
Familles parallèles, les écarts d’une dynastie royale
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Xavier Mauduit
Familles parallèles, les écarts d'une dynastie royale, nous savons qu'il n'existe pas d'enfants artificiels mais que certains ont été qualifiés d'enfants naturels avec un champ lexical qui se déploie des bâtards aux illégitimes, ces enfants qui sont nés de la cuisse gauche, nous savons aussi que la subtilité du vocabulaire change le statut d'une femme si elle est amante, maîtresse, favorite. Quand ces histoires se déploient dans les palais où cavalent les bourbons, tout ce petit monde forme une famille, c'est l'autre famille royale.
Flavie Leroux
Lorsque le roi m'a rappelé à l'ordre, il m'a dicté ma conduite. Ignominieusement, calomnié, blessé dans mon amour comme dans mon orgueil, j'ai pleuré devant vous. Combien je le regrette.
Xavier Mauduit
Je vous préfère ainsi, madame. Intelligente, audacieuse, hautaine, méprisante et rusée.
Flavie Leroux
Comment trouvez-vous sa nouvelle maîtresse? Elle me paraît avoir une certaine audace.
Xavier Mauduit
Vous, vous ne l'aimez pas. Que vous a-t-elle fait?
Henri IV
Ce qu'elle m'a fait, ça peut se
Flavie Leroux
dire en quatre lettres et cela rime avec écule. Je suis monsieur de Montespan.
Xavier Mauduit
T'arrives avec IQ, mais qu'est-ce que ça peut bien être? Vécu? Invaincu? Peut-être cocu? Je ne sais pas. Flavie Leroux, bonjour!
Flavie Leroux
Bonjour Xavier Mauduit!
Xavier Mauduit
Vous êtes docteur en histoire, chargée de recherche au centre de recherche du château de Versailles et l'autrice de l'autre famille royale, Bâtards et maîtresses d'Henri IV à Louis XVI. C'est publié chez Passé Composé. Quel est votre objet d'étude?
Flavie Leroux
Mon objet, c'est plutôt un sujet, ou plusieurs sujets, si l'on peut dire. Au départ, surtout les maîtresses d'Henri IV et de Louis XIV. Quelques-unes de Louis XIII, mais dont on va parler peut-être très vite, puisqu'elles étaient très peu nombreuses, et surtout elles sont restées peu longtemps en place. Mais ce sont ces femmes, en fait, que l'on qualifie à l'époque de maîtresse, et qui sont en fait des femmes avec lesquelles les rois entretiennent des liaisons, c'est-à-dire des relations hors mariage, des relations amoureuses, pas forcément sexuelles d'ailleurs, mais qui le sont souvent, et qui sont des relations assumées, publiques, connues d'à peu près tout le monde à la cour, mais pour autant qui restent officieuses. Ça n'est pas évidemment une place officielle, ça n'est pas un emploi, ça n'est pas une charge, et donc on ne peut pas vraiment parler de maîtresse officielle ou en titre comme on le fait souvent.
Xavier Mauduit
Avec ce sujet particulier, les maîtresses du roi, de Henri IV à Louis XIV, c'est-à-dire les premiers Bourbons, c'est le titre de votre thèse qui a été publiée chez Chamballon. Thèse dirigée par?
Flavie Leroux
Par Fanny Causandet et Robert Dessimons.
Xavier Mauduit
Cette histoire est une histoire complexe à écrire, sachant qu'il y a une production littéraire absolument gigantesque. Mais pas tellement avec le regard de l'historien ou de l'historienne, au sens où c'est vrai que c'est un domaine où s'est déployé ici tant et tant de fantasmes, bien souvent masculins.
Flavie Leroux
Absolument, c'est vrai qu'on a une production absolument démentielle autour des maîtresses royales et ça commence dès leur vivant mais ça se développe surtout au XIXe siècle avec certaines figures qui vont focaliser l'attention en raison de leur destin édifiant. Notamment Gabrielle Destré, Louise de Lavalière et Madame de Maintenon, qui font un petit peu office finalement de modèles, au détriment d'autres maîtresses que l'on classe généralement plutôt dans la catégorie des méchantes de l'histoire, si on peut parler comme ça très vite, comme Madame de Montespan ou Henriette d'Entrague. Et donc on va avoir pléthore d'ouvrages historiques qui s'appuient surtout sur les sources imprimées, les chroniqueurs, etc. Mais aussi beaucoup de romans, beaucoup de pièces de théâtre et même des opéras. Et ça peut aller même jusque dans les arts, comme la peinture par exemple, où il va y avoir vraiment plein de représentations dans les stamps aussi des maîtresses et des grands épisodes qui marquent leur parcours. Et ceci jusqu'à nos jours, puisqu'on voit à peu près toujours un livre consacré à une ou plusieurs maîtresses dans nos librairies. Mais ce sont des ouvrages qui, pour la plupart, en fait, sont assez linéaires, biographiques, nous racontent de la naissance à la mort, la trajectoire d'une ou de plusieurs de ces femmes, sans forcément s'intéresser à ce qui ne concerne pas leur relation avec le roi. C'est-à-dire qu'on reste vraiment focalisé sur cette relation, sur les détails croustillants, les histoires d'Alcove, les petites intrigues, sans vraiment s'intéresser aux phénomènes de façon plus générale, qui est celui de la faveur dont ces femmes bénéficient au titre de la relation qu'elles entretiennent avec le roi. Et donc il y a pendant des années eu vraiment un mépris de la part des universitaires et des chercheurs pour ce sujet qui était en fait plutôt cantonné à la petite histoire, à l'anecdote et aux émissions de télé. Et il y a eu quand même depuis une vingtaine d'années un intérêt qui a commencé à émerger de la part des historiens de l'art d'abord. puis des historiens peu à peu et donc le sujet aujourd'hui quand même est reconnu. En tout cas, on convient que les maîtresses ont un rôle à jouer au-delà du divertissement.
Xavier Mauduit
Voilà, c'est pas le sujet, l'objet d'étude qui pose problème, c'est la démarche adoptée. Pour en parler, et vous Flavie Leroux, vous avez adopté quelle démarche? Comment on étudie cette famille parallèle sans faire une galerie de portraits?
Flavie Leroux
Alors effectivement, c'est tout le problème de la prosopographie, cette étude de plusieurs individus qui ne forment pas vraiment un groupe homogène. On ne peut pas parler du groupe des maîtresses. Pour la plupart, elles ne se connaissent pas. On ne parle pas toujours de la même période. Mon approche, en fait, c'était vraiment dans un premier temps d'essayer de sortir de la mémoire collective, de cet imaginaire un peu figé autour des maîtresses et qui les cantonnait un peu dans ce rôle de femmes dans l'ombre d'un roi. Toujours avec ce regard un petit peu misogyne, on peut le dire clairement. parce qu'on les présentait soit comme des femmes vénales et séductrices, soit au contraire comme de grandes repenties. Il n'y avait pas vraiment de demi-mesure. Donc déjà c'était d'essayer d'évaluer la réalité de ce que c'était, tout simplement, que d'être maîtresse. Donc ça supposait de passer d'abord en revue toute l'historiographie, comme vous l'avez dit, qui est très vaste. Donc de relire ces biographies, de les confronter les unes aux autres pour voir ce qui se dégage. Et aussi de voir quelles étaient les lacunes, parce qu'il y en a quand même un certain nombre. D'ailleurs c'était assez amusant, soit dit en passant, parce qu'on voit qu'elle se répète beaucoup en fait. On a quelques auteurs au 19e qui font des travaux inédits et puis par la suite on recopie, on redit, on reformule mais on n'apporte pas grand chose de plus finalement. Donc ça c'était la première étape de mon travail et puis ensuite mon idée c'était vraiment d'aller faire des recherches dans des fonds qui n'avaient pas du tout été exploités dans ce sens, en tout cas pour les maîtresses, ou presque pas, notamment les archives des notaires et les archives des finances royales en particulier. Donc d'aller vraiment creuser dans l'approche économique et sociale, et au-delà des maîtresses, d'étendre la réflexion à leur entourage de façon très générale, que ce soit leur famille ou leurs protégés, et de voir comment la faveur se déploie au-delà de la seule relation individuelle entre le roi et une maîtresse. Et puis enfin, dans un dernier temps, je souhaitais confronter cette masse documentaire relativement inédite à ce qu'on connaissait déjà, à savoir les écrits des chroniqueurs, des mémorialistes, des diaristes, et d'essayer d'évaluer aussi la pertinence de leurs témoignages au regard d'autres sources.
Xavier Mauduit
Avec toute la question aussi de la place de ces femmes qui ne sont pas les épouses légitimes autour du souverain, vous commencez votre étude avec les premiers Bourbons, Henri IV, et puis vous avancez comme ça. Mais on a envie de vous dire, avant c'était déjà le cas. Est-ce qu'il y a une rupture ici?
