
Paysannes et engagées, histoire de la culture du combat
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Xavier Mauduit
France Culture.
Ève Recotillet-Valenti
Le cours de l'histoire.
Marie-Josèphe Godet
Xavier Mauduit.
Jean-Philippe Martin
Paysan engagé, histoire de la culture du combat. Dans son dictionnaire de la langue française, paru dans les années 1870, Émile Littré définit l'agriculteur comme celui qui cultive la terre. Mais il précise que des lexicographes ont attaqué ce mot, agriculteur, comme néologique et barbare. Et en effet, le mot n'est apparu dans notre langue qu'au 18e siècle. Auparavant, on parlait de paysan. Pour Littré, agriculteur est la transcription du latin agricultor, qui est donc une formation très correcte. Quant au substantif agricultrice, lui n'est pas évoqué, et cela dans tous les dictionnaires, jusqu'aux années 1970, une longue invisibilisation des femmes à la ferme par les mots, par le statut, l'invisibilisation d'une profession.
Marie-Josèphe Godet
Depuis 9 jours, je m'occupe des oignons.
Ève Recotillet-Valenti
Ça peut paraître pas très brillant, c'est monotone bien sûr, mais c'est quand même moins monotone que si je travaillais à l'usine. Car pour moi, comme pour la plupart des filles, il n'y a pas tellement de place définie et on fait un peu tout ce qu'il y a à faire. Le cours de l'histoire. Notre métier n'est pas reconnu de la société, ni même de nos familles, et
Marie-Josèphe Godet
même pas par la plupart d'entre nous.
Marie-Anne Chéreau
Nous voulons des responsabilités dans notre travail.
Jean-Philippe Martin
des paroles d'agricultrices, de paysannes. Nous étions en 1967. Bonjour Jean-Philippe Martin. Bonjour. Vous êtes historien spécialiste du syndicalisme agricole de la gauche paysanne. Vous êtes l'auteur de Paysannes, histoire de la cause des femmes dans le monde agricole. Et aujourd'hui, nous allons essayer d'éclaircir un petit peu des questions de vocabulaire, des questions de statut. Et avec vous, Èvre Cotillet-Valenti. Bonjour. Bonjour. Vous êtes doctorante en histoire à l'école des hautes études en sciences sociales. Votre thèse porte sur la paysannerie. De la paysanne à l'agricultrice, donc là aussi une question de vocabulaire, revendication et engagement des agricultrices en France de l'après-guerre aux années 1980 sous la direction de...
Ève Recotillet-Valenti
Christophe Bonneuil et Bibia Pavard.
Jean-Philippe Martin
Voilà, avec des beaux noms d'historienne et d'historien. Je voudrais juste comprendre cette question de vocabulaire. C'est vrai que pendant longtemps on parlait de paysannes, mais leur métier était-il défini? On le voit, je pense que tous les auditeurs et auditrices qui ont fait de la généalogie, nous avons un homme qui est cultivateur, parfois laboureur et une femme qui est occupée au ménage.
Xavier Mauduit
Elle était occupée en fait, elle avait énormément de choses à faire, beaucoup d'activités. Comme le disait une des personnes qui était intervenue lundi, elle travaillait du soir au matin, première levée, dernière coucher. Mais en fait, elle n'avait pas de statut, elle n'était pas... On reconnaissait son travail dans la vie de tous les jours bien sûr, mais elle n'était pas reconnue dans la société et elle n'avait pas de droits, effectivement, de droits sociaux en particulier.
Jean-Philippe Martin
Èvre et Cotillet, Valentine, c'est vrai qu'il n'y a pas de nom pour ce métier quand il est associé aux femmes.
Ève Recotillet-Valenti
Tout à fait. Alors, effectivement, cette question du statut, elle est primordiale parce qu'elle nous permet de comprendre à la fois, effectivement, qui elles sont dans la société et qui elles sont aux yeux de l'État. Et effectivement, dans cet après-guerre, elles sont considérées comme des personnes sans profession ou alors comme aides familiales. Mais les enfants peuvent également être des aides familiaux. Ce qui est important de comprendre, c'est que jusqu'au début du XXe, elles peuvent être considérées comme cultivatrices et c'est un terme qui disparaît au cours du XXe siècle, donc ça c'est quelque chose qui reste à investiguer. Mais voilà, c'est vraiment important de comprendre cette question du statut inexistant et qui a relié bien sûr au contexte global des professionnalisations dont elle dont elles font l'objet et également du fait qu'en parallèle les hommes eux gagnent plutôt des droits et en tout cas notamment sur le plan de la formation qui leur permet d'accéder à cette professionnalisation.
Jean-Philippe Martin
Mais c'est vrai, quand on regarde les actes d'état civil, on voit le mot apparaître de « cultivatrice » et ce mot-là disparaît par la Suisse. C'est drôlement intéressant d'imaginer cela parce que ça reflète aussi la place des femmes dans la société et puis la place des femmes dans l'affaire. Parce que ce sont l'ensemble des émissions de la série du cours de l'histoire « Les mondes ruraux, une histoire de femmes » à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France. tellement d'activité à la ferme. Jean-Philippe Martin, ce sont ces doubles journées que nous évoquons sans cesse pour toutes les femmes dans toutes les professions, mais dans le cas de la ferme, elles participent activement aux
Xavier Mauduit
travaux de la ferme. Oui, elles ne sont pas reconnues, on l'a dit en quelques mots, mais effectivement, elles travaillent du matin au soir. Et par exemple, il y a de nombreux textes où elles présentent, c'est au début des années 60, on s'éloigne un peu, mais au début des années 60, il y a des syndicats, des associations qui essaient de comptabiliser le temps de travail des agricultrices. On commence à dire agricultrices dans le dictionnaire depuis 1961. Même si beaucoup dans la vie courante parlent de paysannes, mais il y a ce décalage toujours. Et donc, ils vont comptabiliser le temps de travail. Par exemple, en Loire-Atlantique, les associations agricoles font passer auprès de centaines d'agricultrices ou de femmes d'agriculteurs font passer un questionnaire où elles doivent repérer par jour les activités qu'elles mènent. Donc, temps personnel, je vous rassure, il est très limité, cinq minutes par jour, ça suffit largement, un quart d'heure parfois. Mais bon, vous voyez, enfants, ménage, cuisine, traite, etc. Toutes ces activités, en fait, le but des associations agricoles, des syndicats, mais avant la JACF, c'est-à-dire la Jeunesse Agricole Catholique Féminine avait commencé à mener ce travail de comptabilisation, je pense que ça a pour but de visibiliser, de montrer le caractère finalement indispensable des femmes
Jean-Philippe Martin
dans les exploitations agricoles. Et on sait bien qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, mais au sortir de toutes les guerres, il y a toujours des chaos bouleversants dans les sociétés paysannes avec des manques de main d'œuvre. Et à ce moment-là, en 1945, on peut imaginer, au moment où les femmes obtiennent le droit de vote par exemple, que le statut des femmes à l'intérieur de la ferme va être reconnu. Ce n'est pas vraiment le
