
Prendre l’air, une histoire de la montagne 4/4 : Tout schuss ! Une histoire de la glisse
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Le 6 février a lieu l'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver à Milan, en Italie. Et je vous propose d'écouter l'émission du Cours de l'Histoire « Touchus, une histoire de la glisse ».
B
Bonne écoute! Le Cours de l'Histoire.
A
Xavier Mauduit. La montagne, ça vous gagne. Incroyable slogan publicitaire qui, il faut l'avouer, fonctionne avec tout ce qui rime en âgne. La Bretagne, ça vous gagne, la Champagne, l'Allemagne, l'Espagne. Mais pour gagner la montagne, de quoi faut-il s'équiper? De patins, de luges, de traîneaux, de raquettes, de ski, évidemment. La montagne, hostile et rebutante, est devenue un lieu attractif, très attractif. Comment s'est opérée cette transformation? Allez, touchous, une histoire de la glisse. Petit Vagimon, bonjour. Vous êtes maître de conférence en histoire contemporaine à l'université de Versailles à Saint-Quentin. J'évoquais cette montagne hostile et rebutante et dans le cours de l'histoire, des émissions à réécouter sur le site franceculture.fr et sur l'application Radio France, nous avons évoqué ces habitants notamment de la montagne, nous avons évoqué le Dahu, nous avons évoqué aussi les Crétins, ceux des Alpes. Pourquoi la montagne a-t-elle pu être considérée sans cesse comme rebutante? Il y a une question de regard. Qui la regardait.
C
Comme hostile? Oui, peut-être avant tout les populations urbaines, populations en partie savantes, enfin une partie des élites pour qui les montagnes étaient un horizon lointain, très peu connu. Mais ce regard change, et je pense que ça a paru en creux des émissions précédentes, mais ce regard change à partir du XVIIIe siècle avec un intérêt nouveau pour une nature montagnarde devenue une forme de spectacle désirable. une nature désirable, et qu'on va aller rechercher dans les Alpes, bien sûr, de la Suisse, et puis autour de Chamonix, qui à ce moment-là est dans le royaume du Piémont. Et puis dans les Pyrénées, on commence à arpenter ces montagnes, dans lesquelles on va trouver des beautés incroyables, et puis certaines vertus sanitaires qui sont également très importantes dans ce départ de ce qu'on va appeler.
A
Ensuite tourisme. Vous avez particulièrement travaillé, Stéphanie Agimon, sur les Pyrénées. Cette montagne est intéressante parce que quand nous évoquons l'idée d'utiliser la montagne comme un espace éventuellement récréatif, nous pensons au ski, évidemment. A l'origine, ce n'est pas tant le ski qui intéresse ceux qui se rendent à.
C
La montagne. Oui, c'est ça, c'est que le ski est à replacer dans une continuité, dans une histoire plus longue du tourisme en montagne. Les montagnes qui apparaissent en fait comme un des espaces originels du tourisme, avec plusieurs attractions, les paysages de montagne eux-mêmes, les lacs, les gorges, les panoramas qu'on peut découvrir en montagne, les grands lacs de Suisse et puis de Savoie. Et puis également, un certain nombre de vertus sanitaires, voilà encore une fois, qui sont attribuées aux montagnes. Les vertus de l'effort, la beauté même des paysages qui est réputée renforcer le corps et l'esprit. Et puis certaines eaux thermales. Et c'est ce qui fait que, par exemple, les Pyrénées vont être arpentées, étaient déjà connues pour les eaux thermales, et elles.
A
Sont ensuite. Et elles sont ensuite arpentées sans cesse par ceux qui vont visiter cette montagne. Cette montagne, vous évoquez les Pyrénées, vous évoquez les Haute Hermann. Allez, on va se tremper les pieds à Bagnères.
D
De Bigorre. Alors, monsieur Lacaz, d'où vient ce surnom pour Bagnères de Bigorre de Perle des Pyrénées? C'est une appellation déjà très ancienne. Appellation contrôlée, bien sûr. Bien sûr. Et qui est surtout, je pense, d'origine anglaise. Parce que notre station de Bagnères de Bigorre a été fréquentée par les Anglais durant de très, très nombreuses années. et ils avaient appelé Bagnères la perle des Pyrénées et ça lui est resté bien entendu. Ce que j'ai pu constater, c'est qu'il y a encore des Anglais à l'heure actuelle, bien sûr ce ne sont pas les mêmes, c'est évident, et puis il y a des Allemands, c'est-à-dire que Bagnères de Bigorre est presque une ville internationale en fait. Ah ben oui, il est bien certain que durant les mois de juillet et d'août, c'est une ville internationale, parce qu'en dehors des Anglais et des Allemands que vous venez de citer, nous recevons beaucoup d'Espagnols, nous recevons des Scandinaves, nous recevons des Suisses, des Italiens, enfin nous voyons à peu près au syndicat d'initiative beaucoup de nationalités, même des gens venant d'Amérique. A votre avis, Monsieur Lacasse, qu'est-ce qui attire les gens ici à Banières-de-Bigorre? Ce qui attire les gens à Banières-de-Bigorre, vous savez, je suis chauvin, fatalement. Ce qui attire les gens à Banières, c'est que c'est d'abord une très, très jolie ville. une ville qui a fait des efforts très importants en ce qui concerne le fleurissement. Il suffit de faire un tour dans le quartier des Thermes pour voir nos parcs fleuris qui font l'admiration de nos visiteurs. Et bien sûr, tout à l'heure, nous parlerons du thermalisme à Bagnères-de-Bigord. Nous reviendrons sur les fleurs avec la fête des fleurs qui va se dérouler aujourd'hui. Mais tout de suite, Gilles.
E
Berbeco, le petit train de.
A
La vie. Voilà, le petit train de la vie de Gilbert Bécaud. Un joli petit train à Gimont. Non mais c'est souriant de mettre ce petit train de la vie. Je ne sais pas si les journalistes de FR3 Midi Pérénée en 1979 avaient pensé à mettre cette chanson de Gilbert Bécaud après un sujet sur Bagnères de Bigorre. Mais il y a un lien, le développement de ces stations thermales est lié aussi au développement du chemin.
C
De fer.— Ouais, disons que les chemins de fer vont permettre d'accroître un mouvement qui était déjà amorcé très fortement. Bagnères-de-Bigorre est une très grande station du XVIIIe siècle, très réputée. Alors ce qui est amusant, c'est qu'il part des Anglais. Il y a une sorte de mythe qui se forme autour de l'origine anglaise de ces flux touristiques. Mais quand on regarde la fréquentation en particulier des Pyrénées... Alors c'est vrai pour les Alpes, la Suisse, qui est très fréquentée par les Anglais. Pour les Pyrénées, c'est beaucoup moins le cas. Et par contre, il y a une station hivernale qui, elle, est très fréquentée par les Anglais à partir du milieu du XIXe siècle, c'est Pau, qui a une importance aussi. Mais sinon, effectivement, le chemin de fer permet d'accroître considérablement les flux touristiques. Et on voit dans les stratégies des compagnies de chemin de fer La desserte des stations thermales est faite très tôt parce qu'ils savent qu'ils vont avoir des flux voyageurs importants qui vont rentabiliser les lignes. Et la compagnie de chemin de fer du Midi ou la compagnie PLM vont s'intéresser à la desserte des stations touristiques avec derrière les intérêts commerciaux qu'il peut.
