
Lire et écrire, une histoire populaire : Les mystères du roman-feuilleton, une aventure rocambolesque
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Xavier Mauduit
France Culture.
Raphaël Lalloum
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Les mystères du roman feuilleton, une aventure rocambolesque. Imaginez le tapage qui aujourd'hui les grands quotidiens, le Monde Libération, le Figaro, l'Equipe, les Echos, Ouest France et pourquoi pas les hebdomadaires décidaient de consacrer un tiers de leur une à la littérature en publiant chaque jour un bout de roman afin que le lecteur, la lectrice, achète le numéro suivant pour connaître la suite de l'histoire. Les mystères de Paris, les trois mousquetaires, les aventures de Rocambole, une histoire qui commence au rez-de-chaussée. Qui donc es-tu ? Je m'appelle Rodolphe. Eh ben, Rodolphe. Maintenant que t'as mis le showreader sous tes talons, tu peux faire les 400 coups dans la cité. À toutes les filles d'abord sont tes esclaves. Et, parole, les Eugrests n'oseront plus refuser de te faire crédit. Alors, profitons-en. Allons boire un verre d'eau d'âphe, c'est moi qui régale. Oh ! Et tu dévides le jar comme père et mère. J'ai bien le droit de parler argot et d'aimer l'agnole. Oh, c'est pas ton genre. T'as de trop belles manières pour ça ! Tais-toi et viens boire ! Adaptation radiophonique des Mystères de Paris en.
Raphaël Lalloum
1954.
Xavier Mauduit
Bonjour Julie Clionquan. Bonjour. Vous êtes directrice d'études à l'école des hautes études en sciences sociales et ici nous avons un des fleurons de notre patrimoine de la littérature.
Raphaël Lalloum
Les Mystères de Paris. Le début.
Xavier Mauduit
Des Mystères de Paris. Le tout début, vous l'avez repéré, ces mystères de Paris, c'est un moment de notre histoire littéraire, c'est un moment de notre histoire économique. Nous allons aujourd'hui parler dans le cours de l'histoire du roman Feuilleton. C'est pas que la littérature, c'est cela qui est fascinant. C'est une histoire sociale, économique, littéraire. Ça.
Raphaël Lalloum
Croise toute.
Xavier Mauduit
Notre histoire. Même politique. Et même politique avec les mystères de Paris. J'ai évoqué le rez-de-chaussée quand.
Raphaël Lalloum
On parle des journaux. De quoi s'agit-il ? Il faut voir qu'au XIXe siècle, les feuilles de journaux sont très grandes. Elles sont quatre fois plus grandes que les feuilles actuelles. Donc d'abord, c'est un peu compliqué à lire. Il faut être sur une table ou que le journal soit affiché sur un mur. Et le rez-de-chaussée, c'est l'espace qui ne fait pas absolument un tiers de la une, plutôt un cinquième, on dirait, qui est donc une bande en bas du journal, qui est séparée du reste du journal par une ligne noire et qui continue sur les pages 2, 3, parfois 4. et dans lequel, à partir du début du XIXe siècle, il y a d'abord de l'actualité culturelle et scientifique et progressivement de plus en plus de littérature et de.
Xavier Mauduit
Plus en plus de fiction. Et c'est ça qui va nous intéresser, c'est ce qui se trouve ici au rez-de-chaussée. On parle aussi.
Morgane Avellaneda
De.
Xavier Mauduit
Feuilleton. Bonjour Morgane Avelaneda. Bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence à l'université de Nagoya au Japon et vous pouvez nous définir ce qu'est un feuilleton ? Parce qu'on parle de roman feuilleton, c'est bien joli, mais le feuilleton, là aussi c'est un terme dans le monde de la presse.
Morgane Avellaneda
Pour désigner ce bas de page. Pourquoi feuilleton ? Alors c'est une très bonne question. Peut-être que Judith Lyoncan le sait. Je ne sais pas pourquoi ce terme feuilleton a été adopté et fixé. C'est sûr que maintenant il a une grande postérité arrivée derrière lui. Au départ c'est le rez-de-chaussée. Et à la limite ça va venir d'expressions comme feuilleton dramatique parce que ça revient en fait, vous avez la régularité. Mais pour exactement.
Raphaël Lalloum
Feuilleton, j'avoue que je ne sais pas. C'est une petite feuille mais voilà. Et quelque chose qui revient, en effet, c'est vraiment la périodicité.
Morgane Avellaneda
C'Est le point de départ du feuilleton. Au départ.
Raphaël Lalloum
Ce sera feuilleton dramatique, principalement feuilleton dramatique. C'est-à-dire qu'au début du XIXe, avant l'arrivée du roman feuilleton, les grands journaux, dans leur raie de chaussée, chaque jour ont un thème différent. Donc il va y avoir le jour du feuilleton dramatique, le jour du feuilleton critique, le jour des comptes-rendus de l'Académie des sciences, le jour de n'importe quoi. Et puis, il va y avoir une rubrique littéraire qui s'installe dans la presse.
Xavier Mauduit
Du Premier Empire, dès les années 1810. Oui c'est ça, c'est cette périodicité et c'est pas dans le premier temps de cette histoire du rez-de-chaussée ou du feuilleton, de la littérature. Ça peut être un peu de tout, des annonces. Vous avez vous travaillé Morgane Avelaneda sur Châteaubriand, Châteaubriand homme politique bien sûr, écrivain aussi parce que c'est ce monde-là qui nous intéresse, ce champ de la littérature où les individus que.
Morgane Avellaneda
L'On y croise sont dans plusieurs univers. Alors tout à fait, même si Chateaubriand, en tout cas dans l'histoire du roman Feuilleton, est plutôt une victime. J'aurais tendance à dire, puisque son oeuvre la plus célèbre, aujourd'hui en tout cas, c'est-à-dire Les Mémoires d'Outre-Tombe, a été publiée, alors en roman Feuilleton, bon, en autobiographie Feuilleton si vous voulez, bien dans le rez-de-chaussée, etc., dans la presse, qui est le journal, au départ un des deux journaux du roman Feuilleton, contre son gré. juste après sa mort, alors qu'il aurait voulu faire publier ça 50 ans après pour que tout le monde ne soit pas froissé de ce qu'il racontait, pour des raisons financières, parce qu'il a vendu ses mémoires enviagées. Et donc, oui, vous allez le trouver là-dedans, mais un peu par hasard. Par contre, dans la presse, tout à fait. Pendant sa vie, son oeuvre politique, vous la trouvez de partout, son oeuvre littéraire, par contre, en feuille tombe pas trop, dans une rubrique qui a changé après, qui s'appelle la variété, qui est plutôt dans les pages 3 ou 4, Puisqu'il y a quatre pages dans le quotidien à l'époque, c'est des grandes pages mais il y en a quatre. Dans les pages 3 ou 4, vous avez de la variété où d'ailleurs il y a de la fiction plutôt que dans le feuilleton, que dans le rez-de-chaussée. Donc là, oui.
Raphaël Lalloum
Vous allez trouver des morceaux d'Atala, etc. En fait, ce qui se passe dans les années 1830, c'est que la rubrique de variété, qui était en effet celle qui accueillait des fictions, se met à descendre dans le rez-de-chaussée. Et c'est comme ça qu'en fait naît le roman feuilleton. Les premiers romans feuilletons sont en fait dans la rubrique variété. C'est le cas de La vieille fille de Balzac, en 1836, dans la presse. Et en fait, progressivement, les journaux décident de faire descendre ces romans en une.
Xavier Mauduit
Parce que ça devient un produit d'appel. Oui, c'est ça, parce que ça reste de l'économie.
Raphaël Lalloum
Il faut réussir à vendre son journal. Le roman feuilleton est inventé au moment où les grands entrepreneurs de presse que sont Armand Dutac et Emile de Girardin cherchent à faire baisser le prix des journaux. Le roman feuilleton arrive à ce moment-là pour permettre d'attirer des annonces qui financent l'économie du journal. Et les annonces ne viennent que s'ils ont la garantie d'avoir un public plus large. Et le public plus.
Xavier Mauduit
Large, il est attiré par la fiction. avec cette histoire de la presse qui nous fait comprendre le succès du roman feuilleton et vraiment au sens de la littérature placée en une du journal dans les années 1830. C'est aussi une histoire économique. Ce sont les progrès techniques qui permettent la diffusion de journaux de moins en moins chers et donc dès lors plus accessibles.
Morgane Avellaneda
Et accessibles à un plus grand nombre. Avant même le technique, c'est un choix d'entreprise. Effectivement, Emile de Girardin est plus resté que les autres, parce qu'il a racheté aussi Le Siècle, etc. Mais fondamentalement, c'est surtout comment vendre le journal moins cher. Puisqu'il y a évidemment une évolution des presses, mais on n'est pas particulièrement en avance en France à ce sujet-là, donc c'est pas là-dessus que va se jouer vraiment au départ le problème. L'idée c'est comment on baisse le prix. On baisse le prix en étant financé par les annonces. Comment on fait pour avoir des annonces ? Il faut qu'il y ait du lectorat. Sachant que le journal de l'époque ne s'achète pas au numéro. Donc vous avez besoin d'avoir des gens qui s'abonnent. Donc il.
