
Lire et écrire, une histoire populaire : Un dictionnaire dans toutes les chaumières ! Histoire d’un livre à succès
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Jean Pruveau
Un.
Interviewer
Dictionnaire dans toutes les chaumières, histoire d'un livre à succès. Comme une mise en abyme dans son dictionnaire des idées reçues, Gustave Flaubert donne la définition, un ton d'inné acide, du mot dictionnaire. Selon lui, si on vous demande, mais qu'est-ce qu'un dictionnaire, il est de bon ton de dire, n'est fait que pour les ignorants. Et pourtant, quel compagnon de route, ami fidèle et indispensable.
Narrator
Qu'est-ce qu'un dictionnaire ? Demandons-le à deux dictionnaires. Tout d'abord, au littré. D'après littré, le dictionnaire est un recueil des mots d'une langue, des termes d'une science, d'un art, rangés par ordre alphabétique ou autre, avec leurs significations. Maintenant, demandons au larousse de se définir lui-même. Le dictionnaire est un recueil, par ordre alphabétique ou autre, des mots d'une langue, avec leurs explications, lexiques, vocabulaires, glossaires. Le dictionnaire est donc un instrument de travail essentiel, non seulement parce qu'il est le bilan d'un passé, d'une acquisition, mais aussi parce qu'il peut être promoteur de l'avenir et consolider l'usage qui tout seul n'aboutit pas toujours et pas forcément à.
Interviewer
S'Imposer. Le dictionnaire qui se définit lui-même à la radio-diffusion française en.
Jean Pruveau
1956. Bonjour Jean Pruveau.
Interviewer
Bonjour. Qu'est-ce qu'un dictionnaire selon vous ?
Jean Pruveau
Alors, peut-être qu'on peut utiliser des images. Je pense qu'il y a d'abord une symphonie de mots qui est présentée, donc toutes les notes possibles. Après, derrière le dictionnaire, je dirais qu'il y a le scisif, les scisifs, la scisif, puisque c'est un homme ou une femme, du lexique. Il faut en permanence le mettre à jour. Et puis, il y a une expression de Pierre Nora, dans Jeunesse, que j'aime beaucoup, qu'il applique à l'histoire, et qui est, il se dit « regardeur ». Et je crois que les auteurs des dictionnaires sont des regardeurs de la langue. Ils essaient de l'offrir le mieux possible à chaque génération. Et sans le savoir, c'est aussi des photographes. Parce qu'en définitive, quand on prend le petit Larousse de 1905 et celui, dont je suis le parrain d'ailleurs pour 2025, on voit bien qu'il y a des mots qui ont constamment changé de sens. Et que celui qui est énervé en 1905, où c'est encore défini comme quelqu'un qui est mou, qui est sans force, énervé, comme les énervés de Jumiège, à qui on a coupé le tendon d'Achille, entre autres, eh bien, on dit avec exagération qu'il commence à être excité. Et à un moment donné, évidemment, le mot énervé, que j'ai sans doute très mal compris tout au long de mes lectures du XIXe siècle, puisqu'il n'avait pas le sens que je lui donnais, le dictionnaire est là pour.
Interviewer
Témoigner de cette évolution. Et oui, Hénervé, c'est quelqu'un qui n'a plus de nerfs. Jean Prévost, vous êtes lexicologue historien de la langue française, historien des dictionnaires également. Ces dictionnaires ont une histoire. Est-ce que l'on peut dire que l'histoire des dictionnaires, c'est l'histoire de la littérature ? On en trouve.
Jean Pruveau
Tout le temps des dictionnaires. Alors, je crois que si on s'intéresse au dictionnaire, c'est qu'on aime la littérature. On en vient souvent en partant des lettres. On voit bien que l'Académie française, qui a fait donc ses neuf éditions, la neuvième qui va bientôt être honorée dès le mois de novembre, je crois, et bien, systématiquement, ce sont des hommes de lettres et des femmes de lettres, en fin de parcours, qui l'ont en quelque sorte forgée. Et ce sont des gens qui aiment la langue, qui aiment écrire, et qui donc ressentent le mot. Parce qu'en vérité, si on veut décrire le mot, c'est pas simplement mécanique. Un linguiste ne fait pas forcément un très très bon dictionnaire, mais un linguiste qui est littéraire, ou un littéraire qui aime le fonctionnement des mots, peut faire un bon dictionnaire. Alors, ce qui me frappe aussi, c'est que quand on demande, finalement, qui vous a commandé un dictionnaire, mais Pierre Larousse, personne ne lui a demandé. Littré, personne ne lui a demandé, il a proposé acheter un dictionnaire et voilà des gens qui ont une sorte de folie qui consiste à se dire je vais décrire la langue, je vais être un regardeur de la langue et qui en définitive deviennent ceux qui ont observé la norme. Donc il y a vraiment un lien étroit entre les écrivains, le dictionnaire, les définitions elles-mêmes souvent nourries de citations. qu'on ne connaît pas toujours parce que, par exemple, Corneille, Racine, dans la première édition du dictionnaire de l'Académie, ont des exemples qui sont finalement les leurs. Donc c'est des citations mais qui n'ont pas la parenthèse pour indiquer que c'est telle auteure ou telle œuvre. Et donc on a vraiment un lien, c'est un trait d'union. J'évoquais le mot symphonie, mais dans le fond, c'est aussi une sorte d'aude à la langue. Et je pense que c'est quelque chose qui est pérenne, quel que soit le système adopté, c'est-à-dire que ce soit au départ des infolios, un peu avant papyrus, on est dans les listes de mots. Aujourd'hui, c'est le numérique.
Interviewer
Mais ça ne change pas. Oui, c'est la même idée. Vous avez tout à fait raison de le dire. Le trésor de la langue française numérisée qu'on trouve gratuitement sur Internet, c'est cette idée de nous donner la définition d'un mot avec plus ou moins de précision. C'est ça qui est complexe dans la définition du dictionnaire. Parce qu'une liste de.
Jean Pruveau
Mots, n'est pas un dictionnaire. Non. Et c'est vrai qu'il y a un autre aspect des choses, c'est le choix que vont faire les lexicographes, qui est un mot épicène, masculin ou féminin, pour traiter, en quelque sorte, pour décrire le mot. Alors il y a, par exemple, l'Académie française, à sa première édition en 1694, La neuvième vient d'être achevée. Et le choix qui a été fait, très différent du Littré par exemple, même si Littré est entré à l'Académie française d'ailleurs, le choix qui a été fait dès le départ, c'était des définitions logiques. obéissant à des définitions qu'on appelle logiques, c'est-à-dire le genre et la marque spécifique. Et c'était cartésien, c'était Descartes. Et c'était déjà la logique de Port-Royal, en fait, qui avait plu. Et si le dictionnaire a une homogénéité du premier à la neuvième, c'est fondé sur ce choix. d'une définition logique, sans citations mais avec des exemples forgés, et en synchronie, c'est-à-dire sur l'usage au moment dit. Et ça, ça nous donne aussi, on évoquait tout à l'heure l'histoire qui est inscrite par les dictionnaires, quand on a neuf éditions qui sont gratuites sur Internet, donc là, on a un type de dictionnaire qui est nécessaire. Alors, un autre type de dictionnaire sera le dictionnaire encyclopédique. Et là, je pense par exemple à Larousse, qui était du côté encyclopédique, et puis de l'autre côté il y avait donc Littré, qui était du côté littéraire avec des citations, et historique. Donc lui avait choisi, parce qu'il voulait au départ faire un dictionnaire étymologique, c'était trop tard, son camarade de classe achète C'est impatienté, lui a dit. C'est plus possible, c'est déjà fait. Et donc, il a fait un grand dictionnaire de la langue française, mais avec un contenu historique. Et il a été touché par une grâce philosophique. Là, c'est pas Descartes et la logique de Port-Royal. Là, c'est Auguste Comte. Littré a été admirateur du positivisme. Il a même écrit un livre concernant le positiviste. Auguste Comte, il connaissait bien aussi l'épouse d'Auguste Comte quand celui-ci est décédé. Et l'idée du dictionnaire, c'est de partir de la souche, et puis exactement comme les morts gouvernent les vivants, la formule finalement du positivisme, les mots, d'abord les plus anciens mots, puis les mots qui évoluent, et c'est ce qui fait qu'on se retrouve parfois avec quelque chose de difficile à lire. Il faut bien l'avouer que pour le mot nature, vous avez 40 sens supposés être organisés selon un arbre positiviste. Parfois, pour trouver le sens qui vous intéresse, il faut attendre le 25e, c'est un peu.
