
Quand commence Caen ? Histoire d’une ville comme un very goût de tripes
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Xavier Mauduit
France Culture.
Narrator/Actor (Arlette)
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Quand commence quand? 1025, la plus ancienne mention conservée dans les actes ducaux de la ville de Caen, alors qu'Adomus en Normandie. Les guides touristiques d'avant-guerre, avant la seconde guerre mondiale, avant les bombardements de la ville de Caen, présentent Caen comme une ville chargée des traces du passé, sans doute plus que sa rivale Rouen. De l'abbaye aux hommes, à l'abbaye aux dames, du château à l'église, Saint-Etienne-le-Vieux, c'est une balade dans une ville chargée d'histoire, comme un vérigou de tripes.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Guillaume le Conquérant nous a accueillis au milieu de sa ville, à cheval, sur son piédestal, entouré de la garde immobile des six ducs de Normandie. Nous avons pris un petit chemin qui nous a menés à travers les remparts. Nous avons maintenant le décor de la ville sous les yeux, là-bas, sous le ciel, c'est la pointe de Notre-Dame du Guibret, au milieu de son quartier où jadis se tenait une foire créée, fondée par Guillaume le Conquérant. Là-bas encore, c'est Saint-Gervais, c'est l'église de la Trinité, À nos pieds, c'est le bouleversement des jardins, des rocs, des rochers sur lesquels se dresse cette citadelle immense. Nous n'avons que quelques mètres à faire pour que, brusquement derrière cette poterne que nous allons franchir, dix siècles d'histoire nous accueillent, pénètrent en nous peu à peu, éclatent et brusquement nous bouleversent.
Xavier Mauduit
Nous sommes bouleversés en 1957 dans cet archive. Bonjour, Laurence Jean-Marie.
Bénédicte Guillot
Bonjour.
Xavier Mauduit
Laurence Jean-Marie, vous êtes maîtresse de conférence en histoire médiévale à l'université de Caen-Normandie et avec vous aujourd'hui pour parler de l'histoire de cette ville de Caen, Bénédicte Guillot, bonjour.
Bénédicte Guillot
Bonjour.
Xavier Mauduit
Archéologue responsable de recherche archéologique à l'INRA, l'Institut National de Recherche Archéologique Préventive. Quand commence-t-on? Je vous pose la question à toutes les deux, Laurence Jean-Marie.
Laurence Jean-Marie
Quand commence quand? Avant le millénaire que l'on célèbre cette année, puisque vous l'avez tout à fait justement dit, c'est le millénaire de la première mention conservée, mais clairement pas d'une fondation, et d'ailleurs il n'y a sans doute jamais eu de fondation, disons que c'est à peu près le point de départ, et ça se situe sur des décennies, du développement d'une agglomération véritablement urbaine, qui trouve ses racines dans les siècles précédents, mais qui connaît un développement urbain à peu près à cette époque-là.
Xavier Mauduit
Voilà, onzième siècle, il se passe quelque chose, mais bien sûr il y avait une occupation auparavant. Il y a de nombreuses villes romaines, pour le dire simplement. En Normandie, on pense à Vieux, on pense à Coutence, on pense à Avranches, on pourrait en citer plein. Quand est-elle une ville romaine? Est-elle une ville marquée par la présence romaine ou une ville galeromaine?
Bénédicte Guillot
Alors, il y a une occupation romaine à Caen, mais il ne s'agit pas d'une cité, ce n'est pas une ville. Donc, on a des vestiges antiques. Donc, du point de vue géographique, la localisation sur le territoire, Caen est déjà occupé à l'époque romaine, mais ce n'est absolument pas une grande ville ni une cité. À côté, on a Bayeux. C'est Bayeux et Caen situé entre Bayeux et Lisieux. Donc, on est vraiment plutôt sur un territoire qui est parcouru plutôt qu'une grande cité.
Xavier Mauduit
Oui, voilà, c'est un endroit où l'on passe, c'est-à-dire qu'il y a ces voies romaines qui sillonnent toute la Normandie. On y passe, il y a une occupation, mais ce n'est pas encore la grande ville. À partir du moment où les Normands s'installent en Normandie, le traité de Saint-Clair-sur-Hepte, c'est 911, avec Rollon, le chef viking, ça y est, nous avons un duché en Normandie, très bien. Mais quelle est la ville principale? Quelle est la capitale de ces Normands?
Laurence Jean-Marie
À cette époque-là, c'est sans conteste Rouen. D'ailleurs, le centre du pouvoir des premiers ducs de Normandie est surtout implanté dans la partie orientale du duché, alors que l'Ouest est moins contrôlé, n'est que progressivement intégré. Donc c'est véritablement Rouen.
Xavier Mauduit
Oui, avec la vallée de la Seine qui est vraiment le cœur de ce duché, j'utilise ces mots-là pour être plus simple. Et puis après, ça s'étend de plus en plus vers l'ouest jusqu'à rencontrer la Bretagne. Bonjour, le Mont-Saint-Michel qui va apparaître ici. Dans cette histoire-là, Bénédicte Guillot. On peut dire que nous avons une période, celle qui nous intéresse, ce XIe siècle, qui est une période où l'archéologie peut nous apprendre beaucoup. Il y a comme un déficit de sources sur ces périodes, Xe, XIe siècle, et là l'archéologie vient compléter, aider pour essayer de saisir ce qui s'est passé.
Bénédicte Guillot
On essaye de travailler avec les historiens. Pour la ville de Caen, c'est un petit peu plus compliqué puisque la ville a malheureusement été fortement détruite après la Seconde Guerre mondiale en 1944. Ce qui veut dire que la majorité de la ville, c'est des bâtiments qui sont de la reconstruction. Moi j'interviens en archéologie préventive lors des travaux, donc il y a très peu d'opérations archéologiques dans le cœur même de la ville de Caen. Donc on peut donner un petit peu des indications sur le château, c'est un petit peu différent, mais autrement c'est vrai que c'est un petit peu le déficit et donc on s'appuie également sur les textes pour essayer de comprendre un petit peu comment pouvait être gérée cette ville avant la grande figure de Guillaume.
Xavier Mauduit
D'ailleurs, on l'a évoqué en 2025, c'est la première mention conservée, retrouvée de cette ville, ce qui signifie qu'elle existe déjà. S'il y a une mention de la ville, la logique veut qu'on mentionne quelque chose qui existe. Laurent Jean-Marie, à quel moment, quand devient une ville particulière, peut-être une rivale de la ville d'Urban?
Laurence Jean-Marie
Au début du XIe siècle, ce n'est pas encore une rivale. En revanche, comme vous le dites, les premières mentions de Caen attestent que l'agglomération a déjà acquis une certaine importance. Ces premières mentions figurent dans des chartes ducales, Richard II, Richard III. Et puis Robert le Magnifique. Et ce sont des donations à des établissements religieux. Et les diverses donations de morceaux de leur pouvoir évoquent plusieurs églises, un port, un ton-lieu, c'est-à-dire une taxe sur la circulation des marchandises. Tous ces éléments, foire et marché également, qui montrent un certain développement urbain, déjà important, mais on n'en sait pas beaucoup plus, en tout cas pour le début du XIe siècle. On peut considérer que l'essor plus manifeste commence avec Guillaume.
Xavier Mauduit
Guillaume le Conquérant? Voilà. Cette histoire de Guillaume le Conquérant est une histoire qui débute non pas à Caen, mais à Falaise.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Il était une fois un roi qui chassait.
