
Seconde Guerre mondiale, le Pacifique en guerre 3/4 : L'enfer de Peleliu, une île prise dans la guerre
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Bruno Cabane
L'enfer.
Xavier Medui
De Peleliu, une île prise dans la guerre. Comment regarder la seconde guerre mondiale autrement ? Déjà en se plaçant du côté du Pacifique. Mais là aussi, comment changer le regard ? En choisissant une île et ses fantômes, les fantômes de l'île de Peleliu dans la longue guerre du Pacifique.
Narrator/Documentary Voice
L'île de Guam était prise 5 jours après Pearl Harbor. Walk, 16 jours après. Les envahisseurs étaient à Noël à Hong Kong, le 15 février à Singapour. Les Philippines étaient conquises en 4 mois, la Birmanie en 6. 6 mois après l'attaque surprise des îles Hawaii, le Japon s'était assuré le fer des Philippines, le pétrole d'Indonésie. Dès l'été 1943, les Etats-Unis vont jeter des moyens aéronavals considérables dans la bataille. Basée sur la puissance de feu de l'armada du Pacifique, la reconquête commence. De 43 à 45, la flotte américaine va développer d'île en île sa technique du saut de mouton jusqu'aux approches du Japon. Malgré la puissance de feu, chaque fois la lutte sera terrible. Il faudra déloger un à un les soldats japonais de leurs troupes. Dans le Pacifique, la Seconde Guerre mondiale a atteint son paroxysme de violence.
Xavier Medui
Le journal des actualités françaises qui nous présente la seconde guerre mondiale et cette histoire de sceau de mouton. Bruno Cabane, bonjour.
Bruno Cabane
Bonjour, Xavier Medui.
Xavier Medui
Vous êtes professeur d'histoire de la guerre à l'Ohio State University, c'est aux Etats-Unis, vous publiez les fantômes de l'île de Pellélieu. C'est une bataille en fait, on parle d'une île mais en l'occurrence, si l'on veut ancrer ça dans la chronologie de la guerre, c'est une bataille qui a lieu quand ?
Bruno Cabane
Alors c'est une bataille qui a lieu du 15 septembre 1944 jusqu'au 27 novembre 1974, donc 74 jours, qui est sans doute l'une des batailles les plus atroces de la guerre du Pacifique, qui n'en a pas manqué, et qui est atroce notamment parce que la garnison japonaise qui défend l'île est quasiment complètement exterminée. 11 000 japonais sont morts dans la bataille, il y a à peu près 2000 américains, mais 11 000 morts japonais qui, pour la plupart d'entre eux, ont été enterrés vivants dans des grottes. Leur corps s'y trouve toujours.
Xavier Medui
Stratégiquement, c'était une île importante ?
Bruno Cabane
Non, c'est d'ailleurs pour ça qu'elle est très peu présente dans la mémoire collective américaine. En fait, pour essayer de recontextualiser tout ça, comme vous le savez, à partir de septembre 1943, les japonais mettent en place un périmètre de défense absolue. L'idée c'est de tenir le front avant une bataille décisive qu'espère Hirohito. Et malgré tout, les américains avancent en Nouvelle-Bretagne, en Nouvelle-Guinée, c'est la victoire normale de de Nimitz à Tarawa en novembre 1943, il y a la prise des îles Marshall en février 1944, et puis la perspective pour les américains, c'est de reprendre les Philippines, de reconquérir les Philippines. Vous savez le fameux mot de Marc Arthur en mars 1942, « I will be back », c'est ce qui arrive effectivement à l'automne 1944. Voilà Pelleloup justement, parce que sur la route de MacArthur en direction des Philippines, il y a cet archipel. Il faut s'imaginer, il y a 340 îles, il y en a qui sont toutes petites, mais il y a une petite garnison japonaise à Pelleloup, toute petite île, 10 km sur 3, c'est minuscule, qui est à 1h30 de bateau de l'île principale de Bab-el-Dawb, où la garnison est un peu plus importante. Ce que veulent les américains, c'est prendre Peleliu parce que sur Peleliu se trouve une piste d'aviation, toute petite, mais dont ils craignent qu'elle devienne un élément de résistance des japonais en cas d'assaut sur les Philippines. Les Philippines ne sont pas extrêmement loin. Et il se trouve que, par ailleurs, les Américains prévoient une bataille très rapide, qui devrait durer simplement 3-4 jours, tout simplement parce que la reconnaissance aérienne a été très mal faite. Et donc, ce que ne voient pas les Américains, ce sont les Japonais qui se sont enterrés dans des grottes qu'ils ont fortifiées. Le colonel japonais qui dirige la défense de l'île, qui s'appelle Kunio Nakagawa, est un stratège assez remarquable. Il a participé à la deuxième guerre sino-japonaise et il part un peu là-bas comme une sorte de mission suicide. Il part en disant à sa femme qu'il ne reviendra pas. Il part avec 5000 hommes de la 14e division d'infanterie qui ont tous participé au combat en Manchurie. Et cette 14e division est déployée sur l'île à partir du mois de mai 1944. Alors pas pour combattre initialement, mais pour fortifier l'île. Et quand je dis fortifier, c'est assez spectaculaire puisqu'ils vont transformer les 500 grottes de l'île en petits bunkers, en zones de résistance, en y installant de l'artillerie et en étant prêts à accueillir les Américains. C'est un gros changement d'ailleurs du point de vue de la stratégie japonais, c'est parce que jusque là, rentrer un peu dans l'imaginaire collectif, on pense aux Banzai chargés, les japonais qui finalement ne comptent pas leurs hommes. Ce n'est pas du tout ce que mettent en place les japonais à Pellelu et le colonel Nakagawa. Ce qu'ils mettent en place, à l'inverse, c'est une défense en profondeur. C'est-à-dire que oui, bien sûr, il y aura une résistance sur les plages, qui va être très importante, mais surtout la résistance, elle va se faire autour de la piste d'aviation, et puis autour du mont Hummerbrogol, qui n'est pas très spectaculaire comme ça. Je suis allé quatre fois à Peleliu, et on se rend à peine compte que c'est une petite montagne, ça fait simplement une centaine de mètres d'altitude, c'est très très petit. Mais là, les combats vont être absolument monstrueux, à tel point que, du côté américain, dans l'incapacité de déloger les japonais, on va utiliser des lances-flammes et puis on va finir, à la fin novembre 1944, par refermer les grottes et par enterrer vivant ces japonais qui dangeraient, les corps étaient toujours là-bas. Voilà, donc c'est tout à fait atroce et la mémoire, une fois encore japonaise, est très différente de la mémoire américaine, évidemment.
Xavier Medui
Bruno Cabane, dans votre démarche pour écrire les fantômes de l'île de Peleliu, Parce qu'il y a écrit récit. C'est en cela qu'on est intéressé à savoir la réflexion d'un historien sur la manière de raconter une bataille extrêmement particulière de cette guerre. Vous avez dit que vous y avez été. On pourrait dire que c'est normal d'aller sur le champ de bataille quand on l'étudie, mais on sent que votre démarche va beaucoup plus loin. Qu'est-ce que vous avez voulu faire ?