Flavie Leroux
Oui, à mon sens, il y a une rupture avec les Valois. J'ai commencé par Henri IV aussi pour une raison purement matérielle, c'est qu'il y a tant de maîtresses et tant de bâtards qu'il était impossible de tous les étudier. Mais en développant ma réflexion, je me suis aperçue qu'effectivement, avec Henri IV, il y avait un certain nombre de ruptures qui intervenaient. et notamment concernant le traitement des enfants naturels. Les rois précédents, bien entendu, en ont eu, et même parfois beaucoup, mais ces enfants, notamment les fils, n'étaient jamais reconnus, n'étaient jamais légitimés par leur père. Ils pouvaient être légitimés plus tard par leur demi-frère, par exemple, comme ce fut le cas de Diane de France, mais pas par leur père. Le seul qui avait légitimé des enfants naturels, c'était Louis XI, mais c'était uniquement des filles. Donc c'était une problématique un peu différente. Alors qu'Henri IV, lui, va être le premier roi à légitimer un fils. Ce qui est d'autant plus remarquable qu'il le fait à un moment où il n'a pas d'héritier légitime. Donc ça pose une vraie question politique. Donc ça, c'est une première rupture et j'en ai décelé d'autres, notamment dans la façon de doter ses maîtresses, dans la façon, dans le traitement, si on peut utiliser ce mot polysémique, qui leur est réservé, notamment au niveau matériel et au niveau financier.
Xavier Mauduit
Et c'est ça qui est intéressant, c'est ce retour vers la base de ce qui fait le travail de l'historienne, de l'historien. Ce sont les archives, les sources et parfois les plus abruptes quand il s'agit de comptabilité avec cette figure importante qui ouvre cette grande discussion autour de l'autre famille royale, Flavie Leroux, c'est Henri Quatre.
Gabrielle d'Estrée
Sire, êtes-vous clair de la basoche, pour vous accoutrer si ridiculement?
Henri IV
Ma chère dame, je suis amoureux et capable des plus grandes folies.
Gabrielle d'Estrée
Je m'en apercevais, sire, rien que de vous trouver pendu au cou de madame masseur.
Henri IV
Ventre sangri, mes chers amours, je lui faisais des caresses par souvenir de vous.
Gabrielle d'Estrée
Ceci n'est point un reproche, sire, car le tort n'est pas pour moi.
Henri IV
Oh, ingrate fille, n'est-ce pas pour toi que j'ai affronté les vigueurs qui tiennent les alentours de Cœuvre, la prison et la mort? Chère Gabrielle, est-il besoin de vous rappeler notre traité?
Gabrielle d'Estrée
Lequel?
Henri IV
De m'aimer un peu, quand Bellegarde vous aimera moins.
Gabrielle d'Estrée
D'où savez-vous, sire, que Bellegarde s'est décistée de m'aimer?
Henri IV
Apparemment qu'il s'en est vanté, et le bruit en vint à mes oreilles.
Gabrielle d'Estrée
Il est vrai que M. de Bellegarde, n'ayant pas obtempéré à certaines demandes, qui n'étaient rien qu'honnêtes et de bonne sorte, j'ai sujet de le rancuner.
Henri IV
Ventre sangri, mamie, efforcez-vous de le haïr.
Gabrielle d'Estrée
Je vous prie de me percer de votre épée, si de ma volonté je consens voir M. de Bellegarde.
Henri IV
J'inscris ce serment dessus mes tablettes, et dedans mon cœur.
Gabrielle d'Estrée
Défendez-lui bien, sire, avec votre autorité, de s'éviter toute tentative infructueuse.
Henri IV
Je m'avais lui ordonné sur sa tête de vous laisser en repos. Il éloignerait s'il le faut.
Gabrielle d'Estrée
À mon tour, Sire. Vous ferai-je une prière. Celle de ne pas employer la force contre moi.
Henri IV
J'ai bien changé de gamme depuis, comme vous avez pu voir, ma chère âme. Et vous m'avez soumis et apprivoisé. Mais demeurez en ma cour, Gabriel, la première et la plus aimée. Vous êtes, à ne vous plus dédire, la maîtresse de Henri, roi de France et de Navarre.
Xavier Mauduit
Oui, c'est Henri IV, évidemment, c'est une fiction radiophonique sur France Culture en 1972 avec cette figure de Gabriel Destré. Si on regarde un petit peu Flavie Leroux, ce panorama des maîtresses royales, d'ailleurs maîtresse, favorite, on utilise quoi comme mot?
Flavie Leroux
Plutôt maîtresse pour cette période-là, le mot maîtresse désignant une femme qui entretient une relation amoureuse avec un roi. Favorite étant à cette époque un peu plus ambiguë, renvoyant plutôt, dans les sources en tout cas, à l'idée d'une amitié, d'une préférence, mais au niveau amical, et une préférence d'ailleurs souvent entre deux personnes de même sexe. C'est-à-dire qu'on va parler de la favorite de la reine et du favorite du roi, mais pas vraiment de la favorite du roi. C'est quelque chose qui arrive plutôt au XVIIIe siècle, donc pour notre période plutôt maîtresse.
Xavier Mauduit
Quelle place pour Gabrielle Destré dans ce portrait des maîtresses royales?
Flavie Leroux
Une place de premier plan. Parmi les maîtresses, quand on essaye de faire comme ça une chronologie, la première c'est toujours Agnès Sorel, la première dans l'ordre chronologique et la première aussi par ordre d'importance. A mon sens, pour la période qui nous intéresse, les Bourbons, c'est vraiment Gabrielle Destré qui est la première maîtresse d'Henri IV devenu roi. Il en a eu d'autres avant, du temps où il était prince de Navarre, mais à partir du moment où il accède à la couronne française, la première maîtresse est Gabrielle d'Estrée. Et elle le reste jusqu'à sa mort en 1599, avec quelques difficultés par moments, des hauts et des bas, comme on l'a entendu dans l'extrait, notamment en raison de sa relation avec le duc de Belgarde, auquel elle était promise au départ, mais une relation quand même continue qui ne cesse de de grandir et de se développer jusqu'à la mort brutale de Gabriel Destré, au point même où un mariage aurait été envisagé entre Henri IV et cette maîtresse. Les sources, en tout cas, tendent vraiment à étayer cette hypothèse. Par exemple, l'un des arguments, c'est que dans l'inventaire de Gabriel Destré, on trouve un anneau qui est celui du sacre d'Henri IV. Donc voilà, quand même une preuve d'amour assez nette. Et puis, une maîtresse extrêmement marquante aussi parce qu'elle va donner trois enfants à Henri IV à une période où il n'en a pas d'autres, où il n'a donc pas d'héritier légitime, ce qui est évidemment extrêmement notable et qui pose un certain nombre de problèmes politiques.
Xavier Mauduit
Avec Henri IV qui était marié à Marguerite de Vallois, la reine Margot, le mariage rompu mais pas d'enfant. Et les enfants il les a avec Gabriel Destré. Et vous nous avez dit Flavie Leroux qu'il y a des enfants ici légitimés. Le petit César par exemple.
