
Paix, une histoire pas si paisible : Maudite soit la guerre ! Aux origines du pacifisme
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Narrator/France Culture Host
France Culture. Le cours de l'histoire.
Jean-Louis Maducange
Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Maudite soit la guerre aux origines du pacifisme. En 1908, Émile Faguet, écrivain membre de l'Académie française, fait paraître un ouvrage intitulé « Le pacifisme ». J'entends par pacifisme le désir que la guerre disparaisse de la terre quand il est accompagné au moins d'un commencement de considération des moyens propres à la faire disparaître. Et pour retracer son histoire, l'auteur passe par Platon, Jésus, la paire romaine, pour en arriver au XIXe siècle quand le mot prend tout son sens. Mais quelle place pour les mouvements socialistes dans cette histoire ? L'histoire.
Karl Marx (quoted)
De toute société jusqu'à nos jours n'a.
Jean-Louis Maducange
Été que l'histoire de.
Karl Marx (quoted)
Lutte de classe. Hommes libres et esclaves, patriciens et plébéiens, barons et serfs, Maître de jurans des compagnons, en un mot, oppresseurs et opprimés, en opposition constante, on menait une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours, soit par une transformation révolutionnaire de la société toute entière, soit par la destruction des deux.
Narrator/France Culture Host
Classes en lutte. Le cours de l'histoire. Prolétaires de tous les.
Xavier Mauduit
Pays, unissez-vous ! C'est Gérard Philippe, l'acteur, qui lisait le manifeste du Parti communiste. Ce manifeste écrit par Karl Marx est paru en 1848. Ici, c'est peut-être la base d'une réflexion autour de l'idée du.
Jean-Louis Maducange
Pacifisme.
Xavier Mauduit
Bonjour Jean-Louis Maducan. Bonjour. Vous êtes professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Rouen, membre de l'Institut universitaire de France. Vous avez travaillé sur cette grande figure du mouvement socialiste, notamment avec votre Jean Jaurès paru chez Perrin. Et bonjour.
Julien Chuzville
À.
Xavier Mauduit
Vous, Julien Chuzville. Bonjour. Et avec vous, nous traversons ces moments révolutionnaires, un court moment révolutionnaire, la création du Parti communiste en France. Là, on entendait un extrait du manifeste du Parti communiste. Est-ce que l'idée de pacifisme est inhérent à l'idée de socialiste. Parce que dans l'extrait que nous avons entendu, il y a l'idée de lutte. Alors la lutte des classes c'est une chose, l'idée révolutionnaire. Mais enfin, il y a l'idée.
Jean-Louis Maducange
De lutte, Jean-Numas Ducange. Écoutez, le pari historique des socialistes, des communistes, les mots étaient employés parfois indistinctement au XIXe siècle, était effectivement d'unir les prolétaires par-delà les frontières. pour défendre un certain nombre de revendications sociales et politiques. Mais au-delà des revendications sociales et politiques, pour que ces revendications puissent s'appliquer, puissent être mises en œuvre, il fallait évidemment assurer la paix à l'échelle internationale. Alors, ce n'est pas une idée propre au mouvement ouvrier, au mouvement socialiste, l'idée de paix, l'idée de pacifisme. On peut dire que les socialistes héritent. Si on remonte à une époque relativement proche des Lumières, on a l'idée cancienne, l'idée de paix. la déclaration de la paix au monde pendant la Révolution Française de 1791. Donc, toute une série de jalons était déjà posée. Mais, comme vous le savez, ce n'est pas parce qu'il y a eu une déclaration de la paix au monde en 1791 qu'il n'y a pas eu de guerre après. C'est le moins que l'on puisse dire, vu toutes les guerres qui ont succédé pendant la Première République et la période napoléonienne, sans parler de la suite. Mais l'idée est là. L'idée est là et finalement, beaucoup de socialistes au XIXe siècle, d'ailleurs par-delà leur divergence, ont une sorte de visée commune, et cette visée commune, c'est d'assurer à terme une égalité entre les êtres, bien sûr, mais un idéal fraternel qui passe par effectivement une.
Xavier Mauduit
Paix universelle et cosmopolite. Oui, parce qu'on peut dire que la paix, c'est un peu le résultat de cette lutte des classes. On peut l'imaginer comme ça. Julien Chuzville, il n'y a pas dans le manifeste du Parti communiste en 1848, l'idée que l'aboutissement, ça doit être la paix, qu'il n'y ait plus de guerre. Mais la lutte des classes.
Julien Chuzville
Ça va permettre cela. Oui, alors l'idée aussi que le capitalisme, le mode de production capitaliste, c'est la guerre de tous contre tous. C'est la compétition, c'est la concurrence, etc. Et donc, le socialisme, c'est une société où on va passer à une société de coopération, d'entraide. Et donc, c'est plus la guerre, même dans les relations sociales. Et donc, le socialisme va permettre, effectivement, une société débarrassée.
Xavier Mauduit
Des guerres entre États. Avec cette idée-là, mais c'est vrai que vous le disiez, Jean-Louis Maducange, il n'y a pas que les socialistes qui portent l'idée de la paix. C'est des mouvements qui se croisent parfois, qui sont.
Jean-Louis Maducange
Parallèles à d'autres moments. Non, effectivement, dans les courants qu'on pourrait qualifier d'anticapitalistes, c'est une idée très présente, mais il faut aussi signaler que des courants catholiques, des courants confessionnels, des courants libéraux, sont, en tout cas formellement, dans les mots pour la paix. Il y a de grands rassemblements pour la paix dès le milieu du XIXe siècle et qui vont prendre une certaine ampleur au début du XXe. Et dans ces rassemblements-là, vous avez une grande diversité politico-idéologique. Après, il y a même un enjeu autour du terme paix-pacifisme, dont on parle, puisque le mot pacifisme est justement jugé suspect par les socialistes, puisque le pacifisme, c'est un terme, à la limite, qui va au-delà des classes sociales, c'est un terme entre guillemets bourgeois, et les socialistes vont employer d'autres mots pour se distinguer, parler notamment d'antimilitarisme. Donc il y a même un enjeu sémantique, à l'époque, à parler ou pas de paix ou de pacifisme, parce que la paix, après tout, c'est quoi ? Julien Chiusville rappelait qu'il y a la question des classes sociales, Si c'est la paix entre les classes sociales au stade où nous en sommes aujourd'hui, eh bien les socialistes nous ne sommes pas pour la paix formellement pour le moment. La paix c'est un idéal, un objectif à terme, et pour le moment c'est la lutte qui prime. Donc quand vous me parlez de paix, de quoi parlez-vous en réalité ? C'est.
Xavier Mauduit
Ça l'interrogation qu'il y a derrière. Oui, puis la lutte c'est contre le capitalisme avant tout, on l'entend bien, c'est quelque chose qu'il faut mettre en avant dans cette idée-là, ne pas avoir une inversion logique et de se dire que les.
Julien Chuzville
Socialistes œuvrent uniquement pour la paix. Tout à fait, mais il y a aussi la question des pouvoirs. Il n'y a pas qu'une question économique. Il y a aussi renverser les monarchies, les dictatures, les tyrans. Dans les paroles de l'International, Jeanne Potier écrit « Paix entre nous, guerre aux tyrans ». Donc, paix entre les travailleurs, mais aussi, pour arriver à la paix, il faut renverser les tyrans, il faut renverser les dictatures, renverser les tyrannies, renverser les monarchies, etc. et mettre en place des républiques démocratiques et sociales. Alors, si nécessaire par la révolution, mais une révolution qui va mettre fin aux causes des guerres. Et c'est en ça que les socialistes se distinguent des autres courants pacifistes. C'est qu'ils veulent s'attaquer à ce qu'ils pensent être les causes essentielles des conflits. L'international socialiste dit par exemple que les causes essentielles des conflits entre États, ce sont des causes économiques. Donc il va falloir mettre fin à ces oppositions sur le plan économique. C'est aussi une condamnation du colonialisme, puisque évidemment les conquêtes coloniales se font par des guerres, par des massacres, etc. Mais aussi, le partage des colonies devient un motif de guerre entre.
