
Peuple et police, je t'aime, moi non plus 4/4 : Mais que fait la police ?
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. L'implication de l'AIS, la police de l'immigration dans les morts de René Goode et d'Alex Pretty dans le Minnesota aux États-Unis, rappelle qu'une milice, ce n'est pas la police. L'occasion d'écouter l'émission du Cours de l'Histoire. Mais que fait la police? Bonne écoute. Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Et bienvenue dans le Cours de l'Histoire.
B
Le Cours de l'Histoire. Xavier Mauduit.
A
Passe d'armes à la chambre des députés. La scène se passe en décembre 1831, sous la monarchie de Juillet, Louis-Philippe étant roi des français. François Mauguin, député d'opposition, prend la parole. Il dit, mais que fait la police? Elle enroule des vagabonds délibérés, des repris de justice, des hommes dont le chef lui-même indique la moralité. en donnant à entendre que plusieurs vols seront commis dans la soirée. On les enrôle, on leur promet paiement. Mouvement dans l'assemblée, les policiers seraient donc des provocateurs. Le président du conseil, Casimir Perrier, répond. Vous sentez, messieurs, que lorsqu'on ne prend pas contre de pareilles accusations le parti du silence, qui, en certains cas, est aussi une réponse éloquente, il faut les repousser jusqu'au bout sans faire grâce d'aucun détail. Ah, Police, je t'aime. Police, moi non plus. Nous étions en 1831, mais que fait la Police? Cette semaine dans le Cours de l'Histoire sur France Culture, le peuple et sa police. Nous avons regardé la police des Lumières, une police éclairée, point d'interrogation. Comment la police est-elle devenue républicaine? Et puis hier, nous avons parlé avec Daniel Tartakovsky de tenir la rue quand le pavé est battu. Des émissions à réécouter en ligne sur le site internet du Cours de l'Histoire, franceculture.fr ou bien en baladodiffusion, c'est le podcast. Aujourd'hui, mais que fait la police? L'hostilité envers la police est-elle un invariant historique? Et remettre en cause la police, est-ce remettre en cause l'Etat? Avec vous, Arnaud Dominique Houth. Bonjour.
B
Bonjour.
A
Vous êtes professeur à Sorbonne Université, vous êtes spécialiste de la police avec une lecture sociale de la police et c'est important parce que ces policiers sont des hommes. Vous travaillez principalement sur le XIXe siècle donc on a des hommes. Vous avez écrit « Gendarmes et gendarmerie dans le département du Nord », « Le métier de gendarme au XIXe siècle ». Et puis là, vous venez de co-diriger cet ouvrage qui va faire référence, c'est certain, parce que c'est l'histoire des polices en France, des guerres de religion à nos jours chez Belin. Quelle est la nécessité pour l'historien de porter un regard social, une lecture.
B
Sociale de la police? Un des enjeux, justement, c'est de comprendre que quand on parle de police, on parle d'abord de policiers, d'hommes et de femmes, effectivement, à partir de la fin du XXe siècle, mais donc d'individus qui sont eux-mêmes très différents et dont l'origine sociale, les motivations, l'idéologie, éventuellement les comportements, en tout cas, ne peuvent pas se réduire, justement, à un texte de loi. Un policier, c'est pas uniquement un règlement qui s'appliquerait, c'est aussi, dans une large mesure, des individus qui ont aussi une marge d'appréciation. Alors, bien sûr, contrainte par l'institution et la hiérarchie, mais tout de même, c'est important de savoir qui ils sont pour.
A
Savoir ce qu'ils font. Et là où ils sont, c'est de l'histoire, donc le contexte est toujours essentiel pour comprendre les actions des policiers. Et pour parler de cette police, mais que fait la police? Jean-Claude Monod, bonjour. Vous êtes directeur de recherche au CNRS, vous enseignez à l'école normale supérieure. Vous venez de publier « L'art de ne pas être trop gouverné ». Votre ouvrage précédent, c'était « Qu'est-ce qu'un chef en démocratie politique du charisme ». C'est sûr que pour la philosophie, cette réflexion sur le rapport au pouvoir est presque un passage obligé. Le pouvoir, c'est ce qui nous importe et cela vous conduit obligatoirement.
C
À avoir une lecture historique de la chose. Oui, bien sûr, si on aborde la question du pouvoir d'une manière très générale, on peut évidemment l'élaborer en termes de rapports du sujet, du souverain, en termes juridiques, etc. Ensuite, si on entre dans la réalité historique du pouvoir, on est amené à détailler ses appareils, ses organes, et dans ce cas-là, à entrer effectivement dans l'histoire changeante de ce qu'il fait concrètement l'État, par exemple le contrôle de l'État sur un territoire, une population. Et dans ce cas-là, on est amené à s'intéresser à des zones qui ne sont pas forcément celles qui ont été privilégiées par la philosophie politique, qui ont intéressé des philosophes plus récents. et qui peuvent être justement ce qu'on a appelé par exemple l'état de police, la science de la police, des dimensions de l'art de gouverner qui sont plutôt des zones grises, qui ne sont pas forcément les grands textes juridiques ou constitutionnels, mais qui sont très importants pour appréhender la réalité de ce.
A
Que c'est que gouverner un territoire, une population. Jean-Claude Monod, dans l'art de ne pas être trop gouverné, c'est vrai que vous remontez jusqu'à la réforme protestante. obligatoirement il y a ce regard là.
C
Sur le temps long. La réforme protestante pourquoi? La réforme protestante c'était parce que je me suis intéressé en suivant des textes de Michel Foucault à ce qu'il appelait justement l'art de ne pas être trop gouverné donc à des formes de révolte ou de crise de gouvernementalité comme il disait Et le premier exemple historique qu'il donne c'est celui de cet ensemble de mouvements, parce que la réforme protestante c'était un ensemble de mouvements qui ont contesté ici plutôt l'église, plutôt le pouvoir pastoral, mais qui souvent se sont étendus à d'autres pouvoirs. On commence par contester l'église, et puis on conteste le seigneur, éventuellement les paysans contestent leur seigneur, contestent l'impôt, etc. Ça peut déboucher sur la guerre des paysans. Donc c'était cette idée de crise qui au départ a un point d'ancrage assez local, par exemple une question de spiritualité ou de religion, et puis qui peut s'élargir.
A
À tout un ensemble de relations de pouvoir. Et en tirant le fil, nous arrivons à la contestation de la domination économique. Nous allons en parler, mais pour le moment, je vous propose d'aller voir Guignol. Oui, Guignol, mais à travers les actualités françaises.
D
À la télévision. C'était le 6 avril 1950. La psychanalyse va nous aider à répondre à ces questions qui restaient pour tant de parents sans réponse. Car si l'adulte trouve une aide efficace auprès du psychanalyste, en lui racontant ses angoisses et ses obsessions, ce n'est qu'à travers les jeux et les dessins de l'enfant que le psychologue pourra déceler les troubles qui déforment son comportement. Un dessin naïf peut exprimer tant de drames. Le trop calme, Philippe n'a que 8 ans mais déjà il modèle d'instinct des revolvers. Guignol lui permet d'extérioriser sa révolte contre l'autorité. Le gendarme se fait rosser. Le gendarme ou un professeur ou un père peut-être. Et ce dessin dans lequel il se fait aussi grand que son père indique un.