Michel Deboire
Place aux meutes! Place aux meutes, vilains! Laissez passer la chasse du contrebais! Place aux meutes! Gardez-vous de la chevauchée! Férez vos coursiers au bord du ruisseau, messieurs! Il me semble par Dieu que je
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
vois comme une étoile à la mi-temps de ce ruisseau. Comment te nommes-tu la vendière?
Narrator/Actor (Arlette)
On m'appelle Arlette, Monseigneur.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Qui t'a donné ce nom?
Narrator/Actor (Arlette)
Je le tiens de mon père, qui est peltier au Val d'Ante.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Arlette, te plairait-il de te présenter au château ce soir?
Narrator/Actor (Arlette)
Si Monseigneur me désire et requiert mon corps, qu'il me traite non comme ribaude
Bénédicte Guillot
ou chambrière, mais comme fille de prud'homme,
Narrator/Actor (Arlette)
en tel cas, que Monseigneur me fasse
Bénédicte Guillot
envoyer ses pâles froids.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Ne serait-en vérité dommage qu'en telle fierté tu fisses souche de vilain?
Michel Deboire
Messire, vous irez l'acquérir demain, ainsi qu'elle le désire en plein jour, et vous l'amènerez au château sur la plus belle de mes acnées. Que la chasse reprenne! Relâchez les murs!
Xavier Mauduit
Robert le Magnifique, Duc de Normandie et Arlette de Falaise, quelle belle histoire d'amour! Laurent Jean-Marie, ça fait partie de la légende aussi et c'est la naissance de Guillaume le Conquérant. On peut le présenter Guillaume le Conquérant parce que cette origine même nous permet de saisir le surnom qui lui est donné, Guillaume le Bâtard.
Laurence Jean-Marie
Oui, tout à fait. Donc, Guillaume, quand il devient duc à la mort de son père, Robert le Magnifique, ça n'est qu'un enfant. Et il est aussi marqué par cette bâtardise, mais qui ne pose pas véritablement de problème à cette époque-là. Ce qui pose surtout problème, c'est qu'il est enfant et qu'une période de minorité est une période favorable aux contestations du pouvoir. Et donc, il doit faire face en Normandie occidentale, médiane, à des révoltes aristocratiques. Et ceci a sans doute un lien avec l'histoire de la ville de Caen. puisque sa volonté d'y construire un château, il y réunit, lorsque les révoltes sont terminées, à la périphérie de Caen, un concile de paix pour rétablir la Concorde. Tout cela entre sans doute en résonance donc avec le développement de Caen, sur lequel il cherche à s'appuyer mais qu'il cherche aussi à contrôler. Et par là, toute cette partie de la Normandie médiane et au-delà occidentale.
Xavier Mauduit
Avec un personnage qui devient Duc de Normandie en 1035, il a seulement 7 ans, c'est un gamin quoi! 1035 c'est intéressant parce que c'est cette date que nous évoquons sans cesse, 1025, pour la première mention de Caen. Donc on est dans cette période-là. Le château de Caen, parce qu'il va falloir visiter cette ville avec ses grands monuments. Le château de Caen, est-il possible de le dater?
Bénédicte Guillot
Alors ça dépend ce qu'on entend, c'est l'occupation sur le promontoire, puisque Caen a la chance, ça a dû aussi favoriser le choix de Caen, ou de sa position géographique, le port, etc. Il y a un promontoire naturel, donc c'était plus simple, sauf qu'il est très grand le promontoire, puisqu'il fait plus de 5 hectares, donc il faut enserrer tout cela. Donc le château même, c'est vraiment, ça date de la période de Guillaume. On a un texte assez fameux qui parle justement de Caen, et qui dit qu'il n'y a pas de créneau, en tout cas il n'y a pas de fortification. Et ensuite des donations, là je m'appuie plutôt là-dessus parce que l'archéologie on n'arrive pas à dater aussi précisément, qui dit qu'il y a un château. Donc c'est vraiment Guillaume qui qui fait le château, même s'il y a certainement déjà une occupation à l'intérieur. Le château fait cinq hectares, donc on a une partie qui est civile, on va dire, autour d'une paroisse avec une église. Et puis toute une partie, là, qui fait vraiment partie du domaine royal, enfin du domaine ducal d'abord, avec le palais.
Xavier Mauduit
Voilà, parce qu'ici nous avons, je ne sais pas utiliser le mot cité, mais enfin, un espace, allez on va dire un gros village, un gros bourg qui prend de l'ampleur, qui prend sans cesse de l'ampleur, et c'est ce lieu-là que Guillaume choisit pour y bâtir, sur ce promontoire, ce château, par rapport au choix du lieu. Le promontoire c'est une chose, mais la localisation de Caen dans l'ensemble Normand, c'est intéressant parce que ça nous décale quand même, un Rouen c'est beaucoup plus à l'est.
Laurence Jean-Marie
Oui tout à fait, donc on est en Normandie centraux occidentale. Il faut noter que c'est un domaine du cal, la willa qu'on peut traduire non pas par ville ou onzième siècle mais plutôt par domaine, appartient au duc, donc le pouvoir du cal y est implanté. Et puis on est sur le cours de l'Orne, à proximité de la mer, avec circulation des navires jusqu'à Caen, depuis le port de Ouistreham, donc un intérêt pour les communications. cet éperon qui est un site naturel défensif, et puis une riche région, la plaine de Caen, favorable au développement économique, agricole, etc. Donc il y a à Caen un certain nombre de conditions réunies pour en faire un point d'appui fortifié, mais aussi le développement d'une agglomération, sachant que le terme bourg qui apparaît dès les premières mentions et encore plus Guillaume, ne désigne pas à cette époque-là une petite ville, désigne en fait un espace sous l'autorité d'un seigneur dont les populations bénéficient de droits mais aussi de devoirs. Donc avec la fondation d'un bourg, on n'en connaît pas la date, il y a aussi la volonté de développer l'agglomération.
Xavier Mauduit
Vraiment, Bénédicte Guillot.
Bénédicte Guillot
Oui, il y a aussi une chose que Camp A n'a pas. Justement, il n'a pas d'évêque. Ce n'est pas un évêché et donc ça veut dire qu'il n'y a pas un pouvoir déjà bien appuyé comme Abayeux avec les évêques qui ont un pouvoir temporel énorme. En plus, ça situe quand on regarde la Normandie, vraiment en plein cœur la Normandie. entre Bayeux et Lisieux. Donc ça aussi qui a dû jouer, c'est que c'était déjà en effet des possessions du cal. Et en plus, il n'y a aucun grand personnage qui peut un peu le concurrencer sur son territoire.
Xavier Mauduit
Et oui, c'est vraiment intéressant ce que vous dites là, parce que les évêques sont installés dans ces villes issues de la Romanité, là où il y avait des diocèses et quand ça n'existait pas. Donc il n'y a pas d'évêque pour l'enquiquiner dans sa propre ville. Mais c'est intéressant, dans ces rivalités de pouvoir, pas d'évêque et pas de grand juste à côté qui pourrait l'embêter. On peut dire que On la rappelle, Guillaume a 7 ans quand il devient Duc de Normandie et ce choix-là, c'est aussi la volonté d'avoir un peu les mains libres, qu'on le laisse tranquille. Les rivalités sont nombreuses. Laurence, j'en marrais d'ailleurs, une question se pose, quand on a 7 ans et qu'on est Duc de Normandie, on ne décide pas tout seul. Il a un entourage solide autour de lui?