A
Y avoir. Si l'on voulait préciser le cadre chronologique, nous sommes à la fin.
C
Du XIXe. Alors on est plutôt un bannière de Bigorre. Bannière de Bigorre est desservie dès 1865, si ma mémoire est bonne. On est sous le Second Empire et puis au lendemain du Second Empire. Pour les Alpes, c'est un peu plus tardif parce que certaines vallées demandent une force motrice qui n'est pas encore possible d'avoir au milieu du.
A
XIXe siècle. la station thermale pour renforcer le corps, la montagne parce que les habitants de la montagne sont des gens résistants, c'est bien connu avec nous aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Yves Morales, bonjour! Bonjour, vous êtes maître de conférence à l'Université Toulouse 3, Paul Savatier, et vos recherches portent sur l'analyse, l'évolution des pratiques corporelles dans la société, dans le champ scolaire. Et vous êtes l'auteur d'une histoire culturelle des sports d'hiver, le Jura français, des origines aux années 30. Justement, cette notion, pour comprendre le début de l'intérêt porté à la montagne, cette naissance de l'importance d'un corps, d'un corps sain, cette réflexion.
E
Est essentielle. Elle est essentielle, cette réflexion, parce que la montagne, on va dire, est un espace où l'on peut déjà réaliser un certain nombre de divertissements l'été. Et puis, évidemment, le grand air recherché durant la saison estivale va être également recherché en hiver. En hiver, l'hiver qui est une sorte de parenthèse de la vie sociale, synonyme de neurasthénie, d'anémie, d'ennui. On peut prendre pour exemple cette formule d'un poète à qui on demandait des nouvelles de sa santé qui disait « hélas, j'ai l'hiver ». Et donc cette période va être l'occasion à la fois de poursuivre les activités de l'été, rechercher le grand air, le plein air, et en même temps et trouver en hiver des divertissements, un certain nombre de divertissements qui répondent.
A
À votre émission Touchous. Voilà, Touchous c'est ça, c'est trouver des divertissements. Et dites-nous Yves Morales, que fait-on à la montagne comme.
E
Divertissement premier en hiver? Alors, trois activités principales finalement, quand on questionne les pratiques des sports d'hiver, qui sont à la fois importées dans les montagnes, et en même temps développer à travers les montagnes trois activités principales, le patinage qui va être assez facilement importé parce que c'est une activité qui date du 18e siècle en France sur des étendues glacées qui concerne des classes aristocrates, des bourgeois. des gens qui vont pratiquer ces divertissements comme un temps de loisir agréable, comme une pratique qui favorise une sociabilité de classe. On trouve par exemple des fêtes vénitiennes. Et puis ces pratiques, on va pouvoir les importer assez facilement en hiver dans les montagnes. Deuxième forme de pratique, c'est la pratique de la luge, du traîneau. Ce sont des pratiques utilitaires, initialement, qui sont connues en montagne et qui deviennent l'occasion également de concours. Alors ça commence en Suisse, à Davos ou à Saint-Maurice, où l'on organise des pistes de luge pour les touristes anglais, notamment, dont on parlait tout à l'heure. Et ces concours vont diffuser également en France, à Chamonix, à Moret dans le Jura, dans les Pyrénées très certainement. Concours de luge, puis de traîneau, puis de bobsleg, qui traduisent finalement une sorte d'engagement de divertissement vers une logique sportive, un peu à l'identique de ce que l'on connaît également dans la société à l'époque. Et puis la troisième pratique que l'on connaît, c'est le ski. Alors le ski qui est un objet utilitaire, qui est utilisé plutôt dans les pays du Nord, mais c'est la pratique qui va contribuer le plus à la mise en valeur des espaces montagnards en hiver. Et c'est une pratique qui va être diffusée en Europe centrale dans le dernier tiers du 19e siècle. par plutôt des membres du club alpin français ou des sociétés alpines qui voient en cette pratique un moyen supplémentaire d'assouvir leur passion de la montagne et donc y compris en hiver. C'est d'abord un moyen qui est introduit finalement en montagne pour affronter la nature, pour donner accès à la montagne en toute saison. C'est un ski de déplacement, c'est un ski on dirait aujourd'hui de randonnée, mais qui permet la contemplation des paysages et puis qui occasionne aussi au retour de l'excursion.
A
Des descentes parfois vertigineuses. Ce qui illuge patinage dans la généalogie des activités de l'hiver à la montagne, évidemment, c'est le patinage qui le remporte. Nous avons tous en tête ces tableaux de Bruegel qui montrent des patineurs déjà au XVIIe siècle. Eh bien, ces patineurs, nous les retrouvons.
B
Au Bois de Boulogne. À Paris, le froid est venu. Le bon froid sec qui fait des lacs de Bois de Boulogne une patinoire. Pour la première fois de l'hiver et la première fois de l'année, les Parisiens ont pu chausser leurs patins. Et le reporter des actualités françaises pourra vous dire que, selon les acteurs, la glace peut être terfide.
A
Sportive, amusante ou aimable. Ou aimable, le journal des actualités françaises en 1946 qui évoque le patinage au bois de Boulogne. Le bois de Boulogne sous le Second Empire a été conçu avec des lacs très peu profonds pour devenir en hiver des patinoires. Steve Agimon, il y a vraiment quelque chose de mondain dans la mise en place de ces.
C
Activités en hiver à la montagne.— Oui, effectivement. Alors je pense qu'Yves Morales pourrait revenir là-dessus plus précisément que moi. Mais il y a ces origines mondaines. C'est très vrai pour la Suisse, à Davos, où il y a cette stratégie commerciale d'un hôtelier, d'un médecin pour faire venir des touristes en hiver autour du climat de Davos, puis de Saint-Maurice autour de 1865. Donc c'est comme ça que ça se développe en Suisse, effectivement, autour de cette attraction pour les touristes les plus riches. Mais ce qu'on voit au début du XXe siècle en France, autour des stratégies, par exemple, de l'armée, qui est essentielle pour le développement des sports d'hiver, c'est quelque chose qui n'est plus tout à fait mondain, mais qui a une... C'est un aspect utilitaire, et puis une stratégie de pouvoir permettre le désenclavement, un rôle social de l'armée, désenclaver les montagnes, et aussi préparer les Français, éventuellement, à des conflits qui pourraient être dans les Alpes, puisqu'à ce moment-là, l'Italie et la France, de chaque côté, on se prépare à la guerre. Et donc, quand en 1907, le Club alpin français et l'armée organisent le premier concours de sport d'hiver en France, au Mont-Genevre, C'est un mélange de préoccupations touristiques immédiates, donc développer une nouvelle saison de sport d'hiver, des aspects utilitaires, et puis des aspects militaires de défense nationale. Et c'est tout ça qui se mélange dans le premier.