A
Sentiment d'agressivité contre l'école et contre l'autorité paternelle. Ah, le sentiment de rébellion contre l'autorité à travers guignol. Arnaud Houth dans cette réflexion sur l'hostilité comme invariant historique envers la police. Et nous allons développer d'ailleurs cette notion de la police qui est un terme générique. C'est vrai qu'en travaillant sur le 19e siècle et plus tard.
B
Encore, c'est une constante. On critique la police. Absolument. Alors l'exemple de Guignol est très intéressant parce que pour le coup c'est un exemple très ancien puisqu'on a des traces du Guignol lyonnais, du La Fleur Picard dans différentes régions des théâtres de marionnettes où de manière rituelle on va frapper l'autorité et l'agent de l'autorité c'est le gendarme. Au 19e siècle c'est vraiment la figure emblématique dans les théâtres de marionnettes. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une évolution. Dans la première moitié du 19e siècle, c'est un spectacle qui est quand même assez sulfureux, qui est mal vu, qui est d'ailleurs très surveillé par les autorités. Il y a des rapports de police pour vérifier tout de même ce qui se dit autour du spectacle. On est dans quelque chose qui est subversif. Mais plus on avance vers la fin du XIXe siècle, dans la Troisième République, plus ça devient un spectacle pour enfants. Ça devient le guignol des Champs-Elysées, le guignol du Luxembourg, qui est en revanche tout à fait socialement intégré. Et c'est ça qui est assez intéressant, c'est qu'on voit que la critique de la police, finalement, va être intégrée, intériorisée. D'une certaine manière, elle va être.
A
Neutralisée. et tout simplement du même coup folklorisé. Folklorisé, cette critique de la police, c'est quelque chose que nous croisons sans cesse dans la littérature, quand nous regardons les gravures. La police est critiquée. La police, définissons un peu ce qu'est cette police, parce que vous Arnaud, vous avez travaillé sur les gendarmes, alors policiers, gendarmes. Comment se construit ce panorama des forces de l'ordre.
B
Pour le dire simplement, dès le 19e siècle? On va dire qu'au début du XIXe siècle, on a un paysage qui est à peu près clarifié avec une police à statut militaire. Ce sont des militaires, ce sont les gendarmes qui sont en fait, à cette époque-là, au XIXe siècle, la seule police nationale dans la mesure où ils sont présents sur tout le territoire. On a à côté des institutions civiles. Donc des polices qui ont un statut assez compliqué parce que souvent ce sont des polices à statut municipal mais avec quelques unités au statut national. Et là, on a la préfecture de police de Paris, on a des polices un peu partout sur le territoire. Et on a donc bien deux modèles, l'un civil, l'autre militaire. qui ne sont pas très différents en réalité, puisque ce sont à peu près les mêmes types de fonctionnement. C'est aussi le même type d'individus. Quand on dit que les policiers sont des civils, au 19e siècle, ce sont tous d'anciens militaires.
A
Et qui ont une culture très militaire également. Sur ces policiers contestés au 19e siècle, Jean-Claude Monod, il y a dans l'idée de s'opposer au concret de la rue, du gendarme ou du policier éventuellement, un échelon a passé, c'est contester l'autorité. Et de la police, nous arrivons très vite à.
C
Une contestation plus globale, peut-être celle de l'État. Oui, parce que la police a pu apparaître, je pense que c'est constitué historiquement, ça c'est une histoire assez longue, mais comme au fond presque la quintessence de l'État. Alors dans une certaine vision peut-être, plutôt qu'on trouve plutôt à gauche peut-être, chez les anarchistes ou d'ailleurs chez Marx quand il présente l'Etat comme un organe de répression au service de la classe dominante. Et donc, la police, c'est la quintessence de cette répression au service de la classe dominante, dans un certain imaginaire. Et donc, si on conteste la police, en général, ce n'est pas contre la police ou les policiers eux-mêmes, c'est plutôt en tant qu'ils sont vus comme les représentants et comme ceux qui font tenir un ordre social, un ordre économique, inégalitaire, etc. Je pense qu'il y a toujours ce rapport, effectivement, qui voit dans la police un organe qui fait appliquer une loi, mais une loi qui est elle-même inégale, qui fait éventuellement d'ailleurs appliquer une loi et qui déborde cette loi. Il y a cette question évidemment des abus, qui est je pense très importante dans la perception de la police, y compris de la police républicaine. Et puis il y a la question de l'ordre que fait respecter cette police. de l'ordre inégalitaire. Et donc, je pense que ce qui est intéressant, c'est de voir qu'effectivement la police, c'est toujours quelque chose qui se joue à la fois au cœur, au sens où c'est vu comme l'institution qui fait tenir l'État, et en même temps comme ce qui est toujours un peu à la marge de l'État. On parle parfois, c'est Étienne Balibar, qu'il y a des zones d'exception. Il y a la loi et puis il y a des zones d'exception. Et la police, souvent, c'est vu comme l'organe de la République et en même temps comme ce qui, par excellence, peut faire des bavures, peut abuser de son pouvoir. et peut donc nous amener ailleurs que dans l'état de droit, que dans la zone de la loi. Donc c'est.
A
L'Autorité dans ce qu'elle a de très ambigu. Et la réponse de l'autorité justement à cette contestation liée à ces zones d'ombre, à ce manque de réglementation, de manière factuelle, lue au XIXe siècle, à des moments où il y a une réponse de l'autorité pour aller poliser sa police de façon à ce qu'elle corresponde mieux aux attentes du peuple. Il y a des moments de forte contestation, Arnaud, au XIXe siècle, de la police.
B
Qui oblige justement à mieux gérer cette police. Absolument. En fait, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la police est contestée quand elle se développe. Et là, c'est vraiment une sorte d'équation un peu systématique. Plus la police va être présente, va être active, plus, évidemment, elle va devoir justifier sa légitimité et plus elle va être contestée. Il y a un moment qui est très éclairant de ce point de vue. C'est à partir des années 1840 et sous le Second Empire, le milieu du 19e siècle. C'est un moment très important de transformation sociale avec la volonté pour l'État, justement, de renforcer son emprise sur la société. Il y a un exemple qui est très parlant, je crois, c'est la loi sur la police de la chasse. C'est la loi de 1844 qui institue un permis de chasse. Évidemment, on est au cœur d'une mesure qui a une logique d'ailleurs écologique, qui est présentée comme telle, mais qui a aussi une logique clairement censitaire. On paye pour avoir le droit de chasser. Donc, c'est très impopulaire auprès de la paysannerie. Ça provoque automatiquement des contestations et qui est chargé de faire respecter la loi? Précisément les gendarmes. Et ce que disait Jean-Claude Monod est très juste. Ces gendarmes, on va leur reprocher deux choses. d'abord d'appliquer une loi qui est considérée comme injuste, mais ensuite de bénéficier de la loi. Parce qu'on leur reproche de toucher des primes à chaque fois qu'ils font des procès verbaux. En l'occurrence, c'est d'ailleurs assez faux parce qu'ils touchent très peu de primes. Mais évidemment, ici, c'est l'image qui va s'imposer. Et l'image, justement, c'est celle du gendarme qui s'enrichit finalement avec l'argent des pauvres gens. Et c'est ça qui nourrit une impopularité qui est très forte dans les campagnes du 19e siècle. En miroir, évidemment, il est nécessaire pour cette gendarmerie, pour cette police, de s'adapter. Parce qu'on ne peut pas avoir une police qui soit en confrontation avec la société. Et donc, on va avoir des inflexions. Ce n'est pas des grandes lois, ce n'est pas ici des réformes politiques majeures. C'est des mesures un peu de détail, un peu techniques. Et ces mesures, justement, elles ont pour objectif de faciliter l'insertion sociale de.