Xavier Mauduit
Faut quelque chose qui soit sur la durée. Avec un personnage incontournable dans cette histoire-là, c'est Émile de Gérardin. Emile de Girardin, qui est-il d'ailleurs ? On peut le présenter, c'est un homme de presse, c'est un aventurier de la presse. C'est dans ces années 1830 où, il faut le dire, vraiment la société est en mouvement, mais l'ensemble du.
Raphaël Lalloum
Pays, c'est la mort de l'industrialisation de la France. Il veut faire quoi lui ? Girardin, c'est quelqu'un qui a compris qu'il y avait pour les journaux un lectorat potentiel qui n'était pas atteint par les journaux. qui est lié au fait que les classes populaires et même les classes moyennes urbaines sont toutes alphabétisées. Simplement, les journaux sont extrêmement sérieux, contiennent des informations politiques qui ne sont pas particulièrement amusantes à lire. C'est très austère, la presse du début du XIXe siècle. Ça coûte très cher. Donc les journaux, au moment où Gérardin fait baisser le prix, c'est 80 francs l'abonnement par an. Il faut voir que le salaire ouvrier, c'est 100-150 francs par mois. Donc il est absolument hors de question de s'abonner à un journal. Ce n'est pas possible. Donc Gérardin, ce qu'il cherche à faire, c'est à diviser par deux le prix de l'abonnement. Les journaux sont très chers parce que le papier est cher, parce qu'ils sont taxés, parce que l'État fait peser une fiscalité très forte sur les journaux. Et donc Gérardin cherche un moyen d'atteindre ce lectorat de jeunes, de femmes, de classes moyennes, de classes populaires, qui pourraient lire.
Xavier Mauduit
Le journal, qui pourraient l'acheter, mais qui.
Raphaël Lalloum
Ne l'achètent pas. Donc il va multiplier les entreprises de presse, il va lancer le roman feuilleton, mais il va aussi inventer le magazine, enfin il va adapter le magazine à l'anglaise en France, il va créer des.
Xavier Mauduit
Journaux de mode, il va créer toutes.
Morgane Avellaneda
Sortes de choses. Nous n'en ballons pas.
Xavier Mauduit
Mes amis, ce n'est qu'un numéro spécimen et comme tel il ne peut être qu'exagérément prometteur. Reconnais tout de même, mon cher Eugène, que le programme annoncé par Dutac est assez alléchant. Littérature, théâtre, sciences morales, beaux-arts, et j'en passe, n'est pas si mal. Mais la fiction, tout cela, vous l'oubliez.
Morgane Avellaneda
? Pas du tout. Et qu'en savez-vous Delphine ? On dit que Dutac projette de caser la fiction dans une rubrique intitulée variété. Et.
Raphaël Lalloum
Sous quelle forme ? Des extraits d'ouvrages inédits.
Xavier Mauduit
Des poèmes, des chroniques historiques. Enfin, un tas de choses de ce genre. Qu'en pensez-vous, Girardin ? Je ferai mieux avec la presse. Le quotidien que je vais lancer au début de juillet. Qu'entendez-vous juste par faire mieux ? Un peu de patience, Musset. Pour Dutac, comme pour moi, il y a trois éléments qui vont jouer en faveur de nos quotidiens respectifs. Et peut-on savoir lesquels ? Bien sûr. Premièrement, l'intérêt croissant des bourgeois et du peuple pour la chose politique. Deuxièmement, l'élévation du niveau des classes aisées et des masses populaires. Et troisièmement ? Troisièmement, l'industrialisation des méthodes de fabrication des journaux et l'emploi de plus en plus courant de papiers à base de fibres végétales. Toutes choses qui devraient avoir pour effet d'augmenter la diffusion de la presse quotidienne en l'abaissant du même coût son prix de vente. Nous étions au Café Tortonier à Paris en juin 1836 avec Balzac, Musset, Eugène Su et Émile de Gérardin. C'est une fiction sur France Culture 1987. Je dis de lui encore.
Raphaël Lalloum
Tout ce qui est avancé là comme argument pour expliquer la révolution proposée par Émile de Gérardin. Mais c'est fort didactique. Pour être précis, intéresser les classes moyennes et les classes populaires à la chose politique, c'est vrai. Tous les journaux sont des journaux politiques. Il s'agit de faire de la politique autrement. Et la révolution du journal La Presse, qui est lancé par Gérardin, c'est aussi que ça n'est plus un journal d'opinion. C'est-à-dire qu'il n'est pas... Alors, il est très proche du gouvernement. Gérardin, d'ailleurs, va avoir une carrière politique. Il appartient à ce qu'on appelle la gauche dynastique. Donc, il soutient tout à fait la monarchie de Juillet. Mais il est plutôt réformateur. Voilà, c'est un conservateur éclairé, on va dire. Simplement, il s'agit de faire de la politique autrement, c'est-à-dire de donner au lectorat aussi une matière politique plurielle, plurivoque. Ce qui est complètement différent des grands journaux de l'époque qui sont tous la bannière d'un parti. Alors, il n'y a pas de parti au sens parti politique. Mais il y a des tendances politiques qui sont extrêmement marquées. Donc quand on est légitimiste, on achète la Gazette de France. Quand.
Xavier Mauduit
On est conservateur, on achète le Journal des.
Morgane Avellaneda
Débats. La presse n'a pas de couleur politique marquée. La presse au sens du journal La Presse. aussi à Girardin de réussir, c'est qu'au début, il est resté beaucoup plus vague dans son positionnement politique par rapport au quotidien de l'époque, qui effectivement sont extrêmement marqués. Vous regardez les caricatures de l'époque, chaque journal est presque son homme politique, sa personnalité et son opinion et un point c'est tout, finalement. Et Girardin a réussi.
Raphaël Lalloum
Ou a choisi d'ailleurs, de rester, oui, proche du pouvoir, mais finalement moins ouvertement engagé dans les termes contemporains, j'entends C'est-à-dire que c'est un homme de presse avant d'être un homme politique.
Xavier Mauduit
Il s'est constamment comporté comme un homme de presse. Et c'est vraiment... Il est extraordinaire pour ça. Au moment où il propose en bas de son journal ses extraits de romans et puis il faut suivre comme ça journo après journo pour avoir l'intégralité de l'histoire, il est dans une innovation parce que.
Raphaël Lalloum
Nous regardons le cas français, nous parlons d'Emile de Gérardin. Est-ce que c'est lui qui invente ça ? Alors, en fait, c'est un phénomène qu'on observe dans beaucoup de journaux européens. La presse anglaise, elle donne de la littérature en morceaux sous toutes ses formes, d'ailleurs. Et par ailleurs, il faut quand même dire aussi que c'est un phénomène qui concerne également la librairie, c'est-à-dire la production de livres, où il y a aussi une baisse des coûts constante tout au long du XIXe siècle et la recherche de tirages de plus en plus élevés et de prix de plus en plus bas. Simplement, il.
Xavier Mauduit
Y a une espèce de concurrence finalement assez vertueuse pour le lecteur entre la presse et la librairie. avec ici un vrai intérêt pour l'écrit. Souvent une idée que la population n'a pas accès à la lecture. Alors la loi de Guizot sur la scolarité c'est 1833 et on l'évoque, Romand-Feuilleton c'est les années 30 donc c'est pas les petits enfants qui sont en train d'apprendre à lire en ce moment qu'ils vont racheter les journaux. Faut un peu casser l'idée que l'accès à la lecture est réservé à.
Raphaël Lalloum
Une élite qui aurait été formée. Il y a une vraie diffusion de la lecture au XIXe siècle. Les classes urbaines sont alphabétisées à la fin du XVIIIe. On lit, d'une part, et d'autre part, même quand on ne lit pas, on se fait lire. C'est aussi ça le grand canal de diffusion du roman feuilleton. C'est la lecture collective, c'est le fait de raconter les histoires du roman.
Morgane Avellaneda
Que quelqu'un a lues sur un support qui peut parfois être une image qui est tirée du roman. Oui, puis au-delà de ça, vous allez avoir C'est-à-dire qu'un des problèmes c'est plutôt le coût, l'accès à l'objet, livre et même presse, parce que le périodique n'est pas du tout donné, c'est pas l'image qu'on en a ou qu'on a pu en avoir aujourd'hui. Mais il y a des moyens d'accéder, vous allez avoir, surtout en province, le notable achète le journal et puis après ça fait le tour de la ville, en très gros, je simplifie. ou bien des cabinets de lecture dans lesquels vous avez à payer un abonnement qui est beaucoup moins cher et puis là vous avez accès à plusieurs journaux, donc entre autres plusieurs romans feuilletants différents. Alors après.