A
Développement des sports d'hiver. le développement des sports d'hiver. C'est ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire pour comprendre comment la montagne qui longtemps a fait peur est devenue un espace attractif, un espace intéressant. Avec ces différentes pistes que vous nous donnez, Steve Agimon, il y a ce côté mondain, il y a un aspect évidemment de maîtrise du territoire militaire. Dites-nous Yves Morales, dans votre étude sur les sports d'hiver, vous notez bien que Ces sports d'hiver concernent différentes parties de la population selon une chronologie qui est facilement établie et à l'origine, évidemment, il faut être très riche et il faut avoir du temps pour aller.
E
S'Amuser à la montagne. Voilà, tout simplement, la façon de s'occuper de son temps libre dépend de la classe sociale à laquelle on appartient. Et les premiers skiistes, comme la presse les présente parfois, les premiers patineurs aussi, les premiers touristes en montagne, sont plutôt issus des classes aisées. Par exemple, pour ce qui concerne le ski, ce sont des des habitants, des citadins plutôt, et qui vont à la montagne, finalement, pratiquer une activité divertissante, mais parfois aussi une activité aventureuse, une activité qui engage vers le progrès humain, à l'image de Fridtjof Nansen, qui réalise en 1888 la première traversée du Groenland à ski, un descente ouest, ouvrage qui est publié, évidemment, en France, et qui, finalement, donne l'exemple, en quelque sorte, aux membres du club alpin français dont on parlait tout à l'heure, aux alpinistes qui veulent poursuivre leurs activités en hiver dans une démarche qui associe le plaisir de l'aventure et la contemplation des.
A
Marées de la nature. Oui, c'est l'aventure sans aller très loin en vérité. Aller dans les Vosges, dans les Pyrénées, dans les Alpes aussi, c'est toucher l'aventure sans être obligé.
E
De traverser le monde. C'est ça, la presse les appelle les avaleurs de FRIMA, ce sont des personnes qui vont pouvoir bénéficier d'un peu plus de temps libre que la majorité de la population qui n'en dispose pas généralement et qui vont donc pouvoir en quelque sorte bénéficier de leur statut de classe aisée. Mais ce que vous disiez tout à l'heure, c'est que très rapidement, la pratique des sports d'hiver, et notamment la pratique du ski, implique les montagnards, implique les populations des montagnes, ne serait-ce que pour permettre l'accueil dans les stations de montagne. Et donc, on assiste assez vite à une forme de démocratisation, vulgarisation, avec un accès un.
A
Peu différencié des pratiques. Et puis, justement, il est nécessaire d'organiser l'accueil de tous ces nouveaux venus en 1874 et créer le club alpin français dont on fête le.
F
Centenaire, évidemment, en 1974. C'est à l'occasion de la célébration du centenaire du club alpin français, jumelé avec le cinquantenaire des premiers Jeux Olympiques d'hiver, que M. Pierre Mazeau a fait part à Chamonix des mesures qu'il voulait prendre pour améliorer la sécurité en montagne. Les pouvoirs publics, a-t-il précisé, ne peuvent rester indifférents aux dangers de la montagne. Les 79 morts au cours de cet été dans les seules Alpes françaises imposent des solutions. S'il ne peut être question de contrainte, parce que la montagne est le terrain même de la liberté, il faut dans un premier temps inciter les alpinistes, notamment ceux qui sont chargés de famille, à s'assurer. Par ailleurs, afin de donner au plus grand nombre la possibilité de pratiquer l'alpinisme dans les meilleures conditions de sécurité, une réforme de l'obtention du diplôme de guide va intervenir prochainement. Enfin, M. Pierre Mazot a annoncé qu'un arrêté allait être signé pour qu'une commission interministérielle soit formée dans le but d'étudier les problèmes posés par la sécurité et.
A
Les secours en montagne. Le centenaire du club alpin français dans Rhône-Alpes Actualité en 1974, Yves Morales, comment comprendre en 1974 cette volonté de mettre en place un club alpin?
E
Pourquoi est-il autant nécessaire? Alors, il faut savoir qu'on a un club alpin français évidemment, mais il existe aussi le club alpin suisse, il existe des clubs alpins dans toutes les montagnes d'Europe. Et le club alpin précisément est prévu pour donner accès, pour favoriser l'amour de la montagne, pour donner accès à ces zones montagneuses pour un certain nombre de loisirs, de pratiques d'aventure, de pratiques aussi d'observation géographique de la nature. Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, il faut savoir que le club alpin français va s'intéresser assez tôt à la propagation du ski parmi les premiers, devenant en quelque sorte la fédération des sports d'hiver. Il intègre la propagation du ski dans son programme en 1904. En 1906, il se dote d'une commission de sports d'hiver et il engage une véritable croisade en faveur du tourisme hivernal Un peu pour concurrencer les stations suisses de sport d'hiver de Davos et de Saint-Moritz, je cite, organisons des champs d'excursions, des concours et des fêtes et le public n'aura plus lieu d'aller chercher ailleurs. ce qu'il peut trouver chez nous. Alors, Steve Agimont parlait tout à l'heure du concours de 1907 à Montgenèvre, mais chaque, finalement, zone de montagne va disposer de son propre concours, en 1908 à Chamonix, 1909 à Moret, dans le Jura, 1910 dans les Pyrénées, au Cotteret, 1911 au Lurant, Gérard Merre ensuite. Ce sont des concours qui proposent des épreuves de patinage, des courses de tobogganing, des épreuves de ski, des courses longues, des courses de vitesse, des épreuves de saut qui sont extrêmement appréciées des spectateurs pour mettre à la mode en quelque sorte les zones de montagne et donner accès, faire aimer la montagne. Et en même temps, le club alpin français est une société très patriotique. Et l'enjeu patriotique est très présent dans le développement du ski. On peut rappeler la devise du club alpin français adoptée en 1903 pour la patrie. par la montagne. Donc il y a deux logiques un petit peu parallèles qui sont en tension. D'une part faire aimer la montagne qui s'adresse plutôt aux touristes et d'un autre côté pour la patrie par la montagne qui s'adresse aussi et beaucoup aux montagnards chez qui on essaie de développer un sentiment d'amour de la patrie, un sentiment patriotique et cette capacité à défendre la patrie si.
A
Cela a été nécessaire. Si elle est attaquée, puis il faut rappeler que les Savoyards sont devenus français depuis 1860. Ce n'est pas si vieux, ce n'est pas si vieux. En tout cas, dans les montagnes, ça y est, il y a plein de gens.
G
Qui font.
C
Du ski. France Culture.
E
Le.
C
Cours de l'histoire. Bonjour. Prévenir et lutter contre les connards qui chantent les bronzés et font du ski sur les pistes, c'est notre métier. Alors.
G
Rejoignez-Nous. Elle.