Bruno Cabane
Alors, ça va plus loin parce que ça n'est pas simplement, ça n'est même pas essentiellement de l'histoire militaire. Moi ce qui m'intéressait, parce qu'il y a des histoires aux Etats-Unis, des histoires de la bataille. Ce qu'il n'y avait pas, et ce qui moi m'intéressait aussi par ma formation, d'abord je ne suis pas un historien de la deuxième guerre mondiale, comme ça je suis plutôt un historien de la première guerre mondiale, mais ce qui m'intéresse c'est, au point de départ de mes travaux, la question du retour des hommes et les traumatismes de guerre. Et en fait, le point de départ initial de ce projet, c'est la rencontre, littéralement la rencontre, avec un jeune combattant, enfin jeune à l'époque, Eugene Sledge, qui était un marine de l'armée américaine. Je vous dis en deux mots, un jour en 2006, au printemps 2006, un de mes étudiants de Yale est venu me trouver tout simplement à la sortie d'un cours. Ils étaient très enthousiastes en me parlant d'un bouquin qu'ils venaient juste de lire, des mémoires de guerre, de ce jeune marine américain, Eugene Sledge, et en me disant, vous devriez y aller voir, ça va vous plaire. Donc je me précipite à la bibliothèque Stirling, qui est un monument absolument incroyable, c'est une sorte de grande tour au centre du campus. Je me suis fait en début d'après-midi, je ne vois pas les heures passer, je suis complètement plongé dans la lecture de ce livre qui est l'un des livres les plus fascinants, des récits de guerre les plus fascinants que j'ai jamais lu. Et puis ce qui m'a aussi beaucoup touché, c'est la photo qui était reproduite dans les traductions en français bouquin, il a été traduit aux belles lettres et repris ensuite en collection de poche. On voit une photographie de Eugene Sledge, il doit avoir 21 ans, c'est après la bataille d'Okinawa, et Sledge a les yeux perdus dans le vide, ce que les américains appellent le thousand-yard stare, c'est-à-dire cette espèce de regard halluciné d'un homme perdu dans ses traumatismes. Ça m'a d'autant plus frappé que quelques années plus tard, je suis allé à Auburn, qui est l'endroit où il a enseigné, et je suis allé à Mobile, l'endroit où il est né, et à Mobile, je suis allé dans son lycée. Et dans son lycée, grâce à une bibliothécaire formidable, j'ai retrouvé la photo de Sledge. Et la photo de Sledge a 18 ans, donc simplement deux ou trois ans. Il est méconnaissable. Il est méconnaissable. Et l'autre chose qui m'a frappé, c'est que J'ai aussi accédé à ses archives personnelles. Il a écrit à sa famille. Pendant toute la guerre, il a reçu des lettres de ses parents pendant toute la guerre. Il était tout jeune, il avait encore 20 ans. Et croyez-moi, les lettres après Pelleloup, l'écriture a totalement changé. On ne peut pas distinguer que les lettres ont été écrites par le même homme. Le traumatisme est là, visible. Donc voilà le point de départ si vous voulez. Mais alors, j'aurais pu m'arrêter là. J'avais des sources incroyables, j'avais ces lettres notamment. Et j'ai voulu y aller, j'ai voulu aller voir. J'ai vu il y a deux choses justement, pour répondre maintenant complètement à votre question. La première chose, c'est que je me suis rendu compte que j'ai essayé d'écrire une histoire sensible, si vous voulez, de cette bataille. Parce que ce qui m'a frappé, c'est que cet environnement, qui évidemment a radicalement changé depuis 1944, est un environnement où on est, comment dire, complètement submergé par les impressions sonores, visuelles, par l'odeur, par l'odeur de la jungle. Vous savez, je suis français, j'ai vécu sur la côte C'était la première fois que j'étais confronté à un environnement qui m'a complètement... J'avais plus aucun repère. Je n'avais plus aucun repère. J'imagine assez. finalement, que même si effectivement les conditions sont radicalement différentes, ça a été l'impression de ces jeunes types qui venaient des Etats-Unis et qui se sont trouvés non seulement dans un enfer, mais aussi dans un endroit où c'est à la fois l'enfer et en même temps vous avez, parce que ça il le décrit et je sais que ça n'a pas changé, parce que j'y ai été, des ciels comme on en voit nulle part ailleurs, des couchers de soleil, une mer aussi d'une beauté incroyable, donc cette espèce de mélange de d'horreur absolue et de beauté extraordinaire m'a beaucoup frappé. Et la deuxième chose, c'est qu'en y allant, je me suis rendu compte que je ne posais pas les bonnes questions. C'est-à-dire que ce n'était pas simplement une histoire de la guerre du Pacifique, mais c'était aussi plusieurs couches successives de mémoire. qui s'étaient superposées. J'utilise le terme de palimpseste dans mon livre parce que c'est exactement ça. C'est-à-dire qu'on a réécrit sur les paysages différentes histoires successives qui commencent avec les habitants des îles au XVIIIe siècle. Le premier débarquement à Peleliu en 1783. Mais qui ensuite, c'est une île qui a été occupée par les Allemands. Ça faisait partie de l'Empire Allemand entre les années 1898-1999 et la Première Guerre Mondiale. Ça a effectivement été une colonie japonaise. Et puis après, c'était un protectorat américain. Donc, toutes ces couches successives m'ont complètement fasciné et m'ont amené dans des domaines dans lesquels, sincèrement, je ne pensais pas aller un jour, travaillant sur la Première Guerre Mondiale. repenser, enfin redécouvrir en quelque sorte qu'il y avait une guerre du Pacifique pendant la Deuxième Guerre Mondiale, mais il y a aussi une guerre du Pacifique pendant la Première Guerre Mondiale, ce que beaucoup de gens ignorent.
Xavier Medui
Oui, il faut le rappeler parce que, bien sûr, cette vision mondiale de la guerre, et si elle est dite guerre mondiale, c'est qu'il y a une raison, nous conduit jusqu'à cette île à l'autre bout du monde, en Micronésie.
Narrator/Documentary Voice
L'Amérique est une puissance coloniale. Sa colonie s'appelle les îles micronésiennes. Ce sont ces centaines d'îles éparpillées dans l'océan Pacifique. Seulement 700 km² de terre, moins de 100 000 habitants, mais sur une surface d'eau, comme on le voit ici, aussi vaste que l'Amérique elle-même. À première vue, c'est le paradis terrestre. Il y a tout, semble-t-il, pour vivre heureux. Cocotiers, arbres rapins, oranges sauvages, pêches abondantes. Ce paradis vit au rythme de son argent en pierre dont la valeur est en proportion de son diamètre. Certaines pierres valent plus de 100 000 anciens francs et toutes sont encore en circulation. Chaque village a son argent qui appartient à la collectivité. Il est fièrement exposé et personne ne.
Bruno Cabane
Songerait à le voler.
Narrator/Documentary Voice
Mais ces îles sont un paradis en apparence seulement. La Micronésie a été l'enjeu de quatre puissances successives. Les Espagnols jusqu'en 1899, l'Allemagne jusqu'en 1914, le Japon jusqu'à la fin de la guerre, et les États-Unis, puissance coloniale gérant ces territoires sous tutelle de l'ONU, s'en occupent depuis 1945.
Xavier Medui
La Micronésie présentée dans l'émission 5 colonnes à la une en 1965. Bruno Cabane, vous avez découvert cette île à travers un homme, vous l'avez dit, c'est Eugène Sledge. Cet homme-là est-il le fil conducteur de votre réflexion ? Parce que j'ai du mal en vous lisant à savoir qui prend le dessus, si c'est le lieu ou si c'est l'individu. C'est une histoire tressée.