A
La gendarmerie, de la police, dans la société. Et cette police dans la société, cette police au village, nous la retrouvons dans une pétition pour des villageois que l'on empêche de danser. Elle est rédigée par Paul-Louis Courrier, célèbre pour ses pamphlets. Nous sommes en juillet 1822, donc les pétitions pour les villageois, parce que ces villageois veulent danser, nous l'écoutons lues ce matin.
E
Dans le cours de l'histoire par Antoine Beauchamp. Les gendarmes se sont multipliés en France, bien plus encore que les violons, quoique moins nécessaires pour la danse. Nous nous en passerions aux fêtes du village, et à dire vrai, ce n'est pas nous qui les demandons. Mais le gouvernement est partout aujourd'hui. Et cette ubiquité s'étend jusqu'à nos danses, où il ne se fait pas un pas dont le préfet ne veuille être informé pour en rendre compte au ministre. De savoir à qui tant de soins sont plus déplaisants, plus à charge, et qui en souffre davantage, des gouvernants ou de nous, gouvernés, surveillés, c'est une grande question et curieuse, mais que je laisse à part, de peur de me brouiller avec les classes ou de dire.
A
Quelques mots tendant à je ne sais quoi. Un extrait de la pétition pour des villageois que l'on empêche de danser de Paul-Louis Courrier, lu par Antoine Beauchamp, c'est en 1822. Et en 1822, Courrier dit les gendarmes se sont multipliés en France, le gouvernement est partout. Jean-Claude Monod, il y a en écho avec Foucault notamment, ici concrètement l'idée que le pouvoir veut.
C
Tout contrôler, c'est la biopolitique. On y est. Oui, oui, c'est vrai que ces expressions sont assez frappantes. Ce n'est pas nous qui le demandons, qui demandons ce contrôle des danses. Le gouvernement est partout. Maintenant, nous gouverner, nous surveiller. Et donc, c'est cette perception, effectivement, d'un certain quadrillage qui a intéressé Foucault d'en surveiller et punir et qui renvoyait d'ailleurs à une définition large de la police qu'on trouve au début du 18e siècle dans le premier, je crois, traité de la police, de Lamar. qui définit quasiment la police comme ayant pour objet le vivant, l'homme actif, productif. Il faut l'encadrer, au fond, dans toutes les dimensions de son activité productive, dans toutes les dimensions. Alors là, la danse, c'est au-delà de l'activité productive, c'est dans ses loisirs, etc. Évidemment, c'est une question, je pense, qui est toujours très importante, c'est pour déterminer jusqu'où doit aller le gouvernement des individus, et du coup, jusqu'où doit s'exercer le regard du gouvernement et de la police, jusqu'à quel degré de détail de la vie quotidienne, et sous quelle modalité, parce qu'évidemment aujourd'hui on vit en même temps une grande transformation dans les modalités de contrôle et de surveillance. Et alors, ce qui avait intéressé Foucault ou Deleuze dans les années 70, c'était déjà un peu cette transformation, c'est-à-dire le passage d'un pouvoir plutôt répressif à un pouvoir de contrôle plus souple, mais en même temps plus insidieux, qui agit, au fond, de manière plus discrète, moins répressive, plus enveloppante. Et c'est une dimension qui est très présente, je crois, aujourd'hui avec, évidemment, le numérique avec des modalités de contrôle qui ne sont pas du tout réductibles à la répression, mais où les gens se demandent jusqu'à quel degré de leur vie quotidienne ou de leur vie intime ils peuvent être surveillés. Et je pense que ces questions de Foucault sont aujourd'hui complètement reprises.
A
Et rebattues par les nouvelles technologies de pouvoir. Arnaud Houth, en écho à ce qui vient d'être dit sur Foucault, Foucault qui est une lecture essentielle, Michel Foucault, c'est de la philosophie mais essentielle pour l'historien, pour analyser ce XIXe siècle et plus encore évidemment après, mais sur le XIXe siècle, est-ce que l'on peut associer le rapport que le peuple a avec sa police à la volonté du pouvoir de mieux en mieux.
B
Et de plus en plus contrôler la société? Alors effectivement, Foucault est une lecture centrale pour les historiens, une lecture qui a fait l'objet un petit peu de controverses, notamment chez les historiens du XIXe siècle, parce qu'en fait, Foucault, dans Surveiller et punir, fait de l'histoire du XIXe, et il le fait d'une manière qui a pu justement agacer des historiens qui opposaient la poussière de l'archive au nuage de l'idée philosophique, pour montrer finalement ici que Foucault, il avait raison. mais en ayant tort dans le détail. C'est ce que je dis souvent. Il a raison sur le fond, sur le mouvement, mais toutes les articulations qu'il développe sont discutables et en particulier parce que ce renforcement de l'État, dont il décrit les mécanismes disciplinaires, il est plus tardif. Il est plutôt deuxième moitié du XIXe siècle, là où Foucault suit plutôt le discours écrit, les textes qui ne sont pas forcément appliqués, évidemment, au XIXe siècle. Mais ce qui est très important avec Foucault, c'est qu'il permet aussi de penser avec et contre lui. Et notamment, il y a toujours un point qui m'a beaucoup intéressé chez Foucault, c'est sa volonté, justement, de comprendre la discipline et le pouvoir comme un mécanisme, où il explique, dans ses cours au Collège de France, que ce sont des machinistes. La formule, c'est en gros des machinistes dont le nom et le visage importent peu. Et au fond, tout mon travail de thèse, c'était d'essayer de discuter ça, de dire que leur nom peut-être qu'il importe peu, mais leur visage et justement le contenu de ces agents du pouvoir, il infléchit aussi le fonctionnement de la discipline. Mais c'est ça la force ici du système Foucault, c'est que Ce n'est pas un système en réalité.
A
C'Est un espace de discussion et de réflexion. L'ouvrage de Foucault, de Michel Foucault, que nous citons souvent, c'est surveiller et punir. Mais vous, Jean-Claude Monod, vous appuyez également sur d'autres textes. Vous venez de les évoquer à Arnaud Houth. Ce sont ses cours au Collège de France. Dans l'art de ne pas être trop gouverné, votre ouvrage Jean-Claude Monod au Seuil, il y a l'utilisation de ses cours au Collège de France.