Flavie Leroux
Tout à fait, le petit César est le premier né, le premier enfant issu de ce couple Henri IV-Gabriel Destré qui naît en 1594. Et très vite, Henri IV va envisager de donner à ce fils un statut particulier. Alors pour le faire, il va devoir d'abord surmonter un premier problème qui est le mariage de Gabriel Destré. Parce que oui, Gabriel Destré, au début de sa relation avec Henri IV, a épousé Nicolas d'Amerval, un gentilhomme de sa province. Et donc il faut d'abord éloigner ce mari, puisque en vertu du principe de la paternité, il pourrait revendiquer sa parenté avec ses enfants. Donc on va annuler ce mariage. Quand je dis « on », c'est Gabriel qui va engager des démarches auprès d'un tribunal ecclésiastique pour faire invalider son mariage. Elle y parvient. Et donc très peu de temps, c'est-à-dire quelques jours seulement après l'annulation de son mariage, Henri IV donne des lettres patentes dans lesquelles il légitime leur fils César. Alors ce que ça signifie tout simplement, c'est que le roi va reconnaître officiellement par l'écrit, par un acte administratif, sa paternité, la filiation de ce petit César avec lui, mais aussi la parenté de ce fils avec sa mère, Gabrielle Destré. Finalement, c'est aussi une façon de reconnaître sa relation avec Gabrielle Destré. Et d'ailleurs, dans le préambule des lettres de légitimation, il prend le temps de justifier cette décision et donc il va notamment vanter les grandes qualités de Gabriel Destré qui a cédé à ses avances, pas contraintes et forcées, mais il explique finalement qu'il n'est pas vraiment coupable de l'adultère et que c'est plutôt sur lui que retombe la faute. Et donc il va reconnaître ce fils, ce qui est déjà sur le plan symbolique extrêmement important. Mais ça l'est aussi au niveau juridique puisque c'est un acte qui permet à César de recevoir des droits d'ordinaire refusés aux enfants naturels, notamment le droit d'occuper certains emplois ou le droit de recevoir des legs et notamment des legs de sa génitrice. Donc il y a un vrai enjeu. Et puis suite à cette légitimation vont suivre deux autres décisions très importantes d'Henri IV vis-à-vis de ce qui est déjà un embryon d'autres familles, de familles parallèles, pas parallèles à cette époque puisqu'il n'en a pas vraiment d'autres. D'abord il va établir une succession réciproque entre la mère et le fils. Ce qui contrevient un peu au principe de l'époque. Normalement, à l'époque, les biens, lors d'une succession, doivent descendre, c'est-à-dire passer des ascendants aux descendants. Or là, si César venait à mourir, ces biens reviendraient à sa mère. Donc c'est vraiment une façon de cloisonner ce patrimoine entre les mains de cette petite famille. Et puis, troisième décision très importante d'Henri IV, c'est de confier la garde, la garde noble, comme on dit à l'époque, de l'enfant à sa mère. Ce qui, là aussi, est assez exceptionnel puisque d'habitude, c'est au père que revient
Xavier Mauduit
ce rôle. Avec toute la question ici de la place de ces enfants illégitimes, naturels, dans une famille royale, en rapport à ce qui se passe ailleurs dans la société. Vous venez de l'évoquer Flavie Leroux, le statut d'enfant illégitime, il est très dur. Alors il est très dur pour l'enfant lui-même, bien sûr, souvent pour les femmes. C'est ici un cas particulier. Alors quand on a le pouvoir royal, c'est sûr que ça facilite d'arranger les choses. Mais enfin, l'enfant, le bâtard du roi normalement doit être soumis à ce qui se passe ailleurs dans
Flavie Leroux
la société? Oui tout à fait, il est vraiment soumis au même cadre juridique et d'ailleurs ça se répercute dans un certain nombre de marqueurs. Par exemple sur ses armes il porte une barre qui signifie, qui dit cette bâtardise, cette naissance entachée par la bâtardise. On le voit avec les bâtards des rois précédents par exemple, les Valois. qui vont, pour les garçons pour la plupart, faire des carrières ecclésiastiques, ce qui est une manière discrète, en fait, de les écarter du pouvoir, en tout cas du pouvoir laïc, disons. Et pour les filles, on s'en sert un peu à la façon dont on se sert des filles de façon générale à cette époque, c'est-à-dire on les marie pour nouer des alliances. Mais ce sont des enfants qui sont toujours dans un rang largement inférieur à ceux des princes légitimes de la famille royale. Il n'y a vraiment pas de comparaison possible. Alors que là, effectivement, César et puis surtout son frère et sa sœur après lui vont notamment être baptisés avec des cérémonies que les contemporains comparent à celles réservées aux enfants de France. Donc vraiment, ils les assimilent à des enfants légitimes. Quelque part, ces enfants bâtards issus du roi connaissent un régime plus favorable que la plupart des enfants nés hors mariage dans la société de l'époque. Mais en même temps, ils sont quand même soumis à un certain nombre de restrictions au niveau juridique
Xavier Mauduit
et symbolique. Quand Gabriel Destré meurt, Henri IV n'est toujours pas remarié. Il se remarie juste après avec Marine Médicis. C'est-à-dire que c'est un roi qui a déjà des enfants légitimés qui se marie avec Marine Médicis. Quelle est la place pour ces enfants dans
Flavie Leroux
cette histoire-là? Effectivement, c'est un cas de figure qui est assez unique dans l'histoire de France. D'autant plus qu'Henri IV n'a de cesse, pendant toutes ces années de faveur de Gabriel Destré, d'essayer d'annuler lui-même son mariage avec Marguerite de Valois. Je passe assez vite, mais il n'y parviendra pas avant la mort de Gabriel Destré, ce qui empêche qu'il épouse Gabriel. Et après la mort de Gabriel Destré, Marguerite cède enfin. Et donc ça permet à Henri IV d'épouser Marine Médicis. Même si un autre obstacle a commencé à surgir à ce moment-là, qui est une autre maîtresse, Henriette d'Entraque, dont on parlera peut-être un peu après. Mais effectivement, lorsque Marine Médicis arrive, son mari a déjà trois enfants hors mariage. Elle-même lui donne très vite un fils légitime, le futur Louis XIII, un dauphin. Donc ça règle le problème de la succession qui était quand même en suspens depuis plus d'une dizaine d'années. Seulement, la maîtresse du moment, elle aussi va avoir un fils. Donc ça va poser un certain nombre d'autres problématiques pour Henri IV. Mais effectivement, ça crée une situation familiale assez hors norme. Et les enfants de Gabriel Destré, Henri IV va vraiment tenir à poursuivre ce travail d'assimilation avec les princes de la famille royale qu'il a engagés auparavant. Et donc, il va faire élever, tout simplement, les deux derniers nés de Gabriel Destré. Pas l'aîné, parce que l'aîné est trop grand. Donc lui, il suit la cour comme un prince le ferait. Mais les deux plus jeunes sont élevés à Saint-Germain-en-Laye, aux côtés des enfants légitimes qu'il a avec Marine Médicis. Et ça sera le cas aussi des enfants qu'il a avec Henriette d'Entrague. Et donc il fait éduquer ses enfants tous ensemble. On parle même de troupeaux dans les sources. Et donc on peut atteindre, avoir connaissance du quotidien de ses enfants grâce au médecin du futur Louis XIII, Jean-Hérosard, qui nous raconte au quotidien comment ça se passe. Et c'est assez intéressant parce qu'on voit qu'il y a d'un côté vraiment cette déférence que les enfants naturels doivent à l'égard de leurs demi-frères et sœurs légitimes. Mais en même temps, Henri IV régulièrement les met tous sur un plan d'égalité. Par exemple, à table, de temps en temps, il leur demande de manger tous ensemble sans forcément avoir à se découvrir. Et donc ça va susciter évidemment quelques scènes de tension, notamment entre le fils légitime futur Louis XIII et les autres, puisque Louis XIII est extrêmement jaloux, d'autant plus qu'Henri IV se montre particulièrement affectueux envers ses enfants naturels, ce qu'il ne fait pas forcément avec les autres. Donc voilà, des tensions et en même temps un climat de confiance qui va s'installer et qui va perdurer jusqu'à l'âge adulte
Xavier Mauduit
pour certains. famille recomposée en quelque sorte. Avec tous les enfants qui peuvent manger autour de la table très bien mais qu'en est-il des maîtresses? Non, il ne les invite pas quand même. Il n'invite pas Henriette à la même table que son épouse
Flavie Leroux
légitime Marie. Alors c'est arrivé au début, au tout début, quand Marine Médicis arrive, Henri IV va continuer à conserver un certain nombre d'habitudes et on a notamment un ambassadeur anglais qui nous raconte en 1601 qu'un dimanche il va manger à table en public avec d'un côté son épouse et de l'autre sa maîtresse. Alors c'est quelque chose qui ne se reproduira pas beaucoup puisqu'assez vite des tensions vont émerger entre les deux femmes. et elles vont notamment exploser à l'occasion d'un voyage à Blois dès 1602, donc assez rapidement. On ne va plus les voir forcément côte à côte. Cela dit, ça n'empêche pas Henriette d'Entrague de venir régulièrement à Saint-Germain pour voir ses enfants et donc par la même occasion les enfants de France, les enfants légitimes et parfois même Marine Médicis qui est elle-même sur place avec ses enfants. Et donc on a des scènes comme ça que Jean Héroard nous raconte qui sont assez rocambolesques où Henriette d'Entrague a sur les genoux le petit Louis XIII qui lui pince la poitrine Nous, pour nos yeux de contemporains, c'est quelque chose d'assez étonnant. Mais ça semble assez acceptable, aux yeux des rois en tout cas, puisque la scène se reproduit à plusieurs reprises. Donc
Xavier Mauduit
on imagine. C'est acceptable parce que c'est la famille royale. Dans la société, j'imagine que cela a par cas extrêmement particulier. Ce n'est
Flavie Leroux
