
Maléfique ! De la sorcellerie utile au crime hérétique
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Narrator/Reader
Maléfique,
Host
sorcier, sorcière, une histoire sans filtre. Quand les désagréments du quotidien nous assaillent, mal au ventre, à la tête, une foulure, nous sommes bien contents d'aller voir la vieille dame qui habite là-bas, seule au fond de la forêt. Elle est étrange, c'est sûr, mais elle ne fait de mal à personne. Elle s'y connaît rudement bien, en plantes, remèdes, en gants. Elle fait des potions quand le curé fait des serments. D'ailleurs lui aussi, au moment de la messe, ça donne à quelques transformations qui pourraient paraître un tantinet magique sortilège. Comment sommes-nous passés de la sorcellerie utile au crime hérétique?
Maxime Geliper-Mellini
J'ai mis ma poudre de limace.
Performer/Actor
Ça fait un moment que je ne pratique plus, je perds la mémoire.
Guest Speaker
Si tu n'as point de peur, votre
Franck Mercier
froid, le hardi, toi,
Performer/Actor
Ça va vous transformer en crapaud, en chauve-souris, en boue ou en cul de nonne.
Host
T'as peut-être raison.
Performer/Actor
Tiens, bois en premier. Moi?
Franck Mercier
Je verrai bien si tu te transformes en cul de nonne.
Performer/Actor
Mais...
Franck Mercier
Si cela se produit, je te vengerai.
Performer/Actor
Bois! Ça va, ma fripouille?
Franck Mercier
C'est un goût de fir de peau.
Host
Je ne fais point les méchancetés des sorcières. Les Visiteurs, bien sûr, le film de Jean-Marie Poiré en 1993. Déjà, Franck Mercier, bonjour.
Franck Mercier
Bonjour.
Host
Vous êtes professeur en histoire médiévale à l'Université de Rennes 2 et avec vous, pour nous parler des sorciers et des sorcières, Maxime Geliper-Mellini, bonjour.
Performer/Actor
Bonjour.
Host
Vous êtes docteur en histoire médiévale, on vient d'entendre ici Franck Mercier, un extrait des Visiteurs. Nous avons l'évocation d'une sorcière au Moyen-Âge, nous sommes encore tributaires de cette image, la transformer par le temps. réelle, mais ça ne veut absolument rien dire, cette peur des sorcières déjà au temps des visiteurs, c'est-à-dire que là nous nous trouvons au temps du XIIe siècle, c'est Louis VI le Gros.
Franck Mercier
Alors les visiteurs rendent compte d'une représentation du Moyen-Âge qui est très décalée, qui est en réalité contemporaine, puisque pour autant qu'on le sache, le Moyen-Âge finalement, pour l'essentiel, n'a pas véritablement pourchassé les sorcières, il ne les a pas brûlés non plus, dans la mesure où les sorciers et les sorcières qui se contentent de leur côté de fabriquer des sortilèges à base d'herbes, ou qui finalement se contentent de jeter un sort sur leurs voisins, n'inquiète pas véritablement les autorités, à commencer par l'Église. Ils les considèrent certes comme des personnes avant tout superstitieuses. Ceux qui vont faire appel à leur charme, eux aussi vont être qualifiés de superstitieux, mais à ce titre-là, ils ne sont pas considérés comme véritablement dangereux, en tous les cas pendant la plus grande partie du Moyen-Âge.
Host
Merci, merci vivant à vous d'avoir rappelé que le Moyen-Âge n'est pas la période durant laquelle les sorcières et les sorciers sont le plus persécutés. C'est important de le dire parce que c'est notre déformation ici à travers le temps. Ce que vous venez d'évoquer là, c'est aussi la définition de ce qu'est la sorcellerie. C'est extrêmement flou savoir utiliser les plantes, savoir fabriquer un remède, on est à la limite de ce que nous appelons la médecine et ce que d'autres pourraient appeler la sorcellerie.