A
Est bien! Xavier Mauduit. Oui, pourtant elle était bien. Steve Agimont, nous évoquons le rôle qu'a la montagne dans le développement d'un sentiment patriotique particulier. En quoi cela est nécessaire? Nous le voyons dans cette fin du 19e siècle avec ce qu'on a souvent résumé sous ce terme de esprit revanchard. Il y a seulement cet esprit revanchard dans la montagne où il y a tout un aspect de maîtrise complet du territoire où la montagne est un élément de cette nation avec cette fierté. En quoi la fierté montagnarde contribue.
C
À la fierté nationale? Là, il y a des racines anciennes d'une certaine quête des identités nationales dans les espaces ruraux et dans les espaces montagnards depuis la fin du XIXe siècle. À ce titre, les montagnes deviennent une sorte de réservoir des traditions depuis la révolution française pour la France, en gros. où il y a un tournant qui s'opère entre des montagnards plutôt modèles et puis ensuite des montagnards plutôt... une réserve de traditions, disons, et des traditions authentiques de la France. Donc ça, c'est... Bon, autour de la redécouverte de la ruralité... Enfin, de la réinvention de cette ruralité sous la Troisième République, de cette mise en avant de l'importance des racines rurales de la France pour des raisons politiques et puis des raisons identitaires, qui vont être poursuivies ensuite jusqu'au... et portées au paroxysme sous le régime de Vichy, Les montagnes portent certaines valeurs qui semblent.
A
Intéressantes pour l'identité nationale. Et dès lors, le paysage de la montagne devient un élément qu'il faut réinterpréter, réinvestir.
C
Comment cela se passe-t-il? Alors, si on veut parler du développement des stations de sport d'hiver, il y a cette idée effectivement de pouvoir promouvoir dans ces zones qui sont en train d'avoir une économie qui s'effondre, de pouvoir promouvoir une nouvelle activité qui va permettre de relever les montagnes. Sauf que cette économie des sports d'hiver, et là je pense qu'on arrive à quelque chose d'assez important dans l'histoire des sports d'hiver, cette économie des sports d'hiver ne va pas du tout de soi au début du XXe siècle, puisqu'elle paraît extrêmement aléatoire. D'abord, les publics concernés sont extrêmement peu nombreux, les sports d'hiver sont avant tout un spectacle, une pratique en partie, mais une pratique qui n'est pas forcément très nombreuse. Et donc, il y a un enjeu de pouvoir créer un marché, au début du 20ème siècle, autour des sports d'hiver. Et il y a des hésitations, en France particulièrement, il y a des hésitations puisque, par exemple, pour des hôteliers qui voudraient ouvrir à l'hiver, ils ont des gros investissements à faire pour du chauffage central, par exemple, qui n'est pas encore répandu dans les hôtels. En fait, il y a tout un tas d'équipements qui sont onéreux, et qu'on hésite à faire, d'autant plus qu'on se rend compte, dès le début du XXe siècle, que la neige est une ressource extrêmement aléatoire. C'est vrai dans les Pyrénées, mais on le retrouve aussi dans les Alpes, avec des premiers concours qui sont menacés par le manque de neige, parce qu'on organise ces concours très bas. À Chamonix, à 1000 mètres, la neige n'est pas tout le temps là, même au début du XXe siècle. On commence à réfléchir, au début de ce XXe siècle, à comment faire de cette nouvelle vogue.
A
Une réelle activité économique. Et comment ça se passe pour le cas des Pyrénées, Steve Agimon, que vous connaissez particulièrement bien? Ce sont des autorités locales qui décident de ce mouvement-là ou est-ce qu'il y a.
C
Déjà un regard national? C'est là que c'est intéressant, c'est qu'en fait, c'est un mélange d'influences européennes mais quelques investisseurs locaux, quelques hôteliers, en l'occurrence c'est un pharmacien et chocolatier qui a un grand rôle pour les Pyrénées. voient ce qui se passe en Suisse et veulent développer la même chose. Et en Suisse, en fait, là, on est dans le contexte de la seconde industrialisation avec l'explosion des chemins de fer et de l'électricité et qui ouvrent des nouvelles possibilités d'aller rejoindre, puisque la neige est aléatoire en fond de vallée, et bien éventuellement, on va pouvoir monter en altitude et aménager, ouvrir au milieu des champs de neige un hôtel et des activités sportives hivernales. C'est ce qui se passe à Bagnères-de-Luchon entre 1907 et 1912 avec l'ouverture d'un chemin de fer à crémaillère qui permet de passer de 600 m à 1800 m d'altitude au milieu des champs de neige. Pour la station de Superbagnères, le nom est vernaculaire et va s'émerger en France et en Espagne. Et au même moment, avec l'aide de la compagnie des chemins de fer du Midi, qui voit aussi l'opportunité d'investir là-dedans. Donc, le pari est fait aussi à fonds romeux dans un site qui était auparavant non bâti. Et donc, comme ça, avant la Première Guerre mondiale, on a deux stations qui apparaissent en France, deux stations d'altitude qui reprennent un modèle suisse, mais en créant des stations de toutes pièces en altitude pour assurer la présence de la neige. Mais en fait, même là, la neige va être quelque peu aléatoire, en.
A
Particulier pour fonds romeux. Et les populations locales sont concernées, par exemple, pour aller explorer ces territoires.
C
À qui fait-on appel? Oui, alors, pour Superbagnard, c'est vraiment quelqu'un de... C'est ce chocolatier Ludovic Dardenne, qui est un président du syndicat d'initiative. C'est le correspondant du Touriclub de France, correspondant local. Donc, il connaît ce qui se passe ailleurs. Il s'y réfère. Et donc, ce Ludovic Dardenne, le Luchonnet, va essayer de jouer de ces réseaux pour attirer des investisseurs. Puisqu'en fait, c'est des investissements gigantesques qu'il faut faire sur un pari très risqué, celui de la neige, qui apparaît encore comme un secteur.
A
Économique balbutiant, vraiment balbutiant. Et dès lors, il faut faire appel à tous ceux qui peuvent aller à la conquête de la montagne. Parmi eux, il y a les chasseurs.
B
Alpins et Georges Pompidou. Rendez-vous franco-italien au pied du Mont-Blanc. M. Pompidou et M. Fanfani, avant d'aller s'entretenir de l'Europe à Turin, ont inauguré le tunnel qui traverse désormais le plus haut sommet des Alpes. Les deux présidents du Conseil ont emprunté le petit train des ouvriers pour gagner l'Italie et ont officiellement constaté, comme le font les automobilistes en 1964, qu'il n'y a plus de Mont-Blanc. Reste évidemment un sommet de ce nom au-dessus d'une mer de nuages. Une crête éternellement blanche qui fascinera toujours les hommes. C'est à cette fascination qu'avait répondu, quelques jours plus tôt, un détachement de 115 chasseurs alpins. Les hélicoptères de l'armée ont suivi leur escalade. Le froid et le vent qui soufflaient à 100 km à l'heure rendaient cette ascension difficile. Enfin, les premières cordées arrivaient sur le sommet du Mont-Blanc. C'était la première fois que les chasseurs alpins y.
