce renversement complet des promesses qui ont été faites en 1963. Et c'est ça que les Américains ne vont pas supporter. Et avec raison, parce que ce qu'ils voient, c'est que se dessine un modèle de colonie et ils ont peur que ce soit ce modèle qui leur soit imposé, donc sans assembler, etc. Et donc, en fait, c'est une des raisons... Alors, ce n'est pas la seule, mais c'est une des raisons de la Révolution américaine. Et c'est assez intéressant de voir, finalement, comment, d'une certaine manière, la guerre de Sept Ans avec la victoire britannique va, petit à petit, exacerber les tensions qui mènent à la Révolution américaine. Donc, il y a un lien très fort, en fait, entre ces deux conflits, la guerre de Sept Ans et la guerre d'indépendance.
Xavier Mauduit
Ah oui parce qu'on parle de guerre européenne avec la guerre de sept ans mais c'est une guerre déjà mondiale avec ici la précision quand le mot américain est utilisé c'est pour désigner les habitants des treize colonies. Tout le monde est en Amérique, c'est un continent. Voilà c'est juste pour rendre les choses claires. Moi ce que j'entends ici c'est que tout le monde est sous domination britannique pour simplifier mais en fait la nature de ces colonies sont vraiment vraiment profondément différentes. On peut même aller plus loin. Peut-être que dans la composition sociale, il y a des différences. Comment on peut percevoir les écarts entre la colonie britannique ou anglaise du Canada et puis ces 13 colonies?
Adeline Vazquez-Para
Alors déjà, la colonie anglaise du Canada, comme vous dites, enfin de la province de Québec, c'est une colonie qui est peu peuplée. Il n'y a que 70 000 habitants dans l'ensemble de cette colonie, alors que c'est un territoire qui est immense, qui va quand même du Golfe du Saint-Laurent jusqu'à la région des Grands Lacs. Et c'est une colonie où les habitants ont peu de mobilité. Ils sont plutôt ruraux. alors que c'est vrai qu'on a quand même des villes, Boston, Philadelphie, qui sont plutôt des villes culturelles, qui sont des villes qui accueillent beaucoup de migrants au 18e siècle, qui sont plutôt culturellement intéressantes, avec des bibliothèques, etc. Alors que c'est une province, la province de Québec, une colonie qui est beaucoup plus fermée à ces mouvements, à la fois de population et tout ce qu'elles amènent, c'est-à-dire des mouvements d'idées, des brassages, etc. Et c'est une population qui, comme l'a dit Laurence, est plutôt sous l'influence du clergé catholique puisqu'il faut savoir qu'en 1760, les élites sont parties. On parle de décapitation des élites, c'est-à-dire que les officiers, les administrateurs, tous les gens qui auraient pu servir d'intermédiaire entre ces populations francophones et le régime britannique ne sont plus là. Et donc cette population compte beaucoup sur son clergé pour à la fois la représenter auprès du régime britannique et aussi parce qu'elle les représente d'une certaine façon dans tout ce qui est revendication et négociation politique.
Laurence Croce
Oui, et le clergé aussi joue un rôle très important pour maintenir une culture francophone et catholique. Et c'est pour ça, même dans les années qui ont suivi, je dirais jusqu'aux années 1960, donc très récemment, l'Église catholique du Québec a servi vraiment de a servi à maintenir la langue française et la culture française du Québec face au rouleau compresseur d'une population anglophone dans tout le reste du Canada et des États-Unis.
Xavier Mauduit
Et protestante, cette population.
Laurence Croce
Et protestante, oui. Donc ça, effectivement, ce rôle crucial de l'Église catholique se met en place après la conquête de 1763.
Adeline Vazquez-Para
Et ça, pardon, les Anglais le comprennent très bien et le comprennent très vite. Et le gouverneur Gary Carleton, qui arrive en 1768, va justement beaucoup jouer là-dessus. Il va se dire, bah tiens, et si j'essayais de m'accommoder un petit peu avec cette Église? Et est-ce que, voilà, je pourrais en contrepartie peut-être obtenir davantage de la population? Et effectivement, c'est le problème de l'acte de Québec, puisque l'acte de Québec donne énormément de pouvoir à l'Église. Et de fait, effectivement, les Canadiens ne voient pas forcément beaucoup de raisons de se révolter au moment où l'Église se dit... Les représentants de l'Église, notamment l'évêque de Québec, appellent à ne pas rejoindre cette révolution.
Laurence Croce
Oui, d'autant plus qu'ils sont confrontés à une population américaine. Alors évidemment, dans certaines des colonies américaines de la côte, il y a des colonies catholiques, mais en fait, il y a quand même un antipapisme assez fort des colonies... Même très fort!
Adeline Vazquez-Para
Puisqu'il a été interdit le catholicisme dans certaines colonies, comme Massachusetts par exemple. Sous peine de mort, les gens n'avaient pas le droit de pratiquer le catholicisme.
Laurence Croce
Oui, après bon, il y a le Maryland qui est plus catholique, etc. Mais effectivement, il y a un antipathisme fort. Et évidemment, les Québécois, ils le savent très bien. Et si je peux revenir un petit peu en arrière, enfin en arrière, beaucoup en arrière, parce qu'avant la révolution américaine, avant 1775, il y a quand même 150 ans avant de cohabitation de deux types de colonies, les françaises et les anglaises. Et pendant ces 150 ans, il y a quatre conflits entre la France et l'Angleterre qui se répercutent toujours dans les colonies. Donc en fait, pour les Québécois, pour les Canadiens, pour les Canadiens français, les Américains, les colons américains, qu'ils appellent souvent d'ailleurs les Bostonais, Ce sont des ennemis avec qui ils se sont battus pendant 150 ans, avec des conflits vraiment sanglants, des conflits presque d'épuration ethnique, avec des raids sur les villages des frontières, avec des gens qui sont capturés, qui sont amenés en esclavage, avec beaucoup d'alliances aussi avec les peuples autochtones. Donc il y a une histoire assez sanglante et énormément de ressentiments des deux côtés. Je pense par exemple à la grande histoire de Francis Parkman qui écrit, c'est un historien de Boston qui à la fin, vers les années 1860, écrit une histoire en 15 volumes de la rivalité franco-américaine. C'est un siècle après et quand on lit Parkman, Il y a un ressentiment contre les Canadiens français, vraiment très très fort, et c'est un siècle plus tard.