Raphaël Lalloum
Vous en avez souvent plusieurs dans un même journal, mais même sans ça, ça vous multiplie les choses. Les cabinets de lecture à Paris, ça a été très bien étudié notamment par François Sparan, c'est des dizaines de petites bibliothèques privées de types très différents. Il y en a des luxueux, il y en a des très populaires, il y en a dans tous les quartiers. et on peut avoir l'accès donc à toutes sortes d'imprimés pour une somme tout à fait modique. Ce qui va en fait, même si les journaux tirent à quelques dizaines de milliers d'exemplaires au mieux, en fait il y a une démultiplication du lectorat par le cabinet de lecture mais aussi par toutes les institutions privées de lecture, les cafés, puisque dans les cafés, les cafés sont abonnés aux journaux, on va au café pour lire le journal. Et puis c'est aussi des lieux de sociabilité. Cette organisation politique du journal, elle se trouve beaucoup dans les cafés puisque les lecteurs républicains de La Réforme ou du National vont se retrouver.
Xavier Mauduit
Au café pour discuter sur le journal, etc. Mais c'est aussi comme ça que la littérature se diffuse. Oui, parce que c'est vraiment cela dont il est question, c'est de la littérature. Et on est étonné aujourd'hui encore, et on le voit régulièrement quand on regarde la date de parution des grands romans du 19e siècle, d'apprendre qu'il y a cette première parution en feuilleton et puis ensuite la parution sous forme de livre avec un léger décalage.
Morgane Avellaneda
Mais c'est vrai que c'est une économie qui se met en place, qui se développe au 19e siècle. Alors oui, très clairement. Après il faut faire attention aussi, alors pas que ce ne soit faux nécessairement, mais il faut faire attention à cette idée que ce qui est publié dans la presse c'est une sorte de pré-publication et après le roman vient. Si je prends par exemple les mémoires de deux jeunes mariés de Balzac... vous avez une publication, et d'ailleurs souvent, mais c'est un exemple là qui me vient, vous avez souvent les deux publications en parallèle, ce qui veut dire qu'en fait le volume est disponible avant que la fin du roman Feuilleton n'ait été publiée, puisque évidemment ça prend davantage de temps, et vous allez avoir des différences, et on peut avoir envie de se dire, ah ben Balzac en relisant finalement a constaté une erreur, et puis parfois il s'avère, par exemple dans les mémoires de deux jeunes mariés, vous avez une ouverture sur une question, alors c'est rapide, mais de plaisir féminin. Evidemment, c'est inadmissible pour le directeur de presse qui lui fait changer ça immédiatement. Dans la version en volume, c'est déjà là. Et donc, non, c'est pas, oh.
Xavier Mauduit
Balzac a.
Raphaël Lalloum
Rajouté ça. C'est plutôt, bon, il a fallu l'enlever parce que sinon, ça ne passait pas. C'est intéressant. En fait, ce qui se passe, c'est que les grands feuilletonistes, qui deviennent des puissances économiques, ce qu'on appelle les princes du roman feuilleton, comme Eugène Su ou comme Alexandre Dumas, les patronnes presse négocient avec eux l'exclusivité des feuilletons. Comme les écrivains font un peu flèche de tout bois pour gagner de l'argent, ça leur arrive de vendre à la fois leurs titres, à la fois à un directeur de presse et à un libraire éditeur. Donc il y a cet aspect. Et puis surtout, il y a un déchet énorme parce qu'on se souvient des Trois Mosquetaires, du Comte de Montecristo ou des Mystères de Paris. Mais quand on lit la presse du 19e siècle, vous trouvez des dizaines, des centaines de feuilletons qui n'ont jamais été publiés en librairie et qui, même quand ils ont été publiés en librairie, sont complètement oubliés. Donc, il faut voir que c'est une économie qui est quand même dévoreuse de textes.
Xavier Mauduit
Dévoreuse de lignes et qui a donc des dizaines.
Morgane Avellaneda
De petits écrivains, d'écrivains journalistes qui fabriquent du feuilleton. Parce que c'est ça, il faut de la matière. Et si vous devez remplir tous les jours deux à trois bas de journal qui sont grands et imprimés serrés, souvent plus serrés d'ailleurs même que les colonnes d'en haut. Donc c'est là qu'on met le plus de textes. Il va falloir amener de la matière. Plus le roman feuilleton est populaire, plus il va falloir aussi qu'il y ait du choix. Donc en fait, dans un même numéro, vous avez parfois sur trois pages de rez-de-chaussée, en fait trois romans feuilleton en parallèle, un qu'on vient de commencer, un qu'on est en train de finir, un qu'on a repris, etc. Vous avez des interruptions, enfin c'est une quantité effectivement textuelle énorme qui interagit et au milieu de ça vous avez aussi à la fois voilà cette publication à la ligne là, celle qu'on a tendance à critiquer comme de pas très bonne qualité, c'est parfois vrai, et en même temps des écrivains qui qu'on a reconnu après coup, ou au moment où ils écrivaient, comme.
Raphaël Lalloum
Grands écrivains, vrais écrivains, et aussi ils sont là-dedans, et donc du coup on en trouve de partout. En fait, ce qui se passe aussi, c'est que les journaux testent en permanence. Donc, ils voient, ils surveillent très attentivement les fluctuations de l'abonnement. Donc, quand quelque chose ne marche pas, ils arrêtent. Si bien qu'on voit ça très clairement dans la presse. Au début de l'année, le journal La Presse, on annonce un programme littéraire. Il faut que le lecteur ait un peu tout du roman historique, du roman d'aventure, des choses sérieuses, des choses plus légères. On commence quelque chose. Exemple, Balzac publie Les Paysans dans la presse en 1844. Ça ne marche pas du tout. Le roman est terriblement ennuyeux, les lecteurs se plaignent. Aucun problème, ils arrêtent et ils publient du Dumas. C'est-à-dire qu'ils sont absolument.
Xavier Mauduit
Sans scrupules. Il n'y a aucun respect de l'intégrité de l'œuvre littéraire. Par ailleurs, les.
Raphaël Lalloum
Écrivains font avec. Mais pourquoi, Balzac, les paysans, ça.
Morgane Avellaneda
Ne fonctionne pas ? C'est Balzac qui a dit entre. Parce que Balzac ne sait pas.
Raphaël Lalloum
Écrire un feuilleton. Et puis.
Morgane Avellaneda
Par ailleurs, parce que c'est Balzac pour nous aujourd'hui, et aujourd'hui c'est hors Balzac. En 44 c'était déjà Balzac. Oui, bien sûr, mais je vais dire, ça ne fait pas tout. Alors, si je reviens à Châteaubriand, vous m'excuserez. Typiquement, les mémoires d'outre-tombe vivent ça. Alors là, pour le coup, ah, Chateaubriand, c'est déjà largement le cas. Bon, à l'époque, pour d'autres choses, sa carrière politique, le génie du christianisme, etc. Mais enfin, c'est quand même une figure majeure. Il meurt, alors c'est pas sa faute, mais il meurt en 1848, juste après l'avènement de la République. Alors d'un coup, oui, on attend avec impatience l'autobiographie de Chateaubriand, mais en même temps, c'est un légitimiste conservateur, c'est pas trop le moment. Les Mémoires d'Outre-Tombe, c'est long, d'accord, mais ça met deux ans à être publié, et au moment, vous avez des interruptions plusieurs fois, parce que ça ne se lit pas comme ça, c'est pas fait pour, et notamment, Dumas sert toujours à ça, vous avez.
Xavier Mauduit
Au ton, plusieurs romans de Dumas, en morceaux ou en entiers, au milieu. Il faut bien récupérer le lectorat. Oui, parce qu'il faut savoir écrire pour le roman feuilleton, au sens où avec Les Paysans de Balzac, Balzac n'écrit pas ce qui correspond à un roman feuilleton. C'est sûr que le jour où l'on tombe sur la longue description, on.
Raphaël Lalloum
Ne se dit pas qu'on a perdu notre journée. Mais enfin, la narration et l'intrigue est un peu interrompue. Il y a des romanciers qui vont se spécialiser dans l'écriture de feuilleton. Dumas et Eugène Su sont des spécialistes, ils ont un savoir écrire, ils savent calibrer leur écriture, ils savent ménager l'art de la coupe. Le fait qu'à la fin, on soit dans un état d'excitation tel qu'on ne peut pas attendre jusqu'au lendemain pour savoir ce qui va se passer. Alors, Georges Sand a du métier, elle publie aussi beaucoup en feuilleton. D'ailleurs, quand on lit des romans de Georges Sand aujourd'hui, on sent bien qu'il y a un calibrage qui est très maîtrisé. Mais Balzac n'a jamais vraiment réussi à écrire pour le feuilleton, ni d'ailleurs voulu. Il l'a fait une fois, dans « Splendeur et misère des courtisanes », qui d'ailleurs, ça.