Xavier Mauduit
Puissances coloniales et notamment entre grandes puissances européennes. Oui, parce que nous sommes dans des contextes particulièrement guerriers. Toutes ces guerres en Europe, on le sait bien, mais ces guerres à travers le monde, que ce soit la guerre de sécession, toutes ces guerres coloniales, aujourd'hui avec nous dans le cours de l'histoire, pour réfléchir à cette notion de pacifisme. Adeline Blazkiewicz-Maison, bonjour. Vous êtes maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l'université Paris, un pantalon sorbonne. Vous êtes l'autrice d'Albert Thomas, une histoire du réformisme social. Avec Albert Thomas, on est sur une grande figure du socialisme. Alors lui, il naît en 1878, c'est-à-dire qu'on est quand même quelques temps après l'écriture du Manifeste du Parti Communiste. Il s'inscrit dans un mouvement. On en est où au moment où Albert Thomas réfléchit de cette idée du pacifisme ? Parce qu'on entend bien que c'est quelque chose qui est.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Divers, qui ne plaît pas à tout le monde. Alors on est à un moment justement où la distinction entre ce que Jean Neumann a présenté comme le pacifisme bourgeois et le combat pour la paix des socialistes est en train de se préciser. C'est-à-dire que du coup, Albert Thomas, il se situe à un moment charnière de l'histoire. C'est-à-dire qu'effectivement, à la belle époque, dans les années 1900, dans les années 1910, les tensions internationales sont croissantes, les tensions coloniales qui viennent d'être évoquées, de même également que les guerres balkaniques dans les années 1910. Et donc, on est à un moment donné où les milieux socialistes et les milieux dits du pacifisme bourgeois, ou qu'on pourrait aussi qualifier de pacifisme juridique, dialoguent entre eux. Alors, tout le monde ne dialogue pas avec tout le monde, et effectivement il y a un souci de distinction des socialistes par rapport au pacifisme bourgeois. Mais comme Jean Jaurès d'ailleurs, Albert Thomas incarne cette discussion entre ces deux milieux. Alors par exemple, il fait partie d'une association qui s'appelle la paix par le droit, qui incarne justement cette voie du pacifisme juridique, qui à l'inverse des socialistes qui prônent le renversement du capitalisme justement qui permettra la paix, et bien qui ne cherchent pas à abattre la société telle qu'elle est, ne cherchent pas non plus d'ailleurs à abattre les frontières, comme le souhaite une partie du mouvement ouvrier et du mouvement socialiste, mais qui cherchent au contraire à mettre en place l'arbitrage international. C'est le grand mot-clé de ces mouvements. Et donc, Thomas dialogue en fait entre ces mouvements socialistes, dont il fait partie bien sûr, mais aussi ces mouvements du socialisme juridique. Et cette rencontre en fait entre ces deux courants, elle est croissante dans les années 1900-1910, et elle sera aussi importante au moment de la fin de la première guerre mondiale, quand sera créée par exemple l'AFSDN, l'Association Française pour la Société des Nations, dirigée donc par une grande figure du pacifisme juridique.
Xavier Mauduit
Léon Bourgeois, mais dont Thomas fera partie par exemple. Avec ici un contexte à rappeler, Julien Chuzville, vous êtes donc l'auteur, je le disais, d'un ouvrage intitulé « Un court moment révolutionnaire, la création du Parti communiste en France ». Donc là, nous sommes en 1920, mais il faut rappeler que dans les années qui précèdent tout cela, il y a des mouvements déjà. Le Parti communiste n'existe pas en tant que tel. Mais il y a toutes ces tensions. Le pacifisme fait partie de ces divisions entre les différents mouvements de ce monde socialiste. Et je reprends ce terme qui englobe beaucoup.
Julien Chuzville
De choses au 19e siècle et au début du 20e siècle. Oui, ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'effectivement, les socialistes sont unis à l'époque dans la même internationale, la deuxième internationale. Alors en France, ils mettent du temps à s'unifier, mais finalement, ils arrivent à être tous dans le même parti en 1905. Malgré tout, il y a une grande diversité de ces socialistes. Et on le voit bien entre des figures effectivement comme Albert Thomas et d'un autre côté, quelqu'un comme Rosa Luxembourg en Allemagne, où ça ne va pas être la même conception, même s'ils se retrouvent dans les mêmes congrès et la discussion est possible. Mais malgré tout, il y a là des orientations très divergentes. Et ils parviennent.
Xavier Mauduit
À cohabiter tout en ayant des nuances malgré tout très importantes. Ils s'entendent sur les.
Jean-Louis Maducange
Voies adoptées pour atteindre un monde sans guerre ? Non pas directement. Ils sont d'accord sur l'objectif final. Mais pour ce qui concerne la méthode, puisque Rosa Luxembourg vient d'être évoquée, et bien Jean Jaurès fait partie de ceux qui éventuellement compte sur la grève générale si la grève devait se présenter. En tout cas, au bout d'un moment, Jean Jaurès envisage cette possibilité-là, bien que ce soit plutôt la voie, on va dire, syndicaliste et la voie de l'extrême gauche à l'époque. Mais Jean Jaurès compte aussi sur l'arbitrage international. Faire pression sur les gouvernements, discuter avec l'équivalent du Premier ministre à l'époque, le Président du Conseil, avec le Président de la République. Il considère que ça fait partie de la tâche des socialistes. Alors que quelqu'un comme Rosa Luxembourg, et d'autres en France d'ailleurs, pensent que ce qui compte avant tout, c'est la mobilisation ouvrière, c'est la grève, c'est les méthodes, entre guillemets, non pas forcément violentes, mais les méthodes d'action, des méthodes d'action très virulentes. qui doivent primer. Alors que d'autres socialistes, on a parlé d'Albert Thomas, on pourrait parler de Pierre Renaudel et d'autres dirigeants à ce moment-là, misent aussi sur tout simplement la négociation avec les gouvernements tels qu'ils existent. Et le débat qui existe en France existe aussi dans la social-démocratie allemande, autrichienne et d'autres, où ils sont divisés. Les lignes de fracture ne sont pas toujours extrêmement claires, mais globalement, me semble-t-il, il y a une ligne de fracture entre ceux qui envisagent la voie légale, républicaine dans le cas français, c'est-à-dire de négocier avec les gouvernements, et ceux qui envisagent avant tout des modes d'action par la mobilisation de la population. Disons que la particularité de quelqu'un comme Jean Jaurès, c'est d'envisager les deux et d'essayer de combiner les deux. Mais comme on le sait, le suspense n'est pas intense. Il sera assassiné le 31 juillet 1914 avant que justement on doit faire le choix, soit entre les deux.
Xavier Mauduit
Ou en tout cas essayer de mobiliser un certain nombre de personnes. Adeline Blazkowicz, mais on le dit bien ici, il y a des choix à l'intérieur des différents partis, des différents mouvements dans chaque nation, mais dans le même temps cette histoire-là est internationale et plus que jamais internationale, c'est-à-dire.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Que tous ces gens se rencontrent, discutent sans cesse un peu partout. Effectivement, une des particularités sans doute du combat des socialistes pour la paix, c'est aussi de chercher à mettre en place une diplomatie socialiste spécifique. C'est ce qu'ont bien montré les travaux d'Elisa Marcobelli par exemple. Elle signale dans sa thèse sur la deuxième internationale face aux crises et aux crises internationales, justement les moyens d'action que développent les socialistes dans un certain nombre d'instances internationales. Donc la deuxième internationale, disposée, fondée en 1889 et qui disparaît de fait en 1914, s'appuie sur une sorte de secrétariat permanent, le bureau socialiste international, s'appuie effectivement sur ce qu'on a déjà évoqué, c'est-à-dire les grands congrès de l'international, qui sont des lieux de mise en scène de l'internationalisme socialiste, de mise en scène aussi du combat pour la paix, du combat contre la guerre. Un des grands congrès qu'on pourrait évoquer, c'est le congrès de Bâle de 1912, où est proclamé ce grand mot d'ordre, guerre à la guerre, et qui vient justement consacrer, enfin, incarner plutôt la force de paix du socialisme international. Et puis c'est aussi effectivement, comme vous l'avez évoqué, des rencontres qui sont peut-être plus discrètes, qui se font dans les coulisses des congrès ou qui se font aussi dans les arcanes des partis, tout simplement. Et on a souvent dit effectivement, enfin, ce qui est en partie vrai bien sûr, que la Deuxième Internationale meurt en 1914, mais On voit durant la crise de l'été 1914 que les socialistes continuent à discuter entre eux, tentent effectivement des moyens de pression sur leur gouvernement, on sait que ça échouera, mais aussi à finalement sonder ce qui se passe du côté de leurs camarades dans d'autres parties. Et donc c'est tous ces moyens en fait qui dépassent les frontières, qui montrent aussi la montée en puissance de l'internationalisme des.