Interviewer
Long. Mais c'est une merveille. C'est une merveille. Le litre est.
Jean Pruveau
Également.
Interviewer
Consultable gratuitement sur Internet. Aussi. Il faut le dire, ces dictionnaires sont des compagnons de tous les jours. On le voit bien, les dictionnaires français, outil d'une langue et d'une culture. Votre ouvrage, Jean Pruveau. Après, on citait plein d'autres. Moi, je vous renvoie au site internet France Culture, le cours de l'histoire parce qu'on va mettre une partie de votre bibliographie. Ces dictionnaires ont une histoire. On peut vraiment voir une évolution du dictionnaire, des listes de mots qu'on peut trouver dans l'Antiquité avec peu à peu la volonté de donner une définition.
Jean Pruveau
De chacun de ces mots. On a d'abord eu des listes de mots de l'œuvre de Homère chez les Grecs. Et puis l'ordre alphabétique est arrivé au bout d'un moment pour essayer de classer les gloses qu'on ajoutait à la Bible. Alors il y a le fameux glossaire de Rechnaud, qui est une Bible laquelle est annotée pour mieux comprendre le latin, pour aider dans le fond les clercs et les hommes d'église. Et ces gloses vont être rassemblées en fin de parcours en un glossaire qui, dans le fond, est un peu l'embryon du dictionnaire. Et ce qu'il faut avoir en tête, c'est que les dictionnaires monolingues c'est-à-dire français, français, ça nous paraît quelque chose d'ordinaire, un outil indispensable, et Racine n'en avait pas. Puisqu'il faut attendre quand même 1680 pour avoir le premier dictionnaire monolingue par Richelet, qui est un dictionnaire de langue, on reviendra sur ces différences, Il faut ensuite, en 1690, furtir qu'était de l'Académie, mais son dictionnaire n'était pas de l'Académie. C'était un dictionnaire de type encyclopédique. Et puis après, il y a l'Académie française avec les neuf éditions qui vont suivre. Et c'est là l'histoire qui va vraiment commencer parce qu'on est passé du bilingue Robert-Étienne, dictionnaire François-Latin, On est en 1539. Avant, il avait fait latin-français pour aider les clercs, mais là, il fait français-latin. Il n'y avait même pas de trait du nom, c'était ensemble. Puis on passe au Trésor de Nico. On ne parle plus du latin. C'est un faux bilingue. Il y a quand même le latin à côté des mots, mais on explique énormément les mots. Il n'y a plus qu'à enlever le latin et on est dans le dictionnaire monolingue. Et c'est ce qui se fera. L'Académie était en avance dans la course puisque c'est en 1635 qu'a été décidé de faire un dictionnaire donc monolingue. Et puis c'est en.
Interviewer
1694 que l'ouvrage est paru. Avec ce 17e siècle important, on l'entend bien, le 16e c'est celui du latin français, ce dictionnaire-là au 17e siècle. Ce sont tous ces dictionnaires, vous en avez cité quelques-uns, Jean Pruveau.
Gabriel Royard
Et notamment celui de Furtière. Antoine Furtière, dont j'ai à parler aujourd'hui, eut le mérite d'avoir du caractère et le malheur que ce caractère hargneux lui valut en juste retour de graves ennuis. Sa véritable vocation va au lettres, où il a le mérite peu banal de la nouveauté. Contemporain de Molière dont il fut l'ami, ainsi que de Boileau, de La Fontaine, de Ménage, de Racine avec lequel il a collaboré pour les plaideurs. Il aurait travaillé 35 ans à 16 heures par jour, ou du moins il le prétendait, au fameux dictionnaire, plus ou moins à l'insu de la plupart des académiciens. Sept ans par use, fait attribuer le privilège royal, il en annonce soudain la publication imminente. Scandale énorme. Procès où on l'accuse de s'approprier un travail commun. Il lance contre ses détracteurs de violents factums, libelles envers et pros, épigrammes cinglants, parfois amusants, mais presque toujours injurieux et souvent grossiers. Le dictionnaire universel paru en 1690 fut la grande affaire de sa.
Interviewer
Carrière et de sa vie. Gabriel Royard en 1963 dans l'émission Heures de culture française qui évoque Furtière. Alors Jean Pruveau, quelle est la place d'un dictionnaire comme celui de Furtière au XVIIe siècle en concurrence avec celui de l'Académie française ? qui est.
Jean Pruveau
En cours d'achèvement à ce moment-là. Peut-être qu'il y a ce que j'appelle la trinité lexicographique. 1681, le premier dictionnaire de langue, ancêtre de Littré, ancêtre de Robert, du Paul Robert, qui disait d'ailleurs, un homme seul ne saurait tout voir, un dictionnaire est l'ouvrage de tout le monde, il ne se peut même faire que peu à peu et qu'avec bien du temps. Ça c'est Richelet. Et puis vient Furtière, 1690. Il a été élu, je crois, en 1642 à l'Académie française. Il se passionne pour les dictionnaires. Et là, alors dans la préface, on lira, le dictionnaire est un de ces livres qui peuvent être améliorés à l'infini. Et puis arrive, 1694, l'Académie française. Et puis viendra l'encyclopédie. Ça nous donne les genres. Le dictionnaire de Richelet, c'est un dictionnaire qu'on va dire être un dictionnaire de langue. C'est-à-dire que le mot est décrit dans son usage dans la langue avec des citations s'il y a lieu et des exemples. Le dictionnaire de Furtière est un dictionnaire qu'on va appeler, non pas une encyclopédie, un dictionnaire encyclopédique. C'est-à-dire que l'idée ou la chose que représente le mot, c'est ça, d'abord, qui est décrit. Et puis, le dictionnaire de l'Académie est un dictionnaire du bon usage. J'ai vraiment envie de dire que c'est un dictionnaire du français langue étrangère, au départ, parce que ça a été un service immense qui a été rendu à toute l'Europe, où ils ont vu la bonne langue, les exemples forgés, qui n'étaient pas pédants, et qui n'étaient pas des citations, parce que les citations comptent toujours un peu. Alors, il faut quand même, maintenant, donner une idée de ce que peut être un dictionnaire de langue et un dictionnaire encyclopédique. Je prends le mot champignon. Si je dis, pour la définition de champignon, plante charnue, composée d'un pied et d'un chapeau, qui pousse dans des endroits frais et humides, que j'ajoute les cités champignons, appuyé sur le champignon, et pourquoi pas une citation de Colette se promenant en forêt, je suis dans un dictionnaire de langue. J'explique comment il fonctionne et j'ai même des expressions. Si je dis végétal sans chlorophylle, qui fait partie des thalophytes, et que j'ajoute une planche de champignons, avec les champignons vénéneux, les champignons comestibles, et bien là je suis, et avec pourquoi pas un encadré sur les moisissures qui sont des champignons, et bien je suis avec le petit Larousse, qui décrit quand même la langue, bien sûr, mais je suis dans un dictionnaire encyclopédique. Donc il y a toute une lignée, la rousse, qui y est. Et puis, alors il y a le dictionnaire de l'Académie, on vient de le décrire, et il y a un autre genre qui va s'installer, puisqu'on évoquait l'histoire partant des listes de Homère, arrivant au dictionnaire latin-français, puis le foisonnement du XVIe siècle, qui fait qu'il faudrait remettre un peu d'ordre, et le XVIIe, qui en met de l'ordre politiquement, monarchie absolue, et qui a besoin d'un ouvrage d'État, pour en quelque sorte avoir la langue presque démocratique d'une certaine façon, la langue qui soit celle des écrivains. Donc ça va correspondre aux trois dictionnaires qui vont naître à la fin du XVIIe. Et puis un autre genre, c'est l'encyclopédie. Et l'encyclopédie, alors là on est au XVIIIe siècle évidemment, Diderot, d'Alembert, et là je ne présente pas des mots, je présente des thèmes, des sujets. C'est impossible d'avoir un dictionnaire de l'académie ou de langue qui n'ait pas le mot escargot. Mais pour l'encyclopédie, oui, puisqu'il renvoie à Gastéropode, où il mettra.