Morgane Avellaneda
Se sent très bien quand on lit, et quand il l'écrivait, il écrivait parallèlement à Madame Ansca, « Je fais du Eugène Sud tout pur ». Oui, non, et puis il faut prendre en compte qu'un certain nombre d'écrivains publient dans le feuilleton parce qu'ils le peuvent, pour des raisons économiques, etc. et ne se considèrent pas comme des écrivains pour le feuilleton ou de roman feuilleton. Donc ça fait que dans cette fameuse masse textuelle que l'on va retrouver dans le rez-de-chaussée, Il y a de tout. Il y a du roman fait pour être plein de rebondissements, bon ou mauvais, et puis du roman qui a été écrit par avance et qui est coupé, saucissonné un peu après, où d'ailleurs souvent on est un peu déçu quand on va voir dans la presse de l'époque, parce que la coupe elle n'est pas du tout à un moment où on se dit « Oh ! Que va-t-il se.
Xavier Mauduit
Passer après ? » Ou pas particulièrement en tout cas, les.
Morgane Avellaneda
Chapitres ne rentrent pas à l'intérieur, enfin c'est pas fait pour, parce que le texte préexiste. Voilà, il faut donc des tas d'auteurs pour remplir ces rez-de-chaussée. C'est surtout dans la coupe « Monsieur » que le vrai feuilletoniste se retrouve. Il faut que chaque numéro tombe bien, qu'il tienne au suivant par une espèce de cordon ombilical, qu'il inspire, qu'il donne le désir, l'impatience de lire de suite. Vous parliez d'art tout à l'heure, l'art le voilà. C'est l'art de se faire désirer, de se faire attendre. Vous avez, je suppose, un Monsieur Arthur auquel votre public s'intéresse. À la fin de chaque feuilleton, une situation critique.
Raphaël Lalloum
Un mot mystérieux et Arthur, toujours.
Morgane Avellaneda
Arthur au.
Xavier Mauduit
Bout. Plus le public aura mordu à votre Arthur, plus vous devez en tirer parti. Le lui présenter comme une amorce. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Raphaël Lalloum qui nous disait un extrait d'un ouvrage intitulé « Jérôme Paturro à la recherche d'une position sociale », un ouvrage de Louis Rébeau en 1846. Judith Lyon-Camp, on le dit souvent, tirer à la ligne c'est vraiment ça, il faut remplir. Ça.
Raphaël Lalloum
Permet à certains auteurs, moins d'autrices mais il y en a aussi, de pouvoir gagner de l'argent. Ils sont payés alors il faut remplir, quitte à tirer un petit peu l'intrigue. D'une part, Louis Rébeau, dont on vient d'entendre un texte, n'était pas un grand ami des feuilletonistes. C'est même quelqu'un qui a utilisé volontiers l'expression de littérature mercantile. Il a même inventé une espèce de fiction dans laquelle il y a une machine à produire de la littérature, une machine à vapeur qui produit de la littérature. C'est vrai qu'il faut tirer à la ligne parce que les contrats notamment des grands feuilletonistes prévoient des quantités de textes complètement démentes par an. Il faut voir que par exemple Eugène Su ou Dumas gagnent des sommes faramineuses pour l'époque, ils gagnent 100 000 francs par an. Mais leur contrat avec les éditeurs de presse prévoit la matière de 14 ou 15 volumes de romans pour une année, ce qui est littéralement physiquement impossible. Donc.
Xavier Mauduit
Évidemment, de temps en temps, il faut faire du dialogue pour pouvoir gagner une ligne. Alors effectivement, ça va faire des dialogues assez courts. Oh non, pas possible. Voilà, trois lignes. Voilà, c'est déjà fait. C'est pas vrai, vous m'étonnez. Comment dire ça ? Mais c'est ici, dans cette histoire qui nous intéresse, celle du roman feuilleton, celle de l'action de l'auteur, de l'autrice pour gagner de l'argent. Comment faire ? Il y a l'ouvrage lui-même imprimé, mais par le feuilleton, il y a un revenu qui est un peu plus assuré. Il n'y a pas que ça, il y a le théâtre également pour gagner de l'argent au XIXe siècle quand on veut écrire. C'est un monde foisonnant, mais où tout le monde est en.
Raphaël Lalloum
Connexion. C'est-à-dire qu'on ne peut pas séparer le monde de l'édition, de la librairie, le monde de la presse et le monde du théâtre. Tout le monde connaît, tout le monde se croise. En fait, la manière la plus efficace de gagner de l'argent pour un homme de lettres, c'est le théâtre. Parce que le théâtre rapporte de l'argent à chaque représentation. Ensuite, il y a la presse, la grande presse, qui paye bien, qui paye beaucoup mieux que la librairie. Mais la librairie, c'est la postérité, c'est la garantie de la transmission. Donc, effectivement, il joue sur les trois tableaux. Dumas est exemplaire de ce point de vue-là, puisque C'est un grand feuilletoniste. Ses livres sont publiés en librairie et il finit par créer son propre théâtre, le théâtre historique, pour pouvoir monter ses propres pièces. Ça va le conduire à la ruine, par ailleurs, en 1848. On voit bien que ces grands écrivains cherchent à jouer sur tous les tableaux pour pouvoir gagner, en effet, des sommes qui sont, pour l'époque, qui surprennent les contemporains, qui les choquent même parfois. Le train de vie de Gensu, le train de vie d'Alexandre Dumas.
Morgane Avellaneda
Ça fait les bonheurs de la petite presse, enfin de l'équivalent de la presse people de l'époque, où il y a des descriptions émerveillées ou horrifiées du luxe dans lesquels vivent ces gens. Et puis la presse c'est pas uniquement le roman feuilleton, c'est aussi écrire de la chronique littéraire, tout un tas d'articles variés, alors pour des grands noms mais aussi pour ceux qui désespérément.
Xavier Mauduit
Essayent de trouver leur place dans les colonnes ou dans le rez-de-chaussée et qui vont commencer par donner des articles, enfin donner ce qu'on leur prend en fait, et ce qu'on leur paye. Parce que c'est ça, c'est cette économie qui nous intéresse. Mais pour être un artiste ou un auteur intéressant pour l'éditeur, il faut répondre à la demande du public. Cette demande du public, grâce au roman feuilleton, c'est-à-dire publié dans la presse, elle peut être mesurée de manière assez précise. Mais vous nous l'avez dit, pendant longtemps les journaux ne se vendent pas aux numéros, c'est.
Raphaël Lalloum
Des systèmes d'abonnement. Alors bon, une fois qu'on est abonné sur un an, on est abonné sur un an. Comment on arrive à percevoir ici l'intérêt d'un roman feuilleton, d'un auteur ? Les demandes d'abonnement, elles sont permanentes. Donc les journaux savent très bien quand un roman fait du succès, il y a des demandes d'abonnement qui apparaissent et donc ils suivent de manière très très précise les fluctuations de l'abonnement. Ils savent très bien comment ça marche. Par ailleurs, les grands romans feuilletons, en particulier les Mystères de Paris, ont provoqué une telle hystérie collective, enfin une telle passion collective.
Xavier Mauduit
Que les directeurs de presse le voyaient dans la rue. Les gens allaient, faisaient.
Morgane Avellaneda
La queue dans les cabinets de lecture pour savoir la suite des aventures de Rodolphe et de Fleur de Marie. Oui, parce que l'hémisphère de Paris, c'est vraiment un moment incroyable du XIXe siècle. Oui, et puis toujours autour de l'hémisphère de Paris, et là c'est vraiment un tournant aussi de ce point de vue-là, vous avez aussi les courriers de lecteurs. Parce qu'avec l'hémisphère de Paris, on entre vraiment dans quelque chose où en tout cas ça se voit. où le lectorat intervient presque, attend la suite et va écrire pour savoir ce qu'il.
Raphaël Lalloum
Va se passer, écrire en disant « c'est pas possible, il peut pas se passer ça », etc. Donc il y a aussi cette interaction-là, même si ce n'est pas la même visibilité, mais elle existe. En fait, Gensu met en scène les réactions de son lectorat, c'est-à-dire qu'au bout d'un moment, il négocie avec le directeur du journal, donc le journal des débats en l'occurrence pour les ministères de Paris, de publier des lettres de lecteurs. dans le feuilleton, si bien qu'il met en scène sa réception. Il reçoit toutes sortes de lettres, il choisit très attentivement les lettres qu'il publie. En fait, il publie surtout des lettres de notables réformateurs qui donnent à son roman une légitimité à la fois politique et sociale, puisqu'on l'a beaucoup accusé de surfer sur le mauvais goût de ses lecteurs. de rediriger un peu la tension critique.
Xavier Mauduit
Vers quelque chose de plus sérieux. Mais il y a vraiment une mise en scène, au moment des Mystères de Paris, de la réception, d'une espèce de réception de quelque.