Xavier Mauduit
Socialistes qui sont mis au service de ce combat pour la.
Archive Voice/Actor reading historical testimonies
Paix. Direction le congrès de Bâle en novembre 1912 avec Jean Jaurès. Citoyens, nous sommes réunis ici en une heure de soucis et de responsabilités. Le poids des responsabilités a d'abord pesé le plus lourdement sur les épaules de nos frères des Balkans. Mais finalement, cette responsabilité inouïe pèse sur l'international tout entier. D'abord à cause de notre solidarité, et ensuite parce que nous devons empêcher que le conflit s'étende, qu'il dégénère en incendie et que ces flammes enveloppent tous les travailleurs d'Europe. Empêcher cela, c'est le devoir de tous les travailleurs du monde entier. Il ne s'agit pas d'une question nationale, mais d'une question internationale. J'appelle les vivants pour qu'ils se défendent contre le monstre qui apparaît à l'horizon. Je pleure sur les morts innombrables couchés là-bas vers l'Orient et dont la puanteur arrive jusqu'à nous comme un.
Xavier Mauduit
Remord. Je briserai les foudres de la guerre qui menace les nuées. Raphaël Lalloum qui nous disait ici ce discours de Jean Jaurès au congrès de Bâle, 24 novembre 1912. Jean-Louis Maducan, vous êtes l'auteur de Jean Jaurès, cette biographie publiée chez Perrin. Quelle est la position d'un personnage comme Jean Jaurès sur la guerre sachant que Un être humain pense, évolue, et.
Jean-Louis Maducange
J'Imagine que son positionnement n'est pas le même selon les différents contextes. Oui, effectivement, Jean Jaurès vient du républicanisme. Au départ, dans les années 1880, il a été élu, c'était le plus jeune député de la Chambre en 1885, à 26 ans. Il n'était pas du tout socialiste, il était républicain, proche de Jules Ferry, et par exemple, tout à fait partisan des conquêtes coloniales à ce moment-là. Et il va évoluer sur un certain nombre de sujets. Mais malgré tout, cet ancrage républicain initial subsiste jusqu'à sa mort. C'est-à-dire qu'il considère que les institutions républicaines, aussi perfectibles soient-elles, doivent être défendues. Et en lien avec ce respect pour les institutions républicaines, il a toujours manifesté un certain patriotisme. Patriotisme qu'il ne confond pas, en tout cas selon sa réflexion à lui, avec le nationalisme de l'époque, c'est-à-dire que beaucoup de courants politiques à ce moment-là disent pour le dire rapidement « Vive la France », mais lui son « Vive la France » à lui a une signification très précise, à la fois le lien avec les institutions républicaines et en même temps défendre ce qui peut être considéré à l'époque comme une sorte d'amorce d'État social, même si c'est insuffisant. Donc Jean Jaurès est un patriote. Juste avant, enfin peu de temps avant le congrès de Bâle, dont on vient d'entendre une partie de son discours, il a publié un ouvrage qui s'appelle l'armée nouvelle, qui est justement une conceptualisation assez poussée de ce que devrait être une armée républicaine à tendance socialiste. Il faut savoir que Jean Jaurès a publié énormément d'articles journalistiques dans sa vie, a fait énormément de discours, mais finalement, pris par le temps de la politique, il n'a pas publié beaucoup d'ouvrages. Et, donc on a quand même un ouvrage sur l'armée, ça tombe bien vu notre sujet du jour, l'armée nouvelle. Alors, comme il n'a pas beaucoup de temps, s'il vous plaît, il écrit un ouvrage sur les questions militaires, et puis il y a de multiples digressions sur patriotisme, internationalisme, etc. C'est un projet de loi à l'origine, je vous fais grâce des détails, mais si vous regardez ce qu'il propose tout de même, on voit bien que Jean Jaurès, c'est d'ailleurs une controverse qu'il a avec Rosa Luxembourg, ne veut pas abolir l'armée. Vous avez des socialistes à l'époque qui veulent se débarrasser de toute armée. Toute armée permanente est condamnable en soi. pour Jean Jaurès, pour pouvoir assurer la paix dans le monde, il faut que les patries, les nations, aient une armée, mais des armées, entre guillemets, qui ne seraient pas démilitarisées, ce serait impropre, mais qui seraient, comment dirais-je, dans une stratégie plutôt défensive en cas d'attaque de l'étranger. qui sont là pour assurer les frontières. Dans le projet d'armée nouvelle, il y a l'idée qu'il faut mettre davantage d'armées, par exemple, à l'Est, pour des raisons évidentes, puisqu'on est à la frontière avec l'Allemagne. Donc Jean Jaurès a, si vous voulez, une position intermédiaire, à la fois théorique et pratique. Il faut défendre la patrie républicaine française, absolument incontestable, il n'a de cesse de le dire. Mais il y a un principe nouveau, qu'il ne partageait pas au départ, 1980, et qui maintenant fait partie de son, on dirait aujourd'hui, logiciel politique, c'est l'internationalisme. C'est l'idée que finalement, à l'ère du capitalisme développé, à l'ère de ce qu'on commence à appeler l'impérialisme à l'époque, il existe quelque chose qui est au-dessus des nations, qui est l'international avec un grand I, donc l'international socialiste, mais pas seulement, qu'il faut assurer une paix dans le monde et que cette paix, ça passe par effectivement une combinaison entre une défense du territoire national et un idéal internationaliste. en même temps qu'il fait des choses, qu'il écrit autour de l'Armée Nouvelle, en même temps qu'il va au Congrès de Bâle, il aura toujours à cœur, c'est le grand pari de sa vie et malheureusement, ça ne fonctionnera pas in fine, même s'il ne sera pas là pour les événements principaux, donc en août 14. Son grand pari, c'était de se lier à la social-démocratie allemande, justement. De dire que, écoutez, qu'est-ce qui aujourd'hui peut empêcher la guerre en France et en Allemagne ? Eh bien, le fait que les socialistes soient des puissances grandissantes dans nos pays respectifs. Comme quand même, un des grands risques à l'époque, c'était une guerre entre la France et l'Allemagne, il y en avait déjà eu dans la guerre de 1870, et bien Jean Jaurès est littéralement obsédé par ça. Donc, je crois qu'il faut voir Jean Jaurès comme quelqu'un qui pense intellectuellement, c'est un philosophe, c'est un ingrégé de philosophie à la base, donc le lien entre nations et internationalisme, et d'un point de vue pratique, il essaye de se lier le plus possible aux socio-démocrates allemands, avec qui il pense.
Xavier Mauduit
Qu'Il pourrait être possible d'empêcher le pire, précisément parce que les socialistes pèsent dans les deux pays. Et Jean Jaurès, vous l'avez dit mais nous le savons, est assassiné le 31 juillet 1914 à Paris. C'est le Café du Croissant.
Archive Voice/Actor reading historical testimonies
Et ce jour-là était présent Ernest Poisson ainsi que son épouse. Écoutez ce témoignage, c'est évidemment bouleversant. Le rideau derrière sa tête vient de plier, de se soulever légèrement. Un revolver s'est glissé tenu par une main et cette main seule apparaît à 20 cm derrière le cerveau. Pas d'éclairs, pour ainsi dire. Une étincelle rougeâtre, la fumée d'un cigare. Je regarde, figé, abruti, un quart de seconde, puis un deuxième coup. Mais déjà, Jaurès est tombé sur Renaudel, la serviette aux mains, la tarte encore aux lèvres. Je ne vois pas de sang. Il a à peine essayé. Il n'a pas eu le temps de faire le geste de se retourner. Il n'a rien dit. Pas même pensé, peut-être. Je regarde la fenêtre. Quelqu'un vient de tirer, d'arracher le rideau. J'aperçois une ombre, un chapeau, un verre de bière qui tombe sur une figure. Je me dresse comme une bête enfureur. Dans le silence, qui n'a pas encore été troublé, j'entends un déchirement, un cri indéfinissable, qui devait être perçu à plusieurs centaines de mètres.
Julien Chuzville
Puis.