C
Qui montre l'évolution de la pensée de Foucault. Oui, parce que lui-même, je crois, a perçu quelque chose comme, disons, une tendance à accentuer ou à s'intéresser un peu trop exclusivement à la dimension, justement, des disciplines. Et ensuite, on voit que son intérêt s'est déplacé vers les formes de résistance, justement. et vers l'idée que le pouvoir, ou ce qu'il appelle à ce moment-là la gouvernementalité, est quelque chose de réversible, de plus souple. Il faut faire place, du coup, à la façon dont les gens y réagissent et peuvent transformer la façon dont ils sont gouvernés. Justement, les droits des gouvernés, voilà, c'est quelque chose qui prend beaucoup plus au sérieux, je pense, à la fin des années 70. Et ce qui amène une autre image du pouvoir, peut-être moins cette image d'un d'un pouvoir un peu anonyme, tentaculaire, qui contrôle tout, etc. Et quelque chose de beaucoup plus complexe, où il y a des interactions avec les gouvernés, où les choses se transforment, y compris sûrement dans le rapport avec la police. Et effectivement, je trouve intéressant que la police, ça peut être abordé comme une espèce de bloc, un organe qui s'impose. Et puis ça peut être abordé, comme vous le disiez, comme des gens. Il y a un livre très intéressant, la sociologue Alice Goffman, qui vient d'être traduite aux éditions du Seuil, L'art de fuir, enquête sur une jeunesse dans le ghetto, une enquête sur Philadelphie. sur une rue de Philadelphie, une rue presque entièrement habitée par des habitants noirs et qui sont vraiment gérées par la police, si on veut. Elle dit que c'est un peu le dernier service de l'État qui est présent dans ces quartiers. Et elle montre que justement, vous disiez, ce sont des hommes et des femmes. Par exemple, ce sont beaucoup des femmes qui travaillent au service de la justice pénale, des femmes noires qui sont diplômées, Et donc, effectivement, il n'y a pas une extériorité complète de la police par rapport aux habitants des quartiers. Comme on le voit aussi dans le film, les misérables. La police, c'est aussi des gens de ces quartiers, mais qui peuvent entrer dans une très grande tension avec le quartier. Et effectivement, je pense que là, la sociologie vient contrebalancer l'aspect un peu comme ça trop caricatural, qu'une certaine.
A
Lecture de Foucault peut nourrir de la police. Oui, une certaine lecture de Foucault, parce que Foucault se plonge également dans les sources, parfois dans son travail. Et vous, Arnaud Houth, c'est vrai qu'en travaillant une histoire sociale de la police et en regardant ces parcours d'hommes qui rentrent après des carrières militaires dans la gendarmerie, vous avez accès à l'écart qui existe entre le discours et puis ce qui se passe dans.
B
La réalité de la vie de ces gendarmes. Tout à fait. Un des éléments les plus frappants pour le XIXe siècle, c'est qu'on mesure à quel point le profil social des gendarmes se transforme. C'est très spectaculaire parce qu'un gendarme au début du XIXe siècle, c'est quelqu'un qui ne peut pas passer inaperçu dans la société. Il est sélectionné en fonction de sa grande taille. C'est vraiment significatif. Ce sont des très grands, plus d'un mètre soixante-dix qui est rare au début du XIXe siècle. Ils savent lire et écrire. Alors les mauvaises langues disent qu'ils savent lire ou écrire, mais en tout cas, ils ont une maîtrise minimale de l'écrit. Ils ont fait une carrière militaire. Il y a tout un ensemble de critères qui font que ces gendarmes sont une exception dans la société. Et maintenant, si on se plonge un siècle plus tard, au début du XXe siècle, vers 1900, on a un profil qui est totalement différent. Ce sont d'anciens militaires, mais tous les hommes le sont devenus. Ils savent lire et écrire, mais les lois Ferry sont passées par là. Tout le monde sait lire et écrire. et la taille minimale a diminué alors même que la taille de la population en général augmentait. Donc le gendarme c'est une sorte de figure de vétéran guerrier en 1800 et c'est monsieur tout le monde en 1900. Alors ça ne dit pas bien sûr qui ils sont et ce qu'ils font mais c'est déjà un très.
A
Fort indicateur je crois d'une forme de banalisation. Et dans cette banalisation de la figure du gendarme au sein de la société, fin du 19e, début du 20e siècle, il va y avoir un.
B
Changement d'opposition, de critique des forces de l'ordre. Oui, alors on voit un déplacement justement de la critique. Tout à l'heure, on évoquait en parlant des villageois qu'on empêche de danser ou en parlant de la police de la chasse, c'était plutôt les campagnes. Dans la première moitié du 19e siècle, la haine de la police et de la gendarmerie, elle vient d'abord des populations rurales. qui sont moins bien intégrés à l'État et qui contestent davantage le nouvel ordre national. En revanche, à la fin du XIXe siècle, ces populations finalement sont mieux intégrées à la République. Il peut y avoir bien sûr des contestations, on en trouve en police de la route d'ailleurs, mais c'est relativement secondaire. En revanche, on a une nouvelle tension qui apparaît dès le milieu du XIXe siècle, mais qui se développe. c'est la tension avec les populations ouvrières des villes. Et typiquement, on va dire que la critique de la police, elle quitte le massif central pour aller à Belleville. Et là, à la fin du 19e siècle, le lieu de confrontation, c'est vraiment la ville. Et c'est très lié cette fois aux tensions qui sont aussi politiques, qui sont aussi celles de l'émergence.
A
Du socialisme, d'un discours critique de la République. Et c'est cette notion de gouvernementalité qui est au cœur aussi du rapport que la population a avec sa police.
C
Jean-Claude Monopoy, vous expliquez ce qu'est cette gouvernementalité? La gouvernementalité, je crois que c'est un néologisme que Foucault avait forgé pour désigner toutes ces relations de pouvoir qui sont en même temps réversibles ou en tout cas, pas forcément qu'on peut exactement renverser, mais en tout cas que l'on peut contester et dont on peut aussi s'emparer de toutes les techniques qui font que les sujets, les individus peuvent aussi justement construire des écarts ou s'approprier certaines dimensions de la gouvernementalité. et en rejeter d'autres. Donc c'est, je crois, toute cette part de jeu qu'il y a dans la quotidienneté, disons, de la vie civile. Et évidemment, ça a évolué selon des points d'ancrage successifs. On peut dire que la gouvernementalité s'est pensée surtout en rapport avec la religion ou avec l'église, ensuite qu'elle s'est plutôt, justement, sécularisée. Et donc les formes de rapport à soi et les formes de.
A
Rapport au pouvoir aussi ont évolué de concert. Et voilà, cette contextualisation qui est au cœur en fait de la relation du peuple avec sa police est essentielle pour simplifier Jean-Claude Monod. Mais c'est de l'immense simplification. Mais l'opposition qui est liée à la religion, on va dire, au XVIe siècle, il faut contester avec des arguments religieux, se déplace tout doucement. Elle se déplace sur le champ de l'autorité. Elle se déplace également sur le champ de l'économie. Vous avez évoqué, Arnaud Houth, que c'est à Belleville qu'on conteste. Et c'est dans les usines désormais. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire.
B
Sur France.
A
Culture. Mais que fait.
C
La police? France.
A
Culture. Le.
B
Cours de l'histoire. Négret à l'appareil.