pas imaginable. Absolument pas. Effectivement, dans la société, en dehors de la famille royale. D'ailleurs, première chose, les bâtards en général sont cachés, élevés à part, placés en nourrice. Alors ça, c'est quelque chose qui est commun à tous les enfants, mais je veux dire, pas la même nourrice que les autres. et qui ensuite reçoit une éducation distincte. Et d'ailleurs, on le verra avec Louis XIV, c'est ce que lui fait aussi. Il va vraiment élever ses enfants à l'écart de la cour et donc de ses enfants légitimes. Donc là, Henri IV, vraiment, est dans quelque chose d'extrêmement inédit, novateur, moderne, je ne sais pas. Mais en tout cas, effectivement, quelque
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chose d'exceptionnel. Ce qui participe d'ailleurs de l'image de ce souverain Henri IV, le vert galant, ce côté vraiment développé par la suite, mais déjà présent de son vivant. Et cet amour des femmes, les enfants, l'image du roi à quatre pattes avec les enfants sur le dos, tout ça c'est de l'image d'Epinal, mais c'est la construction aussi de ce que nous connaissons de la famille royale. Et pour Henri IV, ça donne un côté
Flavie Leroux
extrêmement sympathique. Ça participe vraiment de sa légende. Il ne l'a pas forcément fait consciemment, même s'il a évidemment lui-même édifié cette image, notamment par le biais de l'iconographie. Vous avez bien fait de le souligner, plusieurs estampes ou même des représentations sur de la vaisselle, par exemple, de ce Henri IV à quatre pattes avec ses enfants sur le dos. il s'amuse à jouer, ça ne sort pas de nulle part. C'est vrai que quand on lit les sources, donc Erroir, mais pas seulement ses propres lettres, par exemple, on voit bien qu'Henri IV est quelqu'un d'extrêmement passionné vis-à-vis de ses maîtresses, mais aussi d'extrêmement attaché à ses enfants. Et lui-même, parfois, va aller jusqu'à écrire à ses maîtresses. Alors, est-ce que c'est pour les flatter ou non? Je ne peux pas le dire. Mais en tout cas, il écrit noir sur blanc qu'il aime sa maîtresse et ses enfants plus que son épouse et ses enfants légitimes. Donc c'est quand même la preuve, effectivement, d'un roi qui, en tout cas, n'hésite pas à exprimer ses émotions et c'est aussi pour cela qu'on se souvient de
Xavier Mauduit
lui aujourd'hui. Oui, ça participe de cette image qui est si intéressante, qui est reprise par la suite et qui d'ailleurs, pour les Bourbons eux-mêmes, Pour l'origine de cette branche de la dynastie, donne quelque chose de très positif. Mais est-ce lié à la personnalité du roi Henri IV, personnage vraiment particulier? Qu'en est-il par la suite, l'autre famille royale, bâtard et maîtresse d'Henri IV à Louis XVI? Flavie Leroux. Pour Louis XIII, cette question-là est tout autre qu'avec Henri IV, la question des maîtresses, beaucoup moins
Flavie Leroux
de maîtresses. Beaucoup moins de maîtresses, deux seulement, connues en tout cas. C'est toujours le même problème quand on dit maîtresse. Mais bien évidemment, c'est celle auxquelles les sources nous donnent accès. Il y en a eu d'autres. Si on regarde sur Internet, on a des nombres absolument ramineux parfois qui y sont présentés. Mais pour ce qui est de Louis XIII, effectivement, c'est un roi dont on oublie souvent qu'il a eu des maîtresses. Et j'insiste sur le mot parce que c'est celui qu'on retrouve dans les sources. Donc, ça montre bien qu'il n'y a pas forcément de dimension sexuelle systématique, puisque dans le cas de Louis XIII, tout le monde est à peu près d'accord pour dire que ce Ces deux relations furent platoniques. Je les ai quand même intégrées à ma réflexion dans la mesure où on va retrouver avec elles un certain nombre de caractéristiques que j'ai pu identifier avec d'autres, notamment le fait qu'il s'agit de deux femmes de la noblesse, qu'elles ont pu recevoir quelques gratifications. Seulement, ce qui se passe notamment avec la deuxième, donc Marie de Hautefort, ce qui est un peu particulier, tout d'abord c'est que c'est une relation assez brève, et puis ensuite c'est quelqu'un qui va surtout s'inscrire dans la faveur de la reine, Anne d'Autriche. Et donc dans son cas, on peut parler de favorite, mais de la reine. Et Louis XIII, finalement, lui a plutôt dirigé sa faveur vers des hommes, vers des gentils hommes, de ses amis, comme le duc de Saint-Simon, comme le marquis de Cinq-Mars, pour lequel ça s'est plutôt mal fini. Et donc c'est aussi pour cette raison que, tout en l'intégrant à mon corpus, je l'ai traité de façon beaucoup
Xavier Mauduit
plus sommaire. Oui, parce que c'est ça aussi, faire la liste de ces femmes en lien avec le souverain, et peut-être ses hommes aussi dans certains cas, ça exclut, et vous l'avez dit avec justesse, Flavie Leroux, toutes celles qui n'ont pas laissé de trace. Là, on pense à la domesticité extrêmement nombreuse dans ses châteaux, dans ses palais. Ça, on ne les
Flavie Leroux
retient pas. Alors moi je ne les ai pas retenus dans mon corpus parce que moi mon idée c'était vraiment pas de pister toutes les femmes qui ont à un moment donné couché ou non avec un roi. L'idée c'était plutôt d'essayer de voir comment se manifestait la faveur et comment elle fonctionnait pour les femmes qui sont restées déjà un certain temps dans cette position de maîtresse notamment celles qui ont donné des enfants au roi et puis qui en ont reçu un certain nombre de bienfaits donc c'était un peu mes critères d'études. Mais effectivement, ça impliquait aussi de mettre de côté un certain nombre de cas qui sont parfois intéressants, que l'on pourrait creuser. Je pense par exemple à la demoiselle des œillets sous Louis XIV, qui est une domestique, qui est quelqu'un qui travaille pour Madame de Montespan et qui, on en est à peu près sûr aujourd'hui, a une relation avec Louis XIV. de laquelle est issue une fille. Donc voilà, il y a quelques cas qui pourraient effectivement être étudiés de façon un peu plus approfondie, mais c'est malheureusement trop rare, puisque dans la plupart des cas, et notamment avec Henri IV, on va avoir de ci ou de là, chez un contemporain, la mention éventuelle d'une passade avec une telle ou telle autre, mais ça s'arrête là. Et donc quand on creuse, on peut arriver à retrouver éventuellement une pension, par exemple, donnée à cette femme, mais ça ne va pas beaucoup
Xavier Mauduit
plus loin. Et c'est ça, ces traces que vous êtes sans cesse à guetter, Flavie Leroux, une pension. C'est difficile de savoir pourquoi la pension est donnée parce que la décision parfois n'est pas verbalisée ou mise à l'écrit. On ne sait pas pourquoi la pension est donnée. Ça, ce sont des indices. En revanche, il y a tous les commentaires. Et alors les commentateurs de la Cour, ils sont nombreux. On trouve ici un intérêt particulier pour toutes
Flavie Leroux
ces affaires-là. Absolument, ils sont même trop nombreux, on pourrait dire. Que ce soit pour Henri IV ou Louis XIV, on a des dizaines de témoignages d'individus de la cour qui vont laisser des mémoires, vont écrire des lettres, vont écrire des journaux. dans lesquels les maîtresses vont avoir une place de premier plan. En fait, les variations de la faveur du roi, que ce soit vis-à-vis des femmes ou même des hommes, parfois, c'est quelque chose qui retient l'attention de tous et de toutes à la cour parce que, bien évidemment, ça peut avoir des répercussions pour tout un chacun. Et ce qui est amusant, c'est de constater qu'il y a souvent des erreurs dans les interprétations de ces contemporains. Certains, par exemple, vont voir une maîtresse en train de chuter alors qu'on s'aperçoit que deux mois plus tard, finalement, absolument pas. Elle reçoit du roi un cadeau extrêmement remarquable et puis elle reste dans la faveur encore des années. Donc, on voit finalement qu'il y a une marge d'erreur qui est quand même assez importante. En tout cas, ce qui est certain, c'est que ça les intéresse toutes et tous à la façon, on pourrait dire, dont ça nous intéresse aujourd'hui
Xavier Mauduit
pour nos propres Avec un effet très important dans un système dynastique, la notion de reproduction est au cœur de la réflexion. Ces rivalités de pouvoir et puis tout simplement la sacralité du corps du roi. Parce que ces femmes ont accès au corps du roi, à l'intime, la plus haute proximité. Et ça, ça crée autour de ces maîtresses, j'imagine, tellement d'attention. Parce que quelque part, être proche de la maîtresse quand on ne peut pas être proche de la reine, c'est pas
Flavie Leroux
mal aussi. D'ailleurs, c'est même souvent plus intéressant d'être proche de la maîtresse que de la reine. En tout cas pour Henri IV et pour Louis XIV, puisque les reines en question sont soit, comme pour l'épouse de Louis XIV, des reines relativement effacées, c'est peut-être un peu fort, ce que Marie-Thérèse, l'épouse de Louis XIV, gagnerait d'ailleurs à être étudiée, en tout cas mieux connue, parce que c'est quelqu'un qui n'a pas été si effacé que cela, mais en tout cas qui a moins de pouvoir qu'une Madame de Maintenon plus tard, par exemple. Et dans le cas de Marine Médicis, l'épouse d'Henri IV, c'est quelqu'un qui, en tout cas du vivant de son mari, restera relativement à l'écart du pouvoir, là aussi. Mais en même temps, ce qu'on voit, c'est que beaucoup de contemporains s'illusionnent un peu sur le pouvoir de ces maîtresses et leur accordent beaucoup plus de crédit qu'elles n'en ont, ou en tout cas qu'elles n'en montrent à travers les sources que nous, nous pouvons consulter, historiens. Et donc en fait, souvent ces maîtresses lorsqu'elles vont agir en faveur de quelqu'un ou en faveur d'une décision quelconque, ça se limite souvent à leur famille, à leurs proches, à leurs protégés, à des couvents qu'elles ont envie de soutenir. Mais ça ne dépasse généralement pas ce cadre qui est déjà une expression de pouvoir remarquable bien sûr, mais ça ne dépasse pas ce cadre et ça ne va que très rarement sur le terrain notamment du gouvernement. pour notre période. Donc c'est vrai qu'on voit beaucoup de contemporains placent des espoirs dans ces maîtresses qui sont des espoirs déçus. Et d'ailleurs les quelques lettres que nous avons de ces maîtresses, elles sont rares, en dehors du cas exceptionnel de Madame de Minton, et bien elles le disent elles-mêmes. Elles répondent à leurs interlocuteurs en leur disant écoutez je suis désolée mais je ne peux rien faire pour vous. Donc on voit bien qu'il y a une limite. Et d'ailleurs, elles-mêmes en sont conscientes, et leur roi leur rappelle, notamment Louis XIV, plus Louis XIV qu'Henri IV, se défend de se laisser influencer par ses maîtresses. Et elles-mêmes ont intégré cette idée, d'après les sources auxquelles on