A
Faisaient flotter leur drapeau. Les actualités françaises en 1962 évoquaient la construction du tunnel du Mont-Blanc et puis évoquaient dans la foulée les chasseurs alpins. Ces chasseurs sont intéressants, Yves Morales, parce qu'ils partent à la conquête de la montagne.
E
Quel est leur rôle? L'armée joue un rôle extrêmement important à l'initiative du régiment de chasseurs alpins de Briançon. En 1902, le capitaine Claire publie un rapport sur les expériences de ski exécutées dans les environs de Briançon et ce rapport a un réel retentissement parce que, tout simplement, il apporte la preuve que le ski est tout à fait efficace en montagne et il apporte la preuve de la supériorité du ski par rapport aux raquettes à neige qui étaient déjà utilisées comme moyen de déplacement. Alors l'enjeu pour l'armée il est important, on l'a vu tout à l'heure par rapport à la défense des frontières, c'est donc une démarche patriotique. Mais ce qui est intéressant dans le rapport du capitaine Clair, c'est qu'il intègre également une logique socio-économique. puisqu'ils considèrent que le ski, le patin à neige, la bicyclette à neige on appelle cela également, peut participer au maintien de la vie socio-économique en montagne. Alors pour cela l'armée transmet des formes qui sont envoyés aux menusiers pour qu'ils puissent construire des skis à moindre coût. L'armée diffuse des manuels techniques qui permettent de généraliser l'emploi du ski en montagne, tout simplement pour éviter de chuter et pour se déplacer. Et puis l'armée favorise également l'affectation de montagnards qui souhaitent faire leur service militaire dans les chasseurs alpins. Et l'armée délivre également des diplômes de skieurs qui peuvent être utile ensuite pour accompagner des touristes en montagne si cela était nécessaire. Et donc cette utilité du ski, je voulais juste rajouter quelque chose d'intéressant, c'est qu'au-delà de l'idée patriotique, il y a une justification plus générale qui relève de la lutte contre la dégénérescence de la race, qui est évidemment un argument extrêmement développé dans le domaine des pratiques corporelles, Et le ski est un moyen supplémentaire de préserver le capital humain et de renforcer cette race robuste, certes des montagnards, mais qui s'étiole durant l'hiver. Et à partir de là, le ski participe des discours génistes qui sont diffusés durant.
A
La Troisième Guerre mondiale. Voilà, nous avons ces différents moyens de se déplacer en montagne. On peut dire que le patinage a commencé pour attirer les gens. Et puis, il y a eu la luge, il y a eu le traîneau, mais quelque chose de très utilitaire. Il y a eu, et là, on vient d'en parler, le ski. Merci aux chasseurs alpins d'avoir permis de démontrer que le ski était utile. Il ne faut pas oublier qu'il y a aussi la marche. Petit tour après les Pyrénées, après les Alpes, dans les Vosges. Trait d'union entre tous ces paysages, le GR5. Un sentier qui, venant des plaines du Nord, sillonne en serpentant les Vosges du Nord, au Sud.
E
Avant d'affronter les pentes.
A
Plus escarpées des Alpes. Il arrive que le promeneur le long de ce sentier.
H
Soit amené à imaginer ce qu'ils l'ont.
E
Précédé sur ce chemin. Que ce soit.
A
Pour découvrir les Hautes-Chaumes, les lacs ou.
H
Tout autre paysage vosgien, la voiture n'a.
A
Jamais été et ne sera jamais le moyen idéal. Le vrai voyage commence lorsqu'on s'arrête, dit le poète. Et pour pouvoir vraiment s'arrêter et regarder, la marche reste de loin le.
B
Meilleur.
E
Moyen de locomotion. Les français ne marchent plus, c'est dommage. Et je trouve surtout que ce sont les jeunes.
A
Qui ne marchent plus. Il y a.
E
Encore des vieillards comme moi, n'est-ce pas, qui marchent avec beaucoup de plaisir et qui trouvent beaucoup de joie à marcher. Et j'estime que c'est peut-être bien dans l'enseignement et dans l'éducation des jeunes qu'on devrait agir pour faire marcher les enfants. C'est tout ce qu'on veut, la marche. Il n'y a rien.
A
De plus beau, monsieur. Mais oui, il n'y a rien de plus beau. Enfin si, il y a peut-être le ski aussi. Il y a peut-être également les raquettes. Il y a peut-être aussi le patinage. Il y a plein de choses de très bien. C'était randonnée dans les Vosges sur FR3 Grand Est en 1974. Alors nous évoquons cette appropriation de la montagne et cette transformation de ce lieu jusqu'alors hostile en un lieu attractif. Steve Agimon, en quoi la montagne.
C
Est transformée dès lors? transformée par les sports d'hiver. Déjà, c'est cette nouvelle saison qui apparaît, qui apparaît très timidement. La transformation n'est pas immédiate. Disons que pour des endroits anciennement fréquentés l'été, comme Chamonix, comme les stations pyrénéennes la plupart, les sports d'hiver arrivent comme une seconde saison de complément, mais qui en fait, dans les années après la Première Guerre mondiale, ne tient pas vraiment ses promesses. Les stations comme Font-Romeu et Superbannière tournent très bien grâce à l'été, Et l'hiver, le public de skieurs est très peu nombreux. En 1930, la Fédération Française de Ski, c'est 7000 skieurs. Donc on peut estimer que tous les skieurs ne sont pas licenciés, mais ce sont des effectifs très faibles. Donc là, il y a un tassement des initiatives. Il y a bien Meugev qui se lance, mais finalement Meugev, sur un modèle proche de Superbannier et Font-Romeu à l'origine, Meugève fonctionne plutôt aussi l'été que l'hiver. Et dans les années 1930, c'est là peut-être que sont en germe tous les grands bouleversements, mais je ne voudrais peut-être pas empiéter sur ce que pourrait dire Yves Morales sur l'ensemble des bouleversements qui s'opèrent dans les années 1930, avec l'avènement en particulier du ski alpin et de l'automobile, qui sont deux éléments fondamentaux pour la.
A
Transformation ultérieure des montagnes. Yves Morales, vous êtes l'auteur d'une histoire culturelle des sports d'hiver et justement, cette sportivation de la société en général, j'utilise un mot qui pique un peu les oreilles, enfin qui veut dire quelque chose. Cet attrait de la société pour le sport a une incidence.