Ève Recotillet-Valenti
cas encore en 1945. Alors non, évidemment on a des réflexions en fait, dès l'après-gare sur, alors pas forcément un statut, mais sur en tout cas la place que les femmes occupent sur les exploitations. Et je rejoins ce que disait Jean-Philippe Martin à l'instant, c'est qu'elles sont elles sont tout à fait conscientes du travail qu'elles effectuent et dans la sphère domestique et sur l'exploitation, il y a vraiment une conscience de ce travail et également de la division
Jean-Philippe Martin
de ce même travail. Mais avec l'idée que c'est une main d'oeuvre d'appoint. C'est pas un rôle fascinant quand on regarde du point de vue juridique, suffisant en tout cas pour reconnaître
Ève Recotillet-Valenti
qu'il s'agit d'une profession. Oui, tout à fait. Tout à fait. Ça, sur le plan juridique et officiel, elles, effectivement, ne sont pas reconnues, on l'a dit. Mais voilà, encore une fois, elles-mêmes se connaissent et se
Jean-Philippe Martin
reconnaissent comme des professionnelles. Jean-Philippe Martin, à quel moment, justement, vous avez évoqué les syndicats, il y a un intérêt pour la place des femmes auprès de
Xavier Mauduit
leurs maris exploitants agricoles? Je vais revenir un peu en arrière. Il ne faut pas perdre de vue qu'à partir du début des années 1930 se crée la jeunesse agricole catholique féminine. C'est-à-dire une organisation de femmes indépendantes, autonomes des hommes. Mais là, l'autonomie est d'une certaine manière non pas volontaire, mais imposée par le clergé. Néanmoins, les personnes qui se rencontrent, qui discutent, ne parlent pas toujours de ce qui est attendu par le dit clergé. Et donc on va avoir des discussions qui parfois vont déborder. Il y a cette organisation qui est une organisation, dans les années 1950, mais peut-être Ève pourra en dire plus, c'est une organisation de masse. C'est-à-dire que ça regroupe des milliers de personnes, y compris dans des départements non catholiques. Pourquoi? Parce que, par exemple, pour les jeunes filles, c'est une occasion de sortie aussi. C'est une occasion de sortie. Ce n'est pas que ça. C'est un lieu de formation, quand elles n'ont pas fait d'études. C'est un lieu où elles retrouvent des pères, enfin P-R-E-S, Effectivement, c'est un lieu où on va leur donner, enfin leur donner, où elles vont acquérir plutôt une méthode, c'est le fameux voir juger agir pour analyser leur situation et pour essayer de la transformer. C'est un lieu donc où elles vont acquérir aussi des compétences d'organisation, de discussion, etc. Alors certaines bien sûr préfèrent aller au bal, ou ne vont là que pour, il y a des textes qui le disent, ou ne vont là que pour échapper à la mainmise de la communauté ou des parents, mais il va y avoir des cadres. Oui, des cadres associatifs, des femmes qui vont prendre des responsabilités dans ce cadre associatif. C'est aussi un lieu de... C'est aussi une
Jean-Philippe Martin
agence patrimoniale. Bon, et... On a envie d'y aller, hein! Ça a l'air
Xavier Mauduit
d'être bonne ambiance, là-bas! Et elles vont, comme les hommes, s'investir dans le CNGA, Cercle d'abord, puis Centre National des Jeunes Agriculteurs, à partir de la fin des années 1950. qui va reconnaître statutairement, dans le syndicat, une part de femmes dans les organes de direction. A tel point, et j'en finis là, que Michel de Baptiste, qui est le dirigeant de la jeunesse agricole au début des années 60, la révolution silencieuse, c'est le modernisateur, Il dit qu'il y a plus de femmes à la direction du CNGA qu'à la direction de l'Union nationale des étudiants de France. Et donc il taquine un peu ces étudiants
Jean-Philippe Martin
qui se veulent progressistes. L'UNEF, c'est bien ça. Parce qu'il y a des sigles, toujours. Dès que nous explorons les organisations paysannes, nous avons plein de sigles. Donc la jeunesse agricole catholique féminine. Ève Recotier-Valenti. Ces femmes, on l'entend bien, et au-delà même de la bonne ambiance que l'on peut retrouver et de la possibilité d'échapper à une emprise familiale, on a ici quelque chose de très vif dans les années 1950 pour la place des
Ève Recotillet-Valenti
femmes dans cette histoire-là. Voilà, tout à fait. En fait, ce qui est très intéressant avec la JACF, qui en fait, même en termes d'historiographie, qui est un mouvement très important, puisque vous l'avez mentionné, ce sont les personnes qui en sont issues de la JAC pour le coup, qui vont faire, qui vont participer à l'élan modernisateur. Mais sur la JACF, donc effectivement, dès l'après-guerre, en 46, on a déjà des bulletins d'informations autour de la place des femmes et également en 1950 l'apparition d'un ouvrage intitulé « Semblable à lui ». Et voilà, donc on a toutes ces réflexions. Vous l'avez dit, c'est un mouvement qui invite tout le monde à réfléchir à sa place dans la société, à qui l'on est. Donc ce sont des archives d'ailleurs extrêmement importantes et intéressantes. Simplement, je voudrais aussi préciser le fait que la JSF développe aussi un discours sur comment les fermières doivent être. Et on a deux phases assez intéressantes, de l'après-guerre aux années 60, une phase dite de la fermière avisée. Donc c'est certes une fermière, mais c'est surtout une mère de famille et une bonne épouse. Et ça change à partir des années 60, où on passe plutôt sur l'idée, le modèle de la femme collaboratrice de son mari. Voilà, donc c'est important de parler
Jean-Philippe Martin
aussi de ce qui est véhiculé. Fermière. Voilà, nous avons un nouveau mot. Pour arriver à agricultrice, on sent qu'il faut des étapes. Donc cultivatrice a été un peu oubliée. Fermière existe, paysanne existe bien sûr. Et vous avez, Eve Rocotillet-Valenti, prononcé ce mot. Archive. Alors nous avons la responsable du mouvement autonome des filles, mademoiselle Marie-Anne Chéreau, qui va nous expliquer quel
Marie-Anne Chéreau
est l'esprit de ce mouvement féminin. Trop souvent, on a cantonné la jeune fille comme femme pote au feu. On pense que la jeune fille a tout de même une place dans l'exploitation, une place dans le village, dans la société, et on essaie de lui donner une certaine formation pour qu'elle
Jean-Philippe Martin
soit capable de tenir ce rôle. Et c'est par l'intermédiaire de la JACF que vous pensez donner la formation de ménagère et de femme... Femme complète, c'est
Marie-Anne Chéreau
ça. De femme complète dans l'exploitation. Voilà. Dans l'exploitation et
Jean-Philippe Martin
dans le village, dans la société. Vous étions en 1954 avec cet archive pour le 25e anniversaire de l'AJACF, donc la Jeunesse Agricole Catholique Féminine. Ici, pour l'évocation de la place des femmes auprès du mari, il y a quand même l'idée de jeune fille pote au feu. C'est une jeunesse ici? Quel âge à peu près pour les personnes qui veulent
Xavier Mauduit
adhérer à cette jeunesse agricole catholique? Je dirais 18-25 ans, mais
Ève Recotillet-Valenti
j'ai une hésitation, je dois avouer. Effectivement, c'est peut-être jusqu'à 30 ans, non? Ou alors c'est plus récent que c'est jusqu'à 30 ans. En tout cas, c'est effectivement la jeunesse. Il y a même des classes d'enfants plus petites. On peut rentrer à l'Ajac à 8 ans, 9 ans, commencer à