Bruno Cabane
Oui, c'est exactement ça. C'est une histoire tressée. Je ne pourrais pas répondre à votre question parce que finalement le point de départ c'est Sledge, comme je vous l'ai expliqué. Mais le lieu progressivement, notamment ce lieu hanté, a pris le dessus. J'écris quelque part, et je pense que Jean Rollin, qui a écrit un magnifique texte sur Pelleloup il y a quelques années, a dû avoir la même impression. On apprend à lire les paysages un peu comme une sorte de langue. Et quand je dis ça, ce n'est pas une posture poétique. C'est tout simplement parce que quand on s'intéresse aux habitants de Pelleloup, et de Palau en général, leur rapport au passé, n'est pas organisée tellement autour de dates, de grands événements, mais autour de lieux. C'est ce qu'ils appellent les hollangs, c'est-à-dire des repères. Je raconte dans mon livre, c'est l'un de mes chapitres, on est porté immédiatement par ce récit de Sledge. Malgré tout, ce que je ne savais pas du tout avant d'y aller, c'était ce qu'était la mémoire de la bataille chez les Palawans et ce qu'ils en avaient dit. Il y a eu heureusement des très grandes enquêtes orales dans les années 60-70 qui nous permettent de connaître ça. Et ce qu'ils nous racontent, c'est le retour sur leur île. Le retour qui se fait deux ans après la bataille. Et qu'est-ce qu'ils voient ? Ils voient deux choses. Ils voient d'abord une île qui est blanche. Blanche comme de la neige. Alors vous me direz, comment est-ce possible que des gens des îles Palaos parlent de la neige ? Simplement parce qu'il y a quelques Palaos qui ensuite sont allés faire leurs études aux Etats-Unis bien plus tard et qui... ont retrouvé cette même impression, c'est-à-dire une impression d'aveuglement. Il y a une scène que je décris où un soldat américain donne une paire de lunettes de soleil à un palawan. Vous me direz après la destruction de l'île, c'est un geste, un cadeau finalement assez peu important. Parce qu'ils ne peuvent pas se déplacer, ils sont littéralement éblouis par cette île toute blanche. Mais plus important encore, Ils reviennent et ils se lamentent un peu comme on se lamenterait dans l'Iliade ou dans l'Odyssée, avec ces mêmes paroles antiques, parce que leurs repères ont disparu et parce que notamment les Odessangel, c'est-à-dire les pierres d'inhumation qui se trouvaient au seuil de leur maison, les plus brillants de leurs ancêtres étaient enterrés à côté de leur maison, ont disparu. Tous leurs repères ont disparu. On ne peut plus raconter, on ne peut plus rien transmettre parce que nos repères ont disparu. Pour revenir à ce que vous disiez, dans le fond, ce que j'ai appris, il m'a fallu beaucoup de temps, c'est une chance incroyable, ça m'a été rendu possible par à la fois par mon université, par les gens que j'ai rencontrés. J'ai été accueilli par un couple Godwin et Mayumi Sadao qui ont été merveilleux, à la fois pour m'accueillir avec mon compagnon de voyage et assistante de recherche Kam Kivens, et ils nous ont accueillis, mais j'ai eu aussi des gens qui, sur place, c'est une toute petite île, il y a 500 personnes qui vivent à Peleliu, donc c'est facile, on est très vite repérés. Et dans le fond, ce qu'ils m'ont appris au fil du temps, au fil de ces quatre voyages, c'est à lire les paysages comme une sorte de langue, en m'expliquant l'importance de choses que je ne voyais évidemment pas avec mon regard d'occidental. Et ça a été vraiment une expérience très importante pour moi, qui sans doute d'ailleurs va changer complètement ma manière à la fois de faire de la recherche et d'écrire l'histoire.
Xavier Medui
Oui, c'est une histoire de regard. Et Bruno Cabane, vous avez évoqué cette photo du jeune Marwins Sledge, celui qui, par ses mémoires, vous a orienté sur cette bataille. Cette photo est reproduite dans votre ouvrage. On le voit, il est assis sur un banc, il a les mains croisées, il est torse nu, il a le regard perdu, vous l'avez évoqué. et on ne voit pas de paysage. Honnêtement, quand on regarde la photo, on se dit, ça pourrait être un peu partout. Alors, si dans un endroit chaud, sans doute, vu qu'il est torse nu, mais on ne voit pas le paysage. Et c'est en cela aussi que votre travail sur cette bataille d'une île absolument lointaine correspond aussi à des réflexions qui sont beaucoup plus larges sur ce que signifie pour un individu subir la guerre des deux côtés. Ici, du côté japonais ou du côté des États-Unis.
Bruno Cabane
Oui, pour ce qui est de cette photo, c'est une photo qui est prise à Okinawa, qui est prise quelques mois plus tard. C'est une photo un peu floue, comme vous l'avez vu. Je trouve l'incarnation même du traumatisme. Vous savez, ça m'a fait penser à des dessins. des dessins qui ont été faits à Pelleloup même par un très grand artiste qui est finalement assez peu connu en France qui s'appelle Tom Lee qui travaillait pour Time Magazine et qui a fait plusieurs... qui a débarqué, il faut l'imaginer, il a débarqué Le 15 septembre, sur la plage d'Orange Beach, qui a été absolument atroce, les américains ont perdu plus de 1000 hommes dans la première journée. Il arrive sur cette plage et il est incapable de travailler. Il est obligé, trois jours après, d'être rapatrié sur un bateau et commencer à travailler. Il y a deux dessins qui sont particulièrement frappants. Il y en a un qui s'appelle le Thousand Yard Stare, qui est exactement l'expression de Sledge. Ce regard perdu dans le vide qui est en fait devenu une sorte de... de symbole des traumatismes de guerre jusqu'à aujourd'hui. Et puis, il y a un autre dessin en couleur extrêmement choquant, qui s'appelle The Price, le prix à payer, et qui représente un soldat américain, un Marine, dont le visage est littéralement en train de fondre, il est en sang, et Tom Lee décrit le moment où il a vu cet homme mourir, juste à côté de lui, un homme qui n'a jamais tiré sur le moindre japonais, et qui est tué dans les toutes premières minutes du débarquement. Et bien Sledge, en fait, je trouve à travers cette photo, on arrive à voir l'ampleur finalement de ce qu'il a pu vivre. Vous savez, il y a aussi des sortes de coïncidences d'âge ou de date. J'ai réalisé finalement il y a très peu de temps que le livre a été publié en 1981 pour la première édition. Qui a eu tellement de succès. « With the Old Brits » a été publié dans une toute petite maison d'édition en Californie. Mais ça a été repris. Il a été heureusement porté par un Un bouche à oreille, les vétérans se sont beaucoup intéressés à son récit. John Keegan, le grand historien britannique, a publié des comptes-rendus extrêmement favorables. Bref, il a été republié ensuite à Oxford University Press et il a commencé à connaître un très grand succès en 1990. Bref, 1981, c'est la première publication de We Will Breathe. Eugene Sledge a 58 ans. 58 ans c'est mon âge, j'ai 58 ans et dans le fond j'ai essayé de réfléchir à ce qu'avait pu être la vie de