A
Xavier Mauduit. Excusez-moi, je ne vous connaissais pas. Voilà, il fallait un peu de maigret dans... C'était maigret, d'accord. C'était maigret, voilà, sur la police. Nous nous intéressons à cet invariant de contestation. Il faut tout de suite noter que cette contestation n'est pas la même dans l'ensemble de la société. Nous jouons beaucoup depuis que nous parlons sur le temps, 19e siècle, 20e siècle, d'accord, mais dans la société, évidemment, Arnoud, c'est pas du tout la même contestation selon.
B
Qu'On se trouve en haut ou en bas. Absolument. Alors là aussi, il faut admettre que dans toutes les catégories de la société, il peut y avoir une critique de la police qui s'exprime, qui prend des formes spécifiques, mais qui évidemment va être très liée à la loi qui est elle-même largement inégalitaire. Donc ici, si on se place par exemple à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, sous la Troisième République, on peut observer que fondamentalement dans les rapports sociaux, on a des classes dominantes qui finalement acceptent le régime. qui vont parfois être en contestation sur certains points, mais qui savent négocier. On le voit en police de la route, où finalement, quand l'automobile apparaît, les gendarmes qui essayent de verbaliser les automobilistes qui, par définition, sont riches. Avoir une automobile vers 1920, il faut quand même avoir de l'argent. Leurs procès verbaux ne font pas long feu en justice. Et on voit bien que là, le rapport de force est favorable à la bourgeoisie. A l'inverse, si on descend dans la société, on mesure que là, le rapport de force est radicalement différent. Et évidemment, dans les populations ouvrières, on a plus largement le sentiment que le policier, le gendarme est un petit peu l'empêcheur de tourner en rond et de gérer ce que Foucault appelle des illégalismes, c'est-à-dire des choses qui ne sont pas nécessairement criminelles ou délinquantes, mais que la loi peut être amenée justement à qualifier de délinquante en fonction des codes, en fonction des réglementations. Et c'est ça qui est très douloureux pour les populations les plus pauvres, c'est qu'elles ont cette fragilité d'être soumises à des interprétations juridiques, à des pratiques de la loi. qui vont finalement.
A
Très peu prendre en compte leurs propres revendications. Et au fur et à mesure que le temps passe, la population est confrontée à une omniprésence policière, une omniprésence de la loi tout simplement, qui regarde tout avec des policiers partout et pourtant. Et pourtant, qu'est-ce qu'ils sont jolis, les flics de notre pays, en.
F
Tout cas c'est ce que chantait Suzanne Gabriello. Paris sera toujours Paris, c'est bien connu Grâce à la beauté de ses filles et de ses avenues On oublie pourtant un autre élément Qui leur rend coquet et qui fait de l'effet Car ils sont bien jolis les flics de mon pays Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe Avec leur bâton blanc, leur sifflet, leur kéfi Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe Ils ont des costumes bleu marine très bien coupés Avec Saturon et gants blancs pour les égayer Les auto-séduites s'arrêtent bien vite Pour les admirer au passage cloutet Car ils sont bien jolis les flics de mon pays Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe Avec leurs bâtons blancs, leurs sifflets, leurs képis Aïe, aïe.
B
Aïe.
F
Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe Il faut les voir dans le soleil en tenue d'été Cachés dans une petite guérite pour les abriter Leurs vestons tout blancs et si engageants Qu'on leur demanderait un demi s'il vous plaît Car ils sont bien jolis les flics de mon pays Aïe, aïe, aïe, aïe.
A
Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, Suzanne Gabriello, les flics de mon pays dans le cours de l'histoire sur France Culture, aïe une émission réalisée par Milena Elig avec aujourd'hui à la technique Swad Bukorsa. Et aujourd'hui dans le cours de l'histoire, mais que fait la police? L'hostilité envers la police est-elle un invariant historique? Et remettre en cause la police, est-ce remettre en cause l'Etat? Il y a une vraie réflexion sur le rapport avec la police à des moments essentiels de contestation à Arnault, un des moments essentiels au XXe siècle. et l'état français, le régime de Vichy. La seconde guerre mondiale, là c'est une vraie rupture.
B
Dans le rapport de la population à Sapodis. Oui, alors je pense qu'on pourrait même préciser et dire que c'est la sortie de guerre. Tout simplement parce qu'au début de ce régime de Vichy, Il y a le sentiment trompeur, mais le sentiment d'une certaine continuité de l'État. Et la rupture, la remise en question va venir après. Elle vient en fait en 42-43, où là effectivement il y a la politique de collaboration, la pratique évidente. de la collaboration et l'affrontement avec la résistance et surtout elle dure. Elle dure dans les années qui suivent la seconde guerre mondiale parce que il y a une interrogation sur comment épurer la police, comment réformer la police, comment tenir compte justement de ce qui s'est passé. Alors c'est un moment très important parce que Tout l'héritage finalement du 19ème siècle qui avait permis en gros de donner une place à cette police, une place à peu près intégrée, tout est remis en question. Avec une sorte d'ouverture des possibles dans le débat politique, mais aussi dans le débat professionnel. C'est le moment d'ailleurs où on a les premiers vrais syndicats de policiers. qui se mettent en place, qui essayent de proposer d'autres modèles de police, y compris des polices plus citoyennes. Il y a une CGT police qui se crée en 47. Il y a vraiment un moment un petit peu de flottement, on peut dire, alors qu'il ne dure pas très longtemps parce que 47, c'est la guerre froide. Et à ce moment-là, le rapport de force se rétablit. La priorité, c'est de garantir l'autorité de l'État, notamment face aux grèves de 47-48. Et donc, le moment d'ouverture et d'interrogation il se rabat sur une continuité des structures des hommes. Parce que globalement c'est les mêmes policiers à peu près qui restent en place. Et donc on.
A
A un choix de continuité qui est fait. Alors le choix de continuité c'est vrai qu'il est à souligner parce que les gens ne disparaissent pas quand un régime lui s'effondre. Les gens restent, ils restent en place et puis Sur ce moment très particulier de la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, il y a une vraie réflexion sur le rapport à l'autorité. Jean-Claude Monod, vous avez écrit « Qu'est-ce qu'un chef en démocratie? ». C'est vrai que le rapport au chef, alors on pourrait l'étendre, il y a bien sûr le chef de l'État, il y a la figure paternelle et puis il y a le policier. Mais ce rapport au chef, il est.
C
Intéressant parce que le chef est nécessaire. Mais quel chef? Oui, justement, ce qui m'avait intéressé, c'est que, par exemple, au moment de la Seconde Guerre Mondiale, évidemment, il y a la conscience de ce chef monstrueux qui est le chef totalitaire, et même éventuellement une identification de la figure du chef au chef totalitaire, à Hitler, etc. Et en même temps, on voit que dans la Résistance, il y a une réflexion sur ce qu'il faut sans doute des chefs de réseau, par exemple. Et quelqu'un comme Marc Bloch, un grand historien que vous avez dû souvent évoquer ici, écrit quelque chose où justement il oppose le chef républicain qui agit par la persuasion, qui essaye d'agir plutôt sur les affects rationnels et d'ouverture, au chef totalitaire qui lui agit par l'hypnose des masses, qui essaye de violer les foules, etc. Donc je pense que le moment effectivement de 39-45 a été essentiel pour redéfinir le rapport à l'autorité en général, en estimant qu'il faut évidemment fixer des limites à l'obéissance à l'autorité. et que ça nourrit sans doute une redéfinition des pratiques de l'état, des pratiques aussi de la police. Et sur la question des continuités, c'est intéressant parce qu'évidemment, les moments où on a l'impression que la police retombe dans des pratiques totalitaires, on peut l'imputer par exemple à Maurice Papon en 61. Donc il y a ces moments où on a des figures qui sont des figures de continuité et où on a des morts, etc. Alors je ne sais pas si c'est suffisant pour analyser ce genre d'événements mais en tout cas je crois qu'il y a un moment où les pratiques de répression deviennent un critère pour juger si on est encore en démocratie, si on est encore dans un état de droit. Et bien sûr le souvenir du fascisme éventuellement d'autres formes de totalitarisme et je crois très.