E
Évidente sur la montagne. Oui absolument, on parlait de la marche tout à l'heure, effectivement la première pratique du ski c'est plutôt une pratique qu'on redécouvre aujourd'hui d'ailleurs en raison de la crise sanitaire, c'est une pratique de ski nordique, c'est une pratique de ski de fond, c'est une pratique de marche. Cette pratique n'est peut-être pas la plus attractive je dirais pour les touristes. ce qui s'observe alors juste avant la guerre, dès 1911, 1912, 1913, c'est-à-dire que la société se développe sur une base de plus en plus sportive, comme l'ont montré très bien Georges Vigarello, Pierre Arnaud, Thierry Theret, qui ont travaillé sur ces questions, et la société donc se sportivise, on dit, c'est-à-dire elle est de plus en plus attirés par des pratiques de compétition, de performance, que l'on pourrait nommer le culte de la performance. Et les premiers skieurs, les premiers concours, vont s'engager finalement dans cette voie. Alors à partir de 1909, dans une sorte de systématisation des concours, l'exemple des Scandinaves avec les Jeux du Nord, est évidemment très intéressant, mais les Français ne sont absolument pas compétitifs par rapport aux skieurs scandinaves. C'est-à-dire que dans les pratiques de ski de fond, même dans les pratiques de saut à ski, les Français sont évidemment bien moins préparés sur des temps d'entraînement beaucoup moins importants. Et donc ce qui est intéressant d'observer c'est que ce désir de mettre en place un entraînement, une pratique dans le sport va s'amplifier en quelque sorte et parallèlement évidemment l'invention. et le développement du ski alpin, qui dans les journaux est présenté comme correspondant peut-être un peu davantage à l'esprit français, en tout cas à l'esprit des Alpes, puisqu'on a les pentes qui permettent cette pratique. Le ski alpin va participer, contribuer finalement à cette sportivisation. Alors ça commence en Suisse en 1924 avec la création du Kandahar Ski Club et du Downhill Only Club, qui sont des clubs spécialisé justement dans la pratique de la descente et puis ça diffuse progressivement en France. Je dirais en trois étapes finalement qu'a évoqué un peu Steve Agimon tout à l'heure. Première étape, la médiatisation des sports d'hiver dans un cadre olympique. C'est-à-dire qu'en France, l'idée va être d'organiser une semaine hivernale des sports d'hiver en 1924 à Chabonny, qui précède les Jeux d'été organisés la même année à Paris. Et c'est une semaine hivernale qui sera rétroactivement baptisée Premier Jeux Olympiques d'hiver par le CIO. Et c'est un événement qui sportivise en quelque sorte la pratique dans la mesure où il provoque la création d'une fédération internationale de ski qui exige parallèlement la création d'une réelle fédération française de ski qui va se focaliser sur la préparation des skieurs dans les compétitions internationales. La deuxième étape met en évidence finalement au sein du club alpin français qui continue à piloter espèce de début de fédération. Cette deuxième étape met en évidence une scission des skieurs entre le club alpin français qui reste encore très fidèle à ses objectifs socio-économiques et socio-politiques, et les skieurs qui eux privilégient directement la volonté de briller dans les compétitions internationales. Et puis la troisième étape, c'est celle qui correspond à l'importance considérable que prend le ski alpin comme modèle de pratique de plus en plus valorisé en France, Et ça va passer par les victoires des représentants français dans les championnats internationaux de ski. On va avoir des spécialistes de descente et de slalom qui vont conforter en quelque sorte le virage sportif pris par la Fédération Française de Ski. Alors l'exemple le plus représentatif ce sont les trois médailles remportées par Émile Allais au championnat du monde de ski en 1937 à Chamonix. Et ces médailles marquent symboliquement une nouvelle ère du développement des sports d'hiver. D'une part parce que ça confirme l'importance du ski alpin, qui va devenir en France le sport roi et dans les Alpes le sport roi, et qui réduit finalement assez vite l'intérêt pour les skieurs de fond, skieurs de fond qui seront négligés en France jusqu'aux Jeux Olympiques de 68. Et d'autre part, la situation dans l'essor du ski alpin participe finalement au développement des stations de sport d'hiver puisque l'imaginaire du ski alpin va promouvoir en quelque sorte les valeurs de la vitesse, les valeurs du vertige, les valeurs de la témérité, de la maîtrise technique, autant de valeurs qui correspondent davantage avec le plaisir, la distraction, aux citadins qui vont commencer à se rendre davantage sur le front populaire et puis après, surtout après la Seconde Guerre mondiale, qui vont se rendre davantage dans ces stations d'hiver où l'exploitation économique de l'or blanc va pouvoir s'organiser. Mais Steve Agivan pourrait nous.
A
En dire peut-être davantage. Il va nous en dire davantage, mais juste avant, Yves.
B
Morales, il faut s'équiper. Les Alpes bougeraient-elles? On a vu l'innovation récente prendre les allures et les proportions d'une véritable révolution. Comme les jupes l'an passé, les skis se sont raccourcis. Ski court. Ski long. Les tenants des deux parties se livrent une lutte sans merci, les uns prônant l'ancienne planche de 2,10 m, les autres la nouvelle de 1,40 m qui facilite en principe les virages et les arrêts. Les extrémistes déjà montrent le bout du nez. Le patin à neige, disent-ils, voilà l'avenir. Et on a vu mieux encore, le ski à double spatule. Valable.
A
Dans tous les sens. Dans les actualités françaises, des skis de toutes les tailles, en 1954, Steve Agimon, ça y est, la montagne qui faisait peur encore au XVIIIe siècle, mais qui fascinait, est devenue un lieu purement attractif. C'est un lieu magnifique, mais c'est un lieu complètement imaginé. Si l'on s'arrête dans les Pyrénées, il y a une relecture complète de.
C
Ce qu'est la montagne. Oui, effectivement. Il y a une transformation complète, en tout cas de la montagne, d'un espace qui était un espace agricole important pour les populations qui y vivaient, un espace d'extraction, un espace de forêt, donc de ressources forestières qui avaient été importantes pour la première industrialisation. Donc il y a une transformation de cet espace, mais qui ne se fait pas sans conflit, vers un espace de loisir. Et ça, ça s'opère dès la fin du 18e siècle, au 19e et puis au 20e siècle. Les populations locales sont partie prenante. On a souvent l'image d'une colonisation de la montagne par des intérêts extérieurs, par les gens des villes. Mais c'est pas ce qui s'est passé, c'est que les gens, localement, les élites locales en particulier, ont très bien compris qu'il y avait là un secteur à faire fructifier. Et c'est ce qu'on retrouve dans les sports d'hiver. Mais ça crée des frictions, des conflits d'usages, tout simplement. Et on le voit très bien avec les sports d'hiver, où, en fait, dès les premiers lancements de stations au milieu des pâturages, les populations locales qui avaient cédé les terrains, les communes, on est sur des terrains communaux, qui avaient cédé les terrains, se rendent compte qu'elles sont flouées, qu'elles ne touchent quasiment pas d'argent, et qu'elles voient leurs estives être dégradées par les aménagements de plus en plus importants, d'autant plus avec l'avènement des téléskis dans les années 1930, qui mettent des pylônes, qui mettent des câbles, et qui posent des problèmes aux communes porteuses qui ne s'attendaient pas à ce développement-là. Et donc il y a une série de conflits qui démarrent, autour des conventionnements fonciers en particulier, qui démarrent et qui vont se retrouver après la Seconde Guerre mondiale. Et qui bloquent, par exemple, si on prend encore cet exemple de Superbannière, parce qu'il est intéressant, parce qu'il est originel, disons, pour les Pyrénées, eh bien qui bloquent l'aménagement de.