Morgane Avellaneda
Chose qui ne s'est jamais vue. C'est.
Raphaël Lalloum
Vrai qu'en 1842, quand apparaissent les Mystères.
Morgane Avellaneda
De Paris, bien sûr, il se passe quelque chose. L'électorat s'en rend compte et nous aussi aujourd'hui, dans le cours de.
Raphaël Lalloum
L'Histoire. Le 13 décembre 1838.
Morgane Avellaneda
Par une soirée pluvieuse et froide, un.
Raphaël Lalloum
Homme de taille athlétique, vêtu.
Morgane Avellaneda
D'Une mauvaise blouse, traverse le Pont-aux-Changes et s'enfonce dans la cité, dans ces rues tortueuses qui s'étendent depuis le Palais de Justice jusqu'à.
Xavier Mauduit
Notre-Dame. dix heures.
Raphaël Lalloum
Sonnaient.
Xavier Mauduit
Dans le lointain.
Morgane Avellaneda
À l'horloge du palais de justice. Des.
Xavier Mauduit
Femmes, embusquées sous des porches voûtées comme des cavernes, chantaient à mi-voix quelques refrains populaires.
Morgane Avellaneda
Le chourineur ! Le chourineur ! Le chourineur ! Sauve-toi ! Débile-toi ! Le chourineur ! C'est toi, la goëleuse ? Aïe, vous me.
Xavier Mauduit
Faites mal ! Eh ben, c'est pour t'apprendre à raisonner avec les hommes. Sale brute ! Oh ! Ah, tu m'as.
Morgane Avellaneda
Piqué, femelle ! N'approche plus ou je te crève les yeux avec mes ciseaux ! Je.
Xavier Mauduit
Ne t'ai rien fait ! Pourquoi m'as-tu frappé ? Je vais t'expliquer ça. Oh, laisse-moi ! Cette fois, je te tiens, ma belle, hein ? Je vais te faire danser ! Laisse-la ! Ou c'est toi qui va danser ? Quoi ? Merci, monsieur, d'avoir pris ma défense. Mais prenez garde à vous. C'est le sourineur. Ravi de le connaître. T'as jamais entendu parler de moi ? N'avrez de vous décevoir. Le bruit de votre réputation ne m'est pas encore parvenu. Eh ben, ça va pas tarder. Parce que tu vas payer pour la goëleuse et pour toi. Qui donc es-tu ? Je m'appelle Rodolphe. Les mystères de Paris. la radio en 1954 avec Rodolphe bien sûr et le showrunner qui fait drôlement peur le showrunner. Et la goaleuse ! C'est toute une aventure. Mais dites donc, Julie Clionquan, on l'a dit en 1842, c'est là.
Raphaël Lalloum
Où commencent à apparaître les mystères de Paris. L'action se passe quelques années plus tôt. On n'est pas du tout dans un roman historique et on est dans un univers très particulier. C'est celui de ce qu'on a appelé les baffons. Qu'est-ce qu'il y a autant intrigué dans les mystères de Paris. Pourquoi le lectorat tout de suite s'est-il accroché à cette histoire ? Vous avez entendu tous les ingrédients. D'abord, ça se passe au centre de Paris, dans l'île de la cité, c'est-à-dire au milieu du monde dans lequel vivent au début les lecteurs du roman, la grande ville. Ensuite, ce qu'on entend, c'est de l'argot. C'est absolument inimaginable qu'on publie de l'argot dans le journal des débats. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose de complètement fou dans le fait de faire ça. Et puis, il y a la violence sexuelle qui est tout de suite là. Les femmes qui font le trottoir, parce que les femmes qui chantent sous les porches, c'est très, très clair pour le lecteur qu'il s'agit de prostituées. Et puis, la menace sexuelle que le Schroeder fait peser sur Fleur de Marie. L'arrivée de ce personnage, Rodolphe, qui se bat avec le chourineur. Le chourineur, c'est un repris de justice, c'est un assassin. Il chourine, chouriner, ça veut dire tuer, avec son couteau. C'est un type qui a été dans les abattoirs, qui tue. C'est un tueur. Et Rodolphe arrive, donc athlétique, dans sa blouse. Il est magnifique.
Morgane Avellaneda
C'est un prince, il faut voir. Il est déguisé en ouvrier, mais c'est un prince. Et là, il le fait tomber parce qu'il pratique l'art de la savate. Donc, ils le fauchent. Et donc, première scène, un homme athlétique magnifique fait tomber par terre cette espèce de grosse brute.
Xavier Mauduit
Et il sauve la goéleuse. Donc, tous.
Morgane Avellaneda
Les ingrédients sont là. Écoutez donc cette histoire étonnante Où la vertu n'est pas récompensée Le mal triomphe des hommes innocentes Mais le destin saura bien les venger Gardez chez vous vos enfants et vos femmes Écoutez bien vous qui êtes à l'abri Voici le temps des châtiments.
Xavier Mauduit
Infâmes Dans le secret des mystères de Paris Sanglant, tirant du corps comme de l'âme Voici Paris, monstre jamais repu Qui s'est brûlé dans une même flamme Le pur, l'impur, le crime et la vertu De ses secrets voici l'histoire affreuse Gentil passant pour un modeste prix Tu peux pleurer, ton âme est généreuse En écoutant les mystères de Paris Germaine Nontero qui chante les mystères de Paris dans le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Boue avec aujourd'hui à la technique Ludovic Auger. Et aujourd'hui nous nous plongeons dans ce monde fabuleux, celui des romans feuilletons avec l'évocation ici des mystères.
Morgane Avellaneda
De Paris. Morgane Avelaneda, ces mystères de Paris, succès, populaire comme une évidence. scandale aussi, mais ça va bien souvent avec le succès. On évoque les bafous, on évoque l'argot dans un journal qui n'est pas habitué à ce vocabulaire-là. Le scandale aussi est lié à l'idée de Romain Feuilleton, mais c'est parce que, aussi, c'est la clé du succès. Alors oui, et puis parce que c'est cette critique... Alors le roman, il faut quand même le rappeler, le roman a à peu près, bon peut-être, toujours été critiqué. C'est-à-dire que vous partez très en avant, de toute façon... Le genre romanesque, c'est de la littérature pour femmes, ou alors c'est de la littérature facile, ce n'est ni en verre, ça ne rentre pas dans la poétique d'Aristote, enfin... De toute façon, il y a un passif, si vous voulez. Le roman feuilleton, c'est l'accusation d'être une littérature mercantile. Et de ce point de vue là, donc non esthétique, donc voilà. Et ça c'est une critique, c'est pas uniquement les mystères de Paris, c'est une critique qu'on retrouve beaucoup. Alors au début, quand le roman Feuilleton prend son essor d'abord parce que c'est la perte finalement, enfin on a la sensation de la perte d'une sorte de qualité de ce qu'était devenu la littérature, surtout après le romantisme et l'imaginaire un peu de l'écrivain, génial, etc. Avec le temps, Ce sera potentiellement plutôt une séparation, la vraie littérature et puis de l'autre côté, la littérature industrielle ou mercantile, etc. Après, dans l'émissaire de Paris, il y a aussi une prise de position. C'est un ouvrage qui est, alors... favorable finalement à une forme de réforme qui va mettre en avant.
Raphaël Lalloum
Justement ce petit peuple, ces bafons, ce langage. Et tout ça, c'est nouveau. Alors surtout effectivement dans le journal des débats qui est conservateur, mais même en soi. Et ça, ça provoque aussi une réaction. Donc on a une réaction sur à peu près tout le panel. Le contenu, le fait même que c'est de la littérature qui vend, etc. En fait, ce qui se passe au moment des mystères de Paris, Eugène Su fait beaucoup de choses qui sont totalement nouvelles. Il y a le fait d'introduire de l'argot et la représentation en débat fond dans le journal des débats, on l'a dit. Mais après, ce qui se passe, c'est qu'il s'adapte aux réactions de son lectorat. Et par ailleurs, c'est toujours resté un peu un mystère pour ces biographes, ce type qui était un dandy, extrêmement fortuné, très raffiné, qui écrivait certes de la littérature qu'on pouvait considérer comme de mauvais goût, mais quand même qui était quelqu'un qui appartenait au tout Paris, qui était un mondain. semble s'être complètement transformée au contact de son écriture et de ses lecteurs pour devenir un chantre de la réforme sociale, voire même un socialiste, puisque le roman Feuilleton suivant, Le Juif Férent, en 1844, dans le constitutionnel, là, il est devenu vraiment une forme de représentant des différentes théories socialistes qui circulent à l'époque. Donc, en fait, Gensu a épousé l'immense soif de régénération morale et sociale qui est celle de ces années 1840, et il a fait évoluer son roman en cours de publication, donc au cours de l'année 1843, en dialogue.
Xavier Mauduit
Avec les grandes discussions politiques et sociales de l'époque. Et.