Franck Mercier
Oui, tout à fait. Il faut complètement distinguer, je crois, pour éviter tout malentendu, il faut bien distinguer la sorcellerie, disons, traditionnelle, à base de sortilèges, où l'on va confectionner éventuellement aussi des figurines de cire que l'on va piquer pour essayer d'atteindre à distance son adversaire. de la sorcellerie qu'on va qualifier de moderne, pour le coup, qui, elle, repose sur l'imaginaire du sabbat. La première, donc la sorcellerie traditionnelle fondée sur l'usage des sorts, sa pratique, je pense, se perd un peu dans la nuit des temps. On en conserve des traces jusque dans l'Antiquité. On a bien du mal à la saisir. Ce n'est pas celle qui est le plus plus inquiétante.
Host
Voilà, et c'est à ce moment-là qu'on croise un chaman et on lui fait la bise, quoi. Maxime, j'ai l'hyperbélignie.
Maxime Geliper-Mellini
Oui, tout à fait. Alors, si on entend généralement par sorcellerie une action malfaisante, c'est-à-dire causer à autrui un malheur, une maladie, la mort, il ne faut pas perdre de vue, je crois, que, en tout cas pour les derniers siècles du Moyen-Âge, cette sorcellerie ne peut échapper a une conception qui se veut ambivalente, qui se veut ambiguë, qui peut à la fois être causer le mal, bien sûr, mais aussi faire le bien, à la fois lier et délier, à la fois causer un sort, mais aussi être capable de guérir. Et cette conception ambivalente, ambiguë de la sorcellerie, comme le dit mon collègue Franck Mercier, pose cette idée de fait que ça rend les choses très floues, bien sûr, mais qu'il faut séparer sorcellerie, qu'on pourrait qualifier de traditionnelle, d'un autre type de sorcellerie, sorcellerie diabolisée, qui, elle, pour le coup, connaît un développement conceptuel très particulier.
Host
Dès lors, on peut dire que c'est une pratique qui est tolérée. En tout cas, cette sorcellerie bénéfique, sorcellerie blanche, cette sorcellerie qui guérit, tout ça, c'est toléré par les autorités au Moyen-Âge, Franck Mercier.
Franck Mercier
Disons qu'on est dans une société aussi où la vie est très fragile et où les gens confrontés aux maladies, confrontés aussi à l'expérience fréquente de la perte d'enfants en bas âge, peuvent être effectivement tentés de recourir au service de personnes réputées guérisseuses à l'inverse des personnes qui vont être réputées pour lancer des sorts, si elles sont capables de les lancer, elles peuvent aussi par exemple les lever. Et donc on va aussi faire appel à elles dans le cadre d'une conception un peu ambivalente de la sorcellerie. Donc ces guérisseurs et ces guérisseuses constituent sans aucun doute un recours en particulier dans les campagnes mais pas seulement qui est assez fréquent mais qui Ces personnes pour l'essentiel vont être tolérées, disons, en tous les cas jusqu'à la fin du XIIIe siècle, début du XIVe siècle, dans la mesure où elles ne représentent pas un danger majeur. Et encore une fois, leurs pratiques relevant aux yeux de l'Église de la superstition, elles sont certes répréhensibles, mais pas au point d'être pourchassés et persécutés.
Host
Oui, c'est ça, c'est la superstition. C'est mauvaise croyance, mais on ne touche pas à la religion ici, en soi, avec ces sorciers et ces sorcières qui touchent à des produits qui peuvent guérir. Et vous avez raison de le rappeler, on est dans des sociétés très très fragiles. ou pour comprendre ce phénomène de la sorcellerie, on doit penser l'ensemble de la société. C'est toujours très difficile à faire en tant qu'historien, mais la conception de ce que peut être la maladie, la guérison, la médecine, tout ça n'est pas du tout comme aujourd'hui. Pour penser la sorcellerie, il faut obligatoirement réfléchir à l'ensemble des manières de penser au moment qui nous intéresse, le Moyen-Âge par exemple.