A
Présent encore aujourd'hui pour essayer d'apprécier l'action de la police. Hier Daniel Tartakovsky nous disait sur l'émission que nous faisions qui peut être écoutée sur le site internet transculture.fr que CRSS date des grèves de 1948. Arnaud Houte sur ce rapport très particulier qui évolue en fait Dans les années 60, on voit qu'il y a un vrai basculement. Papon a été évoqué préfet de police au début des années 60, puis une autre figure de préfet, Maurice Grimaud, à la fin, lors de mai.
B
68. On a une évolution du rapport avec la police. il me semble qu'on peut en faire en partie une lecture là aussi d'histoire sociale. C'est un changement de génération. En réalité, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les années 60 sont une rupture majeure par de nombreux aspects, sur le plan politique, mais aussi sur le plan de ce qu'on pourrait appeler une culture de guerre. Parce que finalement, les années 50, Avec la guerre froide, mais surtout avec les guerres coloniales et la guerre d'Algérie en particulier, on est dans la continuité d'une logique de guerre. Et effectivement, Daniel Tartakovsky l'a démontré, la fin de la guerre d'Algérie à Paris, on est dans une culture de guerre. Donc c'est aussi ça qui nourrit une continuité entre finalement la seconde guerre mondiale et le début des années 60. Et c'est ce qui s'arrête. Parce que dans les années 60, on a cette fois l'idée qu'on entre dans un temps de paix, de détente dans tous les sens du terme, de reconstruction et de modernisation. Et c'est fondamental pour la police parce que ça correspond aussi à une vague de recrutement. Il y a un vrai renouvellement. C'est-à-dire que là, il y a un rajeunissement des effectifs qui est lié aussi à des raisons démographiques, tout simplement, et budgétaires. On met en place des moyens. Donc le passage de Papon à Grimaud finalement, c'est les chefs, le mauvais chef, le bon chef, pour reprendre un peu l'image d'Epinal mais qui n'est pas fausse d'ailleurs. Donc ici on a le changement des chefs mais on a surtout le changement des hommes. Au fond le policier de 68 Bien entendu, il y en a qui étaient déjà en service en 61, mais pas forcément la majorité. Et justement, ça correspond à une autre forme d'entrée dans le métier, une autre forme de socialisation qui se fait dans un contexte qui n'est plus celui d'une culture de guerre, mais qui est celui d'un temps de paix où la police va être jugée. par sa capacité justement à maintenir.
A
L'Ordre efficacement et surtout avec le moins de dégâts possible. Justement, ce changement de culture policière, Arnaud, transparaît dans un communiqué. Un communiqué de l'union syndicale de la préfecture de police. C'est un communiqué daté du 22 mai.
G
1968 et il nous est lu aujourd'hui par Olivier Martineau. les policiers comprennent parfaitement les mobiles qui animent les salariés en grève et déplorent que la loi du 28 septembre 1948 leur interdise de participer dans les mêmes formes au mouvement revendicatif actuel. Ils n'oublient pas que très récemment, lors des manifestations étudiantines, les policiers ont été opposés aux manifestants alors que toute la recherche des solutions possibles par les voies de la négociation et de la bonne volonté ainsi qu'il a été rapidement démontré, n'avaient pas été épuisés. En conséquence, ils souhaitent que les pouvoirs publics tiennent compte de ce qui précède et n'opposent pas systématiquement les policiers aux travailleurs en lutte revendicative. Faute de quoi, ils seraient en droit de considérer l'exécution de certaines.
A
De leurs missions comme autant de graves cas de conscience. Lecture du communique et de l'union syndicale de la préfecture de police du 22 mai 1968, donc mai 68, on est en plein pendant les événements, par Olivier Martineau, Jean-Claude Monod, sur le rapport à être gouverné. La police est un intermédiaire, on le sent bien, entre l'État Et puis ceux qui réfléchissent, qui réclament quelque chose. Quand nous écoutons ici ce communiqué qui évoque la négociation. En fait, c'est.
C
Ça aussi le gouvernement. Être gouverné, c'est accepter d'être gouverné. Oui, c'est quelque chose qui se renégocie à sans cesse aussi, c'est dans le rapport évidemment entre les gouvernants et les gouvernés. Et une des grandes modalités de ce rapport, c'est bien sûr la discussion des lois, mais la discussion jusque dans la rue, donc la protestation éventuellement contre des mesures qui paraissent injustes, et la répression que rencontre éventuellement cette contestation des lois. Et on voit que c'est quelque chose qui, au fond, à chaque fois, peut relancer cette question que vous avez placée, disons, comme chapeau, comme tête d'émission, qui est celle de la légitimité de l'État lui-même. est à la fois celui qui négocie et qui transforme éventuellement les rapports sociaux, qui transforme la loi, et qui négocie justement les conditions de cette transformation. Et je pense que ce qui est frappant aujourd'hui, c'est que le sentiment s'exprime beaucoup, alors dans quelle mesure est-il fondé, ça on peut le discuter, mais que Comme le disait un peu ce communiqué, les voies de la négociation ne sont souvent pas poussées assez loin, et que la voie de la répression est choisie un peu trop vite, avec du fait sans doute aussi d'un affaiblissement des médiations, alors aussi des médiations syndicales, des médiations politiques des partis, etc. une logique d'affrontement et bien souvent ce qui paraît peut-être plus efficace dans le rapport au gouvernant. Et ça c'est quand même assez préoccupant parce qu'on a l'impression que la modalité de la négociation et la modalité du compromis paraît de moins en moins pratiquée et du coup praticable, si bien que les mouvements sociaux ou les formes de protestation ont tendance à aller vers une certaine radicalité. Tout simplement parce qu'elles ont l'impression que sinon ça n'a pas d'effet. Alors on l'a vu bien sûr au moment des gilets jaunes avec l'idée que finalement c'était ça qui pouvait avoir un effet. Faire réagir un gouvernement qui paraît sourd, il faut aller presque jusqu'à la violence. Aussi les mouvements de désobéissance civile ou sur le plan écologique par exemple, le sentiment qu'au fond là aussi il y a une surdité et qu'il faut adopter des moyens plus radicaux. Et dans ce cas là évidemment la police vient un peu en première ligne parce que c'est elle qui va devoir gérer éventuellement une spirale de violence. Et là on revient à quelque chose qui est sans doute le plus difficile dans des régimes comme les nôtres. Et heureusement que c'est difficile, si c'était facile, parce que ça reste je pense un critère justement dans la contention de la violence et la rétention aussi par l'état de sa propre violence. Donc, voilà, ça reste une question cruciale, je pense, dans.