Xavier Mauduit
a accès. C'est le fantasme de l'influence autour du souverain, de ses maîtresses, avec parmi tous ses noms. On les cite les uns après les autres, mais on va essayer de trouver quelque chose qui ait une union à tous ces portraits mis bout à bout. Ce nom, c'est celui de Louise
Narrator (Louise de Lavallière segment)
de Lavallière. Au mois d'avril 1661, une jeune fille de petite noblesse arrive, comme beaucoup d'autres, à la cour. pour y parfaire son éducation. La cour est à Fontainebleau. La jeune fille vient de Touraine. Elle s'appelle Louise de Lavalière. Plus exactement, Louise, le blanc, la baume de Lavalière. Et puis, par quel hasard, le roi se trouve-t-il un jour à Vincennes, dans un bosquet, à entendre une conversation Louise de la Vallière et mademoiselle d'Artigny. Les conversations, ou plutôt les paroles de mademoiselle de Louise de la Vallière tournent toujours autour du même thème, l'admiration du roi. Alors, le roi s'approche, mademoiselle d'Artigny, très bien élevée, et qui comprend, mon Dieu, que le devoir d'un tiers comme elle n'est pas de s'attarder dans une conversation qui est surtout agréable à deux, s'efface et de premiers échanges ont lieu
Xavier Mauduit
ce soir-là. Gabriel Olivier, en 1953, avocat à la cour d'appel de Paris et historien à ses heures, avec ici une illustration de ce qu'on disait tout à l'heure, Flavie Leroux, ça porte le récit, ces
Flavie Leroux
histoires d'Alcove. On est vraiment dans un scénario bien ficelé finalement avec ces topoils. On le voit très bien avec cet extrait et notamment avec ce personnage de Louise de Lavallière qui incarne cet idéal de la maîtresse amoureuse et désintéressée qui en plus aura le bon goût de faire pénitence. Voilà, c'est vraiment la figure parfaite que l'on a tendance un petit peu à oublier aujourd'hui mais qui avait beaucoup de succès au XIXe siècle. Et donc ce récit est symptomatique de ce qu'on peut lire sur les maîtresses en effet, notamment avec parfois des dialogues retranscrits, on ne sait pas vraiment d'où ça sort. Et quand on essaie de retracer l'origine des informations que l'on vient d'entendre, on se rend compte que ça vient uniquement des mémorialistes et des contemporains qui ne font que répéter, interpréter, voire inventer des épisodes de la faveur,
Xavier Mauduit
en fait. Oui, c'est ça. Parce que ici, nous avons ces galeries de portraits. C'est souvent comme ça que ça a été présenté, comme des petites biographies mises bout à bout qui ne donnent pas le portrait type de ces maîtresses royales. Vous, Flavie Leroux, quand vous travaillez, vous avez évoqué votre démarche. On voit Quelque chose qui se dessine à travers, alors on met de côté peut-être le règne de Louis XIII, mais entre eux, Henri IV, Louis XIV, un profil de
Flavie Leroux
ces femmes. Oui, à mon sens, on peut répondre par la positive dans la mesure où quand on compare ces femmes, la première chose en commun qui se dégage, c'est leur ancrage social. C'est-à-dire qu'avant d'être maîtresse, toutes ces femmes appartiennent à la cour, sont présentes à la cour pour la plupart, ou si elles-mêmes ne le sont pas, leurs parents y sont. Et donc, en fait, le constat que l'on peut faire, c'est qu'elles partagent toutes une même origine nobilière. Et ça, c'est important de le relever parce que c'est déterminant d'abord pour comprendre comment peut s'opérer une rencontre avec le roi. Ce n'est pas du tout le fruit du hasard. Il y a vraiment un processus social qui est à l'œuvre, en plus, bien sûr, de l'inclination personnelle du roi et de son goût. Mais ça a aussi des conséquences dans la mise en œuvre ensuite de la faveur, puisque entretenir une relation avec une dame de la noblesse, ça implique un certain nombre d'attentes de la part de la dame en question, de sa famille. Ça permet aussi de s'appuyer sur un certain nombre d'arguments pour justifier la faveur individuelle. puisqu'il est très rare que le roi gratifie une maîtresse en disant « je l'aime bien et donc je lui donne quelque chose ». En général, il va mobiliser un arsenal d'arguments, dont celui de l'affection personnelle, mais aussi le mérite des parents, l'ancienneté de la famille, le prestige de ses alliances, etc. Et donc, finalement, le système de la faveur tel qu'il se dégage, sous Henri IV puis sous Louis XIV, il a cela de commun qu'il bénéficie à des femmes de la noblesse et donc à des familles de la noblesse. Donc s'il y a un point commun à déceler entre toutes ces femmes, c'est celui-là. Et d'ailleurs, il est vrai aussi pour un certain nombre de maîtresses des Valois. En revanche, il va y avoir une rupture avec Louis XV, on en parlera peut-être plus tard à ce niveau-là, qui va finalement remettre en cause tout le système. Et puis ensuite, à mon avis, le point commun, c'est la façon dont la faveur va se déployer, les bienfaits dont elles vont bénéficier, c'est-à-dire que ce qu'on remarque, c'est que leur élévation sociale s'opère toujours un petit peu de la même façon, c'est-à-dire qu'on va avoir d'abord une étape que moi j'avais qualifiée d'économique dans ma thèse, c'est-à-dire un enrichissement matériel et financier, ensuite une étape plutôt d'investissement, souvent foncier, achat de domaines, avec des enjeux divers, des enjeux bien sûr matériels, mais aussi des enjeux symboliques et des enjeux successoraux très importants. Et puis enfin une étape sociale qui s'accole à la précédente souvent, c'est-à-dire de donner à la maîtresse un titre de dignité plus élevé souvent que ce qu'elle avait auparavant et donc finalement lui permettre de s'élever dans la hiérarchie sociale en prenant un titre de duchesse par exemple. Finalement, ce procédé, on le retrouve avec beaucoup des maîtresses et notamment celles qui ont donné des enfants au roi. Deuxième point commun, à mon avis, c'est dans le traitement, pour le dire très vite, de ces femmes, sous Henri
Xavier Mauduit
IV puis Louis XIV. Avec peut-être la question très concrète de la manière de vivre de ces maîtresses et de leurs enfants, de ces bâtards royaux, c'est dans le château, là où est le souverain? Ou c'est juste à côté?
Flavie Leroux
Comment ça se passe? Là-dessus, il y a une différence assez nette entre Henri IV et Louis XIV. Sous Henri IV, les maîtresses ne sont pas logées dans les palais royaux, ou en tout cas, ne le sont plus. Pour Gabrielle Destré, c'est assez difficile de savoir où elle loge, mais vu le nombre d'occurrences de sa présence aux côtés d'Henri IV, on s'imagine qu'elle loge tout près, voire dans le même bâtiment. La question devient plus complexe à partir du moment où Henri IV épouse Marie de Médicis. Et là, on voit qu'au début, Henriette d'Entraques continue à être vraiment dans les parages, c'est-à-dire vraiment une proximité très grande. Et puis, après la crise de 1602, elle va être mise à l'écart d'un point de vue logistique, on va dire. C'est-à-dire qu'elle va être dans son château, notamment de Verneuil, ou dans son hôtel particulier à Paris. Et c'est Henri IV qui se déplace pour aller la voir. Et elle ne vient dans les palais royaux que si elle y est invitée explicitement ou en l'absence du roi. Et c'est pareil pour les autres maîtresses suivantes d'Henri IV. Alors que Louis XIV, on est dans un schéma complètement différent, puisque la plupart des maîtresses sont logées au sein même des résidences royales. Ce qui s'explique assez aisément, puisque la plupart d'entre elles occupent à la cour une charge, un emploi, avant même de devenir la maîtresse du roi. Ce qui justifie qu'elles soient logées auprès de leur maîtresse. cette fois dans le sens hiérarchique du terme, que ce soit la reine ou la belle-sœur du roi. Et donc elles sont déjà sur place, si l'on peut dire, et elles y restent par la suite simplement. Elles, elles vont avoir d'autres résidences, elles vont multiplier les résidences, elles vont avoir leur appartement à Versailles, à Saint-Germain-en-Laye, au Louvre, aux Tuileries. Plus, elles vont avoir souvent un hôtel particulier à Paris. et un ou des châteaux en Ile-de-France ou en province. Donc voilà, on est dans un schéma au niveau de la résidence qui est assez différent. Et donc évidemment, l'organisation du quotidien n'est pas la même non plus
Xavier Mauduit
entre les deux périodes. Et puis vous nous avez parlé, Flavie Leroux, des enfants du temps de Henri IV, les enfants royaux, les bâtards royaux. Qu'ils soient légitimes ou illégitimes, tout le monde était ensemble. Qu'en
Narrator (Louis XIV segment)
est-il pour Louis XIV? Le 20 décembre 1673, le Parlement avait enregistré les lettres de légitimation pour Louis-Auguste, Louis-César et Louise-Françoise, la dernière née des amours de Madame de Montespan avec le roi. Madame de Montespan étant toujours la femme d'un autre homme, le président du Parlement avait trouvé moyen de les faire reconnaître par le roi sans que la mère soit nommée. Les petits princes avaient pris le nom de duc du Maine, de comte de Vexin, et de Mademoiselle de Nantes. Le roi voulait désormais les trois princes à la cour et il entendait que
Xavier Mauduit
j'y sois avec eux. L'allée du roi, le film de Nina Compagnès en 1995 avec ici Dominique Blanc qui nous fait la narration de cette histoire-là. Madame de Montespan,
Flavie Leroux
Louis XIV, beaucoup d'enfants!