Interviewer
L'Escargot et tous les autres mollusques. Avec cette histoire qui nous conduit aujourd'hui dans le cours de l'histoire dans notre langue, l'histoire de notre langue, sa complexité aussi. Et vous l'avez bien dit, Jean Pruveau, il y a au XVIIe siècle, quand le dictionnaire s'impose avec celui de l'Académie française, mais les autres, et notamment celui de Furtière, Un intérêt pour les autres pays parce que le français est une langue internationale. Un intérêt également pour le pays de lui-même parce que le français n'est pas encore la langue la plus parlée. Les langues régionales, les patois aussi sont très utilisés. Donc le dictionnaire.
Jean Pruveau
A cette utilité d'uniformiser la langue. Oui, alors quelqu'un qui le comprendra très bien, c'est Pierre Larousse. parce que sa maman était aubergiste, son père était forgeron, bonne élève, donc l'instituteur Ed Meplay, enfin peu importe son nom, le pousse à passer un des premiers concours de l'école normale, école normale pour instituteurs, Il est reçu et il revient dans son école avec une classe unique, tantôt 15 élèves, tantôt 100, ça dépendait des moissons ou des vendanges. Et là, il décide de faire un petit livre qui s'appelle le cours de lexicologie, la lexicologie des écoles. Alors il était destiné aux élèves qui ne feraient pas de latin, donc aux enfants du peuple, dans des régions où justement le français s'apprenait finalement souvent à l'école. Et là, quelques années après, il décide en 1856 de faire ce nouveau dictionnaire de la langue française, 714 pages, qui a déjà l'élocution latine à la fin, qui a une partie pour la prononciation et quelques notices, et qui est destiné à tous ceux qui ont besoin d'un outil d'autonomie, un petit ouvrage pas cher. Il va s'en vendre 5 millions d'exemplaires, entre 1856 et 1905. 1905 étant la date de son successeur, on a deviné.
Narrator
Que c'était le petit Larousse illustré. Le dictionnaire Larousse à 100 ans. Cet anniversaire ne pouvait pas passer inaperçu et une brève cérémonie destinée à commémorer la naissance de son auteur s'est déroulée dans la petite ville de Toussy, dans Lyon, où un jour d'octobre 1817, le grand encyclopédiste français vit le jour. Toussy garde pieusement le souvenir de son grand homme Pierre Larousse, dont cette maison calme entre les arbres abrita la jeunesse. Sans doute vint-il plus d'une fois rêver le soir dans l'atelier de son père. Sans doute pourrions-nous facilement retrouver son ombre studieuse dans cette classe d'école primaire. Mais pour nous, la vie de Pierre Larousse commence vraiment dans la pénombre des bibliothèques de Paris, où chaque soir, après quatre heures, il polissait déjà avec amour les mots du vocabulaire français. s'accordant un menu spartiate fait d'oignons et de beurre, envoyé de toussis par sa mère. Enfin, en 1852, les premiers feuillets de son encyclopédie voyaient le jour, et Pierre Larousse, avec Augustin Boyer, fondait sa librairie. Dès lors, le Larousse allait connaître un succès étonnant. Le seul petit Larousse en est aujourd'hui à son dix-millionième exemplaire. C'est, après la Bible, le.
Interviewer
Livre le plus lu du monde. Le centenaire du Larousse présenté dans les actualités françaises en 1952. Je voudrais ici, Jean Prévost, qu'on s'arrête un moment sur la matérialité de ces dictionnaires, afin de comprendre cette révolution du dictionnaire au 19ème siècle. Parce que ces grands dictionnaires que nous avons pu évoquer, ceux du 17ème siècle, qu'il s'agisse du Furtier, le dictionnaire de l'Académie.
Jean Pruveau
Française, quelle est leur matérialité ? C'est gros ? C'est lourd ? C'est cher ? Voilà, alors il y a presque des mots qu'on est obligé d'utiliser. Les dictionnaires, les gros dictionnaires, comme on le dit, ce sont d'abord des infolios. C'est-à-dire, ils ont été pliés qu'une fois et on imprime. C'est vraiment le gros format. Et ce qu'on appelle un gros dictionnaire aujourd'hui, pour donner une idée, c'est un incuarto. C'est un peu plus petit, mais c'est déjà le gros dictionnaire en 10 volumes, etc. Et alors, ce qui est à retenir, c'est qu'au début, effectivement, d'abord, il faut qu'il y ait suffisamment de gens qui savent lire, suffisamment de gens assez riches pour acheter ces fameuses infolios. Alors certes, l'Encyclopédie va être un succès extraordinaire auprès de la bourgeoisie éclairée. Il va s'en vendre 250 000 exemplaires. C'est extraordinaire. En même temps, ça va donner à la France une sorte d'atout dans l'art de conduire une pareille entreprise avec plus de 30 volumes, avec des planches, de les acheminer dans toute l'Europe. Bon, c'est une expérience qui fait que la France, avec l'Angleterre, un des pays où la notion de dictionnaire est allée le plus loin dans la matérialité, comme vous dites-y justement. Et puis, il va arriver au XVIIIe siècle, un nouveau mot qui existe avec des dictionnaires un peu de spécialité, ou spécialisés de la langue, qui sont les dictionnaires portatifs. On parle de manuel portatif. Alors l'abbé Prévost va donc faire un vocabulaire portatif des mots difficiles. en deux volumes. Alors là c'est moins cher. Ça commence à être non pas encore popularisé, il faut que les gens sachent lire, il faut aussi évidemment avoir un intérêt pour la langue, mais ça devient accessible. Et puis la révolution intervient. Et la révolution va décloisonner l'idée qu'on se faisait du lexique. Parce que, si vous voulez, la langue classique du XVIIe, qui continue au XVIIIe siècle. Voltaire était presque plus classique que ne l'était Corneille. Et donc, cette langue, au moment de la Révolution, va être bousculée. Et notamment, évidemment, Victor Hugo, qui se fait un plaisir, dit-il, de mettre un bonnet rouge au dictionnaire. C'est-à-dire d'ouvrir le lexique, eh bien, aux mots plus populaires, aux mots étrangers un petit peu aussi. et de l'ouvrir aussi à tout ce qui est, disons, oriental, etc. Et là, à ce moment-là, il y a les écoles qui arrivent. 1833, la loi Guizot. Donc il faut des livres. Larousse a cette idée, effectivement, de l'ouvrage qu'on pourrait acheter en école. Et là, ils deviennent petits. Et on est, dans la première moitié du XIXe siècle, dans le grand moment démocratique des dictionnaires.