Jean-Philippe Martin
faire des activités à ce moment-là. Et alors concrètement, ça se passe comment? C'est-à-dire qu'il y a des
Ève Recotillet-Valenti
réunions, des discussions, des cours aussi? Tout à fait. On a des réunions hebdomadaires, mensuelles. On se retrouve autour, Jean-Philippe Martin l'a un peu dit tout à l'heure, autour d'activités de danse, de chant. On apprend. et on fait ce genre de choses, on se retrouve entre amis. Mais également, en tout cas avant les lois sur l'enseignement agricole de 1960, on a aussi beaucoup d'activités de vulgarisation, d'apprentissage pour pallier ce
Jean-Philippe Martin
qui n'existe pas dans l'enseignement public. Oui, puis on est à un moment aussi où la crainte est que les campagnes se vident, en tout cas se vident de femmes. Ça, ça
Xavier Mauduit
fait partie aussi de cette histoire. Oui, tout à fait. L'invisibilisation et le travail éreintant qui fait que même des jeunes hommes, quand ils parlent de leur mère, les jeunes femmes le disent, mais les jeunes hommes le disent au début des années 60, parlent d'esclavage. Il y a ce mot qui revient fréquemment. Donc il va y avoir un certain nombre de jeunes femmes qui vont dire on ne veut pas être des esclaves, on ne veut pas travailler comme nos mères et on veut donc aller vers les villes. Et il y en a d'autres qui vont dire on veut au contraire faire changer les choses. Et là il faut peut-être parler de... Je crois que Ménie Grégoire connaît bien Ève Récotillier. Ménie Grégoire qui a été à un moment, comment dirais-je, responsable, qui a joué un rôle dans la formation des cadres paysans. Ça s'appelait l'IFOCAP, l'Institut de formation des cadres paysans. Elle forme les cadres paysans. Elle écrit un livre en 1965, je pense, Le métier de femme, et où elle dit, c'est parmi les paysannes que j'ai senti le plus fort sentiment de révolte C'est-à-dire, je ne sais plus si elle utilise le terme de révolte, mais l'idée de ne pas
Ève Recotillet-Valenti
faire
Xavier Mauduit
comme leur mère, de s'opposer. Voilà. Tout en les admirant, elles ne veulent pas faire pareil. Mais je crois qu'Eve a travaillé ensuite sur
Jean-Philippe Martin
Méni Grégoire, donc... Méni Grégoire qui est écrivaine, bien sûr, et aussi une voix de la radio sur RTL, bien sûr. Allô Méni, qui est vraiment un marqué... une ou deux générations sans aucun souci. Donc allô Méni et allô Ève,
Ève Recotillet-Valenti
pourquoi Méni Grégoire dans cette histoire? Pourquoi Méni Grégoire dans cette histoire? Effectivement c'est assez surprenant. Donc en fait Méni Grégoire elle vient de la campagne en réalité et elle a été très marquée par ce par cette enfance. Et effectivement, elle intègre l'IFOCAP et elle ouvre, elle donne des cours pour former ces cadres paysans. Et effectivement, en 1965, elle écrit Le métier de femme, qui est d'ailleurs un ouvrage extrêmement intéressant sur l'époque. Elle rassemble beaucoup de voix de femmes. Et effectivement, elle permet, comme les femmes qui interviennent dans l'émission, ou par lettres. D'ailleurs, moi, j'ai étudié encore plus de 400 lettres de paysannes, adressées à Manny Grégoire à la fin des années 60. Et il y a vraiment effectivement cette question de l'esclavage, de je ne veux pas être comme ma mère et je ne veux pas que ma fille
Jean-Philippe Martin
subisse aussi ce travail comme moi. Jean-Philippe, à quel moment voit-on apparaître des formes d'engagement? L'idée que la prise de conscience est là, c'est une chose, mais maintenant, si on veut faire
Xavier Mauduit
changer les choses, il faut s'engager. Je pense que déjà, être à la JACF, c'est s'engager. Parce que bon, je voyais par exemple la compagne de Bernard Lambert, un des dirigeants paysans, c'est Marie-Paul Chassagne, qui est du Gers, qui racontait que pour aller aux réunions, il fallait qu'elle fasse du stop, d'abord. D'abord qu'elle obtienne l'autorisation de son père, ensuite, et de sa mère, qu'ensuite qu'elle parte en stop pour un certain temps, puis ensuite elle prenait le train, etc. Donc il y a quand même une implication qui est un début d'engagement. Il y a peut-être une petite parenthèse, alors ça c'est pas moi qui l'ai lue, mais c'est Martine Coco par exemple qui qui a travaillé sur la JACF, dit les vilaines. Et puis il y a une femme qui a écrit sur un village du Finistère. Elles disent que quand même, dans ces réunions de la JACF, on ne parlait pas que des choses qu'attendaient les catholiques. C'est-à-dire que les premières notions d'intimité, de la préparation de la nuit de noces, si l'on peut dire, de sexualité, pouvait apparaître dans ces moments. Voir la méthode Ogino pouvait apparaître dans ce type de discussion, etc. Donc voilà, il y a des ruptures qui donnent naissance à un engagement, bon, petit à petit. Et effectivement, il y a cet engagement plus syndical à partir de la fin des années 1950, qui peut être syndical, qui peut être dans ce qu'on appelait des groupes de vulgarisation agricole féminin, où c'est par exemple la femme de Raymond Lacombe en Aveyron, qui vient du Nord, qu'elle a connue par la JAC, elle est un peu effarée, parce que d'abord elle doit subir la cohabitation, on n'en a pas parlé, mais donc elle doit vivre dans la même maison que ses beaux-parents, parce que souvent il y a quelqu'un d'autre, et c'est vrai ça en Bretagne et dans tout l'Ouest, c'est vrai dans le Massif Central, c'est vrai dans les Pyrénées, et donc il y a tout
Ève Recotillet-Valenti
un combat contre la cohabitation que peut-être Ève va évoquer, Alors, pas vraiment sur la cohabitation. En fait, je voulais plutôt revenir sur pourquoi on préfère le terme d'engagement à celui de militantisme, pour revenir à la question d'origine. Donc, effectivement, vous comme moi, on mobilise dans nos travaux, notamment l'article d'Ingrid Heiss et Magali Della Souda sur l'engagement des femmes populaires. C'est important, ça, on a peut-être omis de le mentionner. Mais effectivement, ce sont des femmes qui sont aussi sous ces deux dimensions, le genre et la classe. On préfère le terme d'engagement qui implique moins une question politique. Et c'est pour ça que l'on peut parler d'engagement dans la JACF. mais également dans des associations. On a un peu commencé à le dire. Et également, moi, une organisation que j'aime beaucoup, qui est l'Union des femmes françaises, qui est une association liée au Parti communiste français, qui, on le sait, a largement pénétré les campagnes. Et elles aussi essayent de rentrer chez les paysannes. Et donc on a, même si c'est parfois marginal, parfois non, des paysannes qui s'engagent dans l'Union des femmes françaises dès l'après-guerre. Et on a évidemment d'autres associations, comme Foyers ruraux, les Maisons familiales rurales. Ce sont toutes sortes de lieux et d'espaces où elles peuvent exercer, certes pas un militantisme politique, mais avoir une empreinte sur leur vie, sur le territoire, sur leur maison, sur l'aménagement.