cet homme depuis l'âge de 20 ans, qui est l'âge de mes étudiants et qui est l'âge de ce jeune homme sur cette photo, portant pendant toute sa vie ses traumatismes. Il est devenu entre temps professeur de biologie à l'université de Montevalo, dans l'Alabama, et on a des témoignages, c'était un prof incroyable, on a des témoignages de ses élèves extrêmement chaleureux, il les emmenait sur le terrain, il était surtout passionné par les oiseaux, c'est devenu un grand spécialiste des oiseaux. Et donc, on pourra peut-être en parler, parce qu'en fait c'est important aussi pendant la bataille, cette fascination pour les oiseaux, il y a tout un chapitre sur les oiseaux. Bref, En fait, ses étudiants, il a enseigné jusqu'en 90, ses étudiants, il est mort en 2001, ses étudiants n'ont jamais soupçonné qu'il était passé par l'enfer de Pellélo et qu'il avait autant subi de traumatismes. Et c'est simplement en lisant ce texte qu'ils s'en sont rendus compte. Et d'une certaine manière, les oiseaux lui ont permis, comme pendant la bataille, de survivre, c'est une transmission sur plusieurs générations. Il se trouve qu'Eugene Sledge a deux fils, et l'un d'eux, vous savez, les français ne connaissent peut-être pas très bien Eugene Sledge, mais ils connaissent peut-être beaucoup plus la série The Pacific, qui a été adaptée sur HBO il y a quelques années, qui a eu un très grand succès. Je ne sais plus sur quelle chaîne ça avait été diffusé en France. Bref, HBO a fait, comme c'est d'habitude, une projection publique avec la Famine Stage. Et l'un des deux fils a refusé d'y aller parce qu'il l'explique, pour lui, c'était absolument insupportable. Je pense que c'est John, parce que Henry, qui est né en 1965, est allé lui, à Peleliu, pour essayer de retrouver les traces de son père. D'ailleurs, j'avais le même guide que lui. C'est une histoire assez étonnante parce qu'on a essayé de retrouver le bunker de Sledge, que le guide qui me guidait avait retrouvé pour End of Stage. Et puis, la végétation a complètement repoussé. Il a fallu qu'on aille deux fois. Anne Gazebus pour retrouver le bunker. Henry, lui, se passionne pour l'histoire de son père, donne des conférences et aller là-bas. Mais John, qui est né en 1957, Je ne sais pas pourquoi, je pense que la transmission s'est faite différemment et lui a refusé d'assister à cette projection publique en disant qu'il avait trop vu son père souffrir pendant toute sa vie. Il avait des cauchemars. Il l'explique d'ailleurs parce que j'ai retrouvé aussi les lettres de Sledge des années... Oui, c'est la fin des années 90. Il écrit, c'est aussi un fond incroyable, à Auburn, on a non seulement les lettres de la famille, qui en soi est assez extraordinaire, parce qu'on a non seulement ses lettres à lui, mais les lettres de ses parents, mais on a aussi, et c'est tout aussi fascinant de certaines manières, toutes les lettres, quand je dis toutes les lettres, c'est des... c'est des centaines de lettres, qui ont été envoyées par les vétérans qui avaient combattu à Pélé-Loup, qui n'étaient pas tous des gens qui connaissaient personnellement Sledge, évidemment, après la parution de We Will Obey in 1981. Et ces lettres partagent leurs propres souvenirs traumatiques. Et ils disent, voilà, en lisant le livre, j'attendais que vous nous parliez des mouches, parce que pour certains c'était pas simplement la violence des combats, c'était pas simplement les japonais, c'était la puanteur. La puanteur de cette île, puanteur qui lie à un fait tout simple, d'abord la puanteur de la jungle, mais aussi le fait qu'on ne pouvait pas enterrer les corps. Le sol est fait assez largement de corail et c'est d'un sol qu'on ne peut pas, qui rend d'ailleurs toute défense très compliquée, on peut difficilement creuser des tranchées, mais en plus on ne peut pas enterrer les morts. Donc il a fallu évacuer les morts les uns après les autres, il y en a beaucoup qui sont restés sur le terrain. Donc les mouches étaient omniprésentes et l'un des L'un des lecteurs de Sledge lui écrit, et c'est une lettre assez longue, et très longuement il évoque ces mouches. Pour lui c'est vraiment le symbole de Pelleloup. Il y a un propos d'odeur, pour Sledge c'est pas l'odeur de la puanteur de Pelleloup mais c'est l'odeur de la noix de coco. parce que avant d'être appelé loup, ils ont été sur une île qui s'appelle Pavuvu, et il a des souvenirs absolument atroces d'une île qui était aussi une condition de vie très compliquée, mais dans laquelle l'odeur des noix de coco pourries était omniprésente, à tel point que Sledge, des décennies plus tard, explique que le fait même de sentir Une noix de coco le rend littéralement, physiquement malade.
Xavier Medui
Avec ses mémoires publiées en 1980, les mémoires d'Eugène Sledge, « With the Whole Breed ». Avec le Whole Breed, c'est un surnom, c'est la première division de Marine, c'est publié en France aux belles lettres sous le titre « Frères d'armes ». On a ici des éléments par les mémoires de transmission, un témoignage bien sûr, et puis auprès d'autres générations, il y a la série que vous avez évoquée, Bruno Cabane, The Pacific, c'est une série produite par Tom Hanks, Steven Spielberg, vous vous demandiez quelle chaîne a pu diffuser cette série en France, c'est France 2 et France 4.
Bruno Cabane
Pourquoi je ne me suis pas engagé dans le génie de la marine ? Je serais venu appeler Liu le cul sur un bulldozer.
Soldier/Marine Character
Aucun de vous aurait un sabre japonais ou un drapeau ? Je suis prêt à payer le prix. Ou une baïonnette. N'importe quelle arme, je l'achète. Qu'est-ce qu'il te vaut ?
Bruno Cabane
Je l'ai planqué dans mon cul. Vas-y, prends ce que tu veux.
Soldier/Marine Character
Je suis sérieux. Il faut que je dégote un sabre japonais. Je veux pas rentrer de la guerre les mains vides.
Bruno Cabane
T'auras ça contre une turpelarte ? Aucun de nous va rentrer.
Soldier/Marine Character
Aucun de vous aurait un sabre japonais ou un drapeau ? Pas de faire foutre. Messieurs. Mon capitaine. Mon capitaine. Ne cours jamais si tu peux marcher. Ne marche jamais si tu peux rester debout à ne rien faire. Ne reste jamais debout si tu peux t'asseoir. Ne t'asseois jamais si tu peux t'allonger. Et si tu t'allonges, profites-en pour dormir. Et n'oublie jamais de t'approvisionner en or.
Xavier Medui
L'Enfer du Pacifique, The Pacific, c'est cette série produite par Tom Hanks et Steven Spielberg en 2010 avec cette bataille de Peleliu, 15 septembre 1944. Ce débarquement Bruno Cabane, vous nous l'avez dit, un véritable carnage. La question peut-être qui se pose c'est qui combattent. On va dire que ces soldats sont des marines d'un côté, de l'autre côté il y a les japonais. Mais dire ça, ça ne dit pas vraiment la réalité de ces personnes qui sont prises dans cette horreur. Il faut le dire. Donc des jeunes gars, c'est le cas de Sledge. Il y en a d'autres. Il y a un profil type qui se dégage ici.