Xavier Mauduit
Quatre mots, hurlés, glapis, puissamment, férocement, répétés deux fois. Ils ont tué Jaurès ! Ils ont tué Jaurès ! Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? C'était en 1971 que sur France Culture, l'assassinat de Jaurès était mis en scène à partir du témoignage d'Ernest Poisson. Et ici, nous avons un moment fort, c'est la mort de celui qui portait le pacifisme. En tout cas, c'est comme ça qu'on le présente. Jean Jaurès est un personnage important de cette histoire. Avec d'autres, on a cité Rosa Luxembourg notamment. Dites-nous Julien Chuzville. Quand on parle de Rosa Luxembourg, on pense souvent à 1919, c'est-à-dire après la première guerre mondiale et la révolution en Allemagne. Mais Rosa Luxembourg fait partie de ces personnalités qui ont œuvré bien avant la première guerre mondiale avec d'autres, avec Clara Zetkin par exemple. Tous.
Julien Chuzville
Ces gens-là partagent-ils la même conception du pacifisme ? Que j'aurais-ce qui devienne la figure du pacifiste tué en 1914 ? Alors, il y a des points communs, évidemment. Alors, un point commun, évidemment, c'est que Rosa Luxembourg est assassinée, comme Jaurès, cinq ans plus tard. Donc, un peu par la même dynamique, il faut le dire. C'est-à-dire que Jaurès est assassinée comme conséquence d'un antisocialisme qui a été porté depuis des années, dont il était La cible principale, parce qu'il était le principal porte-parole du socialisme en France, il y avait donc une partie de la presse de droite et d'extrême droite qui, des fois, appelait au meurtre de Jaurès et d'autres socialistes. Il faut bien voir qu'il y a des privilégiés qui perçoivent ce projet socialiste comme une menace pour leurs propres privilèges et qui essaient de se défendre. Alors Rosa Luxembourg est en accord avec Jean Jaurès sur un certain nombre de points. Elle représente une autre compréhension de l'internationalisme. Il y a selon moi deux conceptions de l'internationalisme au sein du mouvement ouvrier à l'époque. On le voit chez les socialistes, mais aussi chez les syndicalistes. Donc, une part, l'internationalisme qui essaie de se mêler avec un patriotisme, comme l'a expliqué Jean-Denis Maducange dans le cas de Jaurès, mais c'est aussi le cas de Jules Guedde, par exemple, en France. Et puis, un internationalisme radical, qui est notamment porté par Rosa Luxembourg ou Karl Liebknecht en Allemagne, qui peut être porté aussi par Paul Lafargue en France. Alors, Paul Lafargue meurt en 1911, donc il participe quand même à ces débats, c'est un militant socialiste important à l'époque. Et donc c'est une conception qui dépasse toute considération patriotique et qui donc considère qu'il faut unir les travailleurs du monde entier, qu'il y a une seule classe sociale que sont les travailleurs à l'échelle du monde et la boussole c'est les intérêts de cette classe sociale. Alors qu'une autre conception peut considérer qu'il y a des classes ouvrières par pays et qu'elles ont des intérêts communs et qu'elles doivent être solidaires. L'internationalisme radical considère plutôt qu'il y a une seule classe ouvrière mondiale. Et donc Rosa Luxembourg fait partie de celles et ceux qui défendent un pacifisme plus radical, mais aussi au nom de cette classe sociale qu'est la classe travailleuse. On peut citer juste un extrait extrêmement court de Rosa Luxembourg. Elle dit que dans les relations internationales, la bourgeoisie représente une politique de guerre et d'annexion. alors que.
Xavier Mauduit
Le prolétariat représente une politique de paix générale. C'est quelque chose dont elle est convaincue et dont elle se fait le porte-parole. Avec le contexte qui change et Adeline Blazkowicz-Maison, on peut le dire qu'au.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Moment où éclate la première guerre mondiale, le pacifisme est pris dans l'épreuve de la guerre. Et là, les positionnements peuvent changer. On y assiste ? Alors effectivement, ce qu'on retient évidemment en termes de grands positionnements qui changent, c'est le ralliement global, assez général, du mouvement ouvrier, donc au sens large, c'est-à-dire du mouvement socialiste, mais aussi du mouvement syndical, aux mots d'ordre de l'Union sacrée, c'est-à-dire la suspension des clivages politiques, en France, pour la défense de la patrie attaquée par l'Allemagne. Donc effectivement, là, il y a un grand basculement qui s'opère, effectivement, dans ce moment charnière de l'été 1914. L'assassinat de Jean Jaurès est aussi un grand moment de bascule, puisque l'on dira évidemment que c'est la première grande victime de l'exacerbation des nationalismes qui se déclenche avec ce premier conflit mondial. Vous avez effectivement fait passer l'extrait d'Ernest Poisson. On aurait pu aussi penser au grand discours du secrétaire général de la CGT de l'époque, Léon Jouhaut, au moment des obsèques de Jean Jaurès, le 4 août 1914, qui incarne justement ce grand moment de ralliement de la classe ouvrière à l'Union sacrée. Donc là, à partir de là, effectivement, les positions changent. Alors, les positions changent, mais il faut préciser jusqu'où elles changent. C'est-à-dire qu'effectivement, il y a un ralliement du mouvement socialiste à ce patriotisme, qui n'est pas forcément un ralliement qui va jusqu'au boutisme nationaliste. Là, il y a des positions qui vont évoluer au fil de la guerre, mais qu'il faut quand même spécifier. Les socialistes, d'ailleurs, ne reprennent pas forcément à leur compte la notion d'union sacrée, qui est celle du président de la République Poincaré. eux préfèrent la notion justement de défense nationale, qui est dans la lignée justement de la pensée de Jean Jaurès dans l'armée nouvelle. Et donc une partie des socialistes, ceux que l'on appellera d'ailleurs les majoritaires de guerre, donc ceux qui majoritairement se rallient donc à la défense nationale, va se placer justement, enfin en tout cas va considérer être dans la lignée, dans l'héritage direct de la pensée de Jean Jaurès, puisqu'il s'agit pour ces socialistes, pour ces leaders socialistes, d'une guerre de défense, d'une guerre défensive. Alors les personnes qui incarnent, les leaders socialistes qui incarnent cette majorité de guerre, c'est Albert Thomas que j'ai déjà évoqué. On peut aussi penser à Pierre Renaudel, Pierre Renaudel qui était aussi présent, c'est mentionné dans l'extrait au moment de l'assassinat de Jean Jaurès et qui va prendre la tête du journal l'Humanité. pendant la Première Guerre mondiale. Donc ces deux figures incarnent justement ce ralliement des socialistes à l'Union sacrée. Et puis il faut bien sûr penser aux autres personnalités, celles qui vont justement participer au gouvernement, que l'on pense à Marcel Samba ou encore à Jules Guedes, grande figure de l'internationalisme ouvrier, mais qui sera ministre à partir de 1914. Et ces deux hommes seront rejoints justement par Albert Thomas à partir de mai 1915, qui occupera un poste hautement stratégique et symbolique, celui de sous-secrétaire d'État puis ministre de l'Armement, c'est-à-dire donc en charge de la mobilisation industrielle et de la mobilisation sociale, en charge aussi de la liaison avec le mouvement syndical pour tout ce qui est justement organisation, répartition de la main-d'œuvre dans les usines de guerre. Donc là on voit bien que les positions changent et ces évolutions des positions, alors il y a une unanimité quand même du mouvement socialiste et ouvrier en 1914, une quasi-unanimité, mais des clivages bien sûr, des contestations vont progressivement réapparaître et on va voir justement réapparaître ces ces.
Xavier Mauduit
Retours à l'internationalisme socialiste plus pur et plus classique et qui contesteront le choix justement de défendre l'Union sacrée et la défense nationale. Adeline Laskiewicz à votre maison, vous êtes l'autrice d'une biographie sur Albert Thomas. Albert Thomas, une histoire du réformisme social, c'est publié aux presses universitaires de France et nous citons Toutes ces personnes, ces grandes figures, Rosa Luxembourg, Jean Jaurès, Albert Thomas, Jules Guedde, Jean Dumas du Camp, vous êtes aussi biographe de Jules Guedde, l'inventeur du marxisme en France. Ça, c'est publié chez Duneau. On a ici des individus. C'est toujours très intéressant de parler d'individus parce que ça montre aussi les grandes divisions qu'il y a, les positionnements très différents avec Albert Thomas qui devient chargé de l'armement.