Xavier Mauduit
Ah oui, parce qu'en 1774, quand le congrès continental, ce sont ces treize colonies qui se sont constituées sous forme d'assemblées. envoie une lettre à Québec pour dire les petits copains rejoignez-nous. Là, à Québec, on dit non, non, il faut écouter Adeline Vazquez-Para et Laurence Croce. Depuis un moment, elles nous expliquent que les tensions et les ressentis sont vifs depuis très longtemps. N'empêche que quand on n'y arrive pas, parce qu'en 1774, le Canada dit non, on ne va pas vous rejoindre dans ce mouvement-là, restent les armes.
Pierre Michel
George Washington n'a jamais pu compter sur une force organisée. Et Washington disait au Congrès, si nous pouvions disposer d'une armée unique, votre affaire serait vite résolue. Mais il y a autant d'armées en Amérique qu'il y a de territoires. Elles payent diversement leurs hommes, ce qui suscite des jalousies dans la troupe. Ceux de la Nouvelle-Angleterre sont des bourgeois. des privilégiés, à côté des malheureux miliciens de la Caroline. Et puis ces miliciens s'engagent pour peu de temps, jamais plus de trois mois. Au bout du temps prévu, les soldats s'en vont, immédiatement, sur le champ, sous aucun prétexte, on ne peut les retenir. Il arrive que Washington ait à recruter des hommes en pleine bataille, il n'en a plus, ils sont partis, il en faut d'autres. Richard Montgomery décide par exemple de donner l'assaut à la fin de décembre 1775 à la ville de Québec, un assaut tout à fait désastreux.
Xavier Mauduit
Pourquoi?
Pierre Michel
Parce que le 31 décembre à minuit, il sait que l'engagement de ses hommes prend fin. Donc, il faut qu'il se dépêche. Il sait que son armée va se débander tout de suite.
Xavier Mauduit
Pierre Michel ici qui s'exprimait à propos des armées de Washington. Nous sommes en 1775 et donc la volonté de s'imposer au Canada par les armes, c'est-à-dire on a une guerre ici entre les États-Unis naissants et le Québec. Alors Laurence Croce, que se passe-t-il à ce moment-là?
Laurence Croce
Je pense qu'il y a tout un travail de communication autour de cette invasion parce que George Washington en particulier la présente toujours comme une intervention de libération. On ne va pas envahir la province du Québec, on va libérer la province du Québec du joug britannique. Donc il y a tout un travail de framing. Et Washington était très conscient de la nécessité de gagner la population canadienne-française et avait donné des ordres en particulier à ses armées pour vraiment respecter les églises, pour surtout ne pas confisquer de nourriture, etc. De se comporter vraiment très bien comme des bons petits élèves. Le problème c'est qu'il a une armée qui n'a pas d'argent, qui n'a rien à manger, car ils n'ont pas de vêtements, etc. Et bon, ça va partir tout de suite.
Adeline Vazquez-Para
Et ils vont très mal se comporter, notamment à Montréal. Quand Richard Montgomery va envahir Montréal, les troupes vont mal se comporter. Elles vont piller dans la ville et elles vont également ne pas s'acquitter de leurs dettes auprès de certains commerçants. et elles vont laisser une image vraiment désastreuse auprès des populations. Mais malgré cela, il va quand même y avoir deux régiments canadiens qui vont être mobilisés et qui vont rejoindre les troupes du congrès continental. Mais ces deux régiments sont des régiments qui sont commandés par des des personnes qui sont nées en Nouvelle-Angleterre et au Maryland. Donc ce sont des Moses Hazen et James Livingston. Donc en fait, ce sont des miliciens qui, quelque part, connaissent déjà bien ces populations, connaissent bien les 13 colonies et leurs revendications. Et on dit aussi que dans leur régiment, il n'y avait pas que des Canadiens français. Donc c'est vrai qu'on ne peut pas non plus...
Laurence Croce
Voilà.
Xavier Mauduit
En 1775, Washington s'attaque à Québec. Vous nous le disiez, Laurence Krauss, des arguments pour dire nous venons libérer ces populations du joug anglais. Quelles sont les autres motivations? Stratégiques peut-être?
Laurence Croce
Oui, bien sûr, du point de vue des révolutionnaires américains, il faut absolument contrôler la province du Québec, qui peut servir de base militaire au Royaume-Uni, enfin à la Grande-Bretagne, pour une contre-attaque, pour mater la révolution. En plus, là aussi, je reviens en arrière. Le Québec, c'est une espèce de forteresse qui a toujours servi à attaquer les colonies américaines. on se retrouve dans ce scénario qui finalement, pour les gens d'époque, était très très très connu. Et quand on regarde d'ailleurs la façon dont les américains vont attaquer la province de Québec, ils vont repasser par toutes les voies militaires qu'ils ont utilisées pendant 150 ans. Pour attaquer Montréal, ils passent par le Lac Champlain. Pour attaquer Québec, ils passent par la rivière de la Chaudière. On suit des routes militaires bien tracées, bien connues. Voilà, c'est un espèce de remake en fait. Et peu de temps après, parce qu'on oublie nous, mais la guerre de 7 ans, elle s'est terminée 20 ans avant seulement.
Xavier Mauduit
Donc c'est très récent.
Adeline Vazquez-Para
Les populations sont traumatisées en fait. Les populations ne veulent pas revoir une guerre qui se déploie dans leur colonie, ça c'est évident aussi. Mais je pense que Carlton fait bien également de s'allier l'Église, de s'allier notamment cet évêque, Jean-Olivier Briand, qui va publier un mandement, c'est-à-dire qu'il va demander à toutes les paroisses de ne surtout pas rejoindre la révolution américaine. Et comme on sait que ces populations sont proches, évidemment, de leurs clergés, de leurs paroisses, elles vont évidemment écouter leurs prêtres qui vont leur intimer l'ordre de ne pas rejoindre les révolutionnaires américains.