Bruno Cabane
Ce sont pour la plupart des hommes très jeunes, d'une vingtaine d'années. Ils sont issus souvent... C'est pour ça que Sledge est un peu une exception de milieux relativement pauvres pour certains d'entre eux. C'est des gens qui ont été beaucoup touchés par la crise économique des années 30. C'est vraiment cette... Je pense, d'une certaine manière, plus j'y réfléchis, je pense qu'on pourrait expliquer l'importance de la Deuxième Guerre mondiale pour cette génération-là, ce qu'on appelle toujours la Greatest Generation aux Etats-Unis, il faut partir de la Grande Dépression, qui reste pour ces hommes dans les années 40 un souvenir absolument traumatisant, un souvenir de la pauvreté, un souvenir de la faim. Et en fait, la Deuxième Guerre mondiale a été aussi une sorte de grande aventure, d'échapper Donc voilà à peu près le profil si vous voulez, qui est assez différent effectivement de celui de Sledge, qui vient d'un milieu plutôt aisé. Pour donner un exemple, ce genre de personnage... dont je parle longuement aussi dans mon livre. On parlait tout à l'heure des oiseaux. C'est un personnage pour lequel j'ai beaucoup d'affection. Il s'appelle Samiré. C'est un jeune type aussi qui vient du Mississippi, d'une toute petite ville qui s'appelle Rosedale, qui vit vraiment dans la grande pauvreté dans les années 30. Il vit en vendant des choses dans la rue. Et en fait, grâce à des programmes sociaux mis en place au moment du New Deal, il se forme pour apprendre à empailler des animaux. Et en fait, ce petit talent, ce petit travail qu'il apprend dans les années 30 dans des ateliers mis en place par le New Deal va lui servir pendant la guerre, parce que pendant la guerre, il va être recruté avec beaucoup d'autres, par le musée Smithsonian à Washington, pour envoyer à Washington des oiseaux empaillés qui viendront ensuite enrichir les collections à Washington. Comment imaginer qu'en pleine guerre, et notamment dans des batailles aussi monstrueuses que celles que payait l'eau, l'une des occupations de ces hommes, au-delà évidemment de combattre et de survivre, c'est d'essayer d'attraper des oiseaux, d'essayer de les attraper de manière la plus discrète possible. Evidemment, il ne s'agit pas de leur tirer dessus, donc ils ont des petites frondes où ils essaient de les attraper comme ça. Il faut les empailler avec les moyens du bord, donc le Smithsonian, imaginez-vous, envoie des colis avec des scalpels, avec des éléments permettant d'empailler les oiseaux, et on les met dans des petites boîtes et ensuite ils sont rapatriés au Smithsonian. Il y a eu une exposition il y a une dizaine d'années justement à Washington, des oiseaux récupérés par Samiré à Pelleloup, qui est absolument extraordinaire. Bref, voilà le profil même des jeunes hommes de Pelleloup. C'est-à-dire des gens qui aussi vivent avec une sorte de... qui vivent dans la mémoire de leur vie passée, de leur vie perdue, avec sans doute des rêves d'avenir, même si on entendait juste à l'instant dans l'extrait de The Pacific l'un des combattants disant de toute façon personne n'en sortira vivant. Ce sont des hommes qui se rattachent à ça, et pour Sledge c'est aussi la passion des oiseaux qui va lui permettre encore de survivre, il passe du temps à les observer, et il va vivre vraiment dans le... dans la mémoire de ces oiseaux. Il faut que je raconte cette histoire car c'est ambivalent. L'un des fils conducteurs de ce livre, c'est le chant d'un oiseau que j'ai entendu qui est un oiseau assez discret et qui, pendant la deuxième guerre mondiale, était perçu par les combattants américains comme annonciateur de leur propre mort. Pourquoi ? Parce qu'ils imaginaient que les japonais imitaient le son de cet oiseau pour communiquer dans la jungle. Entendre l'oiseau, c'était le signe que les japonais étaient tout proches. Il se trouve que les combattants eux-mêmes ne connaissent pas le nom de l'oiseau. Dans les interviews que j'ai entendues d'Histoire Orale, ils imitent un chant qui ressemble plus à un cri. C'est très difficile à imaginer, mais il faut que les auditeurs s'imaginent une sorte de balançoire, le son d'une balançoire rouillée. C'est exactement ça. Un cri qui part dans les aigus et qui ensuite repart dans les graves, qui est absolument terrifiant en temps de guerre. Et ce qui est frappant, c'est que ces vétérans américains pour la plupart ont remis les pieds à Pelleloup très tardivement, pour ceux qui étaient encore vivants, en 1994, pour l'anniversaire de la bataille. Et la première chose qu'ils ont entendue, en tout cas la première chose dont ils parlent, c'est pas Pelleloup même, parce qu'ils disent qu'on n'a pas reconnu, que les paysages ont complètement changé, mais c'est le chant de l'oiseau. C'est le chant de l'oiseau qui immédiatement les a ramenés en septembre 1944, comme une sorte de une sorte de malédiction qui, au fil du temps, était encore présente dans leurs cauchemars. Et puis ensuite, au moment où ils sont revenus à Pélélo en 1994.
Xavier Medui
Le chant d'un mystérieux oiseau qui grince comme une balançoire. Écrivez-vous, Bruno Cabane, à propos de cet oiseau-là ? Là ce qu'on entend c'est une frégate du Pacifique avec ici différents protagonistes et vous avez parlé des populations autochtones de ces îles. Nous parlons beaucoup des marines qui arrivent et puis il y a les japonais. Qu'avons-nous ici ou qu'avez-vous au moment de réfléchir à cette île de Peleliu sur les japonais ? Est-ce que vous avez l'équivalent en témoignage du côté japonais de ce que vous avez du côté des Etats-Unis ?
Bruno Cabane
Non, non, c'est vraiment une question centrale, cette question de vouloir écrire une histoire appareillale. On est nombreux à vouloir le faire et c'est malheureusement impossible parce que dans un cas on a des survivants assez nombreux, on a eu beaucoup d'histoires orales dans les années 80, ou un peu 70, mais surtout dans les années 80, des enregistrements et tout ça. On a des mémoires énormément, il y en a énormément qui ont été publiées sur... Il y en a vraiment énormément. Il y en a quelques-uns qui ont été publiés sur Pelleloup, qui sont moins bons que celui de Sledge, mais Robert Leckie en 57, la Helmet for My Pillow c'est très très bien, Russell Davis en 61, Marina Towers c'est très bien aussi, donc on a quelques très bons témoignages. Pour les japonais, on n'a quasiment rien, ils sont tous morts. Ils ont tous été tués. Sauf, malgré tout, c'est une histoire là aussi incroyable. On a quand même, bien sûr, de l'archéologie. Il y a eu un travail absolument formidable, vraiment formidable, fait par des archéologues de l'université d'Edimbourg, je crois, et puis de l'université d'Uppsala, qui ont mené, il y a une quinzaine d'années, des recherches vraiment systématiques sur le champ de bataille. Donc, ils ont retrouvé énormément de choses. Il faut quand même se rendre compte, je le dis en deux mots, mais c'est pas nécessairement très simple parce que l'île est quand même encore pleine d'explosifs. Selon leurs estimations, il y a eu une ONG qui s'appelle Clearground qui a commencé à travailler en 2009 pour déminer l'île. 2009 ! 