Jean-Louis Maducange
En France pendant la guerre. On est bien loin de ce que d'autres, au même moment, eux aussi socialistes peuvent imaginer du pacifisme. Disons que ce qui s'est passé, c'est qu'à l'épreuve des faits, c'est-à-dire à partir du moment où la guerre est déclenchée en août 1914, eh bien tout se reconfigure puisqu'il ne s'agit plus uniquement de faire des déclarations dans des congrès ou d'organiser telle ou telle manifestation, mais de se positionner concrètement face à des événements d'une gravité extrême. Et effectivement, il y a quelques surprises. Alors parmi elles, vous avez Gustave Hervé qui était dans l'extrême gauche du parti socialiste qui était longtemps un anti-militariste virulent et qui là devient un patriote acharné si je puis dire. Et puis vous avez effectivement cette figure de Jules Guedde dont on peut dire quelques mots parce que Jules Guedde dans le mouvement socialiste de cette époque-là c'est une figure extrêmement connue. Alors aujourd'hui le nom dit beaucoup moins de choses que Jean Jaurès mais en réalité pour les militants de l'époque Parmi ceux qui ont fondé le Parti Socialiste, il y a évidemment Jean Jaurès, il y a Jules Gued, il y a aussi Edouard Vaillant et quelques autres, mais Jules Gued est fondamental. Et il est fondamental parce qu'il incarnait plutôt celui qui avait introduit le marxisme en France. Alors un marxisme, on dit souvent caricatural, tout ce que vous voulez, mais le marxisme quand même. Et une ligne de fracture avec Jean Jaurès, entre Gued et Jaurès, C'était la participation gouvernementale qui s'était beaucoup affrontée autour de cette question au début du XXème siècle dans le contexte de l'affaire Dreyfus. Et là, donc, Jules Gade, lui, est bien vivant en août 1914. Jules Gade va se retrouver à devenir ministre sans portefeuille. Alors qu'est-ce que c'est un ministre sans portefeuille ? C'est quelqu'un qui siège au gouvernement mais sans avoir d'attribution particulière. Et il le fait, il se justifie en disant qu'il faut défendre la République française qui est attaquée par l'armée du Kaiser. Et donc à partir de là, lui, Jules Gued, met entre parenthèses la lutte des classes, la lutte sociale. Il a cette formule qui, moi je trouve, résume très bien sa perspective quoi que l'on en pense, c'est la lutte des classes reprendra ses droits plus tard. Pour l'instant c'est la guerre, on défend la France, la République, et on verra plus tard. Évidemment, consternation parmi une partie de ses partisans, qui eux étaient très hostiles à la fois à la participation au gouvernement et à la guerre, mais aussi beaucoup de gens, il faut bien le dire, le suivent à l'époque. Alors, sans rentrer dans tous les détails, il faut préciser une chose, c'est que Julian ne participe au gouvernement qu'à la fin du mois d'août 1914, quand concrètement, la France commence à être envahie. Donc évidemment, ça change les paramètres, parce que votre pari historique, que vous vous appeliez donc au Jaurès, Gued, ou que vous soyez militant socialiste, était de compter sur la paix, de compter sur la fraternité entre socio-démocrates allemands et socialistes français. A partir du moment où vous avez une armée étrangère qui foule votre sol, évidemment la problématique est tout de même différente, ça ne justifie rien. de tout cela, mais ça permet de comprendre pourquoi des gens qui étaient si hostiles que cela à la guerre et qui en avaient fait un de leur mantra politique et qui avaient même insisté sur le fait qu'il ne fallait pas participer au gouvernement parce que c'était se lier à la bourgeoisie, et bien finalement le font. Dans le cas des personnes qui ont été citées précédemment, Albert Oba, Marcel Samba, c'est plus cohérent d'une certaine manière parce qu'eux étaient, entre guillemets, à la droite du socialisme, avaient toujours dit qu'il fallait être réformistes, étapistes, modérés, donc une participation gouvernementale était d'une certaine manière un débouché politique logique de leur conception. Ce qui sème plus la confusion et la consternation, c'est le fait que beaucoup de gens de l'aile gauche aussi deviennent, entre guillemets, patriotes et défendent.
Xavier Mauduit
Défendent de fait l'armée française face à l'armée allemande. Et ça, évidemment, ça reconfigure profondément le socialisme européen et ça va le marquer durablement. Puisqu'il marque le socialisme européen également, dans ce contexte-là, c'est l'impossibilité d'organiser autant de congrès comme c'était.
Narrator/France Culture Host
Le cas par le passé, même si pendant la guerre, encore, les socialistes se réunissent et dans ce cas-là, ils se rendent en Suisse. Depuis que la guerre est déchaînée, vous avez mis toutes vos forces, tout votre courage, toute votre endurance au service des classes possédantes pour vous entretuer les uns les autres. Aujourd'hui, il faut, restant sur le terrain de la lutte des classes irréductibles, agir pour votre propre cause, pour le but sacré du socialisme, pour l'émancipation des peuples opprimés et des classes asservies. Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous.
Xavier Mauduit
Vous crions ! Par-dessus les frontières, par-dessus les champs de bataille, par-dessus les campagnes et les villes dévastées, prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! en septembre 1915, en pleine première guerre mondiale, à Zimmerwald, en Suisse. C'est dans le canton de Bern. Le canton de Bern accueille ses socialistes.
Julien Chuzville
Avec cet appel prolétaire de tous les pays, unissez-vous. On retrouve ici le manifeste du Parti communiste de 1848. Dites-nous Julien, qu'est-ce que cette conférence suisse de 1915 ? Alors c'est tout simplement le projet, pour les socialistes qui sont restés opposés à la guerre, de se rassembler par-delà les frontières et de rassembler y compris des socialistes des pays qui sont en guerre les uns contre les autres. Ce qui est un symbole extrêmement fort pendant le conflit. Que des socialistes allemands et français puissent se rencontrer, se serrer la main, discuter ensemble, adopter des textes communs, en soi, c'est déjà une transgression. Et par ailleurs, leur texte est extrêmement important puisqu'il rappelle des fondamentaux socialistes, il rappelle l'internationalisme, l'opposition à la guerre impérialiste. Donc c'est aussi, Zimmerwald, une analyse de la guerre. Cette guerre n'est pas une guerre justifiable pour le mouvement ouvrier. C'est l'impérialisme, c'est la mise sous dépendance économique d'un certain nombre de territoires de la part des principales puissances capitalistes. C'est aussi le fait de s'accaparer des ressources. des ressources naturelles, ça peut être du métaux précieux, du pétrole, ça peut être un détroit, un canal, etc. Et donc, cette guerre ne peut être que combattue par les socialistes. Et donc, Zimmerwald appelle l'ensemble des ministres à quitter les gouvernements, l'ensemble des ministres socialistes, j'entends, et appelle tous les députés socialistes à voter contre les crédits de guerre. Puisqu'il y a eu, dès le début, dès août 14, des opposants à la guerre dans tous les pays. Dans un certain nombre de pays, ils étaient majoritaires. C'est le cas en Serbie, en Russie. Il y en avait en Grande-Bretagne, en Italie. Dans d'autres cas, ils étaient minoritaires, comme en Allemagne, comme en France. Mais ils ont toujours existé. En décembre 1914, par exemple, en Allemagne, Karl Liebknecht vote seul. contre les crédits de guerre. En France, on a des opposants dès août 1914. Alors, leur voix est étouffée par la censure. Certains vont être mobilisés. On peut citer le cas, par exemple, de Pierre Monat, qui était un syndicaliste révolutionnaire, qui n'était pas mobilisable. Il était réformé parce qu'il avait un problème de santé. Mais comme il est contre la guerre, on l'envoie quand même dans les tranchées. C'est-à-dire que pour le punir, Il ne doit pas faire la guerre, on lui fait faire la guerre quand même vu qu'il est contre. Et on peut prendre de ce point de vue-là le contraire, c'est Albert Thomas, qui lui est mobilisable, qui d'ailleurs est mobilisé en août 14, mais comme il est pour la guerre et qu'il a des contacts politiques, ça lui permet de ne pas faire la guerre, de ne pas aller dans les tranchées. Donc quand on est contre la guerre, on est forcé de la faire, quand on est pour la guerre, ça permet de ne pas la faire. C'est un cas extrême, mais qui est quand même tout à fait représentatif.