Laurence Croce
Et il me semble d'ailleurs que ceux qui rejoignent les Américains sont escommunés par l'Église catholique. Et les mandements de l'évêque Briand, il va faire toute une série de mandants et qui sont lus en chair. Et donc il y a vraiment une pression très forte sur la population, sur les habitants, les gens qu'on appelle les habitants, c'est-à-dire les fermiers, pour ne pas rejoindre... Et c'est même presque étonnant que malgré cette pression extrême, il y en ait quand même quelques-uns, bon pas beaucoup de régiments, c'est pas énorme, mais il y en a quand même quelques-uns qui vont se joindre aux révoltés américains.
Adeline Vazquez-Para
Et puis l'Église va aussi utiliser 1755, c'est-à-dire la déportation des Acadiens, ce qu'on appelle le grand dérangement, pour effrayer les populations. C'est-à-dire pour dire, attention, si vous n'écoutez pas ce que le régime britannique désire de vous, vous pouvez éventuellement, à un moment donné, être expulsé comme l'ont été les Acadiens.
Xavier Mauduit
Avec ce grand dérangement, cette marche au milieu du 18ème siècle qui a conduit les Acadiens vers le sud dans quelque chose qui reste aussi traumatisme dans les mémoires. Donc en 1775, quand les armées des 13 colonies, je le dis simplement, s'attaquent à la province de Québec, la résistance est énorme. C'est un échec en tout cas pour les colonies américaines.
Laurence Croce
Oui, sur le long terme, c'est très certainement un échec. Alors, ils réussissent quand même à prendre Montréal. Ils échouent devant Québec, alors pour la raison évoquée justement, puisque Montgomery est obligé d'attaquer fin décembre en catastrophe, alors que les conditions sont vraiment catastrophes. Une tempête de neige, etc. Parce que ces miliciens, les contrats s'arrêtent le 31 décembre, donc ils vont partir.
Xavier Mauduit
Bon, c'est dommage. Ça se passe pas bien, bien sûr. C'est quelque chose qui reste d'ailleurs aujourd'hui dans les mémoires. Adeline Vazquez-Parin, dans l'histoire du Québec des origines à nos jours que vous publiez, évidemment on sait bien que ce constituent des mémoires nationales ce moment de 1775.
Adeline Vazquez-Para
Ce qui est intéressant, c'est que la mémoire de Montgomery va vraiment être célébrée aux Etats-Unis, parce que Montgomery va être le martyr de la révolution américaine. Non seulement il n'a pas vu cette révolution aboutir, mais en plus il est mort de façon héroïque, donc il va y avoir des statues, des monuments, des poèmes qui vont être écrits en sa mémoire. On peut dire aussi que finalement cet épisode d'invasion américaine va être aussi utilisé ultérieurement par des historiens à la fois canadiens, britanniques et québécois pour finalement trouver une certaine relation particulière avec les Etats-Unis. Ça établit en fait une relation particulière avec les Etats-Unis. Et je pense que ce qui est intéressant finalement dans cet épisode, c'est sa nature transnationale. C'est-à-dire qu'il va servir à plusieurs mémoires et à plusieurs histoires.
Xavier Mauduit
En tout cas, le 31 décembre 1775, le général Richard Montgomery meurt devant Québec, 31 décembre. Un jour près, c'était la fin des contrats et cette guerre est un échec pour l'armée continentale des Etats-Unis. Dès lors, que faire? Écrire une nouvelle lettre.
Thomas Beau
Nous ne vous laisserons pas exposer à la fureur de vos ennemis et des nôtres. Deux bataillons ont reçu l'ordre de marcher au Canada, dont une partie est déjà en route. On lève six autres bataillons dans les colonies unies pour le même service, qui partiront pour votre province aussitôt qu'il sera possible. Et probablement, ils arriveront en Canada avant que les troupes du ministère, sous le général Carleton, puissent recevoir des secours. En outre, nous avons fait expédier les ordres nécessaires pour faire lever deux bataillons chez vous. Votre assistance pour le soutien et la conservation de la liberté américaine nous causera la plus grande satisfaction, et nous nous flattons que vous saisirez avec zèle et empressement à l'instant favorable de coopérer au succès d'une entreprise aussi glorieuse. Si des forces plus considérables sont requises, elles vous seront envoyées.
Xavier Mauduit
Thomas Beau, qui disait cette troisième lettre du congrès continental aux habitants de la province du Québec. Nous étions en janvier 1776. Ce que je voudrais saisir ici, c'est que au moment où les treize colonies construisent leur indépendance, il y a plusieurs voies possibles entre un état unique, entre des petits états réunis dans une confédération, un système fédéral. Qu'est-ce qui est proposé ici? à la province de Québec et au Canada. Est-ce qu'on leur dit mais non vous allez rester indépendante? Est-ce qu'on leur donne des choix? Est-ce qu'il y a une réflexion sur un avenir possible?
Adeline Vazquez-Para
Justement j'ai l'impression que ces lettres sont assez théoriques et surtout elles utilisent un langage que les Canadiens ne comprennent pas très bien parce que c'est un langage qui est issu des Lumières, ils font beaucoup de références à Montesquieu. Alors je pense qu'ils croient les toucher parce que ce sont des références françaises mais en vérité Ces gens sont plutôt issus de l'Ancien Régime, ont en fait des mentalités d'Ancien Régime, donc ils ont énormément de mal à se connecter à ces références. Et ils ne voient pas vraiment, finalement, ce qu'il leur apporte de plus par rapport aux acquis de l'Acte de Québec. Puisque l'Acte de Québec avait rétabli, comme l'a dit Laurence, le droit civil français et avait rétabli également l'Église catholique dans son plein droit. Donc je pense qu'il y a vraiment un flou qui vient un petit peu mettre en échec ces lettres.
Laurence Croce
Oui, une espèce de malentendu en fait. Comme dit Adeline, les habitants, l'organisation de la province du Québec reste encore à ce moment là vraiment une organisation de l'ancien régime français. Les américains en fait s'inspirent, comme tu l'as dit, de références politiques qui sont tout à fait différentes en termes de principes de gouvernement. Et aussi les lettres du congrès, comme tu le dis, restent très théoriques, ne proposant rien de clair à part de dire on va vous libérer, on va préserver votre liberté. Mais je pense que pour les habitants, c'est quoi cette liberté dont on nous parle? Ils ne sont pas du tout sur la même longueur d'onde, me semble-t-il. La seule chose un peu pratique qu'on leur propose, c'est d'envoyer des représentants au congrès continental. Mais voilà, ça ne va pas plus loin. Bon, après, même au niveau du Condré continental, à ce moment-là, il n'y a pas du tout encore de réflexion sur le type d'organisation politique des futurs États-Unis. Pour l'instant, on en est à organiser la révolte et la guerre éventuellement. On n'a pas du tout réfléchi à est-ce que ça va être une fédération, une confédération, on n'en est pas là. C'est une réflexion qui aura lieu après la guerre d'indépendance.