A
Superbannière jusqu'aux années 1970. Ce qui est intéressant, c'est de noter qu'avant le plan neige des années 60, 1960 et 1970, Steve Agimon, il existait déjà ces conflits, ces tensions sur la mise en place de structures, des aménagements dans la montagne. Mais ça y est, elle est là, cette montagne, elle est occupée. C'est le.
H
Pays de l'or blanc. Jusqu'à ces dernières années, c'était un sport de riche. Ça l'est peut-être encore. En tout cas, avant, on allait au sport d'hiver, comme les gens bien allaient prendre les eaux à la belle époque. Maintenant, on fait du ski. Les stations d'altitude poussent comme des champignons. Le prix du mètre carré d'alpage grimpe plus vite que celui de l'entrecôte qu'on y cultive sur pied en été. Et les embouteillages sur les pistes ne doivent rien à ceux des routes du week-end. Au moins un million de personnes sur les skis cette saison. Ce n'est encore que la 25e partie des français prenant des vacances, mais ça fait du monde au pied des remontées mécaniques, car chacun n'a pas.
A
Encore son remontante personnelle. à la radio-télévision belge-francophone en 1967, il était question de l'or blanc, du pays de l'or blanc et donc de cette démocratisation. Parce qu'il y a cet aspect aussi qui nous permet de saisir en quoi les sports divers ont transformé le regard porté sur la montagne. Il y a démocratisation, de plus en plus de gens y vont ou de plus en plus de gens fantasment aussi d'y aller, même sans y aller. La montagne devient quelque chose de présent sans cesse dans.
C
Notre imaginaire, Stéphane Agiman. C'était le rêve des premiers investisseurs des sports d'hiver au début du XXe siècle, de créer ce désir de sport d'hiver. Et là, on trouve des associations qui veulent créer ce désir, en plus du Club alpin français, du Touring Club ou de l'armée. Il y a cette action-là et effectivement, ce désir de sport d'hiver se répand. Si on regarde les catégories sociales qui sont concernées par le ski, il y a une massification du ski. Mais ce qui est assez étonnant, c'est qu'avec le monopole du ski alpin qui va être pris par les stations de sport d'hiver, je me demande, et c'est une hypothèse, s'il n'y a pas eu finalement un phénomène de dépopularisation, C'est-à-dire qu'à l'entre-deux-guerres, effectivement, il y a une pratique originelle qui est mondaine, mais à l'entre-deux-guerres, ce qu'on voit, c'est se multiplier les petits clubs de ski, qui concernent y compris des ouvriers, et qui vont se bricoler des skis, qui vont aller en montagne, sur des champs de neige qui ne sont pas équipés, et semble-t-il, ces pratiques-là disparaissent avec le moment où les sports d'hiver sont concentrés dans les stations. autour d'une action qui est voulue par l'État dès le Front populaire, qui est voulue sous Vichy et qui est vraiment mise en place à partir du premier plan d'équipement et de modernisation, où il y a des fonds qui sont prévus pour l'organisation de grandes stations de ski. On pense au ski pour en faire un vrai secteur productif de la France et pouvoir.
A
Enfin développer l'économie montagnarde. avec toute une réflexion très contemporaine sur la crise sanitaire qui fait que maintenant les remontées mécaniques ne fonctionnent pas. Donc il y a d'autres pratiques qui apparaissent. Et la montagne retrouve un peu des champs de possible pour son avenir. Steve Agimont, il faut toujours demander aux historiens quelles sont les voies que peuvent prendre l'avenir. Parce que l'avenir, à un écho, nous le sentons depuis que nous parlons de cette histoire de la montagne avec ce qui.
C
Était dans le passé. Alors l'avenir, peut-être parler de la situation présente où on constate un certain nombre de blocages pour un grand nombre de stations. Il y a eu un trop grand nombre de stations qui sont nées. Les services de l'État ont voulu bloquer un certain nombre d'initiatives après la Seconde Guerre mondiale, mais n'y sont pas parvenus jusqu'aux années 80. Et donc un grand nombre de stations sont nées sur des sites qui, à l'évidence, étaient trop restreints, et on le savait à l'époque, et c'est intéressant de voir les archives sur ça. On le savait immédiatement qu'il y aurait des problèmes d'enneigement et de limites topographiques qui feraient que ces stations n'atteindraient jamais la rentabilité. Mais pour les maires en question ou pour les investisseurs, ils ne voyaient pas d'autres solutions pour développer pour l'avenir de la montagne. Alors là, maintenant, on se retrouve dans une situation où beaucoup de stations sont bloquées par les choix passés. Tous leurs fonds se retrouvent bloqués par les investissements et par l'obsolescence des équipements en place, sans pouvoir forcément relancer l'immobilier. Et puis, d'un autre côté, il y a quand même un contexte plus global de crise écologique majeure qui fait que Peut-être qu'à l'avenir, si on se met à penser à comment restreindre notre consommation énergétique, peut-être que les canons à neige qui sont devenus indispensables pour un grand nombre de stations des Alpes comme des Pyrénées, du Massif central et d'ailleurs, eh bien peut-être que les canons à neige ne seront pas prioritaires pour nos besoins énergétiques futurs. Donc je pense qu'un grand nombre de stations de montagne, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, sont dans une situation critique et qu'il est très difficile aujourd'hui pour les élus locaux de faire face à cette situation et de l'affronter réellement, parce qu'ils manquent de moyens et parfois qu'il y a des intérêts électoraux derrière qui les.
A
Bloquent un petit peu. En tout cas, il y a des choses à inventer ou à réinventer. Merci beaucoup, en tout cas, Steve Agimont. Tiens, je rappelle que vous venez de publier, il y a quelques mois, « La nature, l'économie et l'imaginaire. L'aménagement touristique de la montagne pyrénée fin 18e siècle jusqu'à 1914 » dans la revue d'Histoire moderne et contemporaine. Et merci à vous, Yves Morales. Et je rappelle, une histoire culturelle des sports d'hiver. Vous, vous nous avez conduit dans le Jura français des origines aux années 30. Merci beaucoup à vous deux. Et nous retrouvons tout de suite Anaïs Kien avec.
G
Son journal de l'histoire. Bonjour Anaïskia. Bonjour.
A
Xavier, bonjour à toutes et tous. Dans le journal de l'Histoire, l'année Napoléon commence sur les chapeaux de roue et sur les controverses.