Laurence Jean-Marie
Oui, bien sûr, il est entouré d'aristocrates fidèles, même si certains se révoltent. Pour préciser en rapport avec Caen, les actions de Guillaume à Caen datent sans doute de la décennie peut-être 1050, surtout 1060. Donc une fois qu'il est adulte, qu'il a pris les rênes du duché et que son pouvoir est bien assis. Et c'est à ce moment-là qu'apparaissent dans les chartes du Cal, donc il les met, les mentions de Bourg et aussi, et c'est concomitant, la fondation des deux abbayes.
Xavier Mauduit
L'abbaye aux hommes, l'abbaye aux dames. On a ici une série de monuments et j'ai l'impression de regarder le plan touristique de la ville de Caen avec les différents... Mais non, c'est tellement magnifique à voir et toujours très très impressionnant. C'est-à-dire que dans la construction de la cité qu'imagine Guillaume, il faut cela. Il faut un château, ses abbayes, une église. On va très vite trouver tous les éléments constitutifs de ce qu'est une ville telle qu'elle est. désirer, imaginer au XIe siècle. Parce que ça va loin quand même, l'abbaye aux hommes, l'abbaye aux dames, l'idée d'avoir deux abbayes, d'avoir le château, c'est très rapide cette construction-là.
Laurence Jean-Marie
Oui, et puis deux abbayes dans la même ville, qui n'est pas une cité? C'est quand même quelque chose de remarquable, même si pour un duc, fonder une abbaye, c'est tout à fait normal. C'est un moyen de montrer son pouvoir, c'est aussi une affaire de dévotion. et de faveurs accordées aux ecclésiastiques dans une période où se termine la reconstitution du réseau monastique qui avait été bien endommagé avant le Xe siècle et au Xe siècle, au début encore. Et puis deux abbayes, c'est lié aussi à la volonté de contenter la papauté qui reproche à Guillaume d'avoir épousé Mathilde, fille du comte de Flandre et avec laquelle il a une consanguinité au septième degré. Et donc c'est un moyen de faire pénitence. Mais sans doute tout autant, c'est un moyen d'asseoir son pouvoir en fondant de part et d'autre du château, ça aussi c'est important de le montrer, et de le dire, pour structurer l'agglomération, ces deux abbayes.
Bénédicte Guillot
En complément, c'est aussi l'importance de Mathilde qui est montrée là. Parce qu'on parle souvent, enfin, c'est Guillaume bien sûr, mais Mathilde a une importance vraiment très importante aussi dans le couple. Et il y a les deux habits qui sont créés en même temps.
Xavier Mauduit
Oui, merci vivement de mettre en avant cette figure de Mathilde parce que Mathilde est souvent connue puisque son nom est associé à la tapisserie de Bayeux qu'elle n'a pas réalisé, qui n'est pas une tapisserie. Donc ça fait quand même beaucoup d'éléments de précaution. Ce personnage de Mathilde nous est présenté par Michel Deboire de La Forêt. Michel Deboire, historien archéologue, membre de l'Institut et doyen de la faculté des lettres de Caen.
Michel Deboire
Elle a été certainement volontairement assez effacée. Quant à cette histoire de Mathilde martyrisée par son mari, il y a la version traînée par les cheveux à la rue froide jusqu'à la croix pleureuse, mais il y a d'autres versions. On sait qu'elle a été l'épouse de Guillaume, on sait qu'elle l'a assistée, qu'elle l'a suppléée. Lorsqu'il a séjourné en Angleterre, depuis septembre 1966 jusqu'à la fin de 1967, et probablement aussi a-t-elle exercé un certain pouvoir d'urgence lors d'autres absences de Guillaume. Mais les textes n'en parlent pas tellement, mais ça paraît aller de soi.
Xavier Mauduit
Nous étions en 1983 avec cet archive. La figure de Mathilde ici est à prendre en compte, mais même pour comprendre le fonctionnement de ce duché de Normandie où nous avons Guillaume, le duc, nous avons Mathilde, son épouse. Comment ça se construit en Normandie? C'est un pouvoir qui est extrêmement concentré autour du duc ou alors il s'appuie sur tous ses barons?
Laurence Jean-Marie
Il est nécessaire qu'il ait des relais de pouvoir, il s'appuie effectivement sur ses vassaux, ses barons, et puis il circule dans le duché. Donc il réside par moments à Caen, d'ailleurs le palais qui se trouve à l'intérieur du château qu'il a sans doute fait construire le montre. Mais il se déplace et encore plus après 1066 lorsque l'Angleterre est conquise. Il devient roi d'Angleterre et aussi en Angleterre. Donc la méthode de gouvernement c'est d'avoir, de se déplacer mais aussi d'avoir des représentants sur place. Par exemple à Caen existe sans doute sous Guillaume un châtelain Les choses sont mal connues, mais qui est là pour être le représentant du duc et pas seulement le gardien du château. Et il est possible aussi que Mathilde ait résidé à Caen sans que Guillaume soit présent, mais elle aussi se déplace.
Xavier Mauduit
Oui, parce que nous avons un pouvoir itinérant. Ces cours itinérants, c'est vraiment le phénomène qui marque à peu près l'intégralité de cette histoire des monarchies. Les cours sédentaires, c'est rien du tout. Avec Bénédicte Guillot ici, la possibilité de la comparaison parce que se déplacer signifie disposer d'autres résidences, d'autres châteaux. Le château de Caen, on l'entend bien, c'est un château complexe au sens où il y a le palais à l'intérieur du château, c'est quelque chose d'exceptionnel ou alors c'est la reproduction de ce que l'on connaît déjà?
Bénédicte Guillot
Pour le château de Caen, c'est Guillaume qui a vraiment créé le château. Donc là, il a aménagé son palais, qui a surtout été fouillé d'ailleurs par Michel Deboire, dans lesquels on a une grande salle, peut-être pas celle qu'on présente aujourd'hui, mais une grande salle, toutes les salles à côté, les entrepôts, on doit avoir tout ce qui fait partie du domaine royal et du palais. Mais là, il l'a créé lui-même alors que Rouen, qui est la grosse capitale, je ne parle même pas de Londres, dans laquelle là, il fait carrément construire la tour de Londres pour montrer vraiment son pouvoir. Rouen, il y a déjà le château des ducs de Normandie qui existe déjà. Malheureusement, il n'en reste plus rien du tout. Donc, je ne pourrais pas comparer avec Rouen. parce qu'on n'a jamais pu détruire la Halle-aux-Toits, la Rouen pour pouvoir fouiller. Mais Caen est vraiment particulier parce que là il crée Ex Nihilo. Donc il aménage son palais lui-même avec exactement tout ce qu'on retrouve dans toutes les grandes salles d'Europe et aussi dans les palais des abbés, dans tous les grands de de cette période-là, on a la grande salle, on a les établissements plutôt publics et on a tout ce qui est autour. Donc il n'y a pas de changement à part que c'est lui vraiment qui crée quand.
Xavier Mauduit
Avec un donjon?
Bénédicte Guillot
Non, justement, c'est très intéressant parce qu'il ne crée pas de donjon. Il n'a pas besoin. Il a un palais. Donc là, c'est vraiment intéressant. C'est à peu près l'endroit où là, il ne crée pas de donjon. Il n'a pas besoin de donjon pour montrer son pouvoir. Il est déjà chez lui, on va dire. Donc, il aménage son palais contrairement aux autres endroits et surtout en Angleterre, où là, il y a sa fleurie de donjon qui utilise d'ailleurs la pierre de Caen pour construire, ce qui est très important aussi. Et là, en Angleterre, les donjons fleurissent partout, mais pas au château de Caen.