Xavier Mauduit
Et puis le Canada est un monde divers parce qu'aujourd'hui, en parlant du Canada, nous projetons la carte mentale que nous avons avec les pays. Mais il y a toutes ces différences, même si pour le Canada, il y a le Québec, il y a l'ailleurs, il y a le Canada à l'ouest qui est encore des territoires à découvrir, à conquérir. Ici, dire Canada en 1775, en 1776 n'a pas grand sens. Il faut détailler les choses.
Adeline Vazquez-Para
C'est quand même intéressant historique, c'est-à-dire qu'il a été nommé Canada par les Français pendant quasiment deux siècles. Donc en fait, les habitants se réfèrent à eux-mêmes en tant que Canadiens. C'est quand même une identité qui existe et qui est une identité qui est pertinente pour eux en fait.
Xavier Mauduit
Il n'y a pas encore les tensions entre les communautés issues d'un monde anglo-saxon et celles issues d'un monde francophone?
Adeline Vazquez-Para
Le problème c'est qu'elles sont petites ces communautés issues du monde anglo-saxon. Ce sont quelques marchands écossais. Vous avez également tout ce qui est personnel militaire mais vous n'avez pas énormément d'anglais si je puis dire. qui sont vraiment présents en masse dans cette colonie. Mais par contre, la révolution américaine va amener des loyalistes, c'est-à-dire des gens qui sont fidèles à la monarchie britannique et qui ne veulent pas de cette révolution et qui vont changer la démographie de cette province de Québec et qui finalement aussi vont changer la nature de cette province de Québec, puisque eux sont anglophones et eux sont aussi issus des 13 colonies.
Xavier Mauduit
Ah oui, toutes les élites des 13 colonies qui, bien sûr, veulent rester fidèles à la couronne britannique parce qu'elles en tirent toute leur carrière, quittent les 13 colonies et se rendent au Canada. Je vois bien l'effet démographique que ça peut avoir.
Laurence Croce
Oui, pour compléter. En fait, finalement, ce qu'on peut dire, c'est que le Canada, tel qu'on le connaît aujourd'hui, est créé par la Révolution américaine. Parce qu'avant, ce qu'on a, c'est ce qu'on appelle officiellement la Provence du Québec, ce qui est historiquement la colonie française canadienne qui faisait partie de la Nouvelle-France, mais avec une identité canadienne, la Vallée du Saint-Laurent, grosso modo, autour de Montréal, de Québec. qui va un peu jusqu'à l'Acadie, qui, elle, a une identité un peu différente. Mais ça, c'est le Canada historique, avec les Canadiens français, qui, au moment de la Révolution américaine, mais même au moment de la guerre de 7 ans, 20 ans avant, ont déjà une identité qui s'est constituée, qui est distincte de l'identité française. Il y a toute une série de choses qui sont différentes. Donc ça, c'est ce qu'on a avant la Révolution américaine. Et après la Révolution américaine, on va se retrouver avec quatre colonies britanniques. Donc le Haut-Canada.
Adeline Vazquez-Para
Ça, c'est un peu après, c'est un peu après 1791.
Laurence Croce
Mais quand même quatre, oui, 1791. Et en fait, parce que, justement, l'afflux de loyalistes qui arrive des Etats-Unis, va faire que la couronne britannique va créer de nouvelles colonies pour les accueillir. Et ce sont les 4 colonies qui vont être créées à ce moment-là, qui vont, un siècle plus tard, se fédérer pour former la base du Canada actuel. Donc la révolution américaine crée deux nouveaux pays, les Etats-Unis et le Canada.
Xavier Mauduit
Et c'est important à le souligner d'ailleurs, Laurence Croce, vous dirigez la revue études canadiennes, parce que cette revue interdisciplinaire des études canadiennes en France, c'est montrer que le moment de la révolution américaine, qui a tellement marqué notre histoire, c'est aussi pour le Canada ce moment de bascule où il y a l'affirmation d'être différent des autres. Et c'est important de regarder cette histoire sur le temps long, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire Etats-Unis-Canada. histoire de troubles de voisinage.
The Brother In Law (musical group)
Oh, we share a common border with a country that you know Just take a look at your atlas, it's the one that's down below There's fifty states in the union and something should be done To forget the war of 1812 and make it 51 There'll be colour television, social security Racial segregation and the Birch Society You can take the Fifth Amendment, you can vote for LBJ You can even burn your draft card when we're Canada-USA C'est Now some folks think we're English, which isn't true at all. And some think we're a colony that's run by Charles de Gaulle. But we're looking up to greater things upon that glorious day when the capital of our little state is Ottawa, C.A. There'll be colour television, social security, racial segregation and a diverse society. You can cheer for Jimmy Hoppa, you can join the climb today. You can even be a commie when we're Canada, U.S.A. pas possible. There's a bunch of stripes and 50 stars upon the Yankee flag. There's gonna have to be 51 when Canada's in the bag. But when we see the flag unfurled, we'll know we've won the fight. We'll be just before Connecticut in the third row from the right. There'll be colour television, social security, racial segregation and the Birch Society. You can take the Fifth Amendment. You can vote for LBJ. You can even burn your draft card when we're Canada.
Xavier Mauduit
Tiens, une fausse note, c'est le groupe The Brother In Law, un groupe canadien, ici dans le cours de l'histoire avec Annette Technic, Grégory Wallon et à la réalisation de l'émission Thomas Beau, Etats-Unis, Canada, histoire de troubles de voisinage. Cette guerre d'indépendance des Etats-Unis commence en 1775, 1776, la déclaration d'indépendance, ça dure jusqu'en 1783 quand enfin le Royaume-Uni reconnaît cette indépendance. Dites-nous, pendant cette guerre d'indépendance des Etats-Unis, Que se passe-t-il avec le Canada? Est-ce qu'il y a une participation aux conflits, aux combats, ou ça reste complètement en marge?