Raphaël Lalloum
Ça, c'est aussi quelque chose de complètement nouveau, qui explique à la fois le fait que quand on lit « Les mystères de Paris » aujourd'hui, il y a des passages qui paraissent un petit peu austères et difficiles à lire, mais qui expliquent aussi la passion que le roman a suscité. Parce qu'il est en écho avec les préoccupations du moment. La réforme des prisons, l'accès de la justice pour les pauvres, l'organisation du travail, c'est-à-dire la rémunération du travail, la pauvreté des classes laborieuses, les rapports entre la pauvreté et le crime. Toutes ces questions qui sont discutées par ailleurs, par des gens très sérieux, à laquelle il.
Xavier Mauduit
Met sur ce moral et politique, qui vont nourrir les réflexions du jeune Marx, du jeune Engels, qui lise d'ailleurs très attentivement les mystères de Paris et très sévèrement aussi, toutes ces.
Morgane Avellaneda
Choses-Là, il est en prise avec ces questions et il les fait entrer dans le roman. Simplement comme le roman est dans le journal, ça a évidemment un écho extraordinaire. un écho qui dépasse la France. Il y a des transferts culturels saisissants autour des mystères de Paris. Alors, en France même, ça se développe, mais à l'international ? Vous avez des mystères de toutes les grandes villes de partout. De Saint-Pétersbourg, de Mexico, voilà. Et puis, effectivement, en France aussi. Alors, bon, il y a tout un tas. D'ailleurs, on en parlera sans doute après, mais les aventures de Rocambole prennent même... Alors, le titre n'est pas les mystères d'eux, mais on a des drames de Paris. Et ça devient une sorte de classique de ce style-là. Le premier roman feuilleton de l'auteur du Bossu de Lagardère, donc de Paul Feval, ce sont des mystères de Londres qu'on lui a commandés.
Raphaël Lalloum
Parce qu'il y a eu une traduction de mystères de Londres qui ont été écrits en anglais. Mais ça ne convient pas à l'éditeur du journal qui lui demande donc d'écrire d'autres mystères de Londres, d'en refaire sa version sous pseudonyme. Parce que c'est avec ça, c'est devenu maintenant la marque Le feuilleton, c'est un feuilleton au-delà des autres, et donc effectivement partout. En fait, les mystères urbains deviennent un genre littéraire mondial, c'est complètement mondialisé. Et puis surtout, ça suscite des produits dérivés, parce que le roman feuilleton aussi, une de ses caractéristiques, c'est.
Xavier Mauduit
Qu'Il mute, il change de.
Morgane Avellaneda
Support. Donc on va avoir des mystères de Paris sous toutes sortes de formes, en almana, en chanson, on l'a entendu, et ça va durer jusqu'aux années 30. du XXe siècle, cette fois-ci, en chansons, mais aussi en assiettes, en statuettes, en jeux de lois, en jeux de cartes. Donc, la sérialité du roman feuilleton, elle est multimédia. Oui, c'est une histoire d'épicier. Critique de la mode, 5 juillet 1844. Les écrivains ne donnèrent plus à la composition que le secret déguisé les appétits grossiers et d'exciter les curiosités vulgaires. Au.
Xavier Mauduit
Lieu de s'adresser à l'élite des intelligences, on ne s'adressa plus qu'aux instincts de la foule, non pour les corriger, mais pour les satisfaire. La littérature fut mise à la portée des épiciers. Non que nous n'estimions ces honnêtes gens, à Dieu ne plaisent. Seulement, nous ne pensons pas que la littérature doivent descendre jusqu'à eux, lorsqu'elle.
Morgane Avellaneda
Ne peut les élever jusqu'à elles. C'est lourd de sens cette critique dans le journal La Mode, elle est signée Eraviste. Le 5 juillet 1844, Morgane Avelaneda. Ici, cette critique est terrible parce que l'on voit bien qu'il y a cette ambiguïté.
Raphaël Lalloum
Entre la littérature accessible au plus grand nombre, voilà une bonne chose, mais alors il faut quand même jauger cette littérature. Est-ce que c'est une bonne chose ? C'est bien ça la question finalement, puisque si ça devient, c'est presque la même question que l'art, c'est presque une question de luxe, si ça devient pour tout le monde, qu'est-ce que ça vaut ? Il faut voir ce que c'est la mode en 1844, c'est quand même un journal... légitimiste, enfin c'est devenu un journal extrêmement conservateur. Par ailleurs, le roman feuilleton pose quand même un problème aux critiques, parce.
Morgane Avellaneda
Qu'Il leur prend la place. Donc il y a quand même une concurrence directe au sein du journal entre la critique littéraire et le roman feuilleton. Donc la fureur de la critique littéraire contre le roman feuilleton, elle a des explications évidemment très sérieuses, à la fois esthétiques et morales, mais il y a aussi un aspect de concurrence directe pour l'accès à la publication. Oui, puis c'est une manière aussi, alors pas pour le critique critique, mais pour le critique qui est aussi écrivain, ce qui est quand même le cas d'un certain nombre, c'est aussi une manière de dire, moi je suis différent.
Xavier Mauduit
Dire que le roman feuilleton, ou ce qui est vraiment écrit pour être roman feuilleton, ce n'est pas de la bonne littérature, sous-entend potentiellement, alors que moi, ce que j'écris peut être davantage conforme aux standards esthétiques, etc. Trouver sa place dans d'autres supports. Donc c'est tout un tas de causes qui parfois sont effectivement, voilà, pas directement liées au contenu réel du roman feuilleton. Et puis il faut inventer, nous évoquons les mystères de Paris.
Raphaël Lalloum
Eugène Su qui évoque les baffons et vraiment sur le moment contemporain. Et puis à côté de ça, il y a ces grands romans historiques. On pense à Dumas, évidemment. Il y a plusieurs voix comme ça. Et dans Alexandre Dumas, la politique doit avoir sa place parce que la politique a toujours sa place. Mais c'est moins clair que dans les mystères de Paris. Mais il y a le Conte de Montecristo, qui est de la même manière un roman contemporain, c'est-à-dire qui brasse la même matière que ce qu'on va trouver chez Balzac ou chez Eugène Su, les conséquences de la Révolution française, les reclassements de... les parcours sociaux qui ont été complètement reclassés après l'Empire. Donc, en fait, Dumas, il fait aussi du roman contemporain. On lit surtout, à part les Contes.
Xavier Mauduit
De Montecristo, on lit surtout ses grands romans historiques. Mais de toute façon Dumas, par ailleurs, il n'écrit pas tout seul. Donc il a avec lui toutes sortes de gens qui font des morceaux de romans et puis il assemble, il met sa patte à la fin. Il publie tellement qu'il ne peut.
Morgane Avellaneda
Pas écrire tout seul et il publie dans tous les genres également. Et dans cette histoire-là, il y a Rock'n Ball. Eh oui, nous avançons dans le 19ème siècle avec Rock'n Ball parce que nous sommes sous le second empire quand apparaît le personnage de Rock'n Ball, faut nous le présenter. Parce que Rock'n Ball, c'est un personnage, mais son auteur lui-même, son créateur, quel personnage aussi ! Oui, vous commencez par un vie-compte qui n'est pas vie-compte. Mais effectivement, Rock'n'Roll, c'est un personnage qui a énormément fonctionné. C'est-à-dire que là, au-delà de l'ouvrage, le roman a marché, comme les Mystères de Paris, c'est Rock'n'Roll qui a plu, qui au départ est un personnage secondaire. Au départ, un petit garçon un peu frondeur, qui devient, dans le même roman d'ailleurs où il est personnage secondaire, d'un coup une sorte de criminel, et puis qui va connaître une rédemption. Donc c'est un parcours aussi humain, moral qui, si on essaie de tout mettre bout à bout, pose problème, parce que l'ordre même des différents romans dans lesquels vous avez Rocambole ne se tient.
Xavier Mauduit
Pas forcément. Mais par contre c'est plutôt, alors un héros anti-héros, un petit peu des deux, mais.
Morgane Avellaneda
C'Est le personnage dans Rocambole qui va.
Xavier Mauduit
Être central et qui va accrocher le lectorat et on va vouloir le revoir un peu à toutes les sauces. Ce ne sera pas le seul personnage de ce type-là. Mais je dirais qu'avec la gardeur, ça fait partie.
Raphaël Lalloum
Des plus importants.
Xavier Mauduit
Et son auteur, Ponçon.
Raphaël Lalloum
Du Terrail, donc le vicomte Ponçon du Terrail, n'est pas.
Xavier Mauduit
Vicomte du tout. Après, Honoré de Balzac n'est pas deux. C'est ça la société du 19e siècle aussi. Et dans cette société-là, le personnage de Rocambole répond aussi.
Morgane Avellaneda
À.
Xavier Mauduit
Une attente, au point d'ailleurs que ce nom.
Morgane Avellaneda
Est.