Jean-Philippe Martin
C'est également l'espèce qu'on leur laisse. Femmes, engagement et classe populaire, une histoire vivante. C'est l'article que vous évoquiez d'Ingrid Heiss et Magali De La Souda, c'est dans la revue Le Mouvement Social. C'est consultable en ligne, c'est un numéro de 2018. Jean-Philippe Martin, dans cette construction, nous entendons bien qu'il y a la jeunesse agricole catholique et féminine donc, mais il y a d'autres associations et puis il y a ces structures syndicales aussi qui existent quand même. Est-ce qu'elles ont
Xavier Mauduit
une part dans cette histoire aussi? Oui, oui, tout à fait. Alors, dans les campagnes rouges comme dans les campagnes catholiques, il y a des syndicats qui font participer les femmes statutairement, c'est ce que je disais tout à l'heure, dans les directions nationales puis ensuite départementales et régionales. Ce qui fait qu'on va avoir une présence de femmes de responsables issus de la JACF dans ces syndicats comme le CNJA ou le CDJA, Centre Départemental des Jeunes Agriculteurs, voilà. Elles seront là. Alors très souvent quand même, elles sont moins nombreuses, très souvent ces responsables vont avoir dans les années 60, s'intéresser aux questions sociales, c'est souvent, et bon ça n'a pas changé d'ailleurs, dans les municipalités de nos jours c'est encore un peu ça, les questions sociales, elles ajoutent la formation, la relation avec l'école publique par exemple en Loire-Atlantique. Mais il y a un engagement, il y a une prise de... comment dirais-je... une prise en main, une volonté de prendre en main leur destin. Pour ne pas être, pour ne pas fuir les campagnes, parce que bon, vous l'évoquiez tout à l'heure, il y avait cette question du départ massif des femmes, des campagnes, puisque l'exode, ce qu'on appelle l'exode rural, l'expression est à nuancer bien sûr, mais c'est d'abord un exode rural féminin, deux femmes pour un homme, deux jeunes femmes pour un jeune homme, et ce qui fait, ce qui donne lieu à ces belles pages du bal des célibataires, dans le Béarn. Donc, il y a cette volonté de rester à la campagne, mais de changer les choses. Et donc, elles vont tenter de le faire par le CNJA, le CDJA, Par exemple, en développant des ateliers qu'elles vont prendre en main, en développant les gîtes ruraux, en transformant des produits qu'elles vont vendre sur le marché, etc. En menant des activités et la comptabilité. Mais paradoxalement, ce qui est curieux, c'est que le début des années 60, c'est aussi le moment où elle s'impose un peu L'agriculture est un métier de
Jean-Philippe Martin
couple, mais le tracteur, c'est monsieur. Oui voilà, au moins ça c'est clair, le bal des célibataires, c'est l'ouvrage de Pierre Bourdieu. Et ici nous avons tant à construire avec cette jeunesse agricole catholique qui donne par la suite des effectifs pour les centres de jeunes agriculteurs, donc qu'ils soient nationaux ou départementaux. Et en tout cas
Xavier Mauduit
au National, on retrouve Marie-Josèphe Godet. Alors, Marie-Joseph Godet,
Marie-Anne Chéreau
maintenant, vous êtes presque une personnalité. Une personnalité, c'est beaucoup dire. On m'a plutôt confié d'importantes responsabilités. Tout récemment, on vient de m'élire vice-présidente du Centre national des jeunes agriculteurs. C'est une organisation syndicale d'agriculteurs jeunes. Nous nous retrouvons entre jeunes pour discuter de l'avenir de l'agriculture. Quelle place nous aurons dans cette agriculture en évolution? Avec tous mes camarades, je m'en préoccupe. Mais j'ai quand même un souci plus particulier, parce que je suis femme, c'est de me préoccuper de la situation des femmes. Quelle place nous aurons dans cette agriculture? Car nous voulons un véritable métier, nous
Jean-Philippe Martin
voulons des responsabilités dans notre travail. Èvre Cotillet-Valenti, Marie-Josèphe Godet qui s'exprimait ici en tant que présidente du Centre national des jeunes agriculteurs en 1967, le dit, on veut que notre travail soit reconnu,
Ève Recotillet-Valenti
que notre profession même soit reconnue. Tout à fait. Alors c'est effectivement très important et intéressant le CNJA, simplement pour ce syndicat qui est à l'origine d'une association et qui en 1957 se transforme en branche jeune de la FNSEA, où effectivement leur présence est statutairement garantie par notamment des sortes de quotas. On a donc 3 à 5 femmes sur 10 sièges dans les cercles cantonaux et au moins 2 places dans les bureaux et notamment au poste de vice-présidente, qui sont réélus tous les deux ans. Et au National, par exemple, en 1964, on a quand même 10 femmes sur 41 membres au Conseil National. Voilà. Et également, ce qui est très intéressant, c'est que leur leur prise de parole est égale à leur présence, donc elles ont à peu près 10% de la parole, notamment dans les conseils nationaux. Voilà, donc ça, c'est très intéressant. Et
Jean-Philippe Martin
effectivement, l'archive date de 1967,
Ève Recotillet-Valenti
c'est ça que tu m'as dit. Mais on retrouve, en fait, même dès cette installation des quotas, des archives très intéressantes. Et je pense notamment à à une archive de 64 aguerrées dans la Creuse où on a tout à fait ce discours de on veut être reconnus comme des professionnels au travail, on veut avoir des responsabilités et voilà donc c'est vraiment un discours qui émerge dans ces années 60 et qui est permis et visible
Jean-Philippe Martin
parce que dans un espace syndical. Oui ben ça, l'espace syndical c'est important et puis ça répond aussi à une attente, une attente des femmes, des hommes aussi. Est-ce qu'il y
Xavier Mauduit
a une opposition à ce mouvement-là? Je vais prendre la question un petit peu de travers, si vous voulez. Juste sur Marie-Jo Godet, qui est de Vendéenne, elle explique bien, et je tente de répondre à votre question, elle explique bien quand même, je crois dans un article du Monde ou dans une autre archive de l'INA, elle explique bien qu'en fait, c'est important, en Vendée, vu la mentalité des hommes, de faire des réunions féminines à part, à des heures à part. il y a des freins qui ne sont pas évoqués directement, mais il y a des réticences, il y a des freins, etc. Et par exemple, on le voit aussi dans la participation des femmes, puisque Ève disait bien qu'il y a des quotas de femmes dans les organisations au niveau cantonale, départementale, nationale. Néanmoins, quand il y a des réunions de l'ensemble des agriculteurs et des agricultrices à la base, là, la participation des femmes est beaucoup moindre que leur part dans les organes de décision. Ce qui prouve qu'il y a un décalage entre une frange Une minorité ce serait bon. Une frange importante, une frange significative de responsables qui sont actifs, engagés, qui font avancer les choses. Et quand même encore la masse des agricultrices qui subissent peut-être la pression de leurs compagnons et ou qui n'osent pas. Peut-être 68 changent
Ève Recotillet-Valenti
les choses. La discussion est ouverte. Oui, tout à fait. C'est très intéressant, puisqu'à nouveau, il faut rappeler de manière très concrète que quand le mari s'engage et va aux réunions syndicales, il faut bien qu'il y ait quelqu'un d'autre qui reste pour s'occuper, pour faire tourner l'exploitation. Et également, ce que j'ai pu observer dans mes recherches et qui est intéressant et qui est peut-être une spécificité de ce monde rural, c'est le fait que, effectivement, les femmes sont rarement incluses dans les espaces syndicaux et associatifs les plus puissants du moment. Et donc, en fait, il faut à chaque fois faire cet effort de déplacer les lunettes de l'histoire sociale vers d'autres formes associatives et en fait regarder où est-ce qu'elles s'investissent. Et notamment, voilà, je vais à nouveau parler du comité de guérir, de guérir de la creuse, où on a ce comité dissident de la FDSEA. en 53 et jusqu'au milieu des années 70, donc qui est très actif, qui est vraiment sur le devant de la scène médiatique. Et en fait, il n'y a aucune femme dans le comité de guérir, aucune femme qui... Elles ne sont pas dans les bureaux, en tout cas on ne les voit pas, même dans les commissions sociales, elles sont vraiment absentes. En revanche, elles sont très actives dans le CDGIA. Donc voilà, à chaque fois, il faut faire cet effort de déplacement
Jean-Philippe Martin
pour voir où elles se trouvent. Oui, voir où elle se trouve, parce que cette question, il y a des mails d'auditeurs, d'auditrices, évidemment, qui évoquent tout cela, parce que ça parle à énormément de gens, avec ces questions de vocabulaire qui interpellent beaucoup, et c'est vrai que le mot fermière revient le plus souvent, en tout cas pour cette deuxième moitié du XXe siècle, c'est le témoignage qu'on reçoit, et puis après, on sent bien, même encore aujourd'hui, la difficulté de gens qui nous disent, bon non, moi j'ai vécu sans être agriculteur, attention, et qui dit parler d'invisibilisation est une réalité d'un snobisme intellectuel de gens qui n'y connaissent pas grand chose. C'est intéressant de voir qu'aujourd'hui encore, l'idée que la place des femmes est actuelle aujourd'hui dans la ferme en tant qu'agricultrice est le fruit d'un combat, c'est quelque chose qui ne paraît pas évident. Il y a l'idée que Madame est là et puis elle fait son travail, sauf que ça couvre des réalités concrètes derrière de sécurité sociale, de congé maternité, de droit pour la retraite. Et ça, on le sent encore. Elle est là, elle est à la ferme. On dit il y a le fermier