Laurence Croce
Non, la seule chose c'est que par contre le Canada sert un peu de base militaire où les troupes britanniques vont transiter et par lesquelles elles vont attaquer certains points stratégiques au nord des colonies rebelles. Donc voilà, ça sert de réservoir, de place forte militaire pour le Royaume-Uni.
Xavier Mauduit
Et puis on est à un moment où la notion de frontière n'est pas aussi évidente que celle d'aujourd'hui, et la frontière entre le Canada, qui n'est pas indépendant à ce moment-là, et les États-Unis qui ont proclamé leur indépendance, c'est pas grand-chose. Alors dans ces histoires de conflits, il faut attendre encore quelques années, 1812, pour revoir des tensions très vives. Pourquoi en 1812, que se passe-t-il à ce moment-là?
Laurence Croce
Il y a des motivations qui sont plus européennes au conflit de 1812. Les guerres napoléoniennes, le fait que la Grande-Bretagne avait établi un blocus autour de la France, que les américains ne pouvaient pas commercer avec la France comme ils le voulaient, donc il y avait cette tension. Le fait que la marine britannique avait besoin de recruter des hommes et qu'une des façons qu'ils utilisaient c'est d'aller recruter de force des marins américains sur les bateaux, donc ça c'est encore un problème. Mais c'est très lié aux guerres napoléoniennes, ça effectivement. Donc ça c'est plutôt le contexte géostratégique européen mondial.
Adeline Vazquez-Para
Et puis après le traité de Paris de 1783, en fait, on n'a pas vraiment résolu le problème de la frontière. En fait, on a une frontière, mais elle est quand même pas très très stabilisée. Et puis les Anglais n'ont toujours pas évacué leurs forts. Il faut attendre 1795, le traité de Jay, pour que vraiment les forts anglais, qui sont les anciens forts français en fait, soient complètement évacués. Donc il y a encore ce problème de la frontière qui nécessite énormément Alors à la fois de stratégie militaire, mais aussi de diplomatie avec les nations autochtones. Puisque ce sont surtout des nations autochtones qui occupent ces territoires. Ce sont des territoires essentiels pour progresser à l'Ouest pour les Américains. Donc c'est vraiment des territoires qu'ils veulent dans leur entièreté. Et ils vont commencer finalement à se... pour parler diplomatique avec ces nations. Et ces nations, en fait, ce sont des nations qui sont extrêmement pro-britanniques.
Laurence Croce
Oui, donc là, géographiquement, on parle de ce qu'on appelle le territoire du Nord-Ouest, c'est-à-dire, en fait, le territoire qui est juste au sud des Grands Lacs. Donc, on est encore à l'est du Mississippi. Et finalement, c'est le territoire qui est destiné à être occupé par les Américains, avec une forte pression démographique sur les colonies, enfin, maintenant, les États. de la côte, et donc plein de gens qui essayent. Mais comme dit Adeline, ce sont des territoires qui étaient anciennement des territoires français, de l'Empire français, récupérés par les britanniques, et qui sont occupés par énormément de nations autochtones. Alors celles qui étaient déjà installées, mais aussi d'autres qui ont été repoussées de la côte est, donc qui se sont retrouvées là, et qui sont très pro-britannique parce qu'ils se méfient énormément des américains. C'est normal, beaucoup d'entre eux ont déjà été éjectés de leur territoire traditionnel. Et évidemment les britanniques qui ont encore des forts, qui sont d'ailleurs les anciens forts français mais maintenant récupérés par les britanniques. et se font un plaisir de rester là et d'essayer de soutenir les nations autochtones dans leur résistance contre l'avancée des américains.
Adeline Vazquez-Para
Ces nations autochtones vont être essentielles pour gagner cette guerre de 1812 et c'est d'ailleurs pour ça que cette guerre va être si essentielle pour l'identité canadienne parce que c'est une guerre qui va en fait mobiliser à la fois des autochtones, des anglais, des canadiens d'origine française et des femmes aussi, c'est ça qui qui est intéressant et cette guerre va être utilisée par beaucoup de politiciens, je pense à Stephen Harper notamment, qui pour justement démontrer l'existence d'une vraie identité nationale canadienne, entre guillemets, va beaucoup appuyer ce moment comme un moment fondateur du Canada.
Xavier Mauduit
Stephen Harper qui est le premier ministre du Canada mais récemment, c'est dans les années 2000 au début, enfin 2006-2015. Donc c'est très récent avec l'évocation sans cesse du passé. On entend bien que ces histoires-là sont des histoires qui relèvent du processus en fait. On a des moments forts 1775-1812 mais pour le reste on voit une évolution et par exemple en 1812 Adeline Vazquez-Para, vous nous disiez qu'il y a une union des différentes populations qui au Canada résiste.
Adeline Vazquez-Para
Alors qu'on romance aussi cette alliance.
Xavier Mauduit
Est-ce que ça a un effet sur l'organisation même du territoire? Parce que dans la construction d'un état, il y a ça aussi, la mise en place de structures, d'armées, de réseaux. Cette guerre de 1812 ou ces tensions de 1812, ça favorise cela?
Adeline Vazquez-Para
Il y a aussi une autre problématique, c'est qu'en 1812, il y a deux colonies, le Haut et le Bas-Canada, et ces deux colonies commencent à connaître un vrai retournement en termes d'idées. Parce que vous avez une petite élite, notamment au Bas-Canada qui est de plus en plus acquise aux idées des révolutions atlantiques, alors même si ça arrive un peu tardivement, mais finalement elle rejoigne un peu tardivement ces idées de la révolution américaine qu'elles n'ont pas voulu rejoindre en 1767. Donc il y a aussi cette donne politique qui est un petit peu différente au moment où le Bas-Canada émerge sur la scène continentale.
Xavier Mauduit
Et puis avec une victoire quand même en 1813 qui là aussi demeure dans les mémoires.
Adeline Vazquez-Para
La bataille de la Château-Guey qui est vraiment la victoire canadienne.
Xavier Mauduit
Fêtée aujourd'hui encore. Ça c'est quelque chose qui est intéressant dans la construction d'un récit national.