Xavier Mauduit
Et il faut aussi citer l'ensemble des militantes et militants du mouvement ouvrier qui sont emprisonnés dès août 1914. Il y en a dans les différents pays. Aline Baskiewicz-Maison, bien sûr, Albert Obama vient d'être évoqué. C'est vrai que c'est toujours intéressant de mettre des positionnements politiques en perspective dans des contextes aussi intenses que peut être la Première Guerre mondiale. Mais ce qu'il faut voir, c'est que le pacifisme est porté par des socialistes plus ou moins vivement, par d'autres mouvements qui.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Se croisent aussi au même moment. On imagine l'intensité de ce que peuvent vivre les gens de cette période-là. Et donc pacifisme et d'autres mouvements se croisent. Alors effectivement pacifisme et d'autres mouvements se croisent. Alors peut-être pour réagir sur effectivement le cas de Thomas qui n'est pas mobilisé mais va participer à la mobilisation, il y a tout un imaginaire aussi qui va se déployer autour de cette période sur la figure de l'embusqué, c'est-à-dire celui qui est le planqué à l'arrière. Et donc ça va aussi toucher bien sûr le mouvement socialiste et le mouvement ouvrier. Et donc j'avais aussi croisé un certain nombre de lettres qui sont envoyées à Albert Thomas, qui sont des lettres qui montrent une certaine haine qu'il suscite au sein du mouvement socialiste et du mouvement ouvrier, justement parce qu'il est considéré comme un embusqué, comme un planqué. Et on voit aussi, il me semble important de le signaler, le clivage moral, qui est au-delà du simple clivage politique, qui touche vraiment aux valeurs humaines, qui va vraiment réémerger à la faveur de la Première Guerre mondiale, et qui va expliquer aussi pourquoi les voix qui sont au départ minoritaires d'opposition à la guerre et à l'Union sacrée, ne vont pas devenir majoritaires, en tout cas pas tout de suite, mais vont prendre de l'ampleur. Alors pour revenir sur la question des milieux qui se croisent, il faudrait peut-être évoquer ici le croisement ou plutôt le moment charnière de la Première Guerre mondiale, qui est considéré dans l'historiographie comme un moment clé où le mouvement féministe et le mouvement pacifiste vont se croiser. Et donc il y a des figures qui incarnent justement ce lien important entre pacifisme et féminisme, et des figures féminines courageuses qui vont s'exprimer contre la guerre et qui vont s'exprimer très tôt contre la guerre, y compris en France, y compris dans un pays où effectivement la censure contre les prises de position pacifiste est très forte. Donc toute prise de position pacifiste est jugée comme étant de la démoralisation de l'armée, de l'antipatriotisme, etc. Et donc vont être fortement réprimées, fortement criminalisées. On peut penser par exemple à une personnalité comme Louise Somono qui représente en fait le groupe des femmes socialistes de la SFIO, donc le parti socialiste de l'époque, qui va diffuser en 1915 l'appel de Clara Zetkin aux femmes, donc la militante socialiste allemande Clara Zetkin qui avait écrit un grand appel des femmes pour la paix. Et donc Louise Somono va diffuser, bien sûr illégalement, ses tracts au sein du mouvement socialiste français, elle sera réprimée pour ça. On peut penser aussi à une figure importante qui est l'institutrice Hélène Brion, qui sera d'ailleurs jugée devant un tribunal militaire en 1918 pour ses prises.
Narrator/France Culture Host
De position pacifistes. Donc vous avez un moment charnière quand même aussi de liaison entre le mouvement féministe et le mouvement pacifiste pendant la Première Guerre mondiale. Depuis la guerre, je n'ai cessé d'être en lutte, même et surtout avec mes plus proches camarades pacifistes, ceux qui ont rédigé les brochures que vous me reprochez, à cause de leur manque de féminisme. Il y a de cela des preuves écrites dans la brochure La Voix Féministe, qui est mon œuvre propre, l'expression de ma pensée à moi et qui, cependant, n'a pas été lue. Ni d'ailleurs aucun de mes écrits sur la paix, par vous, messieurs, qui cependant vous apprêtez à juger ma propagande pour la paix. Je suis ennemi de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale. Le féministe ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle. Il y a antinomie absolue entre les deux. Je ne pense pas que dans la société primitive, la force de la femme ni sa valeur étaient inférieures à celles de l'homme. Mais il est certain que dans la société.
Xavier Mauduit
Actuelle, la possibilité de la guerre a établi une échelle de valeur toute factice au détriment de la femme. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Maïouane Guiziot qui nous lisait cette déclaration d'Hélène Brillon, féministe pacifiste au conseil de guerre le 29 mars 1918. Jean-Luc Maducange, ce moment de la première guerre mondiale, bien sûr c'est un moment important dans l'idée du pacifisme, parce que c'est toujours compliqué le pacifisme, il y a la doctrine et puis comment on fait appliquer cette doctrine. Est-ce que, pour reprendre un peu l'image de.
Jean-Louis Maducange
Jules Guedes, c'est une parenthèse et puis après la guerre on reprend les choses, ou est-ce que la première guerre mondiale a profondément transformé la manière d'appréhender le pacifisme ? Ceux qui pensaient que ce serait une parenthèse et que les choses reprendraient leur cours après, effectivement, le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils sont plutôt trompés. Mais oui, toujours ce mot de paix. C'est intéressant parce qu'on parlait de la conférence de Timmerwald et lors de cette conférence qui réunit quelques dizaines de délégués, donc de taille très modeste, Même au sein de cette conférence, vous avez des divergences sur ce qu'on entend par paix, lutte contre la guerre, etc. Et l'aile la plus à gauche à Zimmerwald, il y a un certain Parent Plénine, qu'on ne connaît pas encore à l'époque, mais qui va évidemment être plus connu ensuite avec la révolution bolchivique, qui lui, a carrément assumé le fait qu'il faut mener une guerre civile. Pourquoi une guerre civile ? Une guerre civile entre prolétaires et bourgeois. Car, comme Selon ces termes, la bourgeoisie impérialiste a jeté les prolétaires les uns contre les autres. Donc, la guerre a lieu. Désormais, il faut transformer ce qu'il qualifie de guerre impérialiste entre puissances en guerre civile. Au sein de chaque société, il faut que la révolution ait lieu et que la révolution se fasse. Donc, évidemment que l'idée révolutionnaire était présente avant 1914. Nous parlions au départ de la Révolution française, il y a eu la Révolution de 1848, il y a la mémoire de la Commune de Paris de 1871. Donc, l'imaginaire révolutionnaire existait, il y avait eu des révolutions avortées, etc. Mais là, à quoi pensent les socialistes pendant la guerre ? Certains pensent qu'il faut effectivement gérer la situation comme on le peut. Certains disent, une fois que ce sera fini, eh bien nous reprendrons nos luttes. Et d'autres, même s'ils ont des divergences entre eux, certains disent, eh bien maintenant, l'heure de la révolution finalement a sonné. Et effectivement, ce qui va bouleverser fondamentalement le socialisme international, c'est les prises de position des uns et des autres en août 1914, nous l'avons dit, mais tous, beaucoup en tout cas, envisageaient que cette guerre soit relativement courte et ne fasse pas tant de victimes que cela. Alors a posteriori ça nous choque beaucoup, mais à l'époque c'est ce que pensaient beaucoup de gens. Bien, pas que chez les socialistes d'ailleurs. Ce qui va se passer, non seulement la guerre va être extrêmement meurtrière, on compte évidemment de très nombreuses victimes, mais c'est qu'il y a aussi au bout d'un moment une vague révolutionnaire qui va être déclenchée et qui part pour une large part de la Russie en février 1917 notamment à travers une marche des femmes à la fin du mois. Et cette révolution russe va matérialiser une chose concrète. Cette fois-ci, il y a une révolution. Il y avait une première révolution russe en 1905, mais elle avait été avortée. Et n'oublions pas, situons-nous dans le cerveau de tous ces gens, Eh bien, deux révolutions, il n'y en avait pas eu en Europe occidentale, finalement, depuis la Commune de Paris. Donc là, la guerre a permis la révolution. Donc le pire, d'une certaine manière, ce qu'on redoutait par-dessus tout, a permis de créer les conditions du, entre guillemets, du meilleur, en tout cas du nouvel ère. Et c'est en cela que la guerre reconfigure profondément le mouvement ouvrier européen, pas que les français de ce point de vue-là, loin de là, eh bien c'est que désormais on va devoir se positionner par rapport à un moyen d'action concret qui est la révolution. Les masses entrent en mouvement à partir de 1917 en Russie, il va y avoir, on l'oublie parfois, une immense vague révolutionnaire aussi qui va traverser en réalité tout le continent. moins la France que d'autres pays mais qui va traverser évidemment les pays défaits comme l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie et tout ça reconfigure profondément tous les équilibres d'avant-guerre. D'une certaine manière les débats d'avant 1914 se poursuivent mais ils se poursuivent dans une configuration tout à fait autre et où les socialistes vont occuper des positions.