A
L'Appréciation de la capacité de l'État à gérer des conflits. Et c'est une constante, Arnaud Houth. Dès que l'État n'est plus apte à laisser une marge de manœuvre aux contestations, il y a des tensions sociales beaucoup trop fortes. Et c'est à ce moment-là que la police se trouve confrontée face à face, à l'opposition, sans aucune marge de manœuvre, et le regard.
B
Évidemment, est plutôt très négatif sur ces forces de l'ordre. Absolument, c'est une des questions qu'on retrouve dans le débat sur le maintien de l'ordre, notamment dans les 50 dernières années, depuis 68, puisque, au fond, La doctrine dominante des 50 dernières années était qu'il fallait laisser s'exprimer les revendications et qu'il fallait justement écouler les flux dans une logique visant à éviter l'affrontement pour éviter des drames comme la mort de Malik Ousekine en décembre 1986. Le tournant récent, sans doute à dater Si on reste en tout cas sur les grandes manifestations de la loi travail de 2016 en fait à peu près, c'est celui d'une plus grande confrontation pour des raisons qui relèvent sans doute moins ici de choix policier que de choix politique mais qui effectivement aboutissent à mettre en place des confrontations. Mais ce qui est intéressant dans l'archive que vous nous faisiez écouter sur 68, c'est qu'on entend justement ici des policiers exprimer leurs états d'âme. Et je pense que c'est très intéressant parce qu'il ne faut pas le sous-estimer quand on disait que la police est aussi un corps de diversité. Ça reste vrai aujourd'hui d'ailleurs, il y a des syndicalistes policiers qui ont été récemment punis de peines disciplinaires très lourdes pour avoir exprimé leurs divergences avec les pratiques de répression actuelles. Mais au-delà de ça, c'est un thème fondamental des années 70, c'est que les syndicats policiers sont très critiques à l'encontre du gouvernement. Ils reprochent aux ministres de l'intérieur successifs de privilégier le maintien de l'ordre et de négliger la sécurité ordinaire. Et ça c'est un thème très fort dans les années 70, C'est justement ce que fait la police. Les syndicats de police, la FASP en particulier, reprochent au ministère d'employer la police contre les grévistes. et, en revanche, de ne pas l'employer sur le terrain, là où les gens demandent. Les années 70, c'est l'explosion des cambriolages. Et donc, justement, l'idée.
A
Qu'Ils ne sont pas là où on voudrait qu'ils soient. Avec cette réflexion de critiquer la police, donc de critiquer la domination qu'exerce la police, qui serait le bras armé de l'État, mais la raison de la critique. Et là, Arnaud, vous évoquez critiquer la police parce qu'elle empêche les grèves. Et nous sommes dans une vision politique de la critique. On critique une domination politique. Mais Jean-Claude Monod.
C
Vous analysez, vous, un changement aujourd'hui de forme de domination? Oui, il y a évidemment des grandes transformations dans les modalités et dans peut-être les puissances dominantes de la domination en général. Et moi, ce qui m'avait intéressé, c'est qu'effectivement, dans les années 70, on s'est beaucoup intéressé à la façon dont l'État justement devenait invasif, envahissait la vie privée, envahissait toutes les dimensions de la vie quotidienne, y compris en un sens Foucault ou Deleuze. Et puis il y a eu cette impression que finalement il y a une dimension de la domination qui était un peu laissée pas de côté, mais au fond c'était la dimension de la domination économique telle qu'elle s'exerce sur un mode qu'on ne peut pas justement contester de la même façon, on ne peut pas interpeller une multinationale de la même façon qu'on peut interpeller éventuellement un ministre ou un politicien. Et donc la critique de l'État à un moment s'est trouvé un petit peu en porte à faux avec éventuellement une transformation de la domination économique qui avait au fond assez peu besoin de l'État ou qui pouvait redéployer l'État et éventuellement diminuer l'État. D'ailleurs il y a cette question évidemment d'une certaine diminution de l'État social et d'un redéploiement de l'État pénal. Bon ça a été une tendance de la sociologie qui a pu analyser ce basculement peut-être de manière trop poussée, mais de l'État social vers l'État pénal. Et en tout cas, je pense qu'effectivement, voilà, CRSSS, l'identification de l'État à la répression, ça a pu faire manquer quelque chose qui était que l'État avait aussi évidemment une dimension de protection, y compris de protection sociale. Je trouve intéressant qu'aujourd'hui, d'ailleurs, dans les perceptions et dans les mises en images de la police, il y a ces deux dimensions D'un côté on peut dire il y a Les Misérables, le film qui montre la police justement contestée et presque haïe dans certains quartiers. Et puis il y a un film de Despléchins qui est sorti l'an dernier, Roubaix et Lumière, où on a plutôt l'image de la police comme presque le dernier filet pour.
A
Des gens qui sont abandonnés par l'ensemble des services sociaux. Ce sont eux les policiers qui sont face.
B
À la réalité sociale. Arnaud Houth, en un mot, dites-nous. Justement, il y a un basculement de ce point de vue. C'est très intéressant parce que quand on voit la police des misérables, le film de Lachli, c'est une police d'intervention. Et Roubaix et une lumière, c'est un commissariat de terrain finalement. C'est ce qu'on appelait le débat de la police de proximité des années 1990. Mais au fond.
A
C'Est aussi ça. C'est deux fonctions différentes de la police. Merci beaucoup Arnaud Houth, histoire des polices en France, des guerres de religion à nos jours chez Belin. Donc là on peut se plonger parce qu'on remonte aux guerres de religion et ça va très loin et c'est magnifique. Et vous Jean-Claude Monod, l'art de ne pas être trop gouverné c'est au seuil. Et là aussi on commence avec les guerres de religion donc deux perspectives sur le très long terme. Merci beaucoup à vous deux, il est l'heure dans le cours de l'histoire de retrouver.
H
Anaïs Kien et son journal de l'histoire.
A
Bonjour Anaïs Kien. Bonjour Xavier, bonjour à toutes et tous. Ce matin, retour sur le massacre de Katyn en Pologne, une énigme de la Seconde Guerre Mondiale.
H
Alors résolue seulement à la fin de la Guerre Froide. C'est Cédric Tourbe qui retrace cette histoire dans son documentaire « Les bourreaux de Staline, Katyn 1940 », avec l'ambition de rendre public les noms de ceux qui ont orchestré ce massacre de.
C
Plus de 4000 hommes dans une forêt du nord-ouest de la Russie. Au nord-ouest de la Russie se trouve la forêt de Katyn. sous laquelle reposent plus.