Interviewer
Qui vont entrer dans tous les foyers petit à petit. Oui, parce qu'on a ce phénomène-là de ces gros dictionnaires qui existent toujours et puis leur version beaucoup plus accessible. C'est cette démocratisation-là à.
Jean Pruveau
Laquelle on assiste au XIXe siècle ? Alors, il y a même un phénomène d'élaboration du dictionnaire. Par exemple, Larousse fait d'abord le petit dictionnaire, puis le gros. Le petit lui sert de tremplin pour donner le gros, mais il faut avoir en tête qu'il était démocratisé, le gros, parce qu'il se vendait par fascicule. et par abonnement. Ça a été la même chose pour l'itré. C'est-à-dire qu'on pouvait l'acheter fini et avec tous ses volumes, les 4 volumes de l'itré et le supplément, les 17 volumes de la rousse. Mais il y avait ceux qui l'achetaient par fascicule, pas très cher. Ils le recevaient une fois tous les mois. Il y a eu plus de 450 fascicules pour le grand dictionnaire universel. Et donc on a là évidemment une évolution manifeste et petit à petit est arrivée aussi cette scolarité qui a fait que le dictionnaire est entré dans les classes. Et tout à l'heure vous évoquiez les petits Larousse, je les ai tous, de 1905, le premier, à 2025. Il suffit de regarder sur les étagères comment ils se présentent, on voit qu'à un moment donné, le supermarché arrive. C'est-à-dire qu'il n'y a plus besoin de jaquette, c'est une couverture en carton et qui fait sa publicité sur la quatrième de couverture et aussi sur le dos avec le nombre de mots inscrits. Et c'est la belle époque des années 80-90 où vous aviez dans les supermarchés des palettes de petits Larousse, des palettes de petits Robert. Et pour revenir quand même à mon propos, je ne vais pas oublier le point de départ qui était le grand et le petit. Donc Larousse est parti du petit pour faire le grand et Robert, a d'abord fait Le Grand, une très belle œuvre aussi, bien sûr, et ensuite Le Petit. Tout ça, c'est quelque chose d'émouvant parce qu'il y en a pour toutes les bourses, dit-on. Et il y en a aussi pour tous les besoins, on n'a pas toujours envie d'avoir.
Interviewer
Quatre pages sur une information dont on veut juste avoir l'essentiel. Oui c'est ça, on est en train de lire un roman, le mot est difficile, on fonce sur son dictionnaire et on a tout de suite la définition. Jean Preuveau, vous nous dites que ces dictionnaires, vous les avez chez vous, nous parlons de Larousse.
Jean Pruveau
On peut étendre un petit peu, combien de dictionnaires ? Alors j'ose pas le dire mais mon épouse le confirmerait, j'en ai plus de 10 000. Donc j'ai tous les petits Robert aussi, enfin il m'en manque quelques-uns. Et c'est sans fin, parce qu'il y a des dictionnaires spécialisés de la langue aussi, ou de spécialités. Par exemple, dans la maison que je pilote, on a toute une série qui s'appelle Champion des dictionnaires, et on a le dictionnaire du vin, de la bière et du champagne, mais on a le dictionnaire du football, et tout ça quand même très cultivé, parce que c'est une maison un peu d'érudition, et même beaucoup. On a le dictionnaire bientôt de l'environnement. Donc on a là spécialité par spécialité. Ce qui est différent du dictionnaire spécialisé de la langue, qui est le dictionnaire de synonyme, dictionnaire d'orthographe, dictionnaire.
Interviewer
Des difficultés, dictionnaire de citation, qui est un peu entre les deux. Avec chez Honoré Champion également la collection Les mots, dans laquelle vous êtes l'auteur d'ouvrages sur un mot, le chat, le champagne, la guitare, etc. On a presque l'aventure autour d'un mot parce qu'il y a de cela dans le dictionnaire et vous l'avez dit avec justesse, la définition peut être succincte, quelques mots pour dire de quoi il est question et puis on peut.
Jean Pruveau
Tirer vers la.
Interviewer
Citation pour donner l'exemple, les différents sens. Évidemment l'étymologie. Oui, bien sûr. Et l'évolution du sens. Parce qu'il y a ça aussi. Qu'est-ce qu'un dictionnaire ? Est-ce que c'est la langue qui est parlée aujourd'hui au moment où le dictionnaire paraît ou bien le dictionnaire.
Jean Pruveau
Doit-Il être le reflet de l'évolution de l'utilisation d'un mot ? Alors c'est là où il est bon de faire des distinctions. Tous les dictionnaires ne se valent pas dans l'objectif, ils ont des objectifs différents. Vous pouvez avoir un dictionnaire qui est vraiment l'usage du mot de manière contemporaine. C'était le dictionnaire des français contemporains par exemple. Vous pouvez avoir un dictionnaire de type historique. Bon, et qui donne l'histoire du mot. Un dictionnaire étymologique. Mais vous pouvez avoir des dictionnaires extensifs ou des dictionnaires intensifs. C'est des mots un peu difficiles, mais... Extensifs, j'ai beaucoup de mots rapidement définis. Intensifs, j'en ai moins, mais très bien définis. Avec une histoire où on va m'expliquer l'histoire du mot financier en tant que gâteau, ou bien... celui que j'aime bien, c'est... Un vin à une oreille, qu'est-ce qu'un vin à une oreille ? Alors, ça me sert beaucoup au restaurant parce que je ne sais jamais quel mot utiliser quand on fait goûter le vin. Un vin à une oreille, c'est dans le Furtière, c'est dans l'Académie de 1694 et 1690. C'est un vin qui fait qu'on penche légèrement la tête de plaisir. Il est bon, donc. Alors là, le sommelier est rassuré quand vous lui dites c'est un vin à une oreille, mais je vais vous expliquer. Mais un vin à.
Interviewer
Deux oreilles, il vaut mieux pas en parler. C'est bien ça ! C'est ce qu'on aime aussi avec nos mots, avec notre littérature, avec l'histoire de la langue. C'est combien à partir de quelques mots, en tirant la ficelle, on peut l'enrichir. 100 mots latins pour bien écrire 1000 mots français. C'est un autre de vos ouvrages en privo publiés dans la très belle collection La vie des classiques aux belles lettres. C'est également.
Jean Pruveau
Ça que Lichtener s'est donné des outils pour maîtriser la langue de plus en plus loin. Prenons justement cette ouvrage, mais c'est un type d'ouvrage par des racines latines. Je prends Calor. Bon, tout le monde sait que c'est chaleur. Tout le monde devine que Calor, Chalor, ça donnait chaleur et chaleureux. Mais ce que moi-même j'avais complètement oublié, C'est-à-dire que ça donnait aussi le chaland qu'on va trouver dans les dictionnaires. Le chaland, non pas le bateau, mais celui qui est ardent, donc le client. D'où le magasin bien achalandé. D'où aussi la personne non-chalande, qui n'est pas bouillante, qui n'est pas ardente. Il faut que ce soit joyeux, un dictionnaire. Il ne faut pas que ce soit rébarbatif, il faut l'offrir. Et les gens qui font des dictionnaires, qu'il s'agisse de l'Académie, de.