Xavier Mauduit
donc il y a la fermière. Oui, alors souvent il y a deux clichés, c'est que dans le foyer en fait c'était madame qui portait le pantalon ou bien effectivement on la voit tout le temps active, etc. Mais concrètement, et je vous remercie de l'évoquer, je crois que c'est important de le dire, ça veut dire que madame Pourquoi on dit qu'elle est invisibilisée? C'est-à-dire que si, en cas de séparation, y compris en ce début du XXIe siècle, en cas de séparation, si elle n'était pas déclarée, si elle n'avait pas de statut, elle ne touche rien pour la retraite après sa séparation. Il y a des militantes de la Confédération Paysanne qui l'expliquent devant une commission du Sénat, en 2007 ou 2017, je ne me souviens plus, 2017, je pense. Il y a une commission du Sénat et elle explique, cette militante, cette responsable de la Confédération Paysanne, qu'elle va toucher quelques centaines d'euros de retraite parce qu'il y a plusieurs années qu'ils ne lui ont pas été validés de ce fait-là. Et même chose pour les congés maladie, et puis pour la question de la maternité. Je veux bien qu'elles aient les mêmes droits que tout le monde, mais enfin, ce n'est qu'en 1977 que des femmes obtiennent, les paysannes, les agricultrices, peu importe, les fermières, obtiennent un congé maternité de deux semaines, c'est-à-dire qu'elles ont droit à un service de remplacement, qui est remboursé à 90%. Pourquoi? 10% à payer de sa poche, ça c'est peut-être un acharnement. Et elles doivent le nourrir et parfois même le loger, le remplaçant. Ce qui fait que, et il y a d'autres raisons qui jouent aussi, Ce qui fait que beaucoup de femmes ne prennent pas de congé maternité. Elles ne font pas appel à ce service de remplacement. Et ce n'est qu'en 2008, je regarde mon petit papier, qu'elles obtiennent autant que les salariés, c'est-à-dire 16 semaines de congé maternité. Bon, je veux dire, ça c'est du concret, c'est pas un fantasme. d'intellectuels parisiens,
Jean-Philippe Martin
que je ne suis pas d'ailleurs. Oui, parce que c'est vrai que les attaches que nous pouvons tous avoir avec les mondes ruraux, par la famille, par tout ce que nous connaissons, fait que cette histoire-là nous permet de porter un autre regard sur tout cela, que ce soit paysannes, histoire de la cause des femmes dans le monde agricole, c'est votre ouvrage, Jean-Philippe Martin, ou que ce soit les travaux que vous portez, Ève Recotillet-Valenti. Il y a vraiment l'idée de changer juste le focus, le regard et de se rendre compte que la moitié de la main d'œuvre paysanne n'avait pas vraiment de statut. Et c'est ce long combat porté par les femmes, pas seulement par les femmes bien sûr, mais
Ève Recotillet-Valenti
beaucoup par les femmes quand même. Oui, complètement. Très intéressant. Et effectivement, moi aussi, je vous remercie d'aborder cette question matérielle qui est concrète et réelle, vraiment, qui mène à des situations dramatiques. Et ce qui est intéressant aussi, on l'a peut-être... Enfin, alors, sur cette question du... On a vraiment construit cette idée de femmes silencieuses, de femmes invisibilisées. Mais pour qui le sont-elles aussi? Il y aurait aussi tout un... Tout un travail à mener sur cette construction du silence et de l'invisibilisation. Et aussi, en fait, qui est très intériorisé. On a, voilà, à nouveau, dans toutes les lettres adressées à Mini Grégoire, dans ces 410 lettres, on n'en a aucune, aucune femme, donc c'est la fin des années 70, qui ne parle du statut. En fait, la revendication sur le plan légal, juridique, elle n'est pas maniée par les paysannes comme ça peut l'être pour les groupes féministes citadins, par exemple, qui vont saisir du terrain législatif. pour revendiquer des droits. Les paysannes le font beaucoup moins et notamment pour le statut. Parce que par ailleurs, elles ont une conscience aiguë des problèmes économiques, politiques. On a un peu parlé aussi de la cohabitation. En fait, elles ont conscience de ce qu'elles traversent, mais ne le
Jean-Philippe Martin
traduisent pas par des revendications légales. Et puis dès lors, il faut organiser des temps d'échanges, de paroles, donc on l'a bien entendu avec ces jeunes agriculteurs catholiques, avec ces centres de jeunes agriculteurs, qu'ils soient nationaux, départementaux, où il y a des occasions de prendre la parole et puis
Marie-Josèphe Godet
organiser des journées aussi pour échanger. Le travail de l'homme est reconnu productif, vital et inséré dans la vie sociale. La femme, elle, n'a pas de statut professionnel. Elle assure en général le travail de bouche-trou, d'exécution. Notre action doit imposer ce statut de travailleuse à part entière, au niveau de l'exploitation agricole et à l'extérieur de celle-ci. La femme est de plus exploitée au niveau du travail de la maison. Elle réalise un travail indispensable, mais improductif, d'entretien de la force de travail et de vie de la famille qui lui est imposée par son mari et par la société. Ce travail n'est ni payé ni reconnu, de telle manière qu'il maintient la femme dans un rôle de mère et d'épouse soumise. La véritable autonomie des femmes ne peut se faire que par un changement radical de la société. Les militants paysans-travailleurs ne peuvent s'affirmer comme révolutionnaires que
Valérie Hanin
s'ils prennent en charge ce problème. France Culture,
Jean-Philippe Martin
le cours de l'histoire, Xavier Mauduit. de la cause des femmes dans le monde agricole. Il y a de ça aussi, il y a d'autres mouvements évidemment qui s'insèrent dans celui-là. Ce ne sont pas des mouvements sans porosité avec toute la politique qu'il y a partout
Xavier Mauduit
dans le monde, en France notamment. Oui, tout à fait. Peut-être il faut quitter une façon de penser qui est de penser que les agriculteurs, les agricultrices, les paysans, les paysannes constituent un monde à part. Les débats, les secousses de la société sont les touches, mais non seulement ils les touchent, c'est qu'ils font partie de cette société et qu'il y a un certain nombre de questions qui se posent dans les villes, etc. et qui se posent aussi dans les campagnes, parce que les gens ont des relations, etc. Et donc, cet extrait qui qui est issu des paysans-travailleurs, qui est un mouvement certes minoritaire, qui était animé en partie par Bernard Lambert, qui était un leader historique du monde paysan. Nous sommes en 1974, c'est-à-dire 6 ans après mai-juin 68. on pourrait dire aussi une quinzaine d'années après le début du CNJA, deux ans après un mouvement qui s'appelle la grève du lait, qui touche la Bretagne, où on va avoir des manifestations de femmes justement, dans lesquelles des femmes proches de ce courant paysan-travailleur vont jouer un rôle décisif, avec des actions autonomes de femmes, pas les premières. C'est très bien qu'elles sont les premières, mais des actions autonomes et nous sommes aussi quelques années après le livre de Bernard Lambert « Les paysans dans la lutte des classes ». Donc on voit que les idées Les idées de mai-juin 68, les idées contestataires touchent une fraction du monde paysan, infusent dans la société et parmi les agriculteurs. Alors, elles se disent féministes ou elles ne se disent pas féministes d'ailleurs. Elles ne l'écrivent pas, forcément. Mais on voit que d'abord, le privé, comme à Paris, le privé est politique. C'est-à-dire que ce slogan qui était repris par les féministes parisiennes et les féministes des villes est repris sans être dit comme tel par ces femmes du courant paysan-travailleur qui disent à leurs maris, à leurs compagnons, qui disent si tu veux changer la société, il faut aussi changer ton comportement dans le foyer, t'occuper
Jean-Philippe Martin
des enfants, etc. Jean-Philippe Partin d'ailleurs, dans votre ouvrage Paysanne, vous reproduisez une caricature parue dans Vendoueste Vendéen en 1986, où nous voyons une vache qui dit à une fermière en train de l'attraire, ben vas-y t'en fais pas, le MLF vaincra. Parce qu'il y a de ça aussi, il y a des questions d'isolement majeurs toute la semaine dans la ferme, avec peu de possibilités d'échanger à l'extérieur, d'où l'importance de tous ces mouvements pour que ça stimule l'échange, ça fasse circuler les idées. Eve Rocotillet-Valenti, dans l'histoire de l'engagement féminin depuis 1945, on voit une évolution, c'est-à-dire les premières participations à des manifestations, sachant que les femmes ont toujours participé à des mouvements sociaux, ça c'est sûr.