G
Oui, elles vont déjà bon train. Emmanuel Macron va-t-il célébrer Napoléon? Les spéculations vont bon train sur l'Association de l'Élysée, au programme massif des festivités annoncées pour le 200e anniversaire du personnage historique préféré des Français. Les critiques sont légions à la hauteur de son héritage. Dans un entretien accordé au Figaro, l'historien Thierry Lenz, également directeur de la Fondation Napoléon, regrette que cet anniversaire s'accompagne de polémiques et rappelle son empreinte dans notre société en assurant que les questions qui fâchent seront abordées sans détour au cours de l'année. parce que la liste des questions qui fâchent est conséquente. Star de l'histoire-bataille, surnommé par certains le « boucher de l'Europe », Napoléon a consacré le primat de la domination masculine en France et mis également fin à la République, établie par la Révolution française par un coup d'État en 1799. L'intégration de Napoléon à la République coince un peu, et pas seulement sur les bords. L'occasion de débats que l'on pourrait rêver fondateurs du renouvellement du regard sur notre histoire nationale. Les promoteurs d'une histoire napoléonienne mise en valeur ont gardé un souvenir amer du centenaire de la victoire impériale d'Austerlitz en 2005, à laquelle le président du moment, Jacques Chirac, avait préféré.
B
La.
G
Célébration d'une grande défaite, celle de Trafalgar. Sans grande surprise, le reproche principal qui préoccupe les critiques cette année, le rétablissement de l'esclavage en 1802 par Napoléon. Si les nations abolitionnistes sont alors rares, elles sont encore plus rares par la suite à s'être ravisées une fois qu'elles l'avaient aboli. Un crime pour Louis-Georgetin, président d'honneur du Cran, le conseil représentatif des associations noires de France. Une nostalgie déplacée de la grandeur passée de la France, selon la politologue Françoise Vergès. Quant à Jean-Louis Debré, ancien ministre, ancien président du Conseil constitutionnel et membre historique du RPR, il a déclaré que célébrer Napoléon à l'échelle de l'État constituerait une provocation. À droite comme à gauche, l'évocation de Napoléon nourrit la controverse. En attendant la suite de ces débats, les célébrations du bicentenaire de sa mort sont annoncées nombreuses, sous réserve du calendrier sanitaire et de l'imagination des organisateurs pour pallier ces aléas. Le feuilleton Napoléon de 2021 n'est pas terminé. Si Napoléon n'est plus aussi rassembleur, sa popularité auprès du grand public est peut-être l'occasion de lui proposer non plus une biographie flamboyante, mais l'histoire de son règne à l'échelle des populations qu'il a touchées, les françaises et les français bien sûr, mais aussi celle des pays traversés par son ambitieuse.
A
Diplomatie et par les très célèbres guerres napoléoniennes. Merci beaucoup Anna Esquien. On retrouve le journal de l'histoire sur le site franceculture.fr et sur l'application Radio France. C'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Milena Elig avec aujourd'hui à la technique Baptiste Lénard. Une émission préparée par Marion Dupont, Antosca Nvides, Odile Dressel, Valentin Lovrins et Maywen Giziou. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter sur le site franceculture.fr et sur l'application Radio France. Demain, France, Rwanda, ce que les.
Podcast: Le Cours de l’histoire (France Culture)
Épisode: Prendre l’air, une histoire de la montagne 4/4 : Tout schuss ! Une histoire de la glisse
Date: 7 février 2026
Animateur : Xavier Mauduit
Invités principaux :
Cet épisode retrace l’histoire de la « glisse » en montagne — du patinage au ski — pour comprendre comment la montagne, autrefois perçue comme un espace hostile, est devenue un pôle d’attractivité touristique et sportive. On y explore aussi bien les dimensions sociales, économiques que culturelles de cette transformation, mais aussi ses limites, ses tensions et ses perspectives contemporaines.
[00:20 - 02:26]
« Le regard change à partir du XVIIIe siècle avec un intérêt nouveau pour une nature montagnarde devenue une forme de spectacle désirable. »
— Steve Agimon [01:37]
[02:26 - 06:39]
« Bagnères-de-Bigorre est presque une ville internationale en fait… On voit à peu près au syndicat d’initiative beaucoup de nationalités, même des gens venant d’Amérique. »
— Témoignage local [03:37]
[07:03 - 13:57]
« La montagne, on va dire, est un espace où l’on peut réaliser un certain nombre de divertissements l’été... ce grand air, on va aussi aller le chercher l’hiver, puis inventer de nouveaux divertissements. »
— Yves Morales [07:42]
« Quand en 1907, le Club alpin français et l’armée organisent le premier concours de sport d’hiver en France, au Montgenèvre, c’est un mélange de préoccupations touristiques, utilitaires, et militaires. »
— Steve Agimon [13:22]
[13:57 - 16:40]
[16:40 - 20:36]
[20:46 - 26:39]
[28:15 - 30:27]
[32:35 - 34:16]
« En 1930, la Fédération Française de Ski, c’est 7000 skieurs… Ce sont des effectifs très faibles. »
— Steve Agimon [33:41]
[34:16 - 39:39]
[39:43 - 43:45]
[43:45 - 45:34]
« La montagne devient quelque chose de présent sans cesse dans notre imaginaire. »
— Steve Agimon [44:14]
[45:34 - 47:42]
« Peut-être qu’à l’avenir, si on se met à penser à comment restreindre notre consommation énergétique, peut-être que les canons à neige […] ne seront pas prioritaires pour nos besoins énergétiques futurs. »
— Steve Agimon [46:40]
[01:37] Sur la transformation du regard porté sur la montagne
« Le regard change à partir du XVIIIe siècle avec un intérêt nouveau pour une nature montagnarde devenue une forme de spectacle désirable. »
— Steve Agimon
[07:42] Sur la naissance des loisirs d’hiver
« La montagne, on va dire, est un espace où l’on peut déjà réaliser un certain nombre de divertissements l’été... ce grand air, on va aussi aller le chercher l’hiver, puis inventer de nouveaux divertissements. »
— Yves Morales
[13:22] Sur la genèse des concours de sports d’hiver
« Quand en 1907, le Club alpin français et l’armée organisent le premier concours de sport d’hiver en France, au Montgenèvre, c’est un mélange de préoccupations touristiques, utilitaires, et militaires. »
— Steve Agimon
[20:13] Sur la mission patriotique du Club Alpin Français
« On peut rappeler la devise du club alpin français adoptée en 1903 : pour la patrie, par la montagne. »
— Yves Morales
[33:41] Sur la lenteur de la démocratisation
« En 1930, la Fédération Française de Ski, c’est 7000 skieurs… Ce sont des effectifs très faibles. »
— Steve Agimon
[46:40] Sur l’avenir du tourisme hivernal
« Peut-être qu’à l’avenir, […] les canons à neige ne seront pas prioritaires pour nos besoins énergétiques futurs. »
— Steve Agimon
L’épisode éclaire la mutation profonde de la montagne française, passée d'un espace redouté à un haut lieu du loisir, du sport et de l’imaginaire national. Cette transformation a des racines multiples — sociales (santé, classes sociales, patriotisme), techniques (chemin de fer, matériel de ski), et économiques — mais soulève aussi des questions de durabilité et d’avenir. Les intervenants rappellent que la montagne, toujours réinventée, reste un laboratoire de tensions entre traditions, innovations, intégration nationale et enjeux écologiques.
Pour aller plus loin :