Interviewer
Larousse, de Robert, c'est des gens en principe généreux. Il faut être généreux avec la.
Singer
Langue.
Interviewer
Voilà.
Narrator
Le plaisir, le mot était à.
Singer
Prononcer dans cette émission sur l'histoire du dictionnaire. France Culture Le cours de l'histoire, Xavier Mauduit. Je redessine.
Jean Pruveau
Un.
Singer
Château fort Pour faire passer ma gueule de bois Je regarde la mort, H 303 Je pars à l'aventure Dans mon dictionnaire Larousse Je m'attarde sur bordure Amère et brousse Il y a là de quoi passer une vie Entre amour et zoophilie Je vois page 267 Des cachepots, des cachenets, des cachets Des cachalots, un mâchoire sans dents Le nerf facial, corde du tympan Il y a la photo de Ferdinand Fourreau Dont personne n'a rien à cirer Je dessine un château fort Pour faire passer ma gueule de bois Je regarde la main, page 303 J'apprends le signant à bras Utilisé par les marins Puis je lis la définition De panda et de catin Okayama est au Japon Okéjème se trouve en Belgique Les ruines du Parthénon Côtoie les paralytiques Pas de photos de Brigitte Bardot Mon dictionnaire est démodé.
Interviewer
J'apprends tout de même que être chez homo Ne veut pas dire être PD Voilà, ça vous fait rigoler Jean Pruveau. C'est surnommé Mansfieldia, le dictionnaire Larousse, dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Boeck, aujourd'hui à La Technique, Noé Chaban. Et aujourd'hui.
Jean Pruveau
Nous feuilletons le dictionnaire avec vous Jean Pruveau. Dites-nous, quel est votre dictionnaire préféré ? Alors, tous. Le dernier que je viens d'acquérir à chaque fois, quand c'est un dictionnaire ancien. Mais sinon... Alors, je dirais assez volontiers que c'est quand même celui de l'Académie, parce qu'il y a les neuf éditions, et qu'il est gratuit sur Internet, et que c'est un voyage sans fin. Mais j'aime aussi... Là, on parle des illustrations et il n'est pas obligé de bardo. Ça m'a fait penser... Une anecdote, quand Pierre Perret est entré dans le dictionnaire, il a eu un petit discours, le petit Larousse, et il a dit « je regrette de ne pas avoir eu deux trois lignes de plus, je serais passé sur la page suivante et je n'aurais pas été à côté de PETA ». Mais alors dans le même temps, quand on regarde dans l'alphabétique, ça manque pas de charme parce que Belé.
Interviewer
Juste avant Belcanto, Pinocchio juste avant Pinochet, Hitchcock juste avant Hitler. Donc parfois le dictionnaire est drôle malgré lui. Drôle malgré lui et obligatoirement riche de surprises. C'est en cela que les dictionnaires sont.
Jean Pruveau
Toujours passionnants à explorer, à feuilleter parce que chaque page est une nouvelle rencontre et même plusieurs nouvelles rencontres. Alors ce qu'on repère, j'ai écouté Brigitte Bardot, la photo était nécessaire. Mais alors, ça dépend aussi de l'époque et du pays. Au Québec, par exemple, lorsqu'il y avait des photos pourtant de nus du 17e, du 18e, eh bien l'Église à l'époque a demandé au dictionnaire qui était illustré, qu'il s'agisse du côté de Robert ou de Larousse, eh bien d'enlever ces choses-là. Et donc il y avait des tableaux qui ont été quand même censurés. Et alors il y a des exemples aussi que j'ai trouvés délicieux. C'était, je ne sais plus si c'était le Robert Junior ou le Larousse Junior. Et vous aviez... Je les comparais. Et d'un seul coup, je vois pour Cordalinge, dans le dictionnaire français. Maman étend le linge sur la corde à linge. Bon, très bien. Je prends le dictionnaire québécois, c'est papa. Et pour l'ando, c'était maman promène bébé dans l'ando. Là, c'était papa. Et je me dis bon, voilà, c'est une.
Interviewer
Époque. On sent bien que le dictionnaire est aussi bien soumis à une morale du moment qui évolue, heureusement. Oui, le dictionnaire est le reflet de son temps. Jean Prouveau, vous nous dites que votre dictionnaire préféré, c'est tous les dictionnaires. Écoutez à la réponse que.
Guest Speaker
Donnait Blessandrars au moment où on lui demandait mais quel est votre dictionnaire préféré ? Je suis un grand lecteur. Mais je suis surtout un grand lecteur de dictionnaires. Le plus grand dictionnaire de la langue française à tous les points de vue, comme poids et comme qualité, est le dictionnaire de l'administration des douanes, que je me.
Interviewer
Suis procuré avec beaucoup de mal et.
Guest Speaker
Que je suis en train de potasser depuis un an et demi peut-être. Mais pourquoi le dictionnaire de l'administration des douanes ? Parce que l'administration des douanes, c'est le plus complet au point.
Interviewer
De vue terminologie moderne. Rien que le mot ruban, il.
Guest Speaker
Y en a quelque chose comme 72 pages en deux colonnes. Mais on aborde tous les mots de la langue française. Ils abordent tous les produits qui passent par l'administration des doigts, et.
Interviewer
Quels produits sont infinis, et surtout infinis dans la diversité du fait.
Jean Pruveau
Des contrefaçons, des malfaçons. C'est quelque chose de prodigieux. Ah c'est prodigieux hein, les 100 mars c'était en 1954 qu'il s'exprimait. Alors il y a des dictionnaires comme ça qui effectivement me font grand plaisir. Il y en a un qui s'appelle le dictionnaire des quatre consciences et qui alors il existe en petit format, il existe en quatre gros volumes in folio. Le dictionnaire des quatre consciences c'est dans l'ordre alphabétique, alors vous avez adultère, vous avez un peu plus loin coiffure, vous avez communion, vous avez... C'est les problèmes que peuvent rencontrer les prêtres au moment de la confession où ils ont un cas qui leur est posé et ils doivent dire quelque chose mais ils ne savent pas trop comment réagir. Alors c'est assez drôle parce que vous avez Adulterre, Marcel a eu une aventure de son côté, sa femme en a eu connaissance. Peut-il un bon droit encore bénéficier ? Mais c'est assez cru du devoir conjugal. Alors il y a une réponse assez longue. Toujours circonstancié, donc. Bon, il y a comme ça des... Il y en a un que je consulte souvent, qui ne s'appelle pas dictionnaire, qui est les épithètes de Maurice Delaporte. Alors, il prend les mille premiers mots, on est au 7e siècle, et il s'agit de donner tous les adjectifs qui peuvent y correspondre. Alors on va y trouver l'ou, l'adjectif ravissant. On ne comprend pas tout de suite que c'est le verbe ravir, mais il y en a toute.
Interviewer
Une série comme ça, donc souvent je commence par ça. Les mots croisés, les dictionnaires, les mots croisés. C'est quand même délicieux. Parce que là, vous le dites bien, avec tous ces dictionnaires spécifiques, on a une réponse à des attentes dans le cadre du dictionnaire des quatre consciences. Là, on est au 18e siècle avec un tel dictionnaire. C'est dans un monde particulier pour répondre à un public particulier. Mais.