Laurence Croce
Ce qui est intéressant en termes de commémoration, on parlait de Stephen Harper, c'est le premier ministre qui était au pouvoir au moment du 200ème anniversaire. Il y a eu pas mal de célébrations en 2012 autour de cette guerre de 1812 et ce qui est mis en avant bien sûr c'est C'est l'union des différents peuples du Canada. Et la mise en avant, finalement, des trois héros. Le chef Shawnee Tecumseh, qui meurt au combat contre l'Américain. Le général Brock, qui dirigeait la milice du Haut-Canada. Donc beaucoup plus d'origine américano-anglaise, les loyalistes. Lui-même était un loyaliste. Et donc Charles de Salaberry qui était le commandant de la milice du Bas-Canada et donc qui est le seul qui est survécu. Les deux autres sont morts au combat. Et donc ces trois chefs emblématiques finalement de l'union des peuples canadiens sont mis en avant dans les commémorations. Mais oui, effectivement, c'est intéressant ce que tu disais sur le fait que c'est une espèce de période de transition, parce que dans les années ensuite, les années qui vont suivre, 1820-1830, on va voir monter dans les provinces, alors pas seulement le Haut Canada, le Bas Canada, mais aussi le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. monter une aspiration à plus d'autonomie et plus de gouvernement responsable. Donc ça va être petit à petit, ça monte. Et c'est vrai que ça arrive beaucoup plus tard qu'au niveau des colonies américaines, mais ça arrive.
Xavier Mauduit
Ça arrive et en 1838, justement, de nouvelles tensions.
Thomas Beau
Il est évident que la lutte qui a maintenant lieu en Canada a aujourd'hui les sympathies du peuple américain. Mais cette lutte était inattendue et ne peut réussir. Aux États-Unis, on paraît désirer bien ardemment l'indépendance de toutes les parties de ce continent de tout pouvoir européen. Quoi qu'il faille que cet événement arrive tôt ou tard, car il est dans la nature des choses, il est absurde de penser que le gouvernement des États-Unis s'engagera dans une guerre volontairement pour procurer au Canada leur indépendance. Il est néanmoins de l'intérêt de l'Angleterre de préparer ses colonies du Nord à l'indépendance, en leur donnant une forme de gouvernement approchant, autant que possible, des principes qui font la base de la République américaine.
Xavier Mauduit
Nous étions ici le 1er janvier 1838 quand Louis Hippolyte Lafontaine, juriste canadien, analyse la situation de son pays parce que ici c'est passionnant de voir combien on a des personnes en écho à ce qui se passe ailleurs dans le monde. On n'arrête pas de le dire, aux idées européennes, à ce qui se passe aux Etats-Unis. C'est une lecture de Nicolas Bergé dans le cours de l'histoire. Pourquoi 1838, de nouvelles tensions?
Adeline Vazquez-Para
Alors 1837-1838 ce sont des rébellions qui prennent place dans une montée des tensions entre un groupe politique qui domine la Chambre d'Assemblée au Bas-Canada. Alors il faut savoir que depuis 1791, depuis l'acte constitutionnel, finalement le Canada a réussi à obtenir une Chambre d'Assemblée. Mais la Chambre d'Assemblée est déconnectée du gouvernement. C'est-à-dire que le gouvernement, qui est composé du gouverneur et de ses deux conseils, font les lois en quelque sorte. Puisqu'ils ont un droit de veto, ils peuvent invalider les lois. Donc la Chambre d'Assemblée n'a pas énormément de pouvoir. Et un groupe se constitue autour d'une figure, Louis-Joseph Papineau, qui va réclamer un gouvernement responsable, donc un gouvernement qui est responsable devant la Chambre d'Assemblée, dont ses membres en sont issus, et qui obtient la confiance également de cette Assemblée. Or, ce n'est pas ce qu'ils ont. Donc ils réclament davantage finalement de démocratie, forme de souveraineté populaire et il demande aussi à ce que le budget soit également confié à cette assemblée. Évidemment les britanniques n'en veulent pas et Londres lui refuse ses demandes et des tensions armées vont monter et c'est ce qu'on va appeler les rébellions patriotes. Et ce qui est intéressant c'est que Louis-Joseph Papineau va beaucoup s'inspirer de la révolution américaine dans les tactiques qu'il va employer pour justement mettre en place ces rébellions puisqu'il va mettre en place un grand boycott des produits britanniques. il va mettre en place des assemblées populaires. Donc il va vraiment essayer d'utiliser toutes ces tactiques pour convaincre le gouvernement britannique de leur octroyer un gouvernement responsable.
Xavier Mauduit
Et là c'est pour les Etats-Unis éventuellement l'occasion de prendre place de ce côté-là avec des aspirations similaires. On peut concevoir comme ça ce moment 1838.
Adeline Vazquez-Para
On peut tout à fait le concevoir comme cela. Et en plus, au fur et à mesure des luttes armées, donc il va y avoir de vraies batailles, notamment dans le village de Sainte-Eustache, les chefs patriotes vont partir en exil. Ils vont choisir les Etats-Unis. Et on pourrait penser qu'à ce moment-là, les Etats-Unis, effectivement, ne prennent pas parti. Faites des causes pour la cause patriote. Relez les demandes de Louis-Joseph Papineau. et au congrès par exemple, mais en fait rien de tout cela ne va se produire. Au contraire, l'administration américaine de Martin Van Buren va refuser de cautionner ces luttes et va en vérité les mettre en échec en ne les soutenant pas.
Laurence Croce
Alors Adeline a beaucoup parlé du Bas-Canada, ce qu'on appelle le Québec aujourd'hui, mais en fait c'est un mouvement qui est présent dans les autres colonies britanniques, donc les autres colonies de l'Amérique, ce qu'on appelle à l'époque l'Amérique du Nord britannique. On a un mouvement similaire dans la province du Haut-Canada, un parti également qui demande plus de démocratie, un gouvernement responsable, etc. Donc avec William Lyon McKenzie. Et on a également, en Nouvelle-Écosse, avec Joseph Owl, qui est à la fois un journaliste et un parlementaire, exactement le même mouvement de demande d'un gouvernement. Donc il y a quand même une similarité dans toute toutes les colonies pendant ces années 1820-1830. Comme tu l'as dit, on pourrait attendre que les États-Unis se mobilisent pour aider le Canada, mais ils sont dans une période où ils n'ont pas envie de déclencher un nouveau conflit avec le Royaume-Uni. de... Ils vont quand même accueillir Papineau et aussi McKenzie après les rébellions armées. D'abord celle du Bas-Canada, suivie quelques mois après d'une rébellion armée au Canada.