2009 ! pour une bataille de 1944. Ils ont fini par arrêter parce qu'ils n'y arrivaient pas, ils n'avaient pas assez d'argent. Ils estiment qu'il y a encore 96 000 obus non explosés qui sont sur l'île. Donc c'est dangereux, c'est vraiment dangereux. Les archéologues ont réussi quand même à faire un état des lieux, on a retrouvé des objets dans les grottes. Quand je dis objet, on a retrouvé des photographies, on a retrouvé des dessins, on a retrouvé des objets du quotidien, notamment dans une grotte. qui est une grotte assez impressionnante, qui s'appelle Thousand Man Cave, la grotte des mille hommes, qui est en fait transformée en une sorte d'hôpital, et qui a été prise d'assaut par les Américains à plusieurs reprises. Ils ont fini par « nettoyer » la grotte avec au lance-larmes, dans des conditions absolument atroces. On a aussi retrouvé toutes sortes d'objets qui, pour certains d'entre eux, ont fondu littéralement au contact des lances-flammes. Donc on a un peu d'archéologie et il y a un petit musée mais qui a disparu depuis parce que le musée a fermé au moment du Covid et à ma connaissance il n'a pas réouvert. Et puis le seul, la seule personne qui s'en occupait est morte du Covid. Il y a des choses que je crois que j'ai vues il y a quelques années Malheureusement, plus personne, moins qu'ils ressortent ça de réserve ne verra. Donc on a un peu ça. Et puis on a, ça c'est quand même assez extraordinaire, il y a eu 30 rescapés. Il y avait quand même 12 000 hommes, 12 000 japonais. On a 30 rescapés. qui se sont cachés dans la jungle. Alors, ça dira peut-être quelque chose aux auditeurs. Ce n'est pas la même histoire, mais certains ont sans doute vu le film d'Arthur Harari, Onoda, qui se passe beaucoup plus tardivement, en 1974, ce japonais qui se cache dans la jungle, dans l'île de Lubang. et qui finit par rentrer au Japon en 1974, des décennies plus tard, dans un pays complètement changé, on l'a complètement oublié. Mais là, à Peleliu, jusqu'au printemps 1947, c'est-à-dire 3 ans après la bataille, 30 rescapés se sont cachés dans la jungle de Peleliu et ont survécu assez largement en volant. la nuit, des provisions aux petits contingents américains qui occupaient l'île de Peleliu et qui reconstruisaient la piste aérienne, des routes, etc. C'est étonnant en fait, les américains se sont rendu compte évidemment qu'il y avait encore des rescapés parce qu'ils ont vu les choses disparaître, notamment des provisions qu'ils avaient. et ils ont lancé des recherches, ils n'ont rien trouvé. Ils ont demandé à un contre-amiral japonais, Sunikawa, qui était en train de venir à Guam. Sunikawa fait le tour de l'île avec un porte-voix en essayant de convaincre d'éventuels japonais de se rendre. Il n'y a pas de retour. Il laisse un message dans une grotte dont on savait qu'elle avait été occupée à un moment ou à un autre. Il y a un message en retour finalement. Et le message des rescapés dit finalement, ce n'est pas un japonais qui nous parle, c'est un Nizaï, c'est-à-dire un américain d'origine japonaise. Prouvez-nous que la guerre a terminé. Alors le compte amiral revient avec des coupures de presse, avec des photos de la capitulation, avec des photos de retour de soldats. Et donc en 1947, 30 rescapés finissent par sortir de la jungle, finissent par se rendre. Et, heureusement, ces hommes ont été interviewés par un historien journaliste, que je connais maintenant assez bien, qui s'appelle Masao Hiratsuka, que j'ai rencontré, et qui, dans les années 2000, a fait des entretiens avec lui. Le dernier escapé est mort en 2019. Et donc on a des témoignages japonais comme ça, alors c'est simplement 30 personnes, mais on a des témoignages sur ce qu'a été leur combat, ce qu'a été leur vie dans la jungle pendant 3 ans après la bataille. Et puis leur retour au Japon, vous imaginez ? Leur retour au Japon en 1947. Autant Onoda en 1974 est reçu comme un héros, autant en 1947, au printemps 1947, ces hommes, ces 30 hommes sont complètement ignorés, reviennent dans des familles qui y croient morts, Il faut qu'ils changent, qu'ils arrivent à rectifier leur état civil, parce qu'on les a effectivement déclarés morts, donc ils n'ont droit à rien. Et ils ont les pires difficultés pour reprendre pied dans la vie. Et certains d'entre eux vont, notamment avec Hiratsuka, dans les années 60-70, se rendre à Peleliu et participer à la recherche des corps. Parce que ça, c'est aussi une de mes rencontres les plus bouleversantes dans les nombreuses années que j'ai passé à travailler sur ce projet et les quatre voyages que j'ai fait à Pélidou au Japon. J'ai aussi rencontré un très veillé homme dont je ne sais pas d'ailleurs s'il est encore vivant qui s'appelle Sachio Kageyama dont le père avait créé dans la ville de Mito, à une heure de train au nord-est de Tokyo, Son père était combattant de la Deuxième Guerre Mondiale, mais il avait échappé un peu par chance à la bataille de Pélé-Loup. Mais il avait pas mal de copains de Mito qui étaient morts à la bataille de Pélé-Loup, ou qui avaient disparu dans la bataille de Pélé-Loup. Mito est l'un des endroits d'où venaient la plupart des combattants japonais. Bref, j'ai rencontré son fils, son fils qui a 95 ans je crois maintenant. Son fils a pris la suite de son père au sein de cette association qui a été créée en 1947. Il faut voir quelle est l'épaisseur humaine de ces expériences. Cet homme, qui a 95 ans, a fait 55 voyages à Peleliu. Il y est 55 fois. Pas pour comprendre la bataille, pas pour visiter Peleliu, mais pour rechercher les corps. Et vous avez encore, à notre époque, des japonais, parce qu'il a transmis la présidence de l'association à quelqu'un d'autre, un peu plus jeune, des japonais de différentes générations qui partent rechercher des corps. Il y a encore de très nombreux disparus en les incinérant, parce qu'il y a cette idée évidemment que les âmes sont des âmes errantes, d'où d'ailleurs cette réflexion sur les fantômes, et qu'il faut absolument retrouver les corps et respecter les rituels funéraires et les ramener au Japon. Il y a encore 125 disparus américains. Moi qui croyais que ces disparus étaient disparus pour toujours, Quasiment au moment où sort mon livre, j'ai trouvé sur internet mention d'un soldat américain, qui s'appelle John Henry Neutron, qui était dans le 5e Marines, dans le même régiment que Sledge, qui était originaire de Saint-Paul, dans le Minnesota. qui, écoutez-moi bien, qui est mort le 28 septembre 1944. et ces restes ont été retrouvés en 2018, identifiés simplement, donc retrouvés par une équipe japonaise, identifiés, parce qu'il y a un groupe qui fait ça, avec qui j'étais en contact pendant mon travail de recherche, à Hawaï, il y a un groupe américain qui fait ça, l'identification a eu lieu en mars dernier, en mars 2025, et là il y a quelques jours, je crois qu'il y a 3 ou 4 jours, Donc en août 2025, finalement, ses restes ont été rapatriés aux Etats-Unis. Je n'ai aucune idée de la famille qui lui reste aux Etats-Unis. Bref, en tout cas, moi j'ai été extrêmement ému d'apprendre au moment où sort ce livre que ce jeune homme de 20 ans, mort à Peleliu le 28 septembre 1944, revenait enfin chez lui en août 2025.
Xavier Medui
Les fantômes de l'île de Pelelius, c'est ce que vous publiez, Bruno Cabane, ce récit au Seuil. Avec ces fantômes, et à vous écouter, nous comprenons très bien le sens et la portée d'un tel mot, ces fantômes-là, qu'est-ce qu'ils restent ? Oui, bien sûr, quelques corps encore à retrouver sans doute. Ce qu'il reste aussi, ce sont bien sûr des témoignages, et notamment celui de Jane Sledge.
Jane Sledge
Les bombardements précédant le débarquement avaient commencé. Le vacarme était absolument étourdissant, indescriptible. Vous ne pouviez pas crier à un homme juste à côté de vous et qu'il vous entende. J'étais mort de trouille, comme tous les autres. J'ai regardé l'île et tout ce que je pouvais voir, c'était une fine ligne Une nappe de flammes devant un énorme mur de fumée noire. Je me suis dit, mon Dieu, aucun de nous ne sortira jamais de cet endroit. Partout sur la plage, des obus explosaient. Les embarcations n'arrivaient pas à atteindre le rivage pour débarquer les marines. On pouvait voir les gaz s'effondrer le long de la plage à cause des tirs d'artillerie intensifs. quand on a été lâché sur la plage aussi loin que possible et qu'on a touché le deck et le sable. Juste avant que j'arrive au deck, j'ai baissé les yeux par hasard et mon pied droit a évité de quelques centimètres une mine japonaise. Elle avait la forme d'une bombe enfouie dans le sable avec un détonateur métallique sensible à la pression. Un peu plus loin, j'ai vu un garçon marcher dessus et ça l'a tout simplement pulvérisé. Il a disparu d'un coup.
Xavier Medui
Raphaël Lalloum qui prêtait sa voix à Eugène Sledge, dites-nous Bruno Cabane, il y a quelque chose qui revient sans cesse dans ses témoignages et même dans les analyses. Comment va-t-on sortir de là ? Comment a-t-on pu sortir de là ? Et vraiment, c'est l'idée d'enfer qui revient sans cesse. Quand ils arrivent, ils se disent on va jamais s'en sortir et quand ils sont revenus, ils ne comprennent pas comment ils en sont sortis.