Xavier Mauduit
La pierre de Caen, vous venez de l'évoquer, elle est importante cette pierre de Caen. C'est quoi comme type de pierre? C'est pas ce qu'il y a de plus dur à tailler ou à couper.
Laurence Jean-Marie
Effectivement, et donc c'est pour ça qu'elle est intéressante. C'est une pierre calcaire, puisqu'on est dans une région sédimentaire. C'est une jolie pierre. pierres claires avec des reflets un peu jaunes. Elle est facile à extraire. Il y a des carrières un peu partout dans le camp et dans les environs, y compris dans le château. Elle est extraite pour construire les bâtiments du château, mais aussi envoyée outre Manche. Il y a On ne va pas dire que la tour de Londres est construite en pierre de Caen, c'est uniquement quelques parements justement par sa qualité, mais il y a aussi de la pierre de Caen à la cathédrale de Canterbury, etc. Pour revenir sur le château, Un donjon est toutefois construit, mais postérieurement à Guillaume, il est attribué à Henri Ier, l'un de ses fils, qui devient, pas immédiatement après le décès de Guillaume, mais un peu plus tard, duc de Normandie. Et du point de vue de l'assise du pouvoir, le palais de Guillaume ne correspondait qu'à une infime partie du château de Caen. Et son aôla, si c'est bien cela, qui a été fouillé par Michel Deboire et Bénédicte et réintervenu sur ce chantier, était quand même de taille modeste. Et une deuxième, celle qui sera appelée plus tard la salle de l'échiquier, apparaît au début du XIIe siècle, celle qui est encore debout, très fortement restaurée compte tenu des destructions de la Seconde Guerre mondiale, qui est cette fois-ci une aôla de très grande taille. Une grande salle d'apparat, de gouvernement, de réception.
Bénédicte Guillot
C'est intéressant que ce soit Henri Ier qui construise, là cette fois-ci une tourmaîtresse qui ressemble à toutes les autres tourmaîtresses. Il construit aussi Falaise, le même à Falaise. C'est parce qu'il n'était pas destiné à être duc de Normandie ni roi d'Angleterre. Il devient roi d'Angleterre grâce à la mort d'un de ses frères. Et il devient duc de Normandie en battant son autre frère, le frère aîné, qu'il emprisonne à Rouen. Donc là, c'est important pour lui de remontrer son pouvoir au château de Caen. Après, tous les grands ducs ont fait quelque chose au château de Caen, ont continué à construire. Et là, c'était important à ce moment-là de faire une grande tour maîtresse.
Xavier Mauduit
Avec Henri Ier Bocler, nous sommes dans les années 1120. Donc nous sommes un peu plus tard, Henri Ier Bocler, qui construit des donjons partout. Vous l'avez dit, à Caen, à Falaise, à Vire aussi. On peut les voir ces donjons, en tout cas ce qu'il en reste. Moi, je vous propose une visite du château de Caen. Vous allez nous l'éclairer un petit peu, cette visite-là de 1957. Laurent Jean-Marie, Bénédicte Guillot.
Michel Deboire
Dans cette pièce, qui fait la pièce principale du château, il y a des groupes de fenêtres. Ces fenêtres qui donnaient la clarté du jour et qui permettaient de surveiller la campagne environnante de presque tous les points. Il y a en face de moi une magnifique cheminée normande du plus pur style et tout à côté la porte de ce qui fut la chapelle. Mais je crois que pour nous l'intérêt principal serait de gagner le point dominant du château d'où les guetteurs observaient la campagne et donnaient l'alerte en cas de danger.
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
Danger, cri d'alarme, appel aux armes, il semble que ces termes jalonnent l'histoire de ce château depuis des siècles. Et en effet, il suffit de se tourner pour savoir que ce lieu a été choisi de façon à être le lieu le plus exact qui pouvait convenir à une maison de guerre, à une demeure seigneuriale.
Xavier Mauduit
Moi ce que j'entends surtout quand vous en parlez de ce château, Laurent Jean-Marie et Bénédicte Guillot, c'est que bien sûr il y a un aspect défensif pour le château, il n'y a pas de problème. Mais il n'y a pas que ça, l'aspect symbolique est très très important. C'est sans doute aussi important que d'avoir des murs épais pour éviter les attaques. Ces murs épais sont là aussi pour montrer qu'on est puissant. On peut le concevoir comme ça le château?
Bénédicte Guillot
Oui, tous les châteaux. De la petite tour, de la petite forteresse, d'un petit baron jusqu'au gros château, il y a toujours le côté pouvoir et montrer son pouvoir et aussi le fait qu'on rentre dans le château. C'est comme un peu quand on rentre dans la ville, on rentre dans un autre espace qui est totalement différent qu'en rentre dans une ville par une porte et qu'on rentre dans le château aussi. En plus, le château de Caen déjà est très grand, à la pierre de Caen sur place. Donc, tous les édifices sont en pierre de Caen. Et donc, ça devait vraiment être très, très important quand on rentrait dans le château, de voir tous ces immenses édifices qui montraient le pouvoir du Duc Roi.
Xavier Mauduit
Pour rentrer dans ce château, on doit passer... Écoutez, moi, je mobilise mes connaissances de château-fort avec des douves et un pont-levis. Est-ce que l'on a ça à Caen?
Bénédicte Guillot
Alors, peut-être pas des douves, parce que douves, souvent, on parle si c'est en eau. Là, c'est sec. Mais en effet, on doit franchir, au XIe siècle, il y a deux entrées, une côté ville et une autre côté champ, comme assez classiquement, où on passe par certainement une tour-porte pour fortifier au niveau du palais. Et là, en effet, on doit franchir les fossés.
Xavier Mauduit
Et une fois qu'on entre dans cet espace, le château c'est une chose, mais les habitations, les constructions, c'en est une autre. Il y a les cours aussi. Il y a de la place dans ce château de camp. Il y a une grande basse-cour, une grande haute-cour, Laurence Jean-Marie.
Laurence Jean-Marie
Oui, tout à fait. Il faut souligner qu'on connaît mal l'état de l'enceinte du château sous Guillaume. Mais a priori, c'était déjà le périmètre que l'on connaît aujourd'hui. Donc un très vaste espace enceinte. d'environ 5 hectares, qui en fait véritablement un des plus grands espaces enceintes d'Europe de cette époque-là. Et quand on regarde, même lorsqu'il y a la salle de l'échiquier et le donjon, ce n'est qu'une petite partie du château. Et donc, une bonne partie de l'espace est occupée sans doute par des habitations, Il y a l'église Saint-Georges qui dessert une paroisse interne au château, donc qui signifie qu'il y a des paroissiens. On connaît très peu de choses de ces habitations pour le XIe siècle. On les connaît un peu mieux pour les siècles suivants. Mais donc il y avait toute une vie dans le château et sans doute ceux qui résidaient là étaient des canets, mais membres des élites. N'importe qui ne pouvait pas prétendre résider dans le château. Mais donc c'est tout un écosystème à la fois lié à la ville mais clairement séparé d'elle aussi par le faible nombre de portes et le fait que, au moins au début, la porte principale ne donne pas vers la ville mais à l'extérieur de la ville. Et donc c'est un un ensemble, peut-on le dire, séparé de cette ville.
