
Peut-on rire de tout ? Oui… pendant la Fête des Fous
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A
Aujourd'hui, l'humour monte sur scène ou sur le banc des accusés. Alors, peut-on rire de tout ? Le Moyen-Âge aurait dit oui. Mais pas n'importe quand. Il y avait des jours pour ça. Le carnaval et surtout la fête des fous. En latin, festa stultorum. Elle tombait entre Noël et l'Épiphanie, souvent autour du 28 décembre, le jour des 100 innocents. Et ce jour-là, tout était permis. Vous auriez vu des gens jouer au dé dans l'église, manger sur l'autel, chanter des chants obscènes, se jeter des pots de chambre ou pire. L'enfant devenait roi, le fou montait sur le trône, on élisait des papes, des évêques, des rois pour rire. C'était une fête déguisée qui célébrait le monde à l'envers, y compris dans les hiérarchies sociales et dans les rituels religieux. Les prières devenaient des chansons à boire, on célébrait la messe des ivrognes et la messe des joueurs, on récitait le sermon du jambon, on déclamait l'évangile selon un étudiant de Paris. Blasphème ? Injure ? Pas vraiment. Parodier le sacré était plus ou moins accepté à l'occasion des fêtes. Et les auteurs de ces parodies débridées pouvaient être de fervents croyants. Le sacré et le grotesque coexistaient. Deux faces d'une même médaille. Et l'Église dans tout ça ? Elle tente d'interdire ces fêtes, un vain, car elles étaient très ancrées dans le peuple, avec des racines qui plongent, peut-être même jusqu'au Saturnale, ces anciennes fêtes romaines à l'honneur du dieu Saturne. Difficile de les éradiquer. Alors l'église tente au moins d'encadrer le rire, de le ritualiser. A Pâques, le prêtre faisait des blagues depuis sa chair pour faire rire les fidèles après le carême. Ou encore, pour la fête de l'âne, il entonnait des chants à l'honneur de l'âne qui transporta Marie et l'enfant Jésus dans la fuite en Égypte. Et à la fin de la messe, au lieu de dire « Amen », il braillait trois fois avec la foule « I-Han, I-Han, I-Han ». Mais à la Renaissance, l'Église veut remettre de l'ordre avec la contre-réforme. La parodie de la religion est jugée irrespectueuse, blasphématoire. Et l'Église parvient enfin, au XVIe siècle, à interdire ces fêtes. On ne peut plus rire du sacré. Alors, ces prêtres humoristes, subversions ou simples âneries, surtout un mécanisme de contrôle, ont laissé rire le peuple un jour pour qu'ils se taisent les autres. Une soupape, une mise en scène de l'ordre renversé, une pause illusoire du système officiel. Juste de quoi canaliser la rébellion, un rire ritualisé, pour mieux rétablir l'ordre ensuite. Car quand l'humour redescendait de son trône, tout reprenait comme avant. Et aujourd'hui, à vous de répondre. Ce qui est certain, c'est que sans fête de fou, il vaut mieux éviter de rire sur certains sujets, à moins d'avoir un bon avocat. Sinon, faites des vannes médiévales, c'est sans risque. Les morts ne vous traîneront pas au tribunal, les licornes non plus.
Le Cours de l'histoire (France Culture)
Episode: Peut-on rire de tout ? Oui… pendant la Fête des Fous
Date: September 19, 2025
Host: France Culture
This episode explores the question: "Can we laugh about everything?" by delving into the Middle Ages and the unique tradition of the Fête des Fous ("Feast of Fools"). The discussion examines how humor, parody, and irreverence were not only accepted but ritualized during specific festivities, questioning the boundaries between the sacred and the profane. The episode highlights the shifting relationship between laughter, power, and social order, both historically and in today's context.
On these festival days, ordinary hierarchies were inverted:
“C’était une fête déguisée qui célébrait le monde à l’envers, y compris dans les hiérarchies sociales et dans les rituels religieux.” (A, 00:44)
The episode clarifies that these acts were not seen straightforwardly as blasphemy but as temporarily sanctioned forms of parody, often practiced by committed believers.
The sacred and the grotesque coexisted—the two sides of the same coin.
“Parodier le sacré était plus ou moins accepté à l’occasion des fêtes. Les auteurs de ces parodies débridées pouvaient être de fervents croyants.” (A, 01:16)
The Church repeatedly tried (and initially failed) to suppress these carnivals due to their deep roots, possibly stretching back to Roman Saturnalia, which celebrated similar inversions.
Ultimately, the Church's strategy was to control and ritualize laughter.
“Difficile de les éradiquer. Alors l’église tente au moins d’encadrer le rire, de le ritualiser.” (A, 02:10)
“À la fête de l'âne, il entonnait des chants à l'honneur de l'âne […]. Et à la fin de la messe, au lieu de dire ‘Amen’, il braillait trois fois avec la foule ‘I-Han, I-Han, I-Han’.” (A, 02:40)
On the world turned upside down:
“C’était une fête déguisée qui célébrait le monde à l’envers, y compris dans les hiérarchies sociales et dans les rituels religieux.”
— Host (A), 00:44
On the Church’s strategy:
“Alors l’église tente au moins d’encadrer le rire, de le ritualiser.”
— Host (A), 02:10
On laughter as a safety valve:
“Une soupape, une mise en scène de l’ordre renversé, une pause illusoire du système officiel.”
— Host (A), 03:45
On today’s boundaries:
“Les morts ne vous traîneront pas au tribunal, les licornes non plus.”
— Host (A), 04:23
This episode engagingly illustrates how, contrary to some modern assumptions, laughter—even about the sacred—was woven into the Middle Ages’ social and religious fabric, as long as it was properly channeled. The Fête des Fous, a ritualized, institutionalized moment of irreverence, reveals much about the balance of power, order, and social release—raising the enduring question: where should we draw the line today?