Franck Mercier
Oui, alors après, il existe une médecine savante qui est exercée par les hommes qui vont apprendre la médecine dans le cadre universitaire, en tous les cas à partir du XIIIe siècle et qui, eux, vont avoir tendance pour affirmer leur autorité à se démarquer justement des personnes qui étant dépourvues de culture lettrée vont de leur côté pratiquer une forme de médecine empirique associée ou qui va être repoussée du côté de la sorcellerie. Mais là où la sorcellerie traditionnelle va commencer à inquiéter les autorités, c'est lorsqu'elle va être associée au pouvoir du diable. Lorsque le pouvoir ambivalent des sorciers et des sorcières va s'augmenter de celui du diable et de ses démons.
Guest Speaker
Le diable apparaît partout. Il est non seulement omniprésent, mais il apparaît, il fait peur, mais en même temps, il devient plus ou moins familier. Il est moralisé, comme on dit à l'époque, c'est-à-dire qu'il devient un personnage mauvais, mais un personnage, si j'ose dire, de la vie quotidienne. Et alors, il y a malgré tout. Quelque chose de nouveau qui se situe vers le XIIIe, XIVe siècle, c'est que le diable, à ce moment-là, prend des proportions, si j'ose dire, proprement diaboliques et démoniaques. Et on le voit d'ailleurs dans sa clientèle. Elle est constituée en grande partie de deux groupes de personnes. Il y a d'une part les âmes d'élite, ceux qui ont vocation à être des saints, et puis il y a tout un ensemble de pauvres gens, ceux qui n'ont pas des vertus morales assez fortes et qui sont prêts à se laisser tenter, et souvent des tentations qui portent sur des désirs extrêmement humbles, d'avoir une maison, d'avoir un bien, de recouvrer la santé. Et c'est à ce moment-là qu'intervient le pacte.
Host
Ah, le pacte. Ça y est, il est là. Vous haussez les sourcils, Franck Mercier. Jacques Le Goff dans Les Lundis d'Histoire, c'est en 1973, pour cet archive. Mais oui, Le diable apparaît et l'histoire de la sorcellerie n'est plus la même. Le diable existait auparavant mais c'est l'association de la sorcellerie et du diable qui fait que la sorcellerie blanche est un peu mise de côté et ce qui prend le dessus c'est la sorcellerie noire, c'est celle qui est absolument terrible et qui fait peur, maléfique.
Franck Mercier
Et oui, le diable hante depuis fort longtemps l'imaginaire de la société occidentale, mais il est vrai qu'à partir de la fin du XIIIe siècle, comme le rappelait Jacques Le Goff, le diable assume en quelque sorte une forme de présence au monde beaucoup plus forte qu'auparavant, au point de pouvoir, pense-t-on, nouer des relations assez étroites avec les hommes et les femmes en interagissant avec eux et on pense à partir de la fin du XIIIe siècle que le diable notamment est capable de de contracter, de nouer des pactes avec les hommes et les femmes, qui sont d'abord des pactes de soumission fondés sur une certaine réciprocité de l'échange, puisque, en échange de l'obéissance, le diable accorde aux personnes qui nouent des pactes avec lui un certain nombre d'avantages. en termes de protection ou de pouvoir magique. C'est aussi le moment où se développe toute une pensée savante au sujet des démons, qu'on va appeler la démonologie. et où on va réfléchir aussi sur la façon dont le démon exerce son activité dans le monde et entre en relation justement avec les hommes et les femmes, étant entendu que, d'un point de vue théologique, Le diable et ses démons sont des anges. Les anges, par définition, n'ont pas de corps, ce sont des créatures spirituelles. Et la question se pose de savoir comment des créatures spirituelles, dépourvues de corps, peuvent justement nouer des contacts, des relations, éventuellement même physiques. avec les hommes et les femmes.