Xavier Mauduit
Devenu un adjectif dans notre langue rocambolesque. Voilà l'homme. Bonjour messieurs. Comment es-tu délié? Un de mes trucs. C'est le comte de Kergas qui t'a mis en métros. Il y a un comte dans votre affaire? Tant mieux, j'aime le joli monde. Allez, réponds! Je voulais voir ton maître, il est là. Ton rôle est terminé. Dudo!
Morgane Avellaneda
Allons, allons! Un peu de.
Xavier Mauduit
Tenue. Comment t'appelles-tu? Rock'n'Ball. Hein? Rock'n'Ball! Rock'n'Ball. D'où te vient ce nom-là? C'est un nom que je me suis choisi en désespoir de cause. Mon père ni ma mère n'avaient songé à m'en donner un. Et tu voulais me voir ? Pourquoi ? Les temps sont durs, monsieur. Et vous me paraissez en bonne santé. Tu es à vendre ? Oh ! Le vilain mot. Je n'aime pas les plaisanteries. Moi non plus. J'ai ma fierté. Ils me font un maître et je vous choisirai si vous me payez bien. Orgueillé ! Pour vous servir. Rock'n'Ball, un téléfilm de 1964 avec Pierre Vernier dans le rôle de Rock'n'Ball. On a reconnu aussi la voix de Jean Topard ici, Judith Lyoncan. Dans.
Raphaël Lalloum
Cette histoire qui nous intéresse, c'est vrai que nous avons des héros, au sens où le roman lui-même est un héros. Les mystères de Paris, on a Dumas et on a Rock'n'Ball. Dans l'évolution du roman feuilleton qui naît dans ces années 1830, on voit que, et c'est comme tous les phénomènes culturels, il y a l'obligation de s'adapter à la demande et d'éviter l'usure, ce qui est aussi un piège. En fait, ce qu'on entend dans Rock'n'Ball, ce qui a changé, à mon avis, à partir des années 1850-60, donc c'est une génération de feuilletonistes qui est plus jeune. Ponson, il est né en 1929, et puis on parlera peut-être de Xavier de Montépin, il est né en 1923, donc c'est vraiment des gens qui ont 20 ans de plus que Su, Dumas, etc. Deux choses ont changé. D'une part, le roman feuilleton a cessé d'être politique. Ce sont des romans conservateurs qui ne discutent plus avec le pouvoir, c'est une grande différence, et qui ont un rôle de divertissement du public qui est beaucoup plus marqué. Ça, c'est une chose. La deuxième chose, c'est qu'on est rentré dans l'univers de la sérialité systématique. Donc, on va avoir des personnages comme Rock'n Ball et puis plus tard, évidemment, voilà, Arsène Lupin ou les personnages des histoires de détectives, des voleurs, où en fait, le système.
Xavier Mauduit
De publication est lié à la série au personnage qui va suivre. Et alors, l'histoire de Rock'n'Ball.
Raphaël Lalloum
C'Est un peu la même qu'Arsène Lupin. En fait, au départ, Maurice Leblanc, c'était une petite nouvelle. Et puis, le personnage du gentleman cambrioleur a plu et il lui fait prendre. Et.
Morgane Avellaneda
C'Est pareil avec les pardaillons pour Zévaco. On rentre comme ça dans des systèmes de séries qui peuvent se décliner jusqu'à épuisement. On peut évoquer Fantomas aussi, mais ça c'est beaucoup plus tardif, c'est au début du XXe siècle. Oui, mais comme Arsène Lupin, mais ces choses vont durer jusque dans l'entre-deux-guerres avec vraiment cet univers de la sérialité du personnage et avec des épisodes, c'est comme une émission de radio. et qui parfois dépasse même l'auteur. Je prends le Lagardère de Paul Feval, enfin le Bossu, donc Lagardère. Paul Feval écrit énormément, dont ce roman qui n'est d'ailleurs pas son préféré, mais enfin c'est ce qui marche. Et son fils, donc Paul Feval fils, beaucoup plus loin dans le siècle et après au début du XXe, a rédigé tout un tas d'autres aventures, les.
Raphaël Lalloum
Chevauchées de Lagardère, etc. L'Enfance, enfin vous avez plusieurs romans supplémentaires qui viennent en fait tirer le maximum de ce personnage parce que justement, le Bossu c'est un petit peu avant C'est 1857, donc c'est un petit peu avant cette phase de la sérialité du personnage. Et le fils de Paul Feval, qui s'appelle Paul Feval également, donc Paul Feval fils, va s'adapter à cette nouveauté-là, lui en reprenant le personnage. Et on voit bien qu'on est dans une logique de marque. C'est-à-dire le personnage est une marque et l'auteur lui-même est une marque. Paul Feval, Paul Feval-Fiss, Alexandre Dumas, Alexandre Dumas-Fiss, la fin du coup.
Xavier Mauduit
Du Vicomte de Brajlon. Donc voilà, on rentre vraiment dans des productions avec des systèmes comme ça, qui sont des systèmes entrepreneuriaux dans lesquels sont engagés aussi bien les auteurs que les éditeurs, les patrons de presse. Alors, ce qui est.
Morgane Avellaneda
Intéressant, c'est que pour ces auteurs-là, le roman Feuilleton n'est plus la seule manière de publier. On est rentré, parce qu'en fait, la librairie elle-même est rentrée dans la sérialité. Dans le cas de Xavier de Montépin, il ne suffirait pas une heure d'émission pour citer l'ensemble des titres de ses ouvrages. Non mais il y a ça aussi, c'est conséquent. Ils écrivent, ils écrivent, il n'y a non plus finir. Oui, puisque justement, c'est ce qu'on a dit au début, il faut remplir les pages, plus on avance dans le siècle, plus il y a de journaux, parfois plus il y a d'éditions, plus il y a de pages à remplir finalement, et puis plus il y a de lectorat, le journal a beaucoup baissé de prix, particulièrement à partir du petit journal. Donc, en fait, il faut écrire, il faut écrire, il faut écrire. Et effectivement, comme en plus le rapport qu'on a au roman Feuilleton et les attentes qu'il y a dessus, notamment la partie politique, l'engagement social chez Xavier de Montépin, par exemple, La Porteuse de Pain, alors oui, il y a une dimension.
Raphaël Lalloum
Sociale au sens où vous avez des gens du petit peuple. Mais enfin, le but n'est pas vraiment de s'interroger sur leur statut, ce qu'il faut faire évoluer. C'est ce qu'on.
Morgane Avellaneda
Appelle le roman de la victime, le style de Xavier de Montépin. C'est-à-dire que vous avez un personnage qui est victime d'une injustice et va-t-il ou pas avoir droit à une sorte de rédemption ou être sauvé ? Ce qui compte c'est que chacun reste à sa place et plutôt que tous ceux qui ont été déplacés retrouvent la place qu'ils ont dans l'ordre social à la fin. C'est vraiment durement conservateur. Donc on perd quand même, enfin on perd par rapport à Gensu.
Raphaël Lalloum
On pourrait penser que le roman Feuilleton va devenir de plus en plus social et engagé. Pas du tout ! Il va davantage être dans le divertissement et être dans effectivement le respect des places, que ce soit d'ailleurs vers le bas ou vers le haut. Le personnage doit retrouver où trouver, l'endroit où il est. Il ne s'agit pas de bouleverser l'ordre social. Ce n'est pas ça que propose le roman Feuilleton. Mais il garde quelque chose de politique, si on peut dire au sens large, en ce sens qu'il parle au lectorat de son propre univers. Et ça, c'est quand même très important. Et c'est aussi ce qui va faire le succès du fait divers dans la presse, qui est d'ailleurs Un genre qui est tout à fait à la frontière de la fiction, qui va nourrir le.
Xavier Mauduit
Roman. Et puis voilà, le roman va nourrir le fait divers. Mais c'est aussi des univers romanesques qui parlent au lectorat de leur propre vie, c'est-à-dire de la pauvreté, du crime dans la rue d'à côté, des enfants perdus, des filles mères. Donc, certes, ce sont des textes conservateurs, mais ce sont des textes à portée sociale très importants. Et c'est ça aussi qui fait que le journal est proche de ses lecteurs. Le.
Morgane Avellaneda
Petit Journal en 1863 se vend à un sou, 5 centimes. Donc là encore, la diffusion est plus importante. Mais le Petit Journal, un peu plus tard, c'est vraiment le fait divers. On peut faire un lien entre cette histoire-là, celle du roman feuilleton et du fait divers. C'est-à-dire, la presse est là pour raconter des choses et le plaisir de raconter, comme vous le disiez Judith Nyoncan, au plus près du vécu. pas uniquement le fait divers, en fait. Vous prenez de la presse des années 1870-1880, un quotidien, il y a une difficulté, même sur la une, la première page, à parfois savoir ce qui est de la fiction et ce qui n'en est pas, tout dès du récit. En fait, en première colonne, en toute première page, première colonne, en général vous avez une nouvelle ou un conte, et parfois c'est écrit et parfois c'est pas écrit. Vous avez d'ailleurs beaucoup de nouvelles de mots passants qui paraissent de cette façon-là. Et puis après dans les prochaines colonnes, ça va s'appeler d'un certain nom. Parfois c'est conte mais en fait ça se fonde sur une réalité de l'actualité de l'époque. Parfois en fait il s'avère que c'est de l'information. Vous allez.