Adeline Vazquez-Para
Ce qu'on appellerait l'Ontario en fait aujourd'hui.
Laurence Croce
Et alors en fait, finalement, ce qui est assez intéressant, c'est que la seule province où il n'y a pas de rébellion armée, c'est la Nouvelle-Écosse. Mais au final, c'est la Nouvelle-Écosse qui sera la première colonie à obtenir le gouvernement responsable à la fin des années 1840. Donc, ils sont passés par une voie qui est beaucoup plus une voie légale, parlementaire, etc. de pression constante sur la couronne britannique et le foreign office. Et ils finissent par obtenir ce qu'ils veulent sans passer par des luttes armées. Dans les mois qui suivent, le gouvernement responsable est aussi octroyé à toutes les autres provinces.
Xavier Mauduit
Et dans les années qui suivent, bien sûr, on sent que se développent ces réflexions. Que faire du Canada? Comment construire le Canada? Parce que j'entends bien ces tensions internes avec l'idée d'une confédération. Et oui, pourquoi pas une confédération?
Louis-Joseph Papineau
En ce moment, nous travaillons à notre tour à fonder ici une grande confédération. Mais notre objet n'est point de le faire par la création d'institutions démocratiques. Non, c'est plutôt d'aider l'élément monarchique à prendre parmi nous de plus profondes racines. À l'égard de la politique, il est manifeste que nous avons des intérêts généraux qui peuvent être confiés à un gouvernement général de toute l'Amérique britannique du Nord. Comme Bas-Canadien, je reconnais que l'union du Haut et du Bas-Canada a fait beaucoup de bien. Je l'avoue et je l'ai dit plusieurs fois, que cette union a opéré des merveilles pour la prospérité des deux provinces. Je ne suis pas de ceux qui voudraient voir le Haut et le Bas-Canada séparés de manière qu'ils eussent tous deux le droit de régler leurs tarifs indépendamment l'un de l'autre. Nous devons apprécier les événements dans leur vrai jour. L'homme d'État canadien ne doit-il pas employer ses talents et son énergie à résoudre cette question de représentation qui menace d'amener une rupture entre le Haut et le Bas-Canada? Il faut donc que la confédération de toutes les provinces britanniques s'effectue Sans quoi nous tombons dans la Confédération américaine.
Xavier Mauduit
En 1864, Georges-Étienne Cartier, Premier ministre du Canada Est, appelle à une confédération. C'est une lecture ici de Paul-Émile Desvert avec la volonté d'une confédération, mais je dis 1864. aux Etats-Unis c'est pas mieux en ce moment-là, c'est la guerre de sécession, eux aussi se divisent. Est-ce qu'il y a un effet là où au Canada on regarde ce qu'il se passe aux Etats-Unis en train de se déchirer entre le nord et le sud pour dire bon ben allez c'est peut-être à nous maintenant de régler les problèmes ou en tout cas de les anticiper. Alors on commence par vous Laurence Croce.
Laurence Croce
Il y a un lien absolument très étroit entre la guerre de sécession et la Confédération canadienne, qui est simplement le fait que pendant la guerre de sécession, le Royaume-Uni, qui était censé être neutre, a néanmoins permis la construction de navires corsaires pour le Sud, etc. Donc au moment de la guerre de sécession, même pendant la guerre, il y a énormément de ressentiment de la part du Nord vis-à-vis de la Grande-Bretagne, avec une espèce de promesse, une fois que la guerre va être finie, on va régler nos comptes avec le Royaume-Uni. Et finalement, régler les comptes avec le Royaume-Uni, ça veut dire qu'on va s'occuper du Canada, parce que c'est le territoire britannique le plus facilement qu'on peut attaquer à portée de main. Alors évidemment les canadiens savent ça, et c'est là où on va se retrouver après la guerre de Cécyon avec une armée du nord bien entraînée, et probablement encore une menace d'invasion, une nouvelle invasion, parce que la dernière c'était 1812, mais bon... Et comment est-ce qu'on fait alors pour s'en débrouiller? Et une des raisons du coup de la Confédération, bon c'est pas la seule, c'est aussi finalement l'idée, l'union fait la force, si on se regroupe, on sera beaucoup plus fort pour se... pour se défendre contre une potentielle agression des Etats-Unis. Donc ça, c'est une motivation très importante.
Xavier Mauduit
La Confédération canadienne, c'est 1867, c'est-à-dire deux ans après la fin de la guerre de sécession, qui a cessé, c'est sûr. Dites-nous, Aline Vazquez-Para, vraiment, dans cette histoire-là, est-ce que l'on peut dire qu'à partir de 1867, globalement, les deux nations sont définies, que les frontières d'ailleurs, sont beaucoup plus clairement définies, Désormais, les tensions, puisqu'elles existent toujours, se portent sur d'autres aspects. Il y a une rivalité constante, une méfiance, une amitié aussi, mais ce n'est plus les mêmes rivalités qu'au début du 19e siècle.
Adeline Vazquez-Para
Non, et puis il y a de nouvelles donnes. Par exemple, les Red Finians, ce sont des migrants irlandais, des républicains irlandais qui, avec les armes, font des incursions au Canada. Et les Canadiens en ont très peur. Donc ils utilisent la frontière quelque part. Donc la frontière est mobilisée par d'autres groupes que simplement les Américains ou les Canadiens ou les populations autochtones. Et ça, ça va allait un peu crescendo et je pense que c'est un peu le problème de cette frontière à partir de ce moment-là et surtout à partir de 1867 parce que cette frontière aussi s'établit en raison de ces problématiques de groupes armés qui finalement rentrent au Canada sans trop de problèmes. Il faut aussi rappeler que pendant la guerre de sécession, les Canadiens ont peur des soldats démobilisés. Il y en a notamment John Harrison Surratt qui est un soldat qui a été impliqué dans l'assassinat d'Abraham Lincoln, a trouvé refuge à Montréal. Donc il y a aussi cette idée de Canada comme refuge potentiel pour ces groupes armés et je pense que ça contribue beaucoup à l'émergence de la Confédération.