Host
Au XIIIe siècle, on entend, Jacques Le Goff le disait, merci de vous confirmer, mais c'est dur de contredire Jacques Le Goff, que ce XIIIe siècle, c'est un moment de rupture. Maxime Geliperbellini, pourquoi ce XIIIe siècle-là, dans cette chronologie de l'histoire de la sorcellerie, et ce moment de bascule? Votre thèse s'intitule « Construire l'image de la sorcière en Occident à la fin du Moyen-Âge », des représentations de la circulation des savoirs et des imaginaires autour de la figure ambiguë du XIIIe siècle au XVe siècle. Ce choix du XIIIe siècle, c'est cela, c'est le diable qui s'infiltre dans
Maxime Geliper-Mellini
cette histoire. Oui, tout à fait, le XIIIe siècle, surtout la fin du XIIIe siècle, la seconde moitié de ce siècle, est un moment tout à fait charnière. En effet, la question du pacte tacite et express avec le diable, avec les démons, et t'imaginer dans le monde scolastique, notamment par Thomas d'Aquin, qui pose dans la Somme théologique, mais aussi dans un petit opuscule qui s'appelle le Démalo, cette idée qu'il est possible pour les femmes et les hommes de conclure un pacte avec le diable en échange duquel ces individus recevraient des pouvoirs magiques. Et ces pouvoirs magiques ont un but. Ils ne sont pas accordés par le diable par charité. Mais cette soumission de ces adorateurs du diable, de ces pactisateurs avec le diable, a pour vocation de mettre à mal la société chrétienne, c'est-à-dire de faire le mal par les sorts, les sortilèges, le maleficium, c'est-à-dire vraiment
Host
l'action malfaisante. Oui, on voit la rupture ici, parce que Franck Mercier, vous disiez que tant que c'était de la sorcellerie blanche et que bon, ça guérissait des gens, c'est de la superstition, pas grandes conséquences, on va tolérer plus ou moins. Mais là, avec ce qu'on vient d'entendre, c'est plus du tout, du tout le même domaine. La sorcellerie, d'un seul coup, devient une attaque contre la société. Et donc, c'est un phénomène qui touche à
Franck Mercier
la religion. A partir du début du XIVe siècle, la sorcellerie commence à être rapprochée aussi de l'hérésie. Vers en 1326-1327, la papauté qui commence à s'inquiéter véritablement du développement de la sorcellerie assimile même explicitement l'hérésie à la sorcellerie. Et à partir de cette assimilation, la sorcellerie devient par conséquent un crime. Un crime dirigé, enfin un crime qui porte atteinte à l'intégrité de la foi. C'est pour cela qu'elle est une hérésie. Mais aussi, l'hérésie ayant été assimilée dès la fin du XIIe siècle à un crime de lèse-majesté, à la fois divine et humaine, et bien la sorcellerie, à son tour, menace aussi le pouvoir, à commencer par celui de la papauté, qui est garante de l'orthodoxie et de la pureté de la foi. Et en ce sens-là, la sorcellerie commençant à être diabolisée, rapprochée de l'hérésie, commence à être perçue comme un crime important. Même si, à ce stade-là, on va dire dans le premier tiers du XIVe siècle, la sorcellerie se situe encore un peu en marge de l'hérésie. C'est une hérésie finalement parmi d'autres, mais qui ne focalise pas encore l'attention des inquisiteurs. Quelqu'un comme Bernard Guy, qui était inquisiteur à Toulouse, et qui a écrit un fameux manuel des inquisiteurs consacre par exemple un chapitre au cas des sorciers. plus que des sorcières d'ailleurs. C'est un petit chapitre dans un ouvrage très important qui s'intéresse d'abord à d'autres hérésies comme celle dite des cathares, des vaudois. Les sorciers entrent dans le collimateur des inquisiteurs mais ils restent encore une
Host
cible secondaire. Voilà c'est ça, c'est pas la cible première et c'est passionnant de voir cet effet domino en fait, on l'entend bien, comment on passe d'une sorcellerie blanche et c'est bien pratique d'avoir quelqu'un qui peut nous soigner nos petits bobos et nous guérir aussi quand on est en grande peine à l'hérésie et là on change complètement
Maxime Geliper-Mellini