Jean Pruveau
Quand vous évoquez les mots croisés, c'est aussi le reflet de la démocratisation, de jeu à partir des mots et des lettres. Alors là, vous me poussez dans quelque chose qui m'est cher. C'est l'idée que quand on définit un mot, très bien, on donne la définition, on donne des exemples, on donne des citations, des synonymes. Mais parfois, je me dis, on pourrait ajouter tout ce qui est poétique. Il y a une dimension poétique du mot. Et là, par exemple, le Monde vient de publier un opuscule, pas un opuscule, un grand cahier sur les mots croisés. On m'avait demandé d'écrire quelque chose sur le sujet. Et je disais que souvent, les mots croisés vont un peu plus loin, vous font voir le mot sous un autre angle, un angle poétique. Ça fait partie aussi de la définition et c'est pour ça que je suis ravi quand les dictionnaires en ligne, parce qu'aujourd'hui c'est beaucoup numérique, quand ces dictionnaires numériques ont des liens Alors l'académie c'est dire, ne pas dire, ou c'est une remarque, ou c'est quelque chose d'encyclopédique. Tel autre dictionnaire ça va être la littérature et tel poème. Et ça c'est très utile d'avoir une chanson qui correspond. Voir même, il ne faut pas le dire, c'est une erreur. Mais voir finalement le jeu de mots.
Interviewer
Ça en fait partie aussi du dictionnaire, l'anagramme. Je ne sais pas à que précaire donnera piécer, ça manque pas de charme. Avec l'histoire du mot également, et puisque nous évoquons ces dictionnaires en ligne, on pourrait les citer les uns après les autres, mais celui de l'Académie française avec les différentes éditions, qu'il s'agisse du trésor de la langue française aussi, on a l'histoire d'un mot, c'est-à-dire qu'une fois que le mot est défini, il est possible, en cliquant, d'aller voir l'évolution du mot. Et il y a ici quelque chose de très beau, très fort, et cet étonnement, surtout, de voir le sens qui se déforme peu à peu. Vous avez donné le cas d'énervé, privé de nerfs.
Jean Pruveau
Et tout, mou, qui donne aujourd'hui des gens plutôt excités. C'est ça aussi, cette histoire-là, c'est l'évolution de notre perception des mots. Oui et qui est très importante parce qu'on peut se tromper tout à fait sur le sens d'un mot. Et puis parfois on se dit mais pourquoi le financier est-il un gâteau et pourquoi l'appelle-t-on financier ? Et alors on.
Interviewer
Cherche, on cherche et on trouve. Et là c'est le cumul de dictionnaires étymologiques, de dictionnaires d'anecdotes et on.
Emile Henriot
Va avoir la réponse. Et on attend la réponse par exemple de l'Académie française, bien entendu. Mais parfois l'Académie française elle-même nous embrouille. Il s'est produit l'an dernier une véritable petite guerre dans notre compagnie, pourtant bien paisible, au sujet de Baron d'Agneau. Et un moderniste de l'Académie avait assuré notre compagnie que cela devait s'écrire Baron, B-A-S trait d'union R-O-M-D, parce qu'en Boucherie, il y a un morceau que les spécialistes et les cuisinières appellent le rond. L'Académie, docile et croyant au grand savoir du confrère, admit donc Baron dans cette nouvelle orthographe. Et comme chaque jeudi, la lente avance du dictionnaire est communiquée à la presse. toute la boucherie, et l'alimentation en viande, et l'hôtellerie de France et de Navarre, nous firent savoir que « Baron d'agneau » s'était toujours écrit « Baron » B-A-R-O-N et non pas «.
Interviewer
Baron », et nous dûmes nous conformer à l'usage, et le morceau d'agneau à retire d'une pièce, filet et cuisse présentés ensemble et d'un seul tenant, continue à s'écrire « Baron ». Emile Henriot écrivain, membre de l'Académie française en 1955. Alors, Baron d'Agneau, B-A-R-O-N ou Ba, plus loin R-O-N-D, d'Agneau. On retrouve la même chose un peu avec les.
Jean Pruveau
Cuisseaux de veau et les cuisseaux de chevreuil de la dictée de Mérimée. Quelle horreur les cuisseaux de chevreuil et ceux de chevreuil qui ne s'écrivent pas de la même manière. Ça me fait penser à un mot qui est épigramme aussi. L'anecdote, parfois, est là pour créer un mot. François Ier aimait énormément lire, en déjeunant ou en dînant, des poèmes, des épigrammes. Et il était là en train de lire, justement, un épigramme. À un moment donné, il a une remarque devant le courtisan qui déjeune avec lui. En même temps qu'il prend une bouchée du plat qui est devant lui, il dit « Ah, quel bel épigramme ! » Et à ce moment-là, le courtisan, ne comprenant pas qu'il s'agissait du poème qu'il venait de lire, a cru que c'était la spécialité qu'il.
Interviewer
Avait dans son assiette, qui était des tranches de veau fine, et c'est devenu un plat de charcuterie, un épigramme. Une épigramme puisqu'on a changé le genre. Voilà comment on crée des mots aussi. Grâce à François Premier, avec cette magie du dictionnaire qui nous fait passer du coq à l'âne ou de l'âne au coq parce que les mots se suivent de manière alphabétique. C'est.
Narrator
Un peu pareil aujourd'hui dans cette émission puisque Jean Pruveau vous venez d'évoquer François Premier et l'épigramme de charcuterie ou l'épigramme du plaisir littéraire. On retrouve François Premier mais cette fois avec Robert Hestienne. L'imprimerie a tenu une place éminente à la Renaissance puisqu'elle a permis la diffusion des grandes œuvres de l'Antiquité grecque et latine, la remise en honneur d'une culture qui apparut au monde de l'époque comme une rénovation, une transformation, une renaissance. Or.
Jean Pruveau
Les Estiennes, Henri Estienne et son fils Robert. n'étaient pas seulement des praticiens habiles dans leur métier. Ils étaient aussi des érudits, remarquablement instruits des lettres anciennes et animés pour elles.
Robert Estienne
D'Une véritable passion. Le roi ! Le roi ! Le roi ! Sire ! Là, point de façon, maître Robert. Je me promettais depuis longtemps de venir vous visiter en votre maison que j'avais.
Jean Pruveau
Déjà vue si active. Une vraie ruche ! Une ruche, nous sommes parfois assez allaitrois. Vous.
Robert Estienne
Nous voyez, mes compagnons et moi, s'ir bien entassés dans ces quelques pièces qui sont notre atelier. Combien donc avez-vous d'ouvriers ? Une vingtaine. Il me semble avoir les allées et venues qu'il y ait ici beaucoup plus de monde. C'est que je n'avais pas.
Jean Pruveau
Compté ceux qui me secondent de plus près.
Robert Estienne
Pour préparer les éditions grecques, latines et braïques. Un membre de phrase, un mot, peut prêter à maintes controverses. Et il faut entendre parfois bien des avis opposés avant de se décider. J'ai remarqué qu'il ne parle point toujours français. Il faut leur laisser quelques temps pour que notre langue leur devienne familière. Mais je crois que pour nos travaux, pour les communications entre savants, rien ne peut remplacer le latin. Quel babel si chacun devait employer son propre parler ! Aussi, nous faut-il répandre, autant que nous pouvons, la connaissance, qui ne peut être que bienfaisante, de cette.