Raphaël Lalloum
Avoir plus loin des comptes-rendus de procès qui sont feuilletonnés aussi, saucissonnés en morceaux et on suit. Et c'est un vrai procès mais en même temps c'est raconté de la même façon qu'un roman. Donc en fait le quotidien est complètement mangé. Oui d'une certaine façon mangé par un rapport au plaisir de raconter, à la fiction, à ce que cherche le lectorat. Et c'est un ensemble aussi qui va dans le sens... C'est un grand laboratoire d'exploration des frontières poreuses entre les faits et la fiction. Ça c'est absolument évident. Et il y a même une manière de raconter l'actualité qui, pour la rendre croyable ou crédible, passe par des formes de narrativisation qui sont très fictionnelles. Donc c'est assez fascinant pour ça la presse de la fin du 19e, du début du 20e. Il.
Xavier Mauduit
Faut voir aussi qu'on est dans un monde où là, les tirages atteignent des niveaux jamais atteints. Le journal Le Matin, c'est un million d'exemplaires. Les grands journaux à tous tirent chaque jour 5 millions, 6 millions d'exemplaires. Le journal est devenu le cœur de la consommation culturelle la plus courante de tout le monde, parce que ces générations qui ont été alphabétisées à partir de la loi Guizot, elles sont toutes lectrices. avec.
Raphaël Lalloum
Le développement aussi de la manière de diffuser ces romans en feuilleton. Parce que nous avons évoqué cette partie de la une du journal, le rez-de-chaussée, le bas du journal. Mais il n'y a pas que ça. Au cours du siècle, on voit apparaître même des revues spécialisées où on va trouver plein de petits bouts de romans et il faudra acheter la suite pour avoir la suite de tous ces petits romans. D'abord, la librairie s'est quand même adaptée à la concurrence que lui faisait la presse. Donc en fait, dès les années 1850, la librairie, donc le monde des éditeurs, a inventé des produits qui leur permettaient de vendre de la fiction beaucoup moins chère, donc de la littérature qu'on appelait en livraison. C'est ce petit fascicule qu'on trouve.
Morgane Avellaneda
Aujourd'Hui encore dans toutes les brocantes. où vous avez beaucoup de textes sur deux colonnes, parfois avec de très jolies illustrations, et qui vont être publiés, soit des feuilletons qui ont été publiés dans la presse, soit d'autres textes qui sont faits uniquement pour cette littérature populaire. Alors là, c'est des collections qu'on appelle des collections populaires. Et donc, en fait, le roman feuilleton va avoir un effet sur l'économie de la librairie. Oui, puis après, en parallèle, finalement, va se développer tout ce qui est collection, c'est-à-dire des bibliothèques de telle ou telle couleur, etc., qui vont créer un effet série, finalement, même si c'est pas la même histoire, mais enfin, une cohérence, et puis.
Xavier Mauduit
Proposer aussi, voilà, le moins cher possible, le plus attractif aussi, parce que le roman feuilleton, c'est aussi, comme c'est quelque chose qui ramène, finalement, de l'argent, il.
Raphaël Lalloum
Y a des annonces, c'est-à-dire qu'au départ, c'est pour ramener des annonces de la publicité, mais ensuite, vous avez de la publicité, des annonces pour le roman feuilleton, Donc c'est tout un système économique derrière et effectivement.
Xavier Mauduit
La librairie fait ça aussi à sa façon. À partir de quel moment disparaissent ces romans feuilletons ? À partir de quel moment il est plus imaginable qu'un quotidien mette un bout de roman dans sa une ? Mais ça arrive encore. L'été, le monde publie des feuilletons. Oui, ça arrive encore. C'est vrai que dans la deuxième moitié du XXe siècle, ça disparaît progressivement mais le feuilleton continue à être très présent dans l'entre-deux-guerres. Et puis c'est important aussi de rappeler cette histoire-là pour comprendre ces romans que nous lisons sous forme de romans aujourd'hui. Souvent à l'école, on a cité Dumas, mais il y en a tant d'autres. Pour comprendre leur production, c'est passionnant de voir comment aujourd'hui l'œil que vous avez peut cerner à l'intérieur de l'écriture, les ruptures du roman Feuilleton. Et c'est ça aussi qui est... qui nous conduit à parler d'histoire et de littérature. Et d'ailleurs, en écho à ce que nous venons de dire, Judith Lyoncan, la griffe du temps, ce que l'histoire.
Morgane Avellaneda
Peut dire de la littérature. C'est un essai que vous avez publié chez Gallimard. Merci.
Xavier Mauduit
Vivement à toutes les deux pour ces aventures rocambolesques, celles du roman Feuilleton, Morgane, Avellaneda et Judith Lyoncan. Merci beaucoup. Prochain épisode dans le cours de l'histoire, dans la série plaisir de littérature, La guerre du feu, le roman de Rony Henney, un roman de 1909. Nao était par la stature le plus grand des Oulam, ses épaules croissaient encore. Il n'y avait point de guerrier aussi agile ni dont la course fut plus durable.
Podcast: France Culture
Date de diffusion: 30 décembre 2025
Animé par: Xavier Mauduit
Invités principaux:
Le podcast propose une exploration passionnante du roman-feuilleton, un phénomène littéraire, social et économique du XIXe siècle. À travers l'exemple emblématique des Mystères de Paris, l’émission met en lumière l’explosion de la littérature dans la presse, la démocratisation de la lecture, l’apparition de nouvelles dynamiques éditoriales et l’impact sur la société de l’époque.
“Il faut réussir à vendre son journal. Le roman feuilleton est inventé au moment où les grands entrepreneurs de presse […] cherchent à faire baisser le prix des journaux.” — Raphaël Lalloum (05:47)
« Même quand on ne lit pas, on se fait lire. C’est aussi ça le grand canal de diffusion du roman feuilleton. » — Raphaël Lalloum (13:52)
« Il y a un déchet énorme […] vous trouvez des dizaines, des centaines de feuilletons qui n’ont jamais été publiés en librairie et qui, même publiés, sont oubliés. » — Raphaël Lalloum (17:11)
« Il faut que chaque numéro tienne au suivant par une espèce de cordon ombilical, qu’il inspire, qu’il donne le désir, l’impatience de lire la suite. Vous parliez d’art, l’art le voilà. C’est l’art de se faire désirer, de se faire attendre. » — Morgane Avellaneda (22:49)
« Ce qu’on entend, c’est de l’argot. C’est inimaginable qu’on publie de l’argot dans le journal des débats. » —Raphaël Lalloum (31:50)
« Au lieu de s’adresser à l’élite des intelligences, on ne s’adressa plus qu’aux instincts de la foule, non pour les corriger, mais pour les satisfaire. La littérature fut mise à la portée des épiciers. » — Citation critique dans La Mode (41:37)
« On est rentré dans l’univers de la sérialité systématique. On va avoir des personnages comme Rocambole, puis plus tard Arsène Lupin… » — Raphaël Lalloum (48:36)
“C’est pas que de la littérature, c’est fascinant… c’est une histoire sociale, économique, littéraire… même politique.”
— Xavier Mauduit (01:26)
“Le roman feuilleton est inventé au moment où les grands entrepreneurs de presse cherchent à faire baisser le prix des journaux.”
— Raphaël Lalloum (05:47)
“Même quand on ne lit pas, on se fait lire. C’est aussi ça le grand canal de diffusion du roman feuilleton.”
— Raphaël Lalloum (13:52)
“Il faut que chaque numéro tienne au suivant par une espèce de cordon ombilical [...] C’est l’art de se faire désirer, de se faire attendre.”
— Morgane Avellaneda (22:49)
“Au lieu de s’adresser à l’élite des intelligences, on ne s’adressa plus qu’aux instincts de la foule… La littérature fut mise à la portée des épiciers.”
— Citation de La Mode (41:37)
“On est rentré dans l’univers de la sérialité systématique. On va avoir des personnages comme Rocambole, puis plus tard Arsène Lupin…”
— Raphaël Lalloum (48:36)
“C’est un grand laboratoire d’exploration des frontières poreuses entre les faits et la fiction.”
— Raphaël Lalloum (53:54)
L’aventure du roman-feuilleton, entre innovation technique, conquête sociale et invention narrative, a profondément marqué la culture littéraire et médiatique. Aujourd’hui encore, ses traces sont partout : dans la façon d’écrire, la sériation des histoires, et notre rapport à la lecture populaire et à la fiction.
*Résumé rédigé dans l’esprit de l’émission.