Ève Recotillet-Valenti
Mais on voit une organisation de la participation. Alors effectivement, on pourrait dire que ces participations se stabilisent de plus en plus au cours des trois décennies, dans le sens où elles sont d'abord, comme je le disais, dans des sortes de groupes En fait, elles sont assez satellisées, en tout cas au début de la période, puis intègrent de plus en plus les structures les plus visibles. Et donc, effectivement, cet engagement C'est très intéressant que vous rappeliez cette question du fait qu'elle revendique déjà en même temps que les autres en fait dans les années 70 cette question de l'égalité dans les tâches ménagères. Et d'ailleurs j'en profite pour faire un petit Un petit point aussi sur les liens entre féminisme et campagne, une sorte de féminisme des champs, féminisme des villes. Effectivement, on a tendance peut-être à les opposer ou à penser que les féministes, entre guillemets, des villes sont complètement centrées sur elles et qu'il y a effectivement cet isolement des femmes des champs, etc. Alors que d'une part, on voit déjà des liens avec l'Union des femmes françaises, qui ne se revendiquent pas féministes, mais qui fait avancer un concept que Jean-Philippe Martin et moi-même mobilisons, et d'ailleurs pas que nous, dans nos travaux, qui est celui de l'espace de la cause des femmes, de l'or béreni, qui est un concept très important, qui permet de déplacer la notion de féminisme et de faire apparaître toutes ces actions qui permettent de faire avancer la cause des femmes, et notamment dans des structures qui sont d'ailleurs complètement conservatrices, comme l'est en vérité la JACF, je fais ce léger retour en arrière. Et il y a aussi un lien très fort avec le féminisme sur le plan historiographique, puisque les premiers travaux, qui ne sont pas des travaux d'histoire, mais qui permettent de commencer à réfléchir à cette histoire des paysannes et de l'engagement des paysannes, sont des travaux menés par les féministes matérialistes des années 70. On a la thèse de Marie-Catherine Becouin en 1971, Alice Barthez en 1981 et bien sûr Rosemary Lagrave en 1987 avec Celle de la Terre. Donc on a quand même des
Jean-Philippe Martin
liens forts dans plusieurs sens avec le féminisme. Les combats de Celle de la Terre aboutissent dans ces années 1970 toujours
Marie-Josèphe Godet
avec cette question du statut pour les fermières. À celles qui ont choisi de rester à la ferme, un problème se pose. Quelle importance avons-nous et quel rôle voulons-nous jouer? Il est temps de réfléchir effectivement à un nouveau statut et la FDSEA a déjà créé ses commissions féminines. Dans cette commission, vous
Unknown Female Speaker
avez mis au point un statut de co-responsabilité. Vous pouvez nous l'expliquer On demande le statut de coresponsabilité. On ne l'a pas encore. Et ça fait 4 ou 5 ans qu'on le demande. Alors, dans ce statut de coresponsabilité,? on demande que ce qui existe dans les faits soit reconnu par la loi. C'est-à-dire qu'on partage le travail à l'exploitation, on partage les responsabilités, on partage les finances aussi. Donc, on voudrait que la signature de la femme soit considérée comme la signature de l'homme. On est majeur à 18 ans et lorsqu'on se marie, on perd sa majorité. On redevient mineur. Pour redevenir des femmes majeures, il faudrait être veuve ou
Xavier Mauduit
divorcée. Heureusement, ce n'est quand
Jean-Philippe Martin
même pas le cas de tout le monde. Je trouve ça normal qu'elle
Marie-Josèphe Godet
veuille avoir ses responsabilités comme l'homme dans l'exploitation. Ça vous
Jean-Philippe Martin
retire un peu de votre pouvoir à vous? Je ne crois pas. Si les deux sont bien attelés sur l'exploitation, je ne trouve pas que cela doit les gêner, au contraire. Nous étions en 1979 ici avec l'évocation de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles, la FDSEA. J'avais promis, plein de sigles, on ne peut pas faire autrement. Et ici, c'est fascinant Jean-Philippe Martin d'entendre ici les poux qui confirment que cette situation doit évoluer et que ce n'est
Xavier Mauduit
pas possible qu'il n'y ait pas la co-responsabilité. Oui tout à fait, donc on est en 79, c'est-à-dire c'est un moment où les syndicats agricoles, on va dire, commencent à demander un statut de co-responsabilité, alors ça prendra le nom de, il sera obtenu en 1980, c'est le statut de co-exploitante, hein d'accord, donc c'est obtenu, mais attention, il faut l'accord du mari quand même. D'où le monsieur qui dit que lui il est d'accord. Attention, ça ne veut pas dire que tous les maris étaient opposés. Ce n'est pas du tout ça que je dis. Mais il faut l'accord du mari et ça ne donne pas de droits sociaux encore à la femme. Il faudra
Jean-Philippe Martin
attendre encore un certain nombre d'années pour cela. Voilà, c'est ça. Parce qu'ici, on sent
Xavier Mauduit
que pas à pas se construit ce statut-là.