Jean Pruveau
Langue vraiment mère. C'est ce que je me suis efforcé d'indiquer par la marque que portent les livres que j'imprime. L'olivier n'est-il pas le symbole de la paix ? Et quel meilleur moyen d'établir la paix que de diffuser les bienfaits du savoir ? C'est-à-dire que le dictionnaire est aussi le reflet de l'histoire de la langue. Et ce que je crois fondamentalement, c'est que la langue est quand même un fait politique. Il y a une politique linguistique. Et il est très évident que le français a été un peu imposé dans les écoles, évidemment, primaires, notamment au XIXe siècle. Il est très évident aussi que les écrivains qui avaient besoin d'une norme étaient très heureux d'avoir des dictionnaires qui la fixent. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'entre Richelet 1680, Furtier 1690 et l'Académie 1694, il n'y a non pas de plagiat, mais il y a une identité. Et ça, c'est merveilleux parce que si on remonte un siècle auparavant, c'était très difficile de faire un dictionnaire normé parce que les mots n'avaient pas un sens extrêmement précis. Dormir et sommeiller, c'était pas... On ne savait pas trop quelle était la différence. Et enfin, c'est la fameuse formule de Boileau, enfin malherbe vain, on est au début du XVIIe, Et là, il décide, alors que c'est un poète du roi d'abord d'Henri IV, puis de lui XIII, il a une autorité naturelle, mais qui ne fonctionne que parce que les gens l'attendaient, les écrivains attendaient quelqu'un qui fasse un peu, dans le fond, une norme. et dit, là ça ne se dit pas, on évite les synonymes, on évite.
Interviewer
Les mots techniques, et on se retrouve à ce moment-là avec des dictionnaires qui vont fixer la norme et que les trois aient à peu près les mêmes définitions, c'est quand même rassurant de ne pas avoir des définitions qui sont totalement opposées. Fixer la norme, ça c'est toute une.
Guest Speaker
Question autour de l'histoire des dictionnaires. Pour.
Narrator
Aboutir au XXe siècle à ce dictionnaire, alors là encore sous ses formes différentes, qu'il soit grand ou qu'il soit petit, le Robert, présenté ici par Alain Rey au moment de la mort de Paul Robert. Paul Robert n'était en aucun cas un puriste pointilleux et sourcilleux. C'était un homme d'une apparence extrêmement douce, courtoise, effacée, modeste. Et derrière cette façade, qui n'était pas qu'une façade, qui était une vérité psychologique, se cachait quelque chose.
Interviewer
De très différent qui était une volonté extraordinaire. Une volonté qui était.
Jean Pruveau
Toute tendue vers un objectif qui n'était pas appauvrir la langue française, la gendarmerie, mais au contraire en donner l'image la plus fidèle et la plus vraie qu'il pouvait essayer d'atteindre. À l'arrêt en 1980, un dictionnaire ce n'est pas « gendarmer » la langue. Non, c'est l'observer, en donner le plus possible d'exemples, repérer aussi la fréquence, parce qu'en définitive, nous pouvons ici inventer un mot. Histoirer, on pourrait inventer, c'est pas très joli, mais après tout, on peut créer des mots. Alors, s'ils s'installent, alors l'auteur d'un dictionnaire devra l'inscrire. Et ce qui est assez beau, parce qu'on a peu parlé de Paul Robert, mais j'ai beaucoup d'admiration pour Paul Robert, qui a eu le prix de l'Académie, d'ailleurs, qui a lancé, en quelque sorte, son projet. Paul Robert, son père, il a lancé le mot aussi, il était agrumiculteur. Il mettait les agrumes, et c'était un spécialiste de tout ce qui concernait les oranges, en Algérie. Et ce n'est pas étonnant que des gens de l'extérieur, soit bilingues, soit d'un autre pays, aient envie d'honorer la langue qui, quand même, créait leurs racines. Et ça a été le cas de Paul Robert. Et Paul Robert, qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, il était au Dictionnaire du Chiffre avec les Américains. alors que ça n'a rien à voir vraiment avec les dictionnaires, c'était le décodage. Et à la fin de la guerre, il a fini son doctorat en droit sur l'économie des agrumes, et il voudrait être professeur de droit, mais on lui dit avec un tel sujet, c'est pas vraiment, on n'est pas encore en économie à l'époque, il n'y avait pas de doctorat en économie. Et à ce moment-là, il se passionne pour l'anglais, et c'est en faisant des listes de mots d'anglais, où il était vraiment très bon, qu'il a l'idée de faire ce fameux dictionnaire analogique. Et qui fait ce dictionnaire, qui est remarquable, et qui va s'associer à partir, en gros, du deuxième volume ou à la fin du premier, avec Alain Rey et puis son épouse Josette Renneboff. Mais cette volonté d'avoir une langue qui était, au départ, sous le sceau de Littré, parce que le dictionnaire Robert était d'abord, dans la société qu'il avait créée, société du nouveau Littré. Parce que ce que j'apprécie aussi beaucoup chez Littré, c'est qu'il avait le respect de ses maîtres, des gens qui avaient travaillé avant lui, il avait rencontré la famille Littré. Et comme Littré ce que peu finalement repèrent, mais Littré est un formidable auteur, mais c'est.
Interviewer
Du 17e, 18e et début du 19e. Il y a très peu de mots de la deuxième, de la seconde moitié du 19e siècle. Et donc Littré, Robert a eu l'idée de continuer le Littré. Le TLF est né aussi de cette idée au départ. TLF, le trésor de la langue française, TLFI parce qu'il est informatisé et on peut le consulter, avec.
Narrator
L'Idée de fournir l'usage avec les mots définis pour bien les utiliser.
Mais dans le même temps, la langue.
Évolue, la langue continue. Et c'est vrai que c'est déjà au 19e siècle qu'apparaît cette autre.
Langue, parce qu'il faut des dictionnaires.
Jean Pruveau
Dès lors, à l'argot. Le monde des mauvais garçons possède.
Narrator
Maintenant son dictionnaire moderne, Argot français. Rue de Lappe, nous sommes allés à la recherche de l'auteur de ce litret du milieu pour essayer de lui poser quelques questions. M. Le Breton, s'il vous plaît. Tiens, il y a Amir Anton qui veut te jacter. Ah oui ? Qu'est-ce que vous êtes ? Journaliste ? Non, journaliste. M.
Jean Pruveau
Le Breton, vous venez de publier un.
Narrator
Dictionnaire d'argot. Est-ce que vous pourriez nous.
Jean Pruveau
Dire à qui vous destinez cet ouvrage ?
Narrator
Bien sûr. Pour les cas, pour les GVH, débarboter un peu. Débarboter ? Vous permettez ? J'en prie. Débarboter. Ah oui, débrouiller.
Emile Henriot
Exemple.
Narrator
Michel, une débutante, se devait avancer pas trop mal avec le moucheton, qu'il l'a installé dans ses bois et qu'il a promis d'y tirer pour le jour devant. Je crois qu'on peut dire que la langue verte est votre langue maternelle. J'espinais déjà avant d'avoir du poil sous le piment. Piment? Ah oui, le nez. En parlant de nez, vous.
Interviewer
Avez une drôle de paire de charmeuses. Charmeuses? Je sais pas, ça veut dire moustache. Oui, les jeunes hommes d'un temps voulaient s'épouser aux charmeuses en guidon de vélo comme les Malfrat XIV. Auguste, on te demande aux ronfleurs. Excusez-moi. Je vous en prie. « Ah oui, téléphone ! » Voilà, un coup de téléphone à.
Jean Pruveau
Auguste le Breton, nous étions dans les archives de 1960 avec ce dictionnaire d'Argot, Jean Pruveau. Oui, la langue évolue sans cesse, si bien que le dictionnaire évolue. Alors, il devient très vite document historique, parce qu'il montre l'état de la langue à un moment donné et puis il pourra en racheter un autre. Oui, et puis on s'aperçoit par exemple que des chanteurs, je pense à Renaud, mais à d'autres, Bruyant, se sont très vite intéressés à l'argot, et Bruyant a publié un dictionnaire qui était français-argot, c'est-à-dire non plus argot français pour arroper un mot que l'on n'a pas compris, mais un verbe seulement pour presque apprendre l'argot. Alors bon, c'est un exercice qu'aiment beaucoup les élèves, et indirectement, Avec le rap, on se retrouve avec des mots de ce type quand, par exemple, les jeunes rappeurs, j'avais à un moment donné fait des chroniques sur les mots du rap, utilisent le mot « daron ». Ils ont beaucoup de mal à imaginer que ce n'est pas un mot du rap. Si.