Xavier Mauduit
On parle beaucoup de cette salle de l'échiquier, enfin vous, vous en parlez. Vous pouvez nous expliquer ce que c'est, parce qu'on imagine en train de jouer, ici, certains chevaliers. Pas du tout, c'est pas ça, cet échiquier.
Bénédicte Guillot
Non, non, le terme échiquier, d'ailleurs, ne vient pas du... Enfin, c'est pas l'échiquier de jeu, c'est la table qui représente un échiquier pour les comptes. Et c'est un terme qui vient du 19e siècle, mais qui est assez pratique, parce qu'on a un peu de mal à traduire, justement, En anglais c'est Hall, c'est plus facile que nous où on parle de grande salle ou de haula. Donc c'est une des dernières encore debout, même si elle a été bien reconstruite en France. Donc c'est une très grande salle qui sert un petit peu à tout, à rendre la justice, à bien sûr récupérer les impôts, récupérer ce qu'on doit au duc, et puis aussi pour les grandes réceptions. Donc, on est vraiment sur les grandes salles qu'on trouve vraiment partout. C'était vraiment le lieu. Et c'est celui-là qui doit être décoré avec des grandes fenêtres dont parlait Michel Debois. Donc, c'est vraiment quelque chose d'assez impressionnant quand on rentre à l'intérieur. C'est plus de 100 mètres carrés. Donc, on est vraiment sur quelque chose d'assez imposant quand on rentre dans cette salle.
Xavier Mauduit
Ce château a été fouillé récemment, enfin ça fait longtemps qu'il est fouillé, il y a des fouilles récentes. Qu'est-ce qu'on connaît de lui qu'on ne connaissait pas avant? Qu'est-ce que nous ont appris ces fouilles?
Bénédicte Guillot
Alors là, la chance de la restructuration complète du château a permis un petit peu d'aller partout dans les cinq hectares. Et donc là, on renouvelle énormément. Les fouilles viennent de finir, se finissent là. Donc, comme vous savez, en archéologie, on a le travail qu'on appelle post-fouille, donc d'études. Donc pour l'instant, les datations ne sont pas encore très précises. Mais en tout cas, pour toute la partie nord du palais, Maintenant, on a l'impression que c'est un peu vide. Et il y avait des constructions partout, puisqu'on a pu mettre en évidence un immense entrepôt, la prison également, et une entrée fortifiée du palais qui n'était pas comprise, puisqu'une des grandes questions était qu'est-ce qui séparait le côté palais et le côté paroisse? Est-ce qu'il y avait certainement quelque chose matériellement marqué dans le sol? Je ne sais pas, je ne peux pas dire si ça date déjà de Guillaume ou plutôt d'Henri Ier ou de ses successeurs, mais en tout cas, on a un nouveau fossé qui était totalement inconnu et une entrée fortifiée. Donc, on ne pouvait pas entrer, voir la Tour Maîtresse et ressortir de la ville sans passer déjà par... Ce n'est pas un pont-levis, mais c'est quand même une entrée fortifiée, un fossé. Il n'y a qu'une vraie séparation entre le côté palais. Et devant, on a une immense cour, vraiment très bien faite. Donc ça veut dire que les gens qui rentraient et qui étaient par exemple au milieu du château côté église voyaient la tour maîtresse, on est bien au XIIe siècle, la grande salle de l'échiquier, tout le palais. Et les bâtiments sont tout autour de cette grande tour de distribution, un petit peu, pour là encore faire ressortir et puis facilement circuler pour aller à l'entrepôt chercher quelque chose ou de l'autre côté rentrer dans la salle de chiquier.
Xavier Mauduit
Laurent Jean-Marie, vous êtes l'autrice d'un ouvrage intitulé « Camps au XIe et XIIe siècle, espaces urbains, pouvoirs et sociétés ». En écho à ce que vient de nous dire Bénédicte Guillot, on voit bien qu'à l'intérieur de ce château, nous avons plusieurs espaces extrêmement délimités. On voit qu'on ne se balade pas comme on veut d'un espace à l'autre. Cela signifie que la ville de Camps est insérée dans le château ou alors autour du château se développent là aussi des activités et que c'est l'ensemble qui doit être considéré comme étant la ville
Laurence Jean-Marie
de Camps. Alors très rapidement, c'est l'ensemble, même si on peut se demander si au début du XIe siècle, le premier bourg, donc l'agglomération pourrait-on dire privilégiée, ne se situait pas à l'intérieur du château. Ceci dit, Très rapidement, on en est sûr, au moins sous Guillaume, le bourg s'étend au pied, centré sur la paroisse Saint-Pierre, Saint-Pierre de Darnétal, une église aujourd'hui qui est postérieure, qui est de l'époque gothique. Mais le bourg est sans doute aussi entouré d'une enceinte, et c'est le cœur de la ville. Cela dit, très rapidement, cela s'étend hors de cette enceinte, ne serait-ce que parce que les deux abbayes, dès leur fondation, de part et d'autre, hors de ce bourg primitif, obtiennent de Guillaume leur propre bourg. Et puis, postérieurement, à partir du XIIe siècle, un développement vers l'Orne, ce qu'on appellera plus tard l'île Saint-Jean. Et donc, Caen a une structure, si on essaie d'en restituer le plan, à la fin du XIe siècle, polynucléaire, avec plusieurs noyaux, et des noyaux périphériques qui seront rejoints par le
Xavier Mauduit
développement urbain. avec plusieurs bourgs. C'est intéressant d'imaginer ça à Caen, cette idée-là d'avoir comme un conglomérat d'espaces. On l'a dit, à l'intérieur du château, il y a plusieurs espaces et si on se met à l'extérieur du château, on a plusieurs bourgs aussi. C'est compliqué quand ça veut dire qu'on a souvent surnommé, comme beaucoup de villes, la ville au sans-clocher. C'est peut-être là aussi l'explication parce que chaque bourg a
Laurence Jean-Marie
son clocher. Alors oui, chaque bourg a au moins une paroisse. Dans le bourg-le-roi, c'est l'appellation du XIIIe siècle lorsque la Normandie est rattachée au domaine royal, mais on peut dire bourg-le-duc auparavant, il y a plusieurs paroisses dont la date d'apparition est difficile à situer, mais il y a aussi Saint-Sauveur, Notre-Dame-de-Froide-Rue et Saint-Étienne-le-Vieux. Et puis chaque bourg abbatial, le bourg l'abbé, le bourg l'abbesse, ont leur propre paroisse. Et l'île Saint-Jean qui n'est pas entourée, qui est extérieure au bourg du Duc, reçoit aussi une paroisse, celle qui porte le nom de Saint-Jean. Et en fait, ça n'a rien d'absolument extraordinaire. Il faut imaginer que les villes préexistantes Grosso modo, les cités d'origine antique qui ont accueilli un évêque voient aussi un développement polynucléaire au moment de la croissance urbaine des 11e-12e siècle, voire avant, c'est-à-dire qu'il y a la cité, le castrome antique qui comprend la cathédrale, et puis aussi des bourgs périphériques. Donc d'une certaine manière, La structuration en plusieurs agglomérations, c'est aussi un moyen, en fondant plusieurs bourgs, de favoriser le développement et de montrer que Caen a aussi les caractéristiques des autres
Xavier Mauduit
