Le Cours de l'histoire – Preuves d'humanité, hier et aujourd'hui 3/4 :
Jean d’Ormesson, comment appréhender l’avenir
France Culture — November 13, 2025
Épisode en un coup d’œil
Cet épisode analyse notre lien avec le passé et la manière dont il façonne nos réflexions sur l’avenir, à travers le prisme de Jean d’Ormesson et de différentes archives historiques, littéraires et scientifiques. Avec des extraits de tables rondes et d’entretiens, le programme explore les transformations du sentiment d’avenir, entre espoir, angoisse scientifique, et responsabilité collective.
Points Clés et Temps Forts
1. Mutation du regard sur l’avenir (00:00–01:30)
- Contexte :
Introduction à Jean d’Ormesson (né en 1925), auteur de renom et voix influente lors d’un colloque à l’UNESCO en 1977 sur « Les défis de l’an 2000 ». - Citation marquante :
« Aujourd'hui, le pessimisme vient du développement de la science lui-même... l’humanité vivra désormais sous le signe, sous l’hypothèse d’une destruction possible. »
(Jean d’Ormesson, 00:42)
Analyse :
D’Ormesson pointe le basculement : là où l’optimisme progressiste dominait, la peur d’une destruction globale – via la science, la bombe atomique notamment – remplace l’élan du siècle précédent.
2. L’imaginaire enfantin de l’an 2000 (01:30–02:45)
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Extrait d’archives (1969) :
Des enfants expriment leurs visions de l’avenir, souvent résignées ou dystopiques :- Montée de l’armement et des conflits,
- Robots remplaçant humains dans le travail et la guerre,
- Une humanité passive : « Les gens grossiraient... la race de l’homme se perdrait. »
-
Citation enfantine :
« Si tout le monde a la bombe atomique... tout le monde aura peur et les guerres arrêteront. »
(Child Speaker 1, 02:07)
Analyse :
Ces témoignages illustrent comment les craintes technologiques et politiques se diffusent jusque dans l’imaginaire enfantin, laissant entrevoir une perte de repères.
3. L’espoir par la science et la coopération internationale (02:45–05:26)
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Intervention de Laurence Tubiana (COP21, 2015) :
Présente la communauté scientifique comme force de rassemblement, de solutions et d’engagement pour agir contre le changement climatique.- La science montre que le développement et l’écologie ne sont pas antagonistes.
- Nouveau rôle d’alerte, mais aussi de proposition de solutions.
- La nécessité de dialogue concret entre le monde scientifique, les politiques et les acteurs locaux.
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Citation essentielle :
« La communauté scientifique dit : on peut le faire, on a des solutions... elle est là à la fois pour être un moteur et fixer les grandes directions. »
(Laurence Tubiana, 04:36)
Analyse :
En dépit du pessimisme, Tubiana incarne l’espoir porté par la prise de conscience et l’action collective.
4. Science, crise et solidarité pour l’avenir (05:26–09:57)
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Débat autour des défis futurs :
Jean d’Ormesson revient en 1977 sur la distinction entre discussions gouvernementales et débats libres d’intellectuels à l’UNESCO.- Les défis de l’an 2000 sont à la fois globaux (science, épuisement des matières premières) et conjoncturels (crises économiques, partage Nord/Sud).
- Nécessité d’une double solidarité :
- Entre vivants d’aujourd’hui, pour éviter le « suicide de l’humanité »
- Avec les générations futures, pour assurer plus que la survie : la vie.
-
Citation clé :
« Il y a donc une double solidarité qui doit s’instaurer, d’abord entre les vivants... et une autre... entre les vivants et ceux qui ne sont pas encore nés, de façon que nous prévoyons à plus long terme... »
(Jean d’Ormesson, 09:38)
5. Le rôle de l’écrivain face à la crise de l’avenir (09:57–12:30)
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Comparaison peur de l’an 1000 / an 2000 :
D’Ormesson insiste sur la rationalité anxieuse de la peur moderne, fondée sur la science et les chiffres plus que sur le mythe. -
Littérature et responsabilité :
Pour lui, l’écrivain/artiste ne doit pas s’enfermer dans l’idéologie, ni ignorer sa responsabilité envers l’humanité :- Conserver une « relative indépendance à l’égard des pouvoirs politiques »,
- Mais ne pas refuser « les responsabilités métaphysiques » liées à la survie globale.
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Dialogue marquant :
- Interviewer : « Fuir les étiquettes idéologiques. »
(12:21) - D’Ormesson : « Fuir les étiquettes idéologiques, mais ne pas fuir les responsabilités métaphysiques. »
(12:23)
- Interviewer : « Fuir les étiquettes idéologiques. »
Moments Mémorables & Citations
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Jean d’Ormesson sur la peur moderne :
« La crise de l’an 1000 était une peur mythique. La peur de l’an 2000 est une peur scientifique et rationnelle. C’est la science qui fait peur. » (10:31) -
Laurence Tubiana sur la mobilisation des savoirs :
« On voit bien qu’il faut ajouter de nouvelles choses... faciliter et réfléchir dans cette gouvernance mondiale quelle doit être la place de la science. » (05:15)
Synthèse et Ton Général
L’épisode éclaire la complexité des sentiments face à l’avenir, entre inquiétude liée aux avancées scientifiques et l’espoir suscité par l’engagement collectif et la responsabilité partagée.
Le dialogue traverse les décennies, reliant paroles d’enfant, avis d’intellectuels et prises de position scientifiques, oscillant entre gravité lucide et foi dans le progrès humain — à condition que ce progrès soit mis au service de la solidarité, du dialogue et de la vie des générations futures.
À retenir :
La preuve d’humanité, hier comme aujourd’hui, réside dans la capacité à regarder l’avenir sans se laisser paralyser par les peurs, mais aussi sans en fuir les responsabilités. L’archive d’Ormesson, tout comme la vision contemporaine de Tubiana, invite à conjuguer vigilance, action et espoir.