Xavier Mauduit
De plus en plus importantes au pouvoir quand une minorité pro-bolchevique mais pas que, quand des minorités révolutionnaires vont, eux, miser sur le renversement de l'État et faire la révolution. Julien Chiusville, oui, ben là, la révolution bolchevique.
Julien Chuzville
En Russie, en 1917, ça change complètement la donne. D'ailleurs, la Russie cesse d'être en guerre. Alors, en guerre avec les autres pays, mais en guerre civile, c'est la révolution. Oui, alors il faut bien voir que... Alors je reviens un peu sur Hélène Brion parce que c'est un personnage très intéressant. Hélène Brion, elle est membre de plusieurs organisations. Elle est à la CGT, elle est syndicaliste révolutionnaire, elle est au Parti Socialiste, elle est féministe radicale. Elle est aussi, pendant la guerre, membre d'une petite organisation qui s'appelle le Comité pour la reprise des relations internationales et qui est la principale organisation pour la paix pendant la Première Guerre mondiale, qui est constituée de socialistes, de syndicalistes, d'anarchistes. Elle côtoie des militantes et militants, comme Lucie Colliard, qui passera aussi en Conseil de guerre, comme Fernand Lauriot, un instituteur, qui joue un rôle important à cette période-là. Et ce sont des militantes et militants qui considèrent que, pour arrêter la guerre mondiale, il faut faire la révolution mondiale. et qu'en renversant tous les gouvernements qui ont provoqué la guerre, on permettra la paix, et en instaurant un socialisme mondial, on va permettre d'avoir une paix définitive, en réalité. Et donc, quand arrive la révolution en Russie, en février-mars 1917, évidemment, ils se disent que c'est le début de cette révolution mondiale. Mais ça ne pourra marcher que si ça s'étend aux autres pays. Donc, pour eux, l'objectif, c'est que cette révolution soit faite. Ce qui les marque beaucoup dans cette révolution russe, c'est l'émergence des conseils ouvriers, qu'on appelle soviets en russe. Donc, cette idée de création à la base d'organes de démocratie directe et que finalement, ces organes vont remplacer l'État, vont remplacer un fonctionnement hiérarchique. Et c'est en généralisant ces conseils ouvriers dans tous les pays qu'on pourra faire la révolution mondiale, une révolution auto-organisée. qui mettra fin à l'exploitation et aux hiérarchies. Bon.
Xavier Mauduit
Comme on le sait, c'est pas tout à fait ce qui va se produire, mais il faut comprendre aussi quelle est leur volonté et quelle est leur conviction à l'époque. Le 11 novembre 1918, c'est la fin de la Première Guerre mondiale. Enfin bon, les soldats ne sont pas tous mobilisés, on sait que les combats continuent encore au même moment. En tout cas, en 1919 est signé le Traité de Versailles. Alors je vous propose une archive exceptionnelle parce que là on touche au témoignage de quelqu'un qui a été proche de.
Karl Marx (quoted)
L'Événement, il y était, il était journaliste. Alors lui il couvrait notamment pour l'Eco de Paris ou l'Illustration, c'est Jean-Claire Guyot et là c'est le Traité de Versailles vu autrement. Le premier affolement du Vieux Tigre a été de voir qu'on avait placé dans cette salle de la Galerie des Glaces Des fauteuils en pile, pour les officiels. Quand il a vu ça, Clément s'est levé les bras au ciel en disant, c'est désastreux, c'est énorme. Il avait trouvé aussi étrange... un certain tapis, couleur feuille morte, dont on avait recouvert la table d'époque Louis XV, sur laquelle les plénipotentiaires devaient signer. Sur ce même tapis, on avait déniché aux affaires étrangères un extraordinaire encrier style moderne, qui détonnait de façon effroyable dans ce cadre merveilleux. Et alors là, quand Clemenceau a vu ça, il a dit « Ah non, pas ça ! Il faudra en apporter un autre. » Et il a immédiatement fait emporter le machin. Clemenceau était toujours seul. Wilson est arrivé avec un bon quart d'heure de retard. On a vu Wilson traverser toute la galerie des glaces. Il n'avait jamais visité le palais de Versailles. Il a traversé cette merveille, cette vie surveilleuse, en regardant le bout.
Xavier Mauduit
De ses pieds, Clémenceau se rendait compte qu'il restait complètement indifférent à tant de splendeur. Et alors, il fallait voir la tête de Clémenceau balançant ses bras en disant, c'est navrant, c'est navrant. C'est navrant, complètement. Ce traité de Versailles en 1919, c'est un moment de paix. C'est un traité de paix, bien sûr. On sait les conséquences désastreuses par la suite, parce qu'il y a cette humiliation des pays vaincus. Adeline Blazkiewicz-Maison, dans ce moment-là, en 1919, la paix est signée. toutes les pensées pacifistes sont présentes dans ce traité-là. Par exemple, un personnage comme Albert Thomas, lui, il a été ministre, il a été sous le gouvernement Aristide Briand, donc une grande figure de la.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Réflexion sur la paix et la vie en harmonie entre les nations. Est-ce qu'on sent ici qu'après la Première Guerre mondiale, il y a la volonté de mettre en place quelque chose qui peut assurer la paix ? Alors effectivement, l'extrait est assez, au-delà de son caractère amusant, il est assez intéressant parce qu'il montre aussi les divergences dans la conception de la paix chez les dirigeants. La conception de Clémenceau n'est pas la même que celle du président Wilson, donc outre leurs divergences de goût, visiblement, il y a aussi des divergences politiques très fortes. Il faut aussi peut-être signaler ici la force du Wilsonisme, c'est-à-dire des idées de Wilson qui touchent les opinions publiques internationales et qui touchent aussi une partie des socialistes français dans cette période de fin de la guerre. Alors pas les socialistes les plus radicaux qu'a évoqué Julien Chuzville, mais plutôt ceux que l'on appelait donc les majoritaires de guerre qui vont être touchés par les idées de paix du président Wilson. Alors, on connaît les fameux points du président Wilson qui sont énoncés d'abord au Sénat puis au monde entier pour justement poser les bases de la paix future. Et dans les bases de cette paix future est évoquée la création d'une société des nations. Alors qui reprend un vieil idéal justement qui était assez présent aussi dans les organisations du pacifisme plus libéral ou juridique d'avant 1914 et qui en fait sont réactivés. à la fin de la guerre. Donc qu'est-ce que c'est que cette idée de société des nations qui sera créée d'ailleurs par le traité de Versailles de 1919 ? Cette idée c'est de mettre en place une organisation internationale, une institution internationale qui doit justement permettre l'arbitrage des conflits potentiels entre les nations, qui doit être une instance de dialogue. Et donc on voit effectivement qu'une partie des socialistes se rallient à cette idée de mise en place de la société des nations. Alors, au moment du traité de Versailles, il y a des divergences chez les socialistes. Malgré tout, le traité de Versailles est dénoncé par une partie des socialistes, y compris par des socialistes plus modérés, parce que justement, on y voit le fermement potentiel d'une guerre future. Ce qui est dénoncé par les socialistes français, assez fortement d'ailleurs, c'est le fait que c'est la condamnation de l'Allemagne, y compris de son peuple. Les socialistes français, même si une partie considère effectivement que le gouvernement allemand est responsable de la guerre, ne souhaitent pas la condamnation du peuple allemand, justement, par réminiscence de cet idéal de solidarité entre les peuples et entre les nations. Et donc, des personnalités, on n'a pas évoqué la figure de Jean Longuet, mais on pourrait l'évoquer maintenant, qui a été une figure aussi certaines minorités de guerre qui commencent à critiquer à partir de 1916 justement l'Union sacrée, va justement porter la critique très fortement contre le traité de Versailles. Et donc le groupe socialiste au Parlement décide finalement de s'abstenir, de ne pas soutenir le traité de Versailles. Ce qui n'est pas le cas de Thomas, donc ça le place aussi encore une fois à la droite du parti, assez assez clairement, et donc lui estime qu'il faut croire potentiellement dans cette future société des nations, et lui-même incarnera justement cette croyance très forte dans la société des nations, puisqu'il prendra la tête du secrétariat de l'Organisation Internationale du Travail, qui.