grandes villes. C'est un des dalles de rue, on peut l'imaginer comme ça, qui se construit au XIe siècle, au XIIe siècle, on ne va pas rester sur une chronologie précise, mais c'est ça, Vénédicte Guillot, des rues étroites, l'archétype d'une
Bénédicte Guillot
ville médiévale. Oui, bien sûr, on est vraiment avec des grandes places comme la place Saint-Sauveur. Et là, on est vraiment dans une cité assez classique. C'est juste qu'elle a grossi en un siècle, alors que les autres ont mis beaucoup plus longtemps pour arriver à ce niveau-là. Mais autrement, on reste avec le même type d'activité et les mêmes évolutions que les autres
Xavier Mauduit
villes médiévales. avec les mêmes soucis que partout au même moment, c'est évacuer les déchets. Je rappelle, il y a des vaches dans la ville pour le lait, il y a des chevaux qui se baladent, les pots de chambre qui passent par la fenêtre. Non, non, mais c'est ça, ce sont des villes boueuses en Jean-Marie. On nettoie
Laurence Jean-Marie
sans cesse. pas considérer que la ville médiévale est forcément insalubre. Alors certes, on est en milieu humide à Caen et on ne l'a pas encore dit, mais Caen est sillonnée par les cours d'eau, l'Orne, la petite Orne, mais aussi les cours de l'Odon, et je dis bien les cours parce qu'une partie est une dérivation qui date d'ailleurs du XIe siècle et qui n'est pas un cours naturel. Donc l'eau est partout, mais Comment dire? S'il y avait une telle insalubrité, ça serait propice peut-être à des développements de maladies. On n'en a pas témoignage comme partout ailleurs avant véritablement le XIVe siècle. Donc la ville médiévale n'est pas forcément si sale. Et pour revenir sur les rues, oui, un certain nombre de rues actuelles, je pense par exemple à la rue Froide ou la rue Notre-Dame de Froide-Rue, qui correspondait à un parcours vers le nord et peut-être dans lequel le vent s'engouffrait, est attesté à cette époque-là. Comme l'actuelle rue Saint-Pierre qui était la grande rue où étaient installés les élites. On a même une rue Écuyer attestée au XIIe siècle. Était-elle peuplée d'écuyers? C'est possible mais ce n'est
Xavier Mauduit
pas sûr. Mais en tout cas, merci de rappeler que ces rues médiévales étaient nettoyées. C'est pas parce qu'il y a de la boue qu'on ne nettoie pas la boue. Et vous nous avez rappelé, Laurent Jean-Marie, que nous sommes en milieu humide
Aurel San
en Normandie. Je viens de la France où on danse la chenille Où on prend plus de caisses que des crash test demi J'ai des potes diplômés et d'autres qu'ont pas lu Deux livres qui sont sûrement sur un mur et dans les rues du centre-ville Mon père a gravi l'échelle pour devenir ce qu'il voulait être Ma mère est la ménagère à qui les publicitaires veulent la mettre Je connais la campagne et ses gros sabots Où ça vole pas haut, les ragots
Xavier Mauduit
et
Aurel San
les oiseaux C'est qu'on prend nos temps pour réfléchir J'suis un de la classe moyenne, moyennement classe Où tout le monde cherche une place J'suis la claire dans le monospace J'suis freestyler dans ma tête Sur le bruit des essuie-glaces Chez moi y'a du soleil 40 jours par an Tu peux passer la plupart de l'année à l'attendre Je regardais pas la fenêtre enfermée dans ma chambre Je priais pour la fin de la verte, c'est aller faire de la rampe Je connais que le bruit de la pluie, l'odeur du béton mouillé Si j'suis parti, c'est parce que j'avais peur de rouiller Trempé, j'aurais jamais pensé Que le mauvais temps finirait par
Xavier Mauduit
me manquer Mais oui, il fait beau en Normandie comme le rappellent eux-là. En Normandie, on vit plus vieux. Avec ici Aurel San, Estrema et Aurel San qui est d'origine Aire de Caen. Aurel San qui est cannais. Aujourd'hui dans le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau parce qu'il fait beau. avec Élise Leu à la technique, Laurent Jean-Marie. Dans cette description que nous avons de la ville de Caen, nous la construisons peu à peu, donc on pourrait dire qu'au centre nous avons ce château, mais ce château multiple autour différents bourgs qui se développent et puis il y a ces deux pôles très impressionnants, que sont d'un côté l'abbaye aux hommes et de l'autre l'abbaye aux dames. C'est comme ça qu'on peut imaginer cette ville
Laurence Jean-Marie
de Caen. Exactement, on peut même faire plus qu'imaginer dans ce cas-là, restituer. C'est bien résumé ainsi pour la fin du XIe, début du
Xavier Mauduit
XIIe siècle. Bénédicte Guillot, que savons-nous réellement de cette ville de Caen? Parce que nous n'avons plus les élévations, c'est ça aussi qui manque. L'archéologue trouve ici souvent les bases, les fondations. On imagine une ville qui monte
Bénédicte Guillot
en hauteur? Alors pourquoi malheureusement, comme je le disais, on a très peu de fouilles? Là, il y en a un peu plus grâce aux travaux du tramway qui sont faits en partie par nos collègues du service départemental. Mais par exemple, on a pu fouiller la place Saint-Sauveur qui est une des grandes places du marché. Et donc là, on a vu en effet, au fur et à mesure, puisqu'il y avait un petit peu d'eau et un peu de boue, Au fur et à mesure, la ville monte, comme un peu dans toutes les villes. C'est-à-dire qu'on reconstruit un petit peu par-dessus. Et donc, en effet, il faudrait redescendre. Plus on descend, plus on arriverait peut-être au XIe siècle,
Xavier Mauduit
voire avant. Oui, c'est ça, parce que ce XIe siècle, c'est celui qui nous intéresse, c'est celui de Guillaume le Conquérant, c'est le moment où Caen connaît une expansion absolument incroyable. C'est une ville riche d'activités, cette ville de Caen. On parle beaucoup du pouvoir quand on réfléchit aux villes médiévales, mais il n'y a pas que le pouvoir dans
Narrator/Actor (Arlette)
la ville. D'abord, j'ai déambulé sous les hauts toits de camps qui resplendissent tous, tel le marbre de Paris. J'ai aperçu des foules affluées de toutes parts, apportant là, en toute hâte, d'innombrables marchandises, tel un essaim d'abeilles tissant son merveilleux ouvrage et portant le miel doré pour le disposer dans de nouvelles alvéoles de cil. Il y avait là diverses espèces de légumes, diverses sortes d'odeurs, ainsi que des vêtements de laine aux teintures variées. On trouvait aussi une abondance de toiles de lin d'un fin tissage, de la soie souple aux fils innombrables, de la cannelle, de l'encens, du poivre, des fruits, quantité de peaux d'animaux et de dépouilles de bêtes sauvages, ainsi que des carcasses de bœufs débarrassées des viscères. Le port abrite des navires imposants que la mer lui envoie, là où le fleuve a du mal à s'écouler en raison de la mer qui remonte
Xavier Mauduit
dans l'estuaire. Maïwen Giziou, qui nous disait ici ce texte magnifique, parce que nous sommes sur une description au plus près du vécu de cette ville de Caen. De quoi s'agit-il? Est-ce qu'on a des informations sur cette source? Qui veut
Laurence Jean-Marie
en parler? Je
Xavier Mauduit
veux bien.