Xavier Mauduit
Avec ici à Laurence Rose quand même cette question en lien avec l'actualité, est-ce qu'à un moment ou un autre, à partir de 1867, aux Etats-Unis, on voit se développer l'idée que le Canada pourrait être un Etat des Etats-Unis? Dans cette longue histoire, est-ce que c'est quelque chose de complètement marginal ou est-ce que c'est une revendication qu'on peut trouver ça hélas chez des politiques?
Laurence Croce
On peut trouver cette revendication, mais je dirais avant la Confédération, avant 1867, à ma connaissance, je ne pense pas qu'il y ait eu un président américain après 1867 qui évoquait une union politique, bien sûr jusqu'à Donald Trump. Par contre, il y a Il y a quand même malgré tout une peur du Canada d'une intégration politique, alors qu'il ne serait pas forcément une annexion, mais plutôt une intégration politique qui va se faire par le poids économique, l'intégration économique du pays. Donc il y a beaucoup de méfiance, il y avait du libre-échange au Canada pendant très longtemps à cause de ça. Et puis aussi à partir des années 1820, il y a l'espèce de toute-puissance de la culture de masse américaine qui fait qu'il y a en fait une espèce d'intégration culturelle aussi. Donc c'est pas tellement qu'il y a des problèmes, des menaces réelles d'annexion, mais il y a une espèce de processus par lequel les États-Unis avalent un peu le Canada comme ça.
Adeline Vazquez-Para
Alors une toute petite parenthèse sur le Québec en tant que tel, parce que le Québec est un peu particulier. C'est vrai que pour revenir à la figure de Louis-Joseph Papineau et ses patriotes dont certains étaient républicains, et c'est vrai que lui c'était d'ailleurs sa tendance politique, En fait, ces gens vont prôner l'annexion aux Etats-Unis. Donc le mouvement annexionniste naît aussi dans le mouvement patriote bas canadien qui préfère les institutions républicaines à une sorte d'accommodement, de négociation avec le régime britannique. Donc il ne faut pas oublier cette donne-là aussi, c'est que le Québec a toujours eu une culture politique un peu différente du reste de la Confédération et notamment une relation un peu différente aux Etats-Unis.
Xavier Mauduit
C'est-à-dire qu'il y aurait l'idée, la potentialité que le Québec devienne un État des États-Unis et non pas l'ensemble du Canada. Mais là, on est dans des positionnements, on l'entend bien, en marge de l'univers politique. Mais enfin, ça existe quand même.
Adeline Vazquez-Para
Enfin, en marge, c'était pas si en marge que ça, parce que le mouvement annexionniste a quand même été relativement suivi, notamment parce que Papineau était quand même quelqu'un qui était très respecté. Mais je pense que dans les années 80, je sais pas si Laurence peut me confirmer, mais dans les années 80 ou 90, il y a eu un parti annexionniste au Québec.
Laurence Croce
1800 ou 1900?
Adeline Vazquez-Para
Non, 1900. Récemment Récemment, oui.?
Laurence Croce
Alors il y a eu, dans les années 1890, il y a eu un mouvement annexionniste, mais Québec et autour de Goldwyn Smith, qui fait son manifeste annexionniste...
Adeline Vazquez-Para
Mais est-ce qu'il n'y a pas eu un retour de cet annexionnisme après?
Laurence Croce
Non, parce qu'en fait après l'élection de 1891, vraiment ça disparaît.
Xavier Mauduit
Ça disparaît et puis ces Canadiens ont maintenant cette certitude d'eux-mêmes par cette longue histoire. Et j'entends bien ici que ça remonte bien avant la guerre d'indépendance américaine. Merci vivement à toutes les deux. Laurence Cross, on va aller lire les études canadiennes, cette revue. interdisciplinaire. Et Adeline Pascal-Sparra, je renvoie à votre histoire du Québec des origines à nos jours, c'est publié chez Talendier. Merci vivement à toutes les deux d'être venues dans le cours de l'histoire. Prochain épisode, Etats-Unis, Mexique, une frontière dans tous ces états.
Adeline Vazquez-Para
I wish I was on Stormy's sun.
The Brother In Law (musical group)
Away.
Louis-Joseph Papineau
Ils.
Xavier Mauduit
Iront jusqu'à Mexico, c'est le Cabestan qui s'empare d'un fameux trauma dans le cours de l'histoire. Une émission préparée par Jeanne Delacroix, Raphaël Lalloum, Jeanne Copé, Solène Roy et Mayu Engizyu. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter à podcast sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Podcast: Le Cours de l'histoire (France Culture)
Host: Xavier Mauduit
Guests: Adeline Vazquez-Para (Université Lumière Lyon 2), Laurence Croce (Université Paris Cité)
Date: January 26, 2026
This episode explores the intricate and often troubled history between the United States and Canada, focusing on the tumultuous period from the late 18th century through the 19th century. Through historical analysis, fictional reenactments, and discussion, the episode examines the roots and evolution of tensions, differences in colonial legacies, the role of indigenous alliances, revolts, wars, and the emergence of North American national identities. Notably, it questions why Canada did not join the American Revolution, how cross-border relations created unique national trajectories, and how memories and interpretations of these events still shape national identity debates today.
Different Colonial Legacies:
Presence of Indigenous Peoples:
Congress’s Letters to Quebec:
Deep-Rooted Mistrust:
Religious and Political Barriers:
The Failed Invasion of Quebec:
Strategic Motivations:
The Patriotes and Assembly Power:
Uneven U.S. Support:
Wider Movements:
Canadian Confederation (1867):
Persistent Tensions and Identity Formation:
Regional Differences:
On the Unique Canadian Choice (via dramatized Papineau):
On Rooted Division:
On the Failure of American Appeals:
On the 1812 Canadian Victory as a Founding Myth:
On Confederation and Defensive Unity:
The episode traces the nuanced, often tense evolution of cross-border relations, emphasizing how enduring legacies of war, revolution, and colonization created not just two states, but two diverging national narratives. It highlights the continued resonance of these foundational moments, both as sources of national pride or trauma and as reference points in current cultural and political debates on identity, border, and sovereignty.
Recommended References from the Episode:
Next episode: Focus on US-Mexico border relations.
Prepared as a comprehensive guide for listeners and non-listeners alike; all timestamps and quotes retained in original tone and language for context and accuracy.