Xavier Mauduit
Est donc une institution qui est liée à la société des nations, et qui se donnera pour objectif d'établir la paix par la justice sociale.
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C'Est-À-Dire par la mise sur pied d'une législation sociale internationale. l'Organisation Internationale du Travail, qui est fondée en 1919, au mois d'avril, et dix ans plus tard, en 1929, Albert Thomas, oui oui, s'en souvient. Dix ans se sont écoulés, puis la fondation du Bureau International du Travail. Dix ans scientifiques intenses. Réunions de conférences de négociations. 29 conventions ont été votées. 391 ratifications ont été obtenues. Déjà, le Bureau international du travail peut se flatter d'avoir répandu.
Karl Marx (quoted)
Quelques bienfaits sur les travailleurs du monde.
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Selon la formule du traité de.
Xavier Mauduit
Paix. Par l'effort de tous, par la collaboration de cœur et d'esprit de tous, nous élèverons le monument de paix et de justice sociale que les peuples ont conçu après la catastrophe de la guerre. Adeline Blazkowicz-Maison, ça c'est pour vous, Albert Thomas en 1929. Il y a.
Adeline Blazkiewicz-Maison
Cet espoir qui est porté, mais 1929, on est dans un tout autre monde, c'est-à-dire que le Parti Socialiste, la SFIO, s'éparaient maintenant des communistes. La paix, ici, progresse, mais dans un univers complètement différent. Alors effectivement, la paix progresse certes, mais il y a tout de même eu des tensions qui sont les conséquences immédiates de la Première Guerre mondiale qui sont assez fortes dans les années 1920. Donc là évidemment, dans cet extrait, Thomas fait la liste des succès de son organisation, donc c'est assez logique. Il fait en quelque sorte la propagande de sa propre organisation. De fait, il mentionne un certain nombre de conventions qui ont été adoptées. Alors on peut On peut citer évidemment la première convention de l'Organisation Internationale du Travail qui est adoptée en 1919, qui est la célèbre convention sur les 8 heures de travail par jour, qui reprend bien sûr un vieux mantra du mouvement ouvrier autour de la réduction du temps de travail, autour des mobilisations autour du 1er mai. Et donc un certain nombre d'États, même si pas tous, ont ratifié cette convention sur la réduction du temps de travail. Il y a eu d'autres conventions importantes qui ont été adoptées, notamment des conventions sur la protection de la maternité, l'interdiction du travail des femmes, la protection du travail des enfants, etc. Donc ça c'est les premières grandes conventions qui sont adoptées par l'OIT et qui contribuent, en tout cas dans l'esprit des concepteurs de ces conventions et des fondateurs de cette organisation, à l'harmonisation des conditions sociales des travailleurs des différentes nations. Et donc l'idée, la philosophie générale qui préside à l'Organisation Internationale du Travail, c'est l'idée de dire qu'il faut établir la paix, que la paix pourra s'établir bien sûr par le dialogue entre les nations, ça c'est le rôle de la Société des Nations, mais aussi par l'harmonisation et la mise sur pied des bases d'une forme de justice sociale pour les travailleurs. Il y a aussi l'idée finalement d'une sorte de récompense qui serait octroyée aux classes ouvrières après les sacrifices auxquels ils ont consenti pendant la première guerre mondiale. C'est aussi ça qui préside à la constitution d'une organisation internationale du travail. Et puis il y a aussi une vision qui est tout à fait contradictoire avec.
Xavier Mauduit
Celle portée par la révolution russe qui prône la lutte des classes. Au contraire, l'Organisation Internationale du Travail prône plutôt le dialogue entre les classes sociales pour permettre cette harmonisation générale des.
Julien Chuzville
Conditions de travail. 1919, Traité de Versailles, 1919, Organisation Internationale du Travail, 1919, c'est la troisième Internationale Communiste aussi, c'est ce qui va aboutir un an plus tard à la naissance du Parti Communiste Français. Tout à fait, c'est-à-dire que la première guerre mondiale va avoir vraiment des conséquences durables dans la scission du mouvement socialiste. En 1914, au début de l'année, on n'a qu'une internationale. En 1922, on.
Xavier Mauduit
A quatre internationales qui viennent de la même. Les socialistes ne pensent plus la même chose. Il y a ceux qui considèrent qu'il faut aménager le capitalisme, ceux qui continuent à vouloir une société socialiste. Et l'idée de pacifisme dans cette histoire-là, nous le voyons bien, a pu évoluer et n'a jamais été une ligne directrice évidente. Ce sont plein de chemins. Ce qu'on constate.
Archive Voice/Actor reading historical testimonies
Surtout, c'est.
Xavier Mauduit
Que pour les Françaises, les Français et même toutes les personnes en Europe, le pacifisme c'est aussi... On arrête ça et on recommence plus ça. C'est simplement arrêtons les horreurs de la guerre. Merci vivement. A tous les trois, Aline Blazkiewicz, maison, je rappelle, Albert Thomas, aux prêts universitaires de France, Julien Chuzville, un court moment révolutionnaire, la naissance du Parti Communiste français.
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C'Est chez Libertalia, et Jean-Humain Ducange, il y a votre Jean Jaurès chez Perrin. Merci beaucoup à vous trois. Prochain épisode dans le cours de l'histoire. Allez, on fait la paix de l'ASDN.
Xavier Mauduit
À l'ONU. Certains d'entre vous penseront peut-être qu'André Chassol, Vis-à-vis du monde actuel, cette image du monde possible, nous poussons l'idéalisme jusqu'à la chimère. N'oubliez pas cependant qu'à cette chimère, la vie universelle est suspendue. Léon Blum à l'ASDN, un discours de 1936 dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau à La Technique, Ludovic Augé à Paris et Patrick Fournol à.
France Culture, 7 janvier 2026 – Animé par Xavier Mauduit
Cet épisode du "Cours de l’histoire" interroge les origines du pacifisme en France et en Europe, notamment au sein du mouvement socialiste, de la Révolution française à l’après-Première Guerre mondiale. À travers les interventions d’historiens et d’extraits de textes et discours, l’émission explore les débats intellectuels et politiques sur la guerre, la paix, le pacifisme, l’internationalisme, et la portée de ces concepts dans une société bouleversée par la violence et les révolutions.
Participants :
"La lutte des classes reprendra ses droits plus tard. Pour l’instant c’est la guerre, on défend la France, la République, et on verra plus tard."
"Je suis ennemi de la guerre parce que féministe. La guerre est le triomphe de la force brutale. Le féminisme ne peut triompher que par la force morale et la valeur intellectuelle. Il y a antinomie absolue entre les deux."
(Déclaration au conseil de guerre, 29 mars 1918)
"Par l’effort de tous, par la collaboration de cœur et d’esprit de tous, nous élèverons le monument de paix et de justice sociale que les peuples ont conçu après la catastrophe de la guerre."
"L’idée de pacifisme [...] n’a jamais été une ligne directrice évidente. Ce sont plein de chemins. Ce qu’on constate surtout, c’est que pour les Françaises, les Français et même toutes les personnes en Europe, le pacifisme c’est aussi… On arrête ça et on ne recommence plus ça. C’est simplement : arrêtons les horreurs de la guerre."
Ce riche épisode brosse l’histoire complexe et sans cesse recomposée du pacifisme au prisme des luttes révolutionnaires, des guerres, des divisions du mouvement ouvrier et des expériences traumatiques du XXe siècle. Depuis l’internationalisme socialiste jusqu’aux luttes féministes et à l’espoir mis dans la justice sociale internationale, la quête de la paix s’entrelace toujours avec la réalité des rapports de force et des idéaux contrariés.