Laurence Jean-Marie
Laurence Jean-Marie. Alors oui, c'est une description un peu emphatique et sans doute un peu poussée d'un moine qui vient de l'extérieur de la Normandie et qui circule au sein de la Normandie lors d'un voyage et donc qui décrit Caen. Ça prouve l'activité économique de Caen, les marchandises qui sont proposées à la vente, qui viennent, qui sont produites, mais il faut quand même prendre avec des pincettes. Quand il est fait allusion au marbre de Parros, c'est bien sûr une comparaison, mais peut-être qu'il pousse un peu le trait parce qu'il a été charmé par la ville. Cela dit, C'est une bonne attestation de ce qui fait l'importance de Caen aussi avec sa proximité avec la mer et donc la Manche et le commerce maritime de la prospérité économique de la ville à
Xavier Mauduit
ce moment-là. Ce moine c'est Raoul Torter au XIIe siècle donc il nous décrit cette ville mais on voit bien ici que cette ville de Caen ne peut se comprendre sans le réseau dans lequel Elle s'inscrit quand Raoul Torter écrit « Nous sommes au XIIe siècle », c'est-à-dire que la Normandie est déjà associée à l'Angleterre. Mais c'est une histoire ancienne. C'est va et vient, c'est mouvement constant. Donc il y a la vallée de la Seine toujours avec Rouen qui conduit jusqu'à Paris. Mais il y a ce nouvel axe avec Caen qui conduit jusqu'où en fait Caen? Parce qu'une fois qu'on arrive à Caen, après par les cours d'eau, est-ce qu'on
Laurence Jean-Marie
peut continuer quelque part? Alors, comment dire, l'Orne, qui est un fleuve d'une certaine importance, qui se jette en aval de camps à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseaux au port de Wistréham, qui est encore aujourd'hui un port de communication avec l'Angleterre, puisqu'il y a une liaison de ferry. Là, on y circule beaucoup. D'ailleurs, on le sait plus tardivement, mais à la fin du XIIe siècle, il est interdit de décharger les marchandises à Ouistreham pour les bateaux qui arrivent. Il faut qu'elles remontent jusqu'à Caen, parce que c'est là le lieu de commerce. Donc il y a, à partir de Caen, une porte vers la mer et vers l'Angleterre, voire d'autres circulations. En revanche, le cours de l'Orne, sauf pour des petits bateaux, en amont de Caen, est difficilement navigable. Mais une chose à noter, c'est que dans le cœur de la ville remontent les navires de mer. Quand je disais tout à l'heure que l'eau est très présente à Caen, aujourd'hui on ne le voit pas. Il faut imaginer que certains navires arrivaient jusqu'au pied ou presque de l'île Saint-Pierre actuelle, où aujourd'hui il n'y a aucune eau visible. Donc l'eau est essentielle dans l'histoire de Caen et y
Xavier Mauduit
compris pour le commerce. Y compris pour le commerce et c'est ce que l'on retrouve aussi quand on fait des fouilles, c'est-à-dire que Caen n'est peut-être pas un port au sens où il y a Ouistreham qui est juste à côté mais enfin vu que les bateaux peuvent remonter jusqu'à Caen, quelque part on est
Bénédicte Guillot
dans une ville portuaire. Oui, c'est un port et en fait, Ouistreham, on l'appelle avant port, un petit peu comme Harfleur et puis après le Havre était l'avant port de Rouen. Donc, c'est vraiment un port. Après, beaucoup de marchandises aussi repartent par les canaux, ce que c'est toujours plus facile de circuler en France par la rivière que par la route. Mais en arrivant à Caen, après, on a les accès presque directs sur les yeux, sur Bayeux et sur tout le reste. Donc c'est vraiment aussi un pôle de distribution et également, parce qu'on est tout autour la très riche plaine de Caen, donc c'est aussi le grand pôle où arrivent pour se vendre et repartir tout ce qui vient de la plaine de Caen
Xavier Mauduit
et toutes les marchandises. Et ça rappelle que ces Normands sont des marins, il ne faut pas l'oublier, ne serait-ce que par leurs origines qui commencent à être un peu lointaines, origines scandinaves quand on parle du 11e siècle, mais au moment de la conquête de l'Angleterre, ça ils s'en
Michel Deboire
souviennent qu'ils sont marins. Guillaume décide la guerre. Le bâtard fait alors construire une flotte de dracars. Des dracars qui seront traînés à bras d'hommes vers le flot à marée basse. Dans ces embarcations sont entassées armes et vivres, et même les chevaux de la cavalerie normande. Lui, c'est l'embarquement de Dive dans la fièvre et l'enthousiasme. Parmi la foule des navires de toute taille, celui de Guillaume se distingue par sa voile ornée et la croix qui le surmonte. La confiance dans l'entreprise est totale. Les marins se hèlent de bord à bord, tandis que les rameurs rythment leur action à la scandande dans leurs ruts champs nordiques. Et c'est le 28 septembre 1066 qu'il débarque à Pevenze dans le comté de Sussex. C'est Guillaume le bâtard qui s'était embarqué à Dive, C'est Guillaume le Conquérant qui monte sur le trône
Xavier Mauduit
d'Arold, roi des Anglais. C'est épique. Nous étions dans les années 1950. Alors d'accord, Bénédicte Guillon, pardonne de dire
Bénédicte Guillot
Dracar pour les navires. Oui,
Xavier Mauduit
c'était 1950, ça va. Bah ça va, voilà, ces navires-là. Le Dracar, c'est quoi exactement sur les navires? C'est juste
Bénédicte Guillot
la tête de dragon. C'est un terme, voilà, c'est un pluriel qui n'existe pas et qui veut dire dragon et qui a été créé au XIXe. Mais c'est
Laurence Jean-Marie
un terme français
Bénédicte Guillot
qui... Pour faire scandinave. Voilà, pour faire scandinave. Qui n'existe pas et même le pluriel n'est
Xavier Mauduit
pas bon, donc voilà. Voilà, on le garde parce que c'est du vocabulaire et puis ça permet de mettre deux cas au scrap, sachant qu'il n'y en a pas deux, mais c'est pas grave. Avec ici cette évocation de la conquête de l'Angleterre par Guillaume Le Conquérant en 1066, on peut se poser la question de ce que devient quand, après la conquête de l'Angleterre? Est-ce que la ville conserve son importance, la renforce ou est-ce que c'est plutôt de l'autre côté
Laurence Jean-Marie
qu'on va s'intéresser maintenant? Oui, au contraire, la conquête de l'Angleterre renforce sans doute la puissance de Caen. Les abbayes viennent d'être fondés. La Trinité a été dédicacée juste avant la conquête, donc en 1066, même si la Bastiale n'est pas achevée dans sa construction. Et donc Caen reste au contraire un pôle essentiel. Il ne faut pas oublier que Rouen est accessible par la Seine depuis la mer, mais il faut plusieurs marées de navigation pour remonter jusqu'à Rouen. Alors que Caen est proche. Bizarrement, il n'est pas sûr qu'il y ait des traversées pour des raisons de pouvoir, donc des membres de la famille Ducal, même si on a une attestation pour Mathilde, depuis Ouistreham jusqu'en Angleterre, pour Smooth-Southampton. parce que la distance est longue. La traversée qui va devenir privilégiée, c'est Barfleur-Southampton, donc de la pointe du Côte-Antin. Mais le prince et son entourage, quand ils traversent, qu'ils arrivent à Barfleur, ils partent vers l'ouest de la Normandie et assez souvent, ils font des haltes à Caen. Donc Caen reste un
Bénédicte Guillot
pôle de pouvoir essentiel. Et puis après, avec la conquête de l'Angleterre, c'est l'argent qui rentre, qui arrive. Et donc, il y a encore plus de fonds pour pouvoir développer, agrandir et construire en Normandie et
Xavier Mauduit
à Caen en particulier. Oui, parce que cette ville-là qui nous intéresse, on voit qu'elle est assez récente. On parle de ville millénaire, ça ne veut pas dire grand-chose. On le sent bien, même si pour Caen, il y a, au XIe siècle, une véritable accélération. Et ces constructions vont quand même très, très vite. On a dit 1025 pour les premières mentions, donc il existait déjà quelque chose. Mais si on regarde à la fin du siècle, là, ça y est, c'est une
Bénédicte Guillot
déjà très grande ville. Oui, c'est énorme le temps construit. Rien que pour le château, en ceintre, 5 hectares, ça fait plus de 820 mètres linéaires de fortifications, sans compter tous les bâtiments à l'intérieur, sans compter l'enceinte de la ville. Et après, il y a les abbayes, les enceintes des abbayes, etc. Donc, c'est vraiment un chantier de construction. La seconde moitié du XIe siècle, Caen était
Xavier Mauduit
toujours en construction, certainement. Avec ce personnage qui nous intéresse aujourd'hui, Guillaume le Conquérant. On l'a fait naître tout à l'heure à Falaise avec Robert le Magnifique et Arlette et hélas, il faut bien qu'il meure. Nous sommes maintenant à un autre moment de cette histoire, un moment
Michel Deboire
important aussi, c'est 1087. Capitaine Ardent, duc aimé et équitable, roi respecté d'un pays qui aurait pu le haïr, il revint quand même dans sa Normandie bien aimée pour y mourir. Il la trouva, cette mort, à Mantes. Et là, nous avons deux versions, les deux sont d'ailleurs semi-légendaires et se perdent dans le temps. La première veut qu'il ait trouvé cette mort lorsque son cheval buta sur une racine. La seconde version, bien plus amère, nous dit qu'il est mort de la main de son propre fils, qui était devenu l'allié de son ennemi,
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
le roi de France.