Bruno Cabane
Oui, c'est ce qu'on appelle le syndrome du survivant. C'est devenu un terme qu'on emploie beaucoup, mais dans ce cas-là, c'est quand même une évidence. Cette impression que la chance, seule la chance, peut expliquer ça. Vous savez, Sledge termine son magnifique ouvrage par la liste des hommes revenus indemnes d'Okinawa. La compagnie K, la compagnie de Sledge, avait débarqué Le 15 septembre 1944, à Pelleloup, comme il le raconte là, c'est très très émouvant, qu'est-ce que vous voulez dire après un témoignage aussi fort ? Donc sur la plage de Pelleloup, au sud de Pelleloup. avec 235 hommes. Elle est repartie un mois plus tard, et les combats se poursuivent jusqu'au 27 novembre. Mais Sledge reste un mois sur l'île, et la compagnie reste un mois sur l'île. Sur 235 hommes, il y en a 85 qui sont revenus indemnes de Pelleloup. Et deux officiers sur sept, simplement. Donc c'est des pertes très importantes. On est lors de 64% de pertes. Et notamment, parmi les pertes, il fait l'un des hommages les plus importants, et outre l'hommage à ses compagnons d'armes, on pense à Snafu, qui est un personnage absolument extraordinaire, mais au capitaine Haldane, qui meurt le 15 octobre 1944. Ce capitaine qui dirige la compagnie Nikkei, il est mort le 15 octobre et ils ont été rapatriés le 17. Il est mort deux jours avant. Bref, 85 survivants. Et de ces 85 survivants, en juin 1945, après Okinawa, il ne reste plus que 25 hommes indemnes. Tout est là. Entre 235 et 25. Et Sledge termine son livre avec cette liste. J'ai vu, évidemment, comme historien de la Grande Guerre, beaucoup de monuments aux morts. Mais croyez-moi, ce monument de papier aux survivants, et à ses 26 survivants, est aussi poignant qu'un monument aux morts.
Xavier Medui
Et du côté japonais, effectivement, là aussi, le nombre des victimes est considérable. Alors les pertes sont estimées, on est à 2000 morts du côté des Etats-Unis, mais à plus de 10 000 du côté du Japon. Et on entend bien ici la douleur que représente, dans une petite île perdue en Micronésie, c'est un monument aux morts géants, c'est un tombeau géant.
Bruno Cabane
Oui, c'est un tombeau géant parce que, comme je vous l'ai dit, beaucoup de corps sont encore sur place. Et puis, ils sont retrouvés par ces équipes d'archéologues, de spécialistes ou de volontaires japonais, mais aussi par des habitants de l'île. des habitants de l'île. Godwin Salao me racontait à la fois les légendes que partageait sa grand-mère quand elle n'avait pas envie qu'il aille se perdre dans la forêt. Elle lui parlait des fantômes de Pélélou, des fantômes japonais qui circulaient encore dans la jungle. Mais lui se souvient très bien effectivement du moment où on retrouvait encore des corps. Moi je n'ai pas vu directement des ossements, mais j'ai vu des photos évidemment d'ossements qui avaient été retrouvés très peu de temps avant. Et donc les habitants de Palao vivent non seulement tout au nord de l'île, parce que l'île est encore largement minée, donc il faut imaginer une île de 10 km sur 3 où ils vivent tout au nord, et où ils ne peuvent pas rentrer dans leur village d'origine parce que ce n'est pas possible. Il y a simplement un petit écriteau qui indique le nom du village, un village qui a été anéanti littéralement par la bataille. Donc ils vivent en quelque sorte en exil sur leur propre territoire et puis ils vivent sur un cimetière, sur un cimetière à ciel ouvert et en présence de ces fantômes.
Xavier Medui
C'est une victoire des Etats-Unis, bien sûr, était-ce une victoire dont les Etats-Unis avaient vraiment besoin pour poursuivre leur combat contre le Japon ? Alors sans doute sur le papier, peut-être sur les plans d'état-major, mais sur le terrain, est-ce que ça a été décisif ?
Bruno Cabane
Non, à mon sens, non. Il y a des débats entre historiens et militaires autour de ça. Je ne suis pas sûr que le fait de prendre l'île de Péloulou ait changé grand chose. L'offensive aux Philippines est déjà très engagée. D'autres historiens mettront en avant l'importance de cette piste d'aviation. Sincèrement, c'est très difficile de trancher. De mon point de vue, d'un point de vue stratégique, ça reste très secondaire. Et ça ne justifie évidemment pas l'ampleur absolument monumentale du nombre de morts, aussi bien du côté japonais que du côté américain.
Xavier Medui
Podre Cabane, vous l'avez dit, un historien des guerres mondiales, de la première guerre mondiale notamment, vous pouvez tracer des liens entre le vécu du moment guerrier par tous ces hommes, principalement des hommes, dans cette histoire-là. C'est-à-dire qu'on retrouve des constantes entre les phénomènes de ces guerres avec des concentrations humaines sur des petits territoires pour gagner quelques mètres de terrain.
Bruno Cabane
Oui, on retrouve des constantes aussi quand on s'intéresse à l'histoire des émotions. Il y a des pages sur la peur au combat, il y a des pages sur la fraternité, des thématiques qui passent d'un conflit à l'autre. Et c'est pour ça d'ailleurs que Sledge est autant lu et aussi important. Pas simplement d'ailleurs pour les gens qui s'intéressent à la guerre, mais tout simplement parce qu'il parle. une expérience humaine exceptionnelle, évidemment, mais qui, je crois, fait vibrer en nous des cordes sensibles, importantes. Et on ne peut pas, en tout cas c'est un peu les échos que j'ai de mes premiers lecteurs, on ne peut pas ne pas être sensible à ce qu'a été la vie, à ce qu'était l'expérience de guerre, mais ce qu'était ensuite la vie d'après-guerre de cet homme Eugene Sledge qui, il faut le dire aussi, était quelqu'un de bien, était vraiment quelqu'un de bien. C'est quelqu'un qui a un regard très lucide face à l'atrocité de ce qu'il a vécu. qui ne porte pas de jugement, ou de jugement actif, qui n'est pas du tout en surplomb, qui est vraiment dans une situation où il décrit ce qu'il a vu, et il le décrit avec beaucoup d'humanité. Et je trouve que c'est assez remarquable, cette capacité à garder cette humanité au cœur même de l'enfer, en fait, je crois, un des très grands témoins de la guerre au XXe siècle.
Xavier Medui
Et on ne peut pas rester indifférent à ce que devient une île après la guerre, toujours en parallèle avec ce destin individuel, cette île qui conserve les traces. Il y a une phrase magnifique de Bruno Cabane dans votre ouvrage en épilogue « Que deviennent les fantômes lorsqu'ils n'ont plus personne à hanter ? » Parce que cette île est toujours là, elle a changé bien sûr, elle est marquée encore par cette guerre. Les populations autochtones sont-elles revenues ? Y a-t-il une vie qui a repris dans cette île qu'on peut considérer comme une colonie américaine d'ailleurs ?
Bruno Cabane
Plus maintenant non, parce que c'est la République des Palau qui est indépendante. Mais jusqu'au début du XXIe siècle, c'était effectivement un protectorat américain. Oui, il y a 500 personnes qui vivent à Pelleloup, dans des conditions assez précaires, que j'ai rencontrées au fil du temps. Je pense que ce n'était pas très difficile pour eux de me repérer assez vite. Ils parlent anglais, c'est ce qui facilite les choses. On a pu lier connaissances et j'ai appris beaucoup d'eux. Il y a 500 personnes qui vivent là, mais qui ont tendance à dire que ça n'est pas leur histoire, que c'est un conflit mondial qui s'est invité sur leur terre, qui a tout détruit. mais que c'est un conflit entre les japonais et les américains et donc ils ne se reconnaissent pas nécessairement dans cette histoire. Ce qui rend la mémoire très difficile à transmettre. C'est pour ça que je me pose cette question effectivement de la transmission et de savoir ce qu'il adviendra quand les fantômes n'auront plus personne à hanter parce que les japonais se détournent très largement de ce qui a été une défaite pour eux. Les américains... descendants sont en train de vieillir eux aussi et la bataille de Pélulu est un peu oubliée. Et localement, le tourisme de guerre devient maintenant très très rare. C'est très loin aussi, c'est vraiment très loin. Il me fallait 48 heures pour aller à Pélulu. C'est très loin, loin de tout. Et voilà, je me demande un peu ce qui restera de tout ça dans quelques années. J'espère que Sledge Son témoignage extraordinaire permettra à la mémoire de ces fantômes de survivre malgré tout.