Jean-Philippe Martin
Pardon, de droits sociaux propres à la femme. Propres à la femme. La co-responsabilité, mais ça correspond au même mouvement, c'est ce que vous nous disiez, Cotillet-Valenti, pour toutes les femmes dans la société, c'est-à-dire la possibilité de ne pas être considérée comme une mineure parce qu'elle est simplement épouse. Ça correspond déjà à cela, mais dans le cas de ces agricultrices, on peut le dire parce que le mot existe à ce moment-là, il est entré dans le dictionnaire dans les années 1960, Ça veut dire plus encore, c'est la reconnaissance d'une profession sans, que comme ce métier correspond à des activités professionnelles auxquelles s'ajoutent toutes les activités domestiques, c'est un peu la même chose. Elles se battent pour leur statut professionnel mais
Ève Recotillet-Valenti
aussi pour leur statut d'individu dans la société. Tout à fait. Alors, c'est effectivement très important et intéressant de le montrer, même s'il faut également mentionner que quand le statut de co-exploitante est créé en 1980, les effectifs agricoles ont fondu. On n'a vraiment plus beaucoup de personnes qui restent. Et effectivement que ce statut arrive très tard. Et d'ailleurs ça me fait penser qu'on n'a pas abordé cette question de demande de parité avec les personnes des villes, avec les travailleurs des villes, qui est une revendication portée tout au long des trois décennies et qui est centrale. et notamment chez les femmes, il y a une demande de parité avec les femmes des villes sur cette question notamment d'accès aux droits sociaux. Je pense aussi aux crèches, au ramassage scolaire. Voilà, on a ces demandes de parité, c'est le terme qui est employé. et effectivement qui aboutit à cette question du statut, cette lutte qui aboutit à la question du statut qui est en fait modifiée en trois actes, enfin en trois même plus, mais sur 80, donc on a 80, 82 et 85 avec enfin la possibilité de devenir conjointe collaboratrice. de l'exploitation, où on a aussi enfin une possibilité de reconnaître les responsabilités individuelles et donc de cesser. En fait, on passe d'ailleurs, on le voit dans les travaux de Clémentine Comère, dans une sorte de discours post-familialiste. où enfin les époux peuvent cesser d'être conçus comme un couple, mais comme deux associés, même si évidemment, et il faut aussi le dire, le statut de 85 est encore
Jean-Philippe Martin
très critiquable et critiqué d'ailleurs par les actrices. Oui, parce que c'est aujourd'hui encore des questionnements, Jean-Philippe Martin. Tout n'aboutit pas. Où en sommes-nous
Xavier Mauduit
aujourd'hui d'ailleurs sur ce statut des femmes agricultrices? Alors, les femmes ont pu obtenir le statut de conjoint-collaboratrice en 1999 et puis... De nos jours, on peut dire qu'il y a un certain nombre d'avancées du point de vue des droits sociaux. C'est incontestable. Par contre, il y a un certain nombre de défis, je pense, qui sont à relever pour les années à venir. Et puis il y a les représentations du milieu. qui méritent du milieu et des médias d'ailleurs, je voudrais dire. C'est-à-dire que par exemple, j'ai eu des entretiens avec des agricultrices qui ont repris l'exploitation seules, ou avec leurs compagnons, mais qui conduisaient le tracteur dans les années 70. Et qui racontaient que bon, elles étaient, comment dirais-je, pas surveillées, mais observées avec attention par les voisins. pour savoir si elle se débrouillait bien avec le tracteur. Et bon, on a des choses comme ça. Par exemple, il y a une agricultrice aussi qui m'a expliqué qu'elle avait, à un moment donné, choisi un tracteur un peu plus confortable pour avoir moins mal au dos, etc. Que bon, c'était un petit peu moqué d'elle et qu'elle avait constaté avec amusement quand même que quelques années plus tard, il y avait un agriculteur du coin qui avait pris le même tracteur. Donc vous voyez, il y a aussi la question des représentations du milieu. Et je crois qu'il faut voir au-delà des agriculteurs, puisque c'est-à-dire toutes les personnes, les conseillers techniques, les conseillers agricoles, les vétérinaires, tout ce qu'on appelle le para-agricole, et qui est bien résumé dans une bande dessinée qui est sortie il y a 2-3 ans qui s'appelle « Il est où le patron? ». Et dans le cas d'un couple, eh bien, quand le conseiller agricole arrive, voit la femme, et ça on me l'a rapporté encore en 2025, voit la femme et demande mais il est où le patron? Et la femme lui dit mais
Jean-Philippe Martin
non non! Bon alors parfois ils comprennent, mais parfois non. Il est où le patron? Ce sont des chroniques paysannes de mode bénésite avec cette question des représentations qui est terrible. Vous savez, tout à l'heure on parlait de Méni Grégoire, j'ai dit une grande voix de la radio qui a marqué plusieurs générations et on m'explique que ça nous démontre une ignorance totale d'un télo un poil méprisant. Parce que Méni Grégoire ne serait pas né dans un monde paysan. Mais qu'elle connaît bien. Et c'est intéressant de voir ces questions de représentation. C'est-à-dire que, comme vous nous l'avez dit avec énormément de clarté, il y a de la porosité entre tous les combats qui ont lieu au même moment. Mais malgré tout, l'identification demeure très forte. Et c'est cela aussi qu'il faut mettre en avant. La fierté d'être paysanne, fermière ou agricultrice. ça entre dans ce mouvement-là, c'est-à-dire s'inscrire dans des combats qui sont beaucoup plus larges, mais tout en gardant son identité de paysanne. Et je reprends le titre
Xavier Mauduit
de votre ouvrage, Jean-Philippe Martin. C'est ça, fierté d'être paysage. Oui, fierté, tout à fait. C'était d'ailleurs un slogan de la jeunesse, on retombe un peu sur nos pattes au début de la discussion, de la jeunesse agricole catholique, et de la jeunesse agricole catholique féminine. Nous sommes fiers d'être paysans, nous faisons un métier utile, c'est plus qu'utile, nécessaire, indispensable, et je cherche mes mots,
Jean-Philippe Martin
excusez-moi, mais bon, voilà, qui est indispensable à la société. Et je reprends le titre de votre thèse, Ève Recotillet-Valenti, de la paysanne à l'agricultrice. Mais l'un n'efface pas l'autre, c'est-à-dire qu'on a une évolution sémantique, mais les identités, encore aujourd'hui, nous le voyons bien, font que le mot paysanne est revendiqué aussi, parce que c'est s'inscrire dans une longue histoire,
Ève Recotillet-Valenti
et dans cette histoire-là, il y a tous ces combats. Tout à fait. En fait, je devrais plutôt mettre un point d'interrogation au lieu des deux points après de la paysanale agricultrice. Parce qu'effectivement, en fait, je reviens à nouveau à mon corpus de lettres de Ménie Grégoire. On a une... En fait, c'est très impressionnant, à partir de 1971, une remobilisation du terme de paysanne dans les lettres qui devient quasi majoritaire par rapport à agricultrice. Et effectivement, cette fierté, et notamment, il faut le rappeler, de ce monde qui disparaît sous leurs yeux et dont, effectivement, elles se voient et
Jean-Philippe Martin
se perçoivent et veulent être les défenseuses de ce monde. Merci vivement à tous les deux d'être venus dans le cours de l'histoire avec cette série qu'on va pouvoir écouter sur franceculture.fr et l'appli Radio France, tous ces épisodes. Donc je renvoie à Paysanne, Jean-Philippe Martin, ça c'est votre ouvrage et bon courage à vous! Petit et Valentin, pour terminer votre thèse, la série Monde ruraux, histoire de femmes, les oubliés de l'histoire avec les nourrices, les travailleurs immigrés et bien sûr les paysannes
Valérie Hanin
engagées est à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France. Les témoignages directs sont rares. Ces femmes, nos aïeuls, qui il y a trois ou quatre générations vivaient au village, ont disparu. Tout juste dispose-t-on de vieilles photos où elles posent en dimanché avec leur époux ou dans des photos de groupe lors d'un mariage. On
Jean-Philippe Martin
les a laissées partir, ces femmes, sans recueillir leur mémoire. L'historienne Michel Perrault, la voix des
Valérie Hanin
femmes paysannes
Jean-Philippe Martin
sur France Culture en 2005. Bonjour Valérie Hanin. Bonjour Xavier.