H
De 4000 officiers polonais, massacrés en 1940 par les services secrets soviétiques. En 1941, le pacte germano-soviétique est rompu et les Polonais en exil comptent leurs forces pour prendre part à la libération de l'Europe depuis l'invasion allemande. On cherche ces milliers d'hommes disparus que l'on pensait prisonniers de l'armée rouge. Pourtant, ces officiers restent introuvables et les Soviétiques ne semblent pas vouloir aider à expliquer ces disparitions. La Wehrmacht, qui met un temps les forces soviétiques en déroute, annonce la découverte d'un charnier à Katyn en août 1941. Et le régime nazi en profite pour transformer cette découverte en un trésor de propagande sur la cruauté intrinsèque au communisme, sans savoir d'ailleurs réellement à qui l'on doit ces exécutions massives. Pendant près de 50 ans, le doute est entretenu sur les auteurs de ce massacre, aujourd'hui connu, le NKVD, futur KGB, la police secrète soviétique. Le film de Cédric Tourbe retrace l'histoire de ceux qui ont perpétré ce massacre de Katyn et de la constitution de cette force secrète, créatrice du goulag, qui devient bientôt caractéristique du régime stalinien. Les nettoyeurs de toute la violence mise au service de la vitrine soviétique qui promettait le bonheur enfin trouvé pour toutes et tous. Les bourreaux de Staline, c'est l'histoire d'une politique de l'effacement et du secret. Effacement des concurrents politiques, des récalcitrants au nouvel ordre socialiste selon Staline, mais aussi effacement de ceux qui prêtent leur force à cette dissimulation pour faire disparaître toute trace des crimes du régime et renouveler ses dirigeants abîmés par leurs bases œuvres. Une politique du secret d'Etat qui le définit bientôt une mémoire constamment effacée pour sauvegarder le régime de son propre épuisement. Avec la complicité des Occidentaux qui ont besoin de cet allié de taille pour gagner la guerre et par.
C
La suite pour ne pas enflammer une guerre qui se veut froide. Katine n'est plus qu'un secret de polichinelle que le.
H
Pouvoir soviétique, en voie de décomposition, n'est plus en mesure de protéger. Si les doutes ont circulé jusqu'à la chute de l'Union soviétique, dès 1943, les observateurs d'une enquête de la Croix-Rouge internationale ont acquis la conviction que le charnier ne pouvait être attribué à la violence nazie. Mais ce n'est qu'après 1990 que le bilan est établi. Au total, 22 000 membres de l'élite polonaise, cadres et officiers, intellectuels et hommes politiques, qui ont été exécutés pour faciliter la soviétisation des territoires de l'Est de la Pologne. Un bilan qui s'ajoute à celui déjà lourd de.
A
La Deuxième Guerre mondiale et qui pèse encore aujourd'hui sur la Pologne. C'était Le Cours de l'Histoire, une émission préparée par Marion Dupont, Anne Toscan-Vudès, Camille André, Aurore Juvenel, une programmation assurée par Amélie Perrault et demain, artiste ou.
Date: 1er février 2026
Podcast: Le Cours de l'histoire, France Culture
Animateur: Xavier Mauduit
Invités:
Cet épisode conclut une semaine de réflexion historique sur le lien entre le peuple et la police, en interrogeant un apparent invariant de la société française : l’hostilité à la police.
L’émission explore la construction et les évolutions du rapport entre société et forces de l’ordre, la perception populaire, la contestation, les formes de gouvernementalité, et la fonction de la police dans les mutations politiques et sociales du XIXe siècle à nos jours.
[00:33 - 03:17]
“L’hostilité envers la police est-elle un invariant historique ? Et remettre en cause la police, est-ce remettre en cause l’Etat ?” – Xavier Mauduit [02:00]
[02:04 - 03:58]
“Quand on parle de police, on parle d’abord de policiers, d’hommes et de femmes... dont l’origine sociale, les motivations, l’idéologie [...] ne peuvent pas se réduire à un texte de loi. Un policier, c’est pas uniquement un règlement.” – Arnaud Houth [02:38]
[03:58 - 06:14]
[06:14 - 08:42]
“Le gendarme se fait rosser. Le gendarme ou un professeur ou un père peut-être [...] Un sentiment d’agressivité contre l’école et l’autorité paternelle.” – Voix d’archive [06:54]
[08:42 - 09:56]
[09:56 - 12:10]
“La police, c’est la quintessence de cette répression au service de la classe dominante, dans un certain imaginaire... Il y a toujours ce rapport qui voit dans la police un organe qui fait appliquer une loi, mais une loi qui est elle-même inégale.” – Jean-Claude Monod [10:09]
[12:10 - 14:07]
[14:32 - 17:41]
“Les gendarmes se sont multipliés en France, bien plus encore que les violons, quoique moins nécessaires pour la danse.” – Paul-Louis Courrier [14:32]
[17:41 - 20:08]
“Foucault, il avait raison... mais en ayant tort dans le détail.” – Arnaud Houth [18:06]
[22:10 - 23:50]
[24:00 - 25:16]
[25:16 - 26:19]
[27:42 - 29:21]
[32:07 - 36:17]
[36:17 - 39:47]
Les années 1960 marquent un renouvellement générationnel et culturel dans la police, passant d’une logique de guerre à l’attention portée au maintien de l’ordre “avec le moins de dégâts possible”.
Citation d’un communiqué syndical de la police (22 mai 1968) appelant à ne pas opposer systématiquement policiers et travailleurs :
“Ils souhait[ent] que les pouvoirs publics (...) n’opposent pas systématiquement les policiers aux travailleurs en lutte revendicative. Faute de quoi, ils seraient en droit de considérer l’exécution de certaines de leurs missions comme autant de graves cas de conscience.” – Communiqué syndical, lu par Olivier Martineau [38:48]
[40:22 - 45:54]
La pratique de la négociation s’est affaiblie, le recours à la répression devient plus rapide. Les syndicats policiers dénoncent la priorité donnée au maintien de l’ordre plutôt qu’à la sécurité ordinaire, ce qui nourrit la critique sociale.
Jean-Claude Monod évoque la transformation de la domination, de l’État pénal à la domination économique, plus difficile à contester :
“On ne peut pas interpeller une multinationale de la même façon qu'on peut interpeller un ministre ou un politicien.” – Jean-Claude Monod [45:54]
“La police, c’est la quintessence de cette répression au service de la classe dominante, dans un certain imaginaire.” – Jean-Claude Monod [10:09]
“Le gendarme c’est une sorte de figure de vétéran guerrier en 1800 et c’est monsieur tout-le-monde en 1900.” – Arnaud Houth [23:50]
“Les gendarmes se sont multipliés en France, bien plus encore que les violons, quoique moins nécessaires pour la danse.” – Paul-Louis Courrier (lu à [14:32])
“Les policiers comprennent parfaitement les mobiles qui animent les salariés en grève et déplorent que la loi du 28 septembre 1948 leur interdise de participer dans les mêmes formes au mouvement revendicatif actuel.” – Communiqué syndical, 22 mai 1968, lu par Olivier Martineau [38:48]
L’épisode met en lumière la perpétuelle négociation entre société et police, dans une tension qui évolue selon les contextes politiques, sociaux, économiques. Il n’existe pas qu’une seule “image” de la police : celle-ci s’adapte, se banalise, change de fonction, de visage selon les époques et selon la perception des différents groupes sociaux.
La critique de la police, tout comme ses défenses, sont intimement liées à l’histoire de l’État, aux rapports de pouvoir, et à la transformation des modalités de domination (qu’elles soient politiques ou économiques).
L’émission se termine en invitant à se replonger dans l’histoire des polices en France, à la lumière des mouvements de pouvoir et de société sur le temps long, tout en soulignant le rôle essentiel du contexte, des individus et des formes concrètes de gouvernementalité dans l’histoire de la police.