Xavier Medui
Et grâce à votre travail aussi Bruno Cabane, nous allons beaucoup plus rapidement nous rappeler les lieux grâce à vous, simplement avec votre ouvrage « Les fantômes de Pellilliou ». Merci vivement à vous d'être venu dans le cours de l'histoire pour nous présenter ce récit, cette enquête, cette histoire. Merci beaucoup à vous.
Bruno Cabane
Merci Xavier Modulin, merci.
Xavier Medui
Prochain épisode dans le cours de l'histoire, l'occupation du Japon à la mode américaine, juste après la capitulation.
Narrator/Documentary Voice
C'est le 2 septembre au matin. A bord du cuirassé Missouri, ancré dans la baie de Tokyo, le général MacArthur, accueilli par l'amiral Nimitz et accompagné des représentants de toutes les armées alliées, vient à peine de monter quand accoste une vedette. Cette vedette, c'est la défaite du Japon. Voici ceux qui vont signer la capitulation totale des nazis d'Extrême-Orient. Cortège curieux et hallucinant qui mêle le dramatique au sombre nu. Autour de M. Shigemitsu, nouveau ministre des Affaires étrangères, les jaquettes coudoient les uniformes. Le Japon militariste a vraiment dû céder. Un pont de navires, macarthur, un papier consigne, Le groupe des vaincus est tout le spectacle dont sa nudité est sa grandeur. Et là-dessus, le silence. Car le silence seul convient au geste qui marque le destin des nations.
Xavier Medui
Les actualités françaises le 28 septembre 1945. C'est le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Miller, La Technique et Ruben Carmasin. Émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Lalloum, Jeanne Copé, Solène Roy et Maïwenn Giziou. Le cours de l'histoire est à écouter, à podcaster sur notre site franceculture.fr et l'appli Radio France.
Episode: Seconde Guerre mondiale, le Pacifique en guerre 3/4 : L'enfer de Peleliu, une île prise dans la guerre
Host: Xavier Medui (France Culture)
Guest: Bruno Cabanes, historien, professeur à Ohio State University
Date: September 3, 2025
Duration: 00:01–~00:58
This episode delves into the brutal and often overlooked Battle of Peleliu (September–November 1944) during WWII, exploring the multiple layers of memory, trauma, and landscape that converge on this small Pacific island. Through the unique perspective of historian Bruno Cabanes, author of Les fantômes de l’île de Peleliu, the episode explores not only the military event itself, but also its lasting emotional, historical, and human impact—on American soldiers, Japanese defenders, and the indigenous Palauan islanders.
Context of the Battle
Brutality & Losses
"...la garnison japonaise qui défend l'île est quasiment complètement exterminée. 11 000 japonais sont morts dans la bataille... pour la plupart d'entre eux, ont été enterrés vivants dans des grottes. Leur corps s'y trouve toujours."
Limited Strategic Value
"À mon sens, non... je ne suis pas sûr que le fait de prendre l'île de Péloulou ait changé grand-chose..."
"...un changement du point de vue de la stratégie japonaise... Ce qu'ils mettent en place, à l'inverse, c'est une défense en profondeur..."
Trauma of Combat—American Perspective
"J'ai retrouvé la photo de Sledge à 18 ans... Il est méconnaissable... les lettres après Pelleloup, l'écriture a totalement changé..."
Ambivalence: Horror and Beauty
"Mélange d'horreur absolue et de beauté extraordinaire m'a beaucoup frappé."
Physical Realities—Stench and Death
"...les mouches étaient omniprésentes... c'était pas simplement la violence des combats... c'était la puanteur..."
Palimpsest of Memories
"C'est une histoire tressée... le lieu, progressivement, notamment ce lieu hanté, a pris le dessus..."
Dispossession and Alienation
"...ils ont tendance à dire que ça n'est pas leur histoire, que c'est un conflit mondial qui s'est invité sur leur terre, qui a tout détruit..."
Near-Total Japanese Annihilation
"...pour les japonais, on n'a quasiment rien, ils sont tous morts... jusqu’au printemps 1947, 30 rescapés se sont cachés dans la jungle de Peleliu..."
Ongoing Mourning
Sledge and the “Thousand-Yard Stare”
"...Ses étudiants n'ont jamais soupçonné qu'il était passé par l'enfer de Pellélo et qu'il avait autant subi de traumatismes..."
Objects, Animals, and Remembrance
"Le chant de l'oiseau qui immédiatement les a ramenés en septembre 1944, comme une sorte de malédiction..."
Survivors’ Guilt and Loss
"Sur 235 hommes, il y en a 85 qui sont revenus indemnes de Pelleloup... entre 235 et 25. Et Sledge termine son livre avec cette liste..."
"...les habitants de Palao vivent non seulement tout au nord de l'île... ils vivent sur un cimetière à ciel ouvert et en présence de ces fantômes."
Empathy and Humanization
"Pas simplement d'ailleurs pour les gens qui s'intéressent à la guerre... il parle d’une expérience humaine exceptionnelle... il le décrit avec beaucoup d'humanité."
The Fate of Memory
"Que deviennent les fantômes lorsqu'ils n'ont plus personne à hanter ?"
"Comment regarder la Seconde Guerre mondiale autrement ? Déjà en se plaçant du côté du Pacifique. Mais là aussi, comment changer le regard ? En choisissant une île et ses fantômes, les fantômes de l'île de Peleliu..."
"La garnison japonaise... est quasiment complètement exterminée. 11 000 japonais sont morts... pour la plupart d'entre eux, ont été enterrés vivants dans des grottes. Leur corps s'y trouve toujours."
"...mélange d'horreur absolue et de beauté extraordinaire m'a beaucoup frappé."
"C'est une histoire tressée... le lieu, progressivement, notamment ce lieu hanté, a pris le dessus."
"...les mouches étaient omniprésentes... c'était pas simplement la violence des combats... c'était la puanteur..."
"Le chant de l'oiseau qui immédiatement les a ramenés en septembre 1944, comme une sorte de malédiction..."
"Sur 235 hommes, il y en a 85 qui sont revenus indemnes de Pelleloup... entre 235 et 25. Et Sledge termine son livre avec cette liste..."
"Que deviennent les fantômes lorsqu'ils n'ont plus personne à hanter ?"
| Timestamp | Segment / Topic | |:----------:|--------------------------------------------------------------| | 00:09 | Why the Pacific War should be remembered differently | | 02:01 | Strategic context, scale of death, Japanese fortification | | 06:32 | The historian’s personal motive—trauma, firsthand research | | 12:19 | Global context/colonial history of Micronesia | | 14:12 | "Palimpseste"—layers of memory and meaning in the landscape | | 19:20 | Sledge’s trauma, transmission to family, "thousand-yard stare"| | 24:36 | Physical realities of combat: corpses, stench, flies | | 28:55 | Social backgrounds of U.S. Marines; ornithology in the field | | 33:37 | The haunting birdsong—auditory memory across decades | | 35:25 | Japanese survivors, postwar hiding, search for remains | | 47:17 | Eugene Sledge’s firsthand account (voice-over) | | 47:42 | The idea of survivor’s guilt and monument de papier | | 50:08 | Peleliu as an "open-air tomb" | | 54:25 | Reflections on memory, transmission: "Que deviennent les fantômes..."|
This episode of Le Cours de l’histoire offers a profound meditation on the Battle of Peleliu, pushing beyond military analysis to a deeply human, empathetic understanding of war’s aftermath—for combatants and civilians alike. Through personal testimony, landscape archaeology, and reflective narrative, it calls attention to the fragile, haunting legacy of conflict—how memory is transmitted, lost, and sometimes actively forgotten. The episode intricately weaves biography, military history, and deep cultural memory to illuminate why some ghosts continue to haunt us, and what questions remain when we are the last to remember them.