Xavier Mauduit
8! C'est pas mal! Comment
Flavie Leroux
sont-ils élevés ces enfants? Alors justement, absolument pas de la même manière que ceux d'Henri IV. Là on est dans quelque chose qui est à l'opposé, on pourrait dire. Ils sont élevés dans le secret, le plus absolu, à l'écart de la cour, dans une maison à Paris, dans même plusieurs maisons. Notamment un bail que j'avais retrouvé, d'une maison louée par Madame de Montespan, qui en fait est destinée à ses enfants et à leur gouvernante, Françoise Dobigné. Donc il y a d'abord cette maison rue de l'Echelle et puis ensuite une maison plus connue, rue de Vaud-Girard, où Françoise Dobigné, la veuve Scarron, va élever ses enfants, notamment les trois premiers-nés qui ont été cités dans l'extrait, dans le secret le plus grand. On a des renseignements sur cette période qui viennent de Colbert, en tout cas d'un écrit qu'on attribue à Colbert. Donc vous voyez, on est déjà vraiment dans cette dynamique du secret. En tout cas, ce que l'on peut savoir, c'est que la future Madame de Maintenon, Françoise Dobigné, reste très discrète sur cet emploi qu'elle a. Dans ses lettres, elle n'en parle absolument pas, en tout cas jusqu'à ce que les enfants soient légitimés justement et donc accueillis à la cour. Donc voilà, quand on regarde ce qu'en disent les contemporains, et bien pour une fois ils sont assez silencieux finalement sur ces périodes-là. Donc c'est intéressant de voir que cela fonctionne, cette discrétion au père. Et donc c'est à partir du moment où ces enfants sont reconnus par leur père, dans les mois qui suivent cette légitimation, Ils sont installés à la cour, avec leurs gouvernantes, auprès de leurs maires. Et donc là, effectivement, tout le monde prend connaissance de leur existence et donc il commence ce processus d'élévation sociale et d'assimilation aux princes. Mais jusque là, cette période de la petite enfance reste assez obscure. Et c'était le cas aussi pour Luiz de la Vallière, dont les enfants ont été
Xavier Mauduit
éduqués par Madame Colbert. Ah oui, que du bon mandat, on l'entend bien. En tout cas, ces enfants, une fois légitimés, portent le nom de Bourbon. Ce sont des Bourbons, ils sont reçus à la cour. Ça se passe comment pour eux? Est-ce qu'être enfant du roi prend le dessus sur le fait
Flavie Leroux
d'être bâtard du roi? Alors pas vraiment, en tout cas pas au début. Au début, ces enfants n'ont pas vraiment de rang, c'est-à-dire qu'ils ne participent pas véritablement au cérémonial de la cour. Au début, ils sont petits aussi, ça explique qu'ils soient encore tenus à l'écart. Et tout l'enjeu pour Louis XIV va être au fur et à mesure d'arriver progressivement à les imposer au dernier rang de la famille royale, c'est-à-dire non seulement après ses propres enfants légitimes ceux de son frère et les princes de sa famille restreinte, mais aussi après les princes du sang, donc ses cousins, les condés et les contis. Ils ne seront jamais assimilés véritablement à des enfants du roi en tant que tels, mais l'idée c'est vraiment de les mettre au dernier rang de la famille royale au sens large. Et donc pour cela, il va mobiliser tous les moyens possibles. La carrière, d'une part, pour les garçons, c'est-à-dire vraiment leur donner des charges militaires prestigieuses, que ce soit l'amiralat de France, par exemple, ou des charges de capitaine des gardes, ce genre de choses. Il va aussi leur organiser des mariages extrêmement intéressants, qui va permettre d'assimiler notamment les filles au prince du sang, puisque les femmes prennent le rang du mari, c'est assez aisé. et les fils aussi, notamment le duc du Maine va épouser une fille de Condé, donc c'est une façon aussi de le raccrocher au train de la famille royale. Il y a aussi une action au niveau financier et donc patrimonial, de même qu'avec leur mère finalement, le roi va doter ses enfants en leur donnant de l'argent pour leur permettre de s'enrichir et de se constituer une fortune, un patrimoine, à partir duquel ils vont pouvoir prendre des titres prestigieux, notamment celui de duc et père. qui va leur donner accès au parlement et un certain nombre de privilèges. Ainsi, de fil en aiguille, ses fils vont participer aux cérémoniales de la cour, toujours au dernier rang de la famille royale, mais ils sont présents. En l'absence d'un prince du sang, de temps en temps, ils vont gagner un grade, si l'on peut dire, occasionnellement. Ainsi, de fil en aiguille, peu à peu, ils vont s'imposer, jusqu'à ce que Louis XIV décide de donner une première déclaration pour assimiler les princes légitimés, comme on les appelle, aux princes du sang, dans le cérémonial et puis on va à l'aube de la mort de Louis XIV atteindre ce qui est à la fois l'apogée et la fin de cette politique vis-à-vis des bâtards avec cette décision de Louis XIV de les intégrer véritablement au dernier rang de la famille royale pour pouvoir prétendre éventuellement au trône en cas de défaillance des autres membres de la famille royale. Finalement, Louis XIV va pousser cette politique assez loin. Il va même faire le pas que n'a jamais fait Henri IV, en fait. Mais ce qu'il faut rappeler, c'est qu'on est dans un contexte très particulier. Louis XIV, on est en 1714, à un moment où il a perdu successivement son fils, deux de ses petits-fils. Et donc finalement il se retrouve avec pour seul héritier légitime avec un arrière petit-fils âgé de 4 ans, le futur Louis XV. Et donc il est assez inquiet de savoir ce que deviendra la couronne. Donc il prend cette décision aussi quelque part pour assurer qu'elle restera entre les mains de la dynastie. Mais en même temps, à sa mort, cette décision sera cassée parce qu'elle contrevient complètement aux lois fondamentales du royaume, le roi ne
Xavier Mauduit
pouvant choisir son héritier. Oui voilà, parce que ça veut dire que tous ces enfants illégitimes, puis légitimés de Louis XIV, en tout cas leurs descendants, ne peuvent prétendre au trône de France. La décision a été cassée. Ces enfants, une fois légitimés, on a bien entendu Flavie Leroux, leur ascension aidée par papa qui est juste derrière, c'est assez pratique. Qu'en est-il des maîtresses? Parce que quand ça s'arrête la relation avec
Flavie Leroux
le roi, que deviennent-elles? Alors, maman est quand même présente en l'occurrence. C'était vrai pour Henri IV, je le disais, avec la garde, par exemple, que Gabrielle Destret a pu avoir et que les autres mères ont eu aussi d'ailleurs. Mais c'est vrai aussi avec les maîtresses de Louis XIV. On a tendance un petit peu à l'oublier parce que, justement, ce grand récit dont on a entendu quelques extraits, qui fait de Louise de la Vallière une sainte et de Madame de Montespan une sorcière, finalement, pour réduire, pour raccourcir un peu les choses, nous présente souvent ces maîtresses comme de mauvaises mères. des mères qui ne s'intéressent pas au sort de leurs enfants. Louise de Lavalière parce qu'elle est plutôt tournée vers la pénitence et donc vers l'oubli en quelque sorte. Et Madame de Montespan parce qu'elle serait apparemment peut-être trop égoïste pour se préoccuper de ses enfants qui de toute façon sont aimés par Madame de Maintenon qui est fait office de mère de substitution. Ce schéma, bien entendu, est largement à nuancer. D'abord parce que Louise de la Vallière, certes, ses enfants ont été confiés dans leur petite enfance au couple Colbert et elle ensuite est entrée au couvent, mais elle n'a eu de cesse de voir sa fille, notamment la future princesse de Conti qui est venue la voir au couvent très régulièrement. J'ai même trouvé quelques lettres, des petits billets que Louise de la Vallière lui a écrits pour lui demander des services, pour lui demander des faveurs pour certains de ses protégés. Louise de la Vallière n'est pas du tout, contrairement à ce qu'on a tendance à penser, cette carmélite qui s'est complètement coupée du monde. On a des preuves matérielles qui nous montrent bien qu'elle continue d'agir, notamment auprès de sa fille, devenue princesse du sang. Et pour ce qui est de Madame de Montespan, c'est finalement une mère très active, en particulier pour son fils aîné, le duc du Maine. le fils aîné qu'elle a eu avec Louis XIV, puisqu'elle a eu un autre fils avant, avec M. de Montespan, le marquis d'Antin. Mais pour le duc d'Humaine, elle va agir à différents niveaux, notamment au moment de l'affaire Lauzin. Elle va négocier la libération de Lauzin et obtenir des dons de la grande mademoiselle pour son fils, le duc d'Humaine. Elle va aussi obtenir de sa famille à elle une charge de prestige pour ce même fils. Et puis, dans le quotidien, on le voit, c'est elle qui s'occupe de passer des marchés, de leur commander du pain, des vêtements, de la nourriture, des chevaux, et même par un animal domestique. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que Louis XIV, lorsqu'il donne de l'argent pour l'entretien de ses enfants, c'est à Madame de Montespan qu'il ne le donnait pas à Madame de Maintenon. Ces 150 000 livres annuels qui sont consacrés à l'entretien des enfants qu'il a eus avec la marquise de Montespan, c'est à elle qu'il les remet. Et donc c'est elle qui gère tout cela, en tout cas jusqu'à son départ de la cour en 1691. Donc des mères très actives, malgré qu'elles soient évidemment d'un rang bien inférieur aux pères. Et puis, dernier rôle qu'elle joue et qui est très important, c'est un rôle de, on pourrait dire, pour utiliser une image actuelle, de courroie de transmission, puisque le roi, lui, en tant que souverain, ne peut pas, en principe, donner de biens provenant du domaine de la couronne. Et donc, pour remédier à ce problème, il va passer par sa maîtresse, c'est-à-dire lui donner les moyens à elle de devenir propriétaire, d'acquérir du patrimoine, patrimoine destiné, bien entendu, à être transmis à leur progéniture commune. Donc des maîtresses et des mères qui tiennent un rôle de premier
Xavier Mauduit
plan pour leurs enfants. Et de véritables stratégies ici avec Flavie Leroux. Louis XV, vous nous l'avez dit déjà, vous nous avez déjà aguiché en nous disant, attention avec Louis XV, vous allez voir, tout va changer. Pourquoi ça
Flavie Leroux
change avec Louis XV? Alors effectivement, avec Louis XV, beaucoup de choses vont changer. Alors pas au début. Dans les premières années où Louis XV prend maîtresse, alors ce n'est pas tout de suite, il se marie en 1725 et la première relation qu'il engage, c'est en 1733, donc un roi assez sage au début. Bon, en même temps, son épouse donne naissance à un enfant par an, donc il a, disons, peut-être déjà préoccupé par ces questions. Mais au début, dans les premières années, Louis XV finalement se place dans la continuité de ses prédécesseurs pour ce qui concerne ses maîtresses, c'est-à-dire il prend des femmes de la noblesse, des femmes qui souvent ont une charge au service de la reine, donc des femmes de son entourage direct. Il va les gratifier un petit peu de la même façon que ce que j'ai pu décrire jusqu'à présent, ça va être une pension, un appartement, etc. Mais cette période s'achève en 1744 avec la mort de la dernière des sœurs de Nel, la duchesse de Châteauroux. Et à partir de 1745, les choses vont peu à peu changer parce que Louis XV va décider de prendre pour maîtresse une femme qui n'est pas une femme de la cour. Et donc là, c'est vraiment quelque chose de nouveau. Il va choisir Jeanne Antoinette Poisson, que l'on va bientôt connaître sous le titre de marquise de Pompadour. Et donc là, c'est une première rupture de taille, puisque le fait de prendre une femme issue plutôt du monde de la finance va impliquer, pour l'installer à la cour, de lui créer véritablement une identité nobilière de toute pièce. Ce qui n'est évidemment pas pour plaire aux courtisans et aux membres de la famille royale. Et donc finalement, il va l'installer à la cour de façon indu. qu'on va vraiment la qualifier de parvenue, en fait. Donc la première rupture, c'est une rupture dans l'origine sociale des maîtresses et qui va encore s'empirer, si je puis dire, avec Madame Dubarry, Jeanne Bécu, qui, elle, n'appartient même pas à l'élite financière de l'époque, qui est fille de domestique, donc qui vient d'un milieu extrêmement humble. et donc pour laquelle il va falloir faire un saut social encore plus gigantesque pour pouvoir l'installer à la cour. Donc ça c'est une première chose. La deuxième chose, c'est le fait que ces maîtresses, ces deux femmes, n'ont pas d'enfant du roi. Donc on n'a pas du tout cette dimension familiale dont nous parlions jusqu'à présent. Et même lorsqu'il va avoir des enfants, parce qu'il va quand même avoir quelques enfants naturels, Louis XV, au moins 8, alors vous trouverez des livres où on parle de plus de 20, 30, 40 enfants, on en a au moins 8 avérés, et notamment un avec la comtesse de Vintimille qui est une dame de la cour, donc on aurait pu s'imaginer qu'il aurait adopté la même stratégie que Louis XIV avec Madame de Montespan. Eh bien pas du tout, il va au contraire ne jamais reconnaître cet enfant et d'ailleurs il fera de même avec les autres qu'il aura par la suite. Donc il ne légitimera aucun de ces bâtards. Donc aucun de ces bâtards ne pourra intégrer la cour et donc être assimilé à des princes. Donc on perd avec Louis XV cette dimension justement familiale de la faveur, ce qui représente un enjeu important puisque jusque là la charité paternelle du roi était un argument de taille pour doter les maîtresses et donc leurs enfants. Donc Louis XV y renonce. Et il faut ajouter à cela le rôle politique qu'il va concéder à certaines, comme Madame de Pompadour, et enfin la fortune qu'il leur constitue, qui est sans commune mesure avec ce qu'on pouvait voir avec les rois précédents. Madame de Pompadour, c'est 2,7 millions de livres de patrimoine à sa mort, c'est-à-dire plus du double, voire le triple d'une Gabrielle Dessret. C'est quelque chose de vraiment... complètement hors sol par rapport à ce qu'on a pu voir jusqu'à elle. Et donc finalement, pour résumer, on a en quelque sorte des maîtresses qui sont élevées de trop bas, trop haut, sans que le roi ne puisse se cacher derrière des prétextes tels que la charité paternelle ou l'ascendance prestigieuse de ses femmes, leur famille, etc. Donc, on est vraiment dans un ensemble de ruptures qui va finalement nuire
Xavier Mauduit
un peu au système. Oui, parce que nous arrivons jusqu'à Louis XVI et c'est là où Flavie Leroux, vous finissez votre étude sur les bâtards et les maîtresses des rois. Avec Louis XVI, on le dit souvent, pas vraiment beaucoup de maîtresses connues et ce qui peut nuire à
Flavie Leroux
son image, est-ce vrai? C'est probablement le cas, puisque quand on regarde ce qui se passe avec des rois qui ont un profil un peu similaire comme Louis XIII, effectivement, ça nuit à leur image. D'autant plus que ces deux rois, en l'occurrence, ont en plus du mal à avoir des enfants avec leur épouse. Il y a plusieurs années durant lesquelles le couple reste stérile. C'est d'ailleurs bien pire chez Louis XIII que chez Louis XVI, je le rappelle. On focalise souvent l'attention sur Louis XVI et Marie-Antoinette, mais Louis XIII et Anne d'Autriche, c'était encore pire, si je puis me permettre. Donc, il y a ce problème du couple qui n'arrive pas à avoir d'héritier, alors que c'est quand même le propre normalement d'un couple royal. Et puis ce roi, finalement, qui n'arrive pas à affirmer sa virilité, puisque avec les maîtresses, il y a quand même un enjeu symbolique à ce niveau-là pour le roi. Mais à mon avis, ce n'est pas que ça. On ne peut pas s'arrêter à cette dimension-là. Dans le cas de Louis XVI, ce qui pose aussi problème, d'une part, c'est qu'il hérite de ce qu'a laissé Louis XV. qui pose un certain nombre de problèmes. Déjà, un problème financier. On parle quand même, Madame Dubarry, c'est 300 000 livres par mois, pendant 6 ans. Mais au-delà de ça, il y a cette rupture qu'impose Louis XV dont Louis XVI hérite. Et lui-même, en fait, ne va pas arriver à remobiliser un système de la faveur qui va lui permettre de s'assurer des fidélités. notamment dans des familles de la cour. Et donc ce rôle va revenir plutôt à son épouse, la reine Mare Antoinette. Alors que, normalement, ce n'est pas à elle de prendre en charge ce devoir de dispenser des grâces. C'est vraiment, normalement, l'apanage du souverain. Et donc Mare Antoinette, en faisant cela vis-à-vis notamment des polignacs, va s'arroger un rôle qui n'est pas le sien et donc va susciter un certain nombre de critiques qui vont s'ajouter à d'autres, notamment avec l'affaire du collier, etc. Et finalement, les polignacs, qui sont une famille de la noblesse, donc on revient en quelque sorte à une faveur assez traditionnelle, en tout cas au niveau des bénéficiaires, vont se retrouver pris un petit peu dans cette tourmente, alors qu'aujourd'hui il n'y a pas eu vraiment d'études sérieuses qui ont été menées sur eux. Et donc, on ne sait pas vraiment ce qu'ils ont reçu et combien ils ont reçu. Et pourtant, quand on regarde la littérature pamphlétaire, on a l'impression qu'ils ont été des prédateurs absolument nuisibles au royaume, aux trésors et donc à l'État. Alors qu'en fait, on ne sait pas vraiment, en tout cas dans le détail, ce qu'ils ont coûté. Et donc, finalement, avec Louis XVI et Mare Antoinette, on avait atteint