Xavier Mauduit
Voici la sanglante mêlée. Parmi tous ceux
Narrator/Actor (Guillaume le Conquérant)
qui combattent, deux hommes portant la lourde armure luttent au corps à corps. Lutte égale en courage, en force, en volonté de vaincre. Lutte à mort fatale pour l'un d'eux. Guillaume, fils de Robert le Magnifique. Guillaume appelé le bâtard, puis devenu le conquérant, duc de tous les Normands et roi de tous les Anglais. Voici ta destinée, tuée par ton fils, ton corps porté dans une fosse trop étroite, un vilain qui réclame le prix du terrain non payé en vociférant sur ta
Bénédicte Guillot
dépouille inhumée sans cercueil. Et cependant, à l'abbaye aux hommes, sur ta tombe deux fois profanée, se lit le mot superbe et véridique que tu gravas toi-même à la pointe de ton épée durant les
Laurence Jean-Marie
jours
Xavier Mauduit
de ta vie. Invictissimus. C'est grandiloquent. Dit tout l'ange en mari après la mort de Guillaume le Conquérant, il y a des tensions entre ces enfants, c'est peu de le dire. Est-ce que la
Laurence Jean-Marie
ville de Caen souffre? Immédiatement, on n'a pas d'attestation. En revanche, il est clair qu'il y a des tensions tout début XIIe, lorsque Henri Ier, beauclair qui était devenu roi d'Angleterre, veut prendre la Normandie à son frère Robert Courteuse et à ce moment-là apparaissent dans les sources des mentions de Canet qui pour faire simple se partagent entre les deux parties et on a les premières attestations, les premiers noms de Canet importants Et parmi eux, un certain Ayoulf du marché, qui porte son nom parce que sans doute il réside sur le marché, c'est un grand commerçant, et qui fonde, juste à côté de Caen, l'abbaye d'Ardennes, qui est l'actuel siège de l'IMEC. Et ça montre bien aussi que les élites urbaines se sont enrichies et sans être aristocratiques, à proprement parler, elles ont une ampleur sociale
Xavier Mauduit
qui les en rapproche. Avec l'IMEC qui est l'institut mémoire de l'édition contemporaine, c'est bien ça? Juste pour terminer, mais vraiment en un mot, Bénédicte Guillot, qu'est-ce qu'on détruit? À quand? Je vous laisse libre pour fouiller. C'est quoi votre fantasme? Vous ne le ferez pas parce que
Bénédicte Guillot
vous ne détruisez pas. C'est dommage parce que les collections sont magnifiques mais ça serait
Xavier Mauduit
le musée des beaux-arts. Ah mince! Alors le Musée des Beaux-Arts, il faut
Bénédicte Guillot
y aller, le Perugin... Les
Xavier Mauduit
collections sont absolument exceptionnelles. C'est vrai, le mariage de la Vierge du Perugin, c'est merveilleux, mais le mieux c'est d'aller visiter Caen. Merci vivement à toutes les deux d'être venues dans le Cours de l'Histoire pour Fonder Caen. Avec nos prochains épisodes dans le Cours de l'Histoire, les Normands et les Normandes se révoltent. 1639, la révolte des Nupiés, antifiscale. Tu perds tes
Laurence Jean-Marie
souliers. Grâce opulente Normandie. Normandie qui possède tout. Tout ça c'est pour le roi. Normandie qui a
Xavier Mauduit
créé la sole normande, le poulet Vallée d'Auge, le canard à la Rouennaise, les tripes à la mode de camp, l'andouille
Laurence Jean-Marie
de Vire, le camembert,
Xavier Mauduit
le pont l'Évêque, l'olivaro. Tout ça c'est pour le roi. Normandie à qui il ne
Laurence Jean-Marie
manque que le vin. C'est normal, les
Michel Deboire
pauvres c'est fait pour être très pauvres et
Xavier Mauduit
les riches très riches. Oui, mais
Michel Deboire
elle a le cidre. La gappelle, pour cette
Xavier Mauduit
année ça fait combien? La révolte des Nupiers demain dans le cours de l'Histoire, une émission préparée par Jeanne de Lecroix, Jeanne Coperafel, Lalou, Maëlle Vincent-Randonnier et Maiouane Guizziou. Le cours de l'Histoire à écouter à podcaster sur franceculture.fr
Podcast: Le Cours de l’Histoire
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guests: Laurence Jean-Marie (maîtresse de conférence, histoire médiévale, Université de Caen-Normandie), Bénédicte Guillot (archéologue, responsable de recherche archéologique à l’INRAP)
Date: 18 mars 2025
Dans ce second épisode d’une série sur l’histoire millénaire de la Normandie, Xavier Mauduit et ses invitées se penchent sur la naissance et le développement de la ville de Caen. Quand commence vraiment Caen ? Comment cette ville, aujourd'hui emblématique et chargée d’histoire, s’est-elle imposée dans la Normandie médiévale ? Le dialogue croise le regard des sources historiques, des analyses archéologiques et des récits de légende, autour du rôle central joué par Guillaume le Conquérant et l’essor urbain du XIe siècle.
L’épisode retrace de façon vivante la lente constitution de Caen en « grande ville » du duché de Normandie autour du XIe siècle, à la croisée des initiatives politiques (Guillaume le Conquérant, Mathilde), des logiques économiques et des particularités géographiques. L’émission mêle habilement érudition, archives (littéraires et audio), enquête archéologique et mythes pour ressusciter la topographie, les enjeux de pouvoir et la vie quotidienne à Caen. On y découvre une ville composite, d’abord modeste, puis brillante et prospère — rapide à s'imposer comme un centre politique, économique et symbolique dans la Normandie ducale.