Interviewer
Bien sûr, il est très utilisé dans le rap, mais c'est un mot très ancien. Alors on ne sait pas trop si c'est venu du latin darre, celui qui donne, ou si c'était une déformation du baron. Mais en tout cas c'était le père, enfin celui qui dirigeait. Et là, bon, ça manque pas de charme. Ah oui, le daron d'aujourd'hui a une.
Jean Pruveau
Longue histoire déjà dans notre vocabulaire. Et cette histoire des dictionnaires est également une histoire économique. Jean Pruveau, disons-le, les grands succès des dictionnaires, permet aussi de publier d'autres dictionnaires. Le succès de Larousse a pu inciter d'autres éditeurs à soutenir des aventures éditoriales qui ne sont pas simples. Parce que faire un dictionnaire, qu'est-ce que ça doit être difficile ? Alors quand on regarde un peu l'histoire de l'édition, on s'aperçoit que Littré ayant eu un succès énorme, Dès la première année, on est en 1876, il s'en est vendu 15 000, c'est quand même 4 volumes, et puis ça va cesser de croître. Du côté de Larousse, bon, on va avoir avec le nouveau Larousse illustré plus de 200 000 ouvrages qui sont vendus. Le petit Larousse a été aussi véritablement une sorte de bombe financière. Et donc ça crée de grandes maisons. Alors il y a des grandes maisons qui ont en quelque sorte bénéficié de cela, c'est Hachette. Hachette est né en grande maison grâce en partie à Littré. C'était déjà une belle maison, lui Hachette avait fait des belles choses. Il était dans les manuels scolaires. Là, on est dans quelque chose de grand. Il y a même eu des accords, parfois, qui n'ont pas été connus, où, à un moment donné, il était, c'est il y a au moins une quarantaine d'années donc je peux le dire, Hachette s'était engagé à ne pas faire de dictionnaire, et met des ouvrages, des manuels scolaires, moyennant quoi Larousse faisait les dictionnaires. Puis un beau jour, Larousse a publié un manuel scolaire, alors là Hachette, j'allais dire, a déclaré la Hachette de guerre, mais c'est là qu'il y a eu le fameux Hachette, qui est né et que Roland Barthes.
Interviewer
Avait préfacé. Puis après tout ça s'est arrangé, puisque à un moment donné, Larousse et Robert étaient dans la même maison aussi. dans le même groupe. Et puis il y a eu une loi européenne qui a obligé les éditeurs à se séparer. Est-ce que Robert soit d'un côté et la Rousse de l'autre ? Jean Prevost, pour terminer cette émission, nous l'avons dit depuis le début que nous échangeons, aujourd'hui beaucoup de dictionnaires en ligne de très haute qualité. Et.
Jean Pruveau
Nous venons de dire que ce qui a poussé certains, certaines à faire des dictionnaires, c'était aussi parce que les éditeurs pouvaient les suivre parce qu'il y avait du gain. Aujourd'hui, vu que c'est gratuit en ligne, il n'y a plus de gain, donc il y aura moins de gens qui vont faire des dictionnaires ? Alors, je ne crois pas parce que les gens qui font des dictionnaires, ils le font par passion. et pour beaucoup. Je pense pas que ni Larousse ni Hachette avaient l'idée de faire une fortune. Ils avaient envie de faire ce dictionnaire. Et puis, il y a d'autres, si vous voulez, éléments qui sont là, qui font que, finalement, il y a beaucoup de maisons qui, aussi, ont une sorte de valorisation par le dictionnaire. Alors, peut-être aussi qu'il y a une petite revanche entre les dictionnaires institutionnels et les dictionnaires de l'entreprise. L'entreprise, c'est Larousse et Robert. J'espère qu'ils vont continuer de nous faire ces excellents dictionnaires, et j'en suis persuadé, puisque c'est des dictionnaires distincts, et surtout, ils sont millésimés. Ça, c'est très important, parce qu'on voit l'évolution de la langue. Puis, de l'autre côté, il y a des dictionnaires qui n'étaient pas.
Interviewer
Si bien connus que ça. Je pense à l'Académie, je pense au Trésor de la langue française, et je pense à un nouveau qui est le Dictionnaire des francophones. Eh bien, eux, ils sont gratuits, accessible gratuitement sur internet, très facilement et il y a de plus en plus de lecteurs, donc on n'est pas du tout en panne. Bon bah tant mieux, ça c'est une excellente nouvelle, merci. Vivant à vous Jean Pruveau, les dictionnaires français, outil d'une langue et d'une culture, ou encore le dico des dictionnaires, ou encore dictionnaire du vin de la bière, ou.
Jean Pruveau
Encore sans mot latin pour bien écrire mille mots français, je peux pas tout citer, mais en tout cas.
Interviewer
Je vous remercie énormément d'être venu dans le cours de l'histoire aujourd'hui. On a commencé notre émission par le A pour amour des dictionnaires, terminons là par la dernière lettre, le Z. La lettre du zèbre, c'est la lettre Z, la dernière lettre de notre alphabet.
Podcast: Le Cours de l'histoire (France Culture)
Date: 1er janvier 2026
Invité principal: Jean Pruveau, lexicologue et historien des dictionnaires
Thème: L’histoire populaire du dictionnaire en France, du livre cher et aristocratique à l’outil démocratique des foyers
Cet épisode examine la trajectoire du dictionnaire, depuis ses origines savantes et aristocratiques jusqu’à son rôle central et démocratique dans la culture française. Jean Pruveau et les animateurs de France Culture explorent la fonction du dictionnaire comme témoin de l’évolution de la langue, objet littéraire et social, catalyseur de la connaissance et parfois objet d’anecdotes savoureuses.
Littérature et dictionnaire :
Trois grands genres (fin XVIIe siècle) :
L’encyclopédie : XVIIIe, Diderot et d’Alembert ; structure par thèmes.
Dictionnaires spécialisés (vin, football, environnement, etc.) versus dictionnaires spécialisés de la langue (difficultés, synonymes).
Objets extensifs vs intensifs
La matérialité et humour du dictionnaire :
Anecdote du dictionnaire des douanes (Blaise Cendrars, 35:21) :
Dictionnaires et morale sociale :
Argot et dictionnaire :
Fixer la norme ou accompagner l’usage ?
Ce voyage à travers l’histoire des dictionnaires montre que cet “ami fidèle” demeure un objet à la croisée de la littérature, du social, de la politique et de l’économie. De la galerie de mots au moteur de savoir et de transmission, le dictionnaire s’adapte sans cesse, accompagne l’évolution des usages et donne à voir, page après page, le portrait mouvant de la langue française.
Dernier mot, en symbole :
“On a commencé notre émission par le A pour amour des dictionnaires, terminons là par la dernière lettre, le Z. La lettre du zèbre, c’est la lettre Z, la dernière lettre de notre alphabet.” (Interviewer, 57:49)
Écoutez l’épisode complet pour savourer les nombreux exemples, digressions joyeuses et anecdotes qui rendent vivante l’histoire… d’un livre que presque chaque foyer possède, objet savant et populaire à la fois !