Xavier Mauduit
un point de non-retour. Flavie Leroux, va falloir vous
Flavie Leroux
plonger dans les contes. C'est ça, maintenant je sais ce qu'il
Xavier Mauduit
me reste à faire. Merci beaucoup à vous et puis alors merci aussi par le vocabulaire utilisé parce que peut-être pour illustrer ce récit méprisant teinté de misogynie qui s'est construit autour de ces maîtresses, c'est vrai qu'on parle les, souvent, j'utilise un passé, de la Montespan, de la Pompadour, de la Dubarry. Vous ne l'utilisez pas ce vocabulaire-là, qui n'était pas le vocabulaire utilisé du temps des contemporains
Flavie Leroux
de ce 17-18e siècle. Alors très peu, on a quelques occurrences, mais ça reste vraiment très ponctuel. Et en fait, ce déterminant qu'on va accoler à un nom de famille, c'est quelque chose d'extrêmement méprisant, qui ne s'applique qu'aux femmes. Vous remarquerez, on ne dit jamais le 5 mars, le Saint-Simon ou je ne sais quoi. Mais par contre, on va toujours dire effectivement la Montespan et régulièrement encore, je l'entends, c'est quelque chose qui est rentré dans le langage courant de désigner les femmes, mais en fait plus particulièrement les maîtresses de cette façon là. Et en fait, c'est vraiment une façon de les rabaisser leur rôle. D'ailleurs, parfois certains écrivains ont utilisé le mot de prostituée royale. Alors, j'espère avoir réussi à montrer que c'était bien plus complexe que cela. Et en même temps, je pense que ça provient aussi de l'affaire des poisons, notamment, durant laquelle on désigne aussi les sorcières, pour utiliser un mot très galvaudé, de cette manière, la voisin, la trianon. Et donc, c'est vraiment une façon, finalement, de parler de ces femmes des baffons. de ces femmes marginales et donc de rappeler à quel point elles étaient
Xavier Mauduit
en dehors des normes. Et ce que vous nous proposez, Flavie Leroux, c'est aussi une autre manière d'étudier ces sujets-là avec le regard de l'historienne. L'autre famille royale, bâtards et maîtresses d'Henri IV à Louis XVI s'est publiée chez Passé Composé. Merci vivement à vous d'être venue dans
Flavie Leroux
le cours de l'histoire. Merci à
Xavier Mauduit
vous de m'avoir reçue. Prochain épisode, les Payans et les Juliens, deux familles dans la Révolution. À Versailles, le roi a chassé pendant de longues heures Il entre ouvre les yeux et aperçoit, à son chevet, le duc de la Rochefoucauld-Liancourt. D'une voix tremblante, le duc explique, « Sire, la Bastille est prise. » Le roi hoche la tête, « Mais alors c'est une révolte. » « Non, sire, c'est une révolution. » Et voilà, l'aventure commence. C'était le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Cassandre Puel avec aujourd'hui à la technique Noé Chabannes. Émission préparée par Maël Vincent Randonnier, Jeanne Delocroix, Jeanne Coper, Raphaël Laloum et Maiwen Guizhou. Le cours de l'Histoire est
Podcast Summary: Le Cours de l'Histoire – "Portraits de familles 2/4 : Familles parallèles, les écarts d’une dynastie royale"
Podcast: Le Cours de l'Histoire
Host: Xavier Mauduit
Guest: Flavie Leroux (docteure en histoire, chargée de recherche au Château de Versailles, autrice de L’autre famille royale. Bâtards et maîtresses d’Henri IV à Louis XVI)
Date: 22 avril 2025
Main Theme: Exploration des "familles parallèles" issues des bâtards et maîtresses dans la dynastie royale française (Henri IV à Louis XVI), questionnant statut, pouvoir, et représentation des femmes et de leurs enfants en marge de la légitimité dynastique.
« Nous savons qu'il n'existe pas d'enfants artificiels mais que certains ont été qualifiés d'enfants naturels [...] tout ce petit monde forme une famille, c'est l'autre famille royale. » – Xavier Mauduit (00:01)
« On reste vraiment focalisé sur cette relation, sur les détails croustillants, sans vraiment s'intéresser aux phénomènes de façon plus générale, qui est celui de la faveur [...] » – Flavie Leroux (02:58)
« Mon approche... c'était d'abord de sortir de la mémoire collective, de cet imaginaire un peu figé [...] Ensuite, vraiment aller creuser dans l'approche économique et sociale. » – Flavie Leroux (05:24)
« Henri IV… va être le premier roi à légitimer un fils. Ce qui est d'autant plus remarquable qu'il le fait à un moment où il n'a pas d'héritier légitime. » – Flavie Leroux (07:36)
« Henri IV va vraiment tenir à poursuivre ce travail d'assimilation avec les princes de la famille royale qu'il a engagés auparavant. » – Flavie Leroux (18:11)
« Il écrit noir sur blanc qu'il aime sa maîtresse et ses enfants plus que son épouse et ses enfants légitimes. » – Flavie Leroux (23:07)
« Pour ce qui est de Louis XIII, effectivement, c'est un roi dont on oublie souvent qu'il a eu des maîtresses. [...] pour lesquelles il n'y a pas forcément de dimension sexuelle systématique. » – Flavie Leroux (24:51)
« Ce qu'on remarque, c'est que leur élévation sociale s'opère toujours un petit peu de la même façon [...]: d'abord une étape économique, ensuite d'investissement foncier, pour finir avec un titre de dignité. » – Flavie Leroux (34:40)
« Au début, ces enfants n'ont pas vraiment de rang [...] tout l'enjeu pour Louis XIV va être au fur et à mesure d'arriver progressivement à les imposer au dernier rang de la famille royale. » – Flavie Leroux (42:34)
« Madame de Montespan, c'est finalement une mère très active, en particulier pour son fils aîné, le duc du Maine. » – Flavie Leroux (46:08)
« Là, c'est vraiment quelque chose de nouveau. Il va choisir Jeanne Antoinette Poisson… et donc là, c'est une première rupture de taille. » – Flavie Leroux (49:34)
« Ce rôle va revenir plutôt à son épouse, la reine Marie-Antoinette. Alors que, normalement, ce n'est pas à elle de prendre en charge ce devoir de dispenser des grâces. » – Flavie Leroux (53:32)
« Ce déterminant qu'on va accoler à un nom de famille, c'est quelque chose d'extrêmement méprisant, qui ne s'applique qu'aux femmes. [...] C'est vraiment une façon de les rabaisser leur rôle. » – Flavie Leroux (56:30)
Sur la singularité Henri IV :
« Il écrit noir sur blanc qu'il aime sa maîtresse et ses enfants plus que son épouse et ses enfants légitimes. » – Flavie Leroux (23:07)
Sur le profil social des maîtresses :
« Le constat que l’on peut faire, c’est qu’elles partagent toutes une même origine nobilière. » – Flavie Leroux (34:40)
Sur la rupture Louis XV :
« La première rupture, c'est une rupture dans l'origine sociale des maîtresses [...]. La deuxième chose, c'est le fait que ces maîtresses, ces deux femmes, n'ont pas d'enfant du roi. » – Flavie Leroux (49:34)
Sur la représentation des maîtresses :
« Ce déterminant qu'on va accoler à un nom de famille, c'est quelque chose d'extrêmement méprisant [...] c'est vraiment une façon de les rabaisser leur rôle. » – Flavie Leroux (56:30)
Conclusion
À travers une discussion passionnante et érudite, Xavier Mauduit et Flavie Leroux dévoilent la complexité des « familles parallèles » de la monarchie française : au-delà du romantisme ou du scandale, se révèlent les matrices d’un système social, politique et genré où la place et le sort des femmes et de leurs enfants bâtards évoluent, ponctués de ruptures et de continuités, du Vert Galant à la Révolution.