Valérie Hanin
Il faudrait écouter Michel Perrault un peu
Jean-Philippe Martin
tous les jours. Tous les jours, c'est un médicament merveilleux. Valérie, vous êtes rédactrice en chef de magazine L'Histoire qui titre
Valérie Hanin
sur la Méditerranée du 16ème siècle à 1830, l'esclavage oublié. Et oui, aujourd'hui, Xavier, on parle des invisibilisés. Et parmi ceux-là, il y a des quantités d'esclaves. Il faut dire qu'aujourd'hui, quand on pense esclavage, surgit évidemment l'image des 12 millions d'Africains arrachés à leurs terres, transbordés aux Amériques et qui ont façonné pour longtemps notre imaginaire de l'esclavage. Évidemment, c'est un fait massif. Mais ça ne doit pas, évidemment, faire oublier qu'il y a, dans l'Histoire, depuis 5000 ans, multiples formes d'esclavage, des millions de gens qui ont été réduits à un travail contraint, soumis, et de différentes manières. Parmi ceux-là, on a choisi de consacrer notre dossier de Mars de l'Histoire, avec l'aide de Mamed Waldi, Gillian Weiss et Meredith Martin, qui ont organisé aussi une exposition importante qui va ouvrir à la fin de ce mois à l'Institut du Monde Arabe sur un esclavage, à vrai dire, un peu oublié qui est celui de l'histoire des captifs de la guerre de course qui a opposé pendant plus de 300 ans en Méditerranée les puissances riveraines, les ducs de Toscane, les Espagnols, les Français Mais aussi, évidemment, de l'autre côté, une puissance montante qui est la puissance maritime de l'Empire Ottoman. Alors, ça dure longtemps et ça occasionne une traite qui a des caractéristiques originales. Bien sûr, c'est de l'esclavage, mais c'est très différent de ce qu'on connaît, de la traite atlantique par exemple. D'abord, tout le monde peut être asservi. Là, on n'est pas assigné à sa couleur de peau. Les chrétiens, les juifs, les musulmans, des Africains, quels que soient eux. En effet, on les appelle morts, on les appelle turcs, mais enfin, ils viennent de partout et ils sont de toutes couleurs. Il y a des soldats, des marins, des diplomates, des pèlerins, énormément de pèlerins, des femmes, des enfants. Tout ce beau monde devient esclave. Mais deuxième caractéristique, un esclavage qui n'est pas forcément éternel. Enfin, disons qu'il n'est pas à vie. C'est-à-dire qu'on peut t'en sortir. On peut t'en sortir par la libération, par la conversion, ça ne suffit pas toujours, mais il y a beaucoup de renégats, par des carrières fulgurantes. Il y a des gens qui ont fait des carrières magnifiques jusqu'à la tête de la flotte d'otomanes, par exemple. Et puis il y a le rachat, c'est-à-dire que pendant 300 ans s'organise en Méditerranée ce qu'on peut appeler une économie de la rançon. Des missionnaires, des ordres missionnaires entiers sont créés, les mercédaires notamment, mais pas seulement, qui vont, qui partent d'Espagne, qui passent Gibraltar, qui vont racheter par dizaines des captifs. Du coup, ça a donné à cette histoire un parfum
Jean-Philippe Martin
un peu d'aventure. Dans la culture populaire, on a
Valérie Hanin
par exemple Angélique, Marquise des Anges, Angélique et le Sultan. Et puis il y a la figure de Cervantes par exemple. Mais ça ne doit pas faire oublier qu'il y a derrière 3 millions de gens, 2 millions du côté européen sans doute, qui s'entassent dans les churmes de Gênes, de Livourne, etc. Et de l'autre côté, près d'un million de chrétiens. Mais en histoire, tout laisse des traces. Donc on les retrouve, nos auteurs les ont retrouvées, dans les tableaux de Versailles, de Marseille, les Turcs en caraco rouge avec leur toupée sur la tête, dans les archives, dans les fouilles archéologiques, et c'est là qu'on
Jean-Philippe Martin
va les traquer et qu'on les fait sortir de l'oubli. Merci vivement Valérie Hanin, le magazine de l'histoire méditerranée, l'esclavage oublié. Il était important de souligner ce qui fait partie de notre mémoire, de notre imaginaire et d'une réalité avec de la souffrance.
Valérie Hanin
Et cette
Jean-Philippe Martin
souffrance-là, il faut la rappeler. Merci beaucoup Valérie. Merci Xavier. Le cours de l'histoire, une émission réalisée par Thomas Beau à la technique d'Alia. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Laloum, Jeanne Copé, Sidonie Lebeau et Maïwenn Guizhou, ainsi que Luce Mouran.
France Culture · 26 février 2026
Avec : Xavier Mauduit (animateur), Jean-Philippe Martin (historien), Ève Recotillet-Valenti (doctorante), Marie-Anne Chéreau, Marie-Josèphe Godet
Cet épisode explore la longue histoire de l’invisibilisation des femmes dans les mondes ruraux français, en s’intéressant à la manière dont leur travail, leurs statuts et leurs combats ont été marginalisés ou niés, tant dans la langue que dans le droit et l’espace public. Au travers d’archives, de témoignages et des analyses des invité.e.s, le podcast retrace les évolutions sémantiques autour des mots (paysanne, fermière, agricultrice), les réalités de la vie à la ferme, l’engagement collectif (notamment syndical et associatif) et la lente conquête d’un statut professionnel reconnu.
Citation marquante :
« Notre métier n’est pas reconnu de la société, ni même de nos familles, et même pas par la plupart d’entre nous. »
– Marie-Josèphe Godet, archive des années 1960 (01:20)
Citation marquante :
« Cinq minutes par jour, ça suffit largement »
– Sur la portion de temps personnel laissée aux femmes (05:01)
Citation marquante :
« Trop souvent, on a cantonné la jeune fille comme femme pote au feu. »
– Marie-Anne Chéreau (12:53)
Citation marquante :
« Parmi les paysannes, j’ai senti le sentiment de révolte le plus fort. Tout en les admirant, elles ne veulent pas faire pareil. »
– Ménie Grégoire (15:30)
Citation marquante :
« Ce n’est qu’en 1977 que les paysannes obtiennent un congé maternité de deux semaines »
– Xavier Mauduit (32:15)
Citation marquante :
« Dans la Creuse, on ne voit pas de femmes dans les organes de décision, mais elles sont très actives dans le CDGIA. »
– Ève Recotillet-Valenti (29:00)
Citation marquante :
« Le travail de l’homme est reconnu productif, vital… La femme, elle, assure un travail d’exécution, non payé ni reconnu. »
– Archive, Marie-Josèphe Godet (35:46)
Citation marquante :
« Le privé, comme à Paris, est politique… Ce slogan repris par les féministes urbaines est vécu par ces femmes du courant paysan-travailleur. »
– Xavier Mauduit (38:00)
Citation marquante :
« Il y a aussi la question des représentations du milieu… ‘Il est où le patron ?’ »
– Xavier Mauduit (49:55)
« Depuis 9 jours, je m'occupe des oignons... Notre métier n'est pas reconnu de la société, ni même de nos familles, et même pas par la plupart d'entre nous. »
— Archive, Marie-Josèphe Godet (01:00–01:23)
« Trop souvent, on a cantonné la jeune fille comme femme pote au feu. »
— Marie-Anne Chéreau (12:53)
« Cinq minutes par jour, ça suffit largement »
— Sur la part de temps libre laissée aux femmes dans les enquêtes de syndicats agricoles (05:01)
« Nous voulons un véritable métier, nous voulons des responsabilités dans notre travail. »
— Marie-Josèphe Godet, vice-présidente CNJA, 1967 (25:10)
« Ce n’est qu’en 1977 que les paysannes obtiennent un congé maternité de deux semaines. »
— Xavier Mauduit (32:15)
« Le privé, comme à Paris, est politique... Ce slogan repris par les féministes urbaines est vécu par ces femmes du courant paysan-travailleur. »
— Xavier Mauduit (38:00)
« Il y a aussi la question des représentations du milieu… ‘Il est où le patron ?’ »
— Xavier Mauduit (49:55)
L’épisode met en lumière la trajectoire complexe des femmes dans le monde rural français – invisibilisées, marginalisées, puis progressivement engagées et reconnues. Des luttes langagières à la conquête difficile des droits sociaux, il s’agit d’un parcours semé d’embûches, mais porté par une fierté profonde et une volonté constante de peser collectivement sur leur destinée et leur reconnaissance. La transformation du mot « paysanne » en drapeau identitaire, l’imbrication du combat féminin dans l’histoire sociale et syndicale paysanne, et la transmission fragile de cette mémoire rendent ce récit essentiel pour comprendre l’histoire contemporaine du rural en France.