de domaine. Oui tout à fait, c'est une assimilation progressive au champ de l'hérésie qui se fait sur le temps long, en tout cas lorsqu'on regarde la chronologie, ça se fait entre le milieu du XIIIe siècle et ça se poursuit tout au long du XIVe siècle. Un des moments qu'on pourrait qualifier vraiment d'initiateur dans cette démarche, C'est peut-être une lettre qui est adressée par le pape Alexandre IV autour des années 1258-1260 aux inquisiteurs dans laquelle il demande à ces inquisiteurs de s'intéresser aux sortilèges mais seulement si ceux-ci ont saveur d'hérésie. Donc il y a encore cette idée que sorcellerie n'est pas complètement égale à hérésie et que progressivement cette sorcellerie va être assimilée à un champ qui est beaucoup plus vaste que la sorcellerie elle-même. Et bien sûr, la bulle superilluspeculaire de Jean XXII que Franck Mercier a évoquée à l'instant et un de ses moments aussi charnière, clé, ce tournant démonologique comme l'a pu le souligné Alain Bourreau, où les sortilèges impliquent progressivement l'invocation tacite des démons. C'est cette idée que par la sorcellerie, il y aurait forcément une invocation. Mais les choses sont progressives, d'autant plus que le parcours de l'assimilation de la sorcellerie dans l'hérésie ne se fait pas d'un seul tenant, mais d'un processus sur le
Host
long cours. Voilà, la sorcière fait des potions et le pape fait
Narrator/Reader
des bulles. Notre très Saint Père et Maître, le Seigneur Jean XXII, Pape par l'effet de la Providence divine, souhaite avec ferveur chasser du centre de la maison de Dieu les auteurs de Maléfice qui tuent le troupeau du Seigneur. Il ordonne et vous confie la tâche de faire enquêter et procéder, à vous et aux prélats, en matière d'hérésie par les canons, à l'encontre de ceux qui immolent aux démons ou les adorent ou leur font hommage. Il faut aussi procéder contre ceux qui baptisent ou font baptiser une image de cire ou d'autres matières. Notre maître élargit et étend à tous les cas cités, sans exception, le pouvoir donné de droit aux inquisiteurs quant à l'exercice de leurs fonctions contre les hérétiques ainsi que leurs privilèges, et ce, jusqu'à ce qu'ils jugent devoir révoquer
Host
cette extension. Dans le cours de l'Histoire sur France Culture, cette lettre envoyée au nom du pape Jean XXII aux inquisiteurs de Carcassonne et de Toulouse, Jean de Beaume et Bernard Guy. Nous étions le 22 août 1320. Une lecture d'Anna Holbeck dans le cours de l'Histoire. Franck Mercier, c'est le texte dont vous nous parliez. Entre autres, c'est-à-dire que nous sommes sur une préoccupation ici de l'action des démons à travers les sorcières et les sorciers. Mais ces inquisiteurs-là ont beaucoup de soucis au même moment. C'est-à-dire qu'il faut toujours se méfier de l'effet prisme, l'effet loop. Si on regarde que ce phénomène-là, on ne comprend pas leur action. Elle s'inscrit dans quelque chose de beaucoup
Franck Mercier
plus vaste. Oui, puisque l'Inquisition qui a été créée dans les années 1230 à peu près, est une juridiction spécialisée dans la lutte contre l'hérésie, qui est placée d'une certaine façon quand même sous la direction de la papauté. Et là, ce qui est intéressant de voir avec ce texte de Superius Pecula et des lettres par ailleurs adressées par le pape Jean XXII aux inquisiteurs, c'est qu'on voit que la papauté est à l'initiative des poursuites contre les personnes qui vont invoquer les démons pour en obtenir des pouvoirs. Et ce dont on se rend compte c'est que finalement le principal sujet de préoccupation de la papauté à ce moment là ce n'est pas tant la sorcellerie traditionnelle à base de sortilèges que la magie rituelle, celle qui est exercée essentiellement par des hommes et parfois même des clercs, c'est-à-dire des gens qui sont lettrés, capables justement de réaliser des sorts assez sophistiqués, impliquant l'usage de livres, impliquant aussi l'usage de formules magiques avec des rituels relativement sophistiqués. qui représente un véritable danger aux yeux du pape. Un danger d'abord pour lui-même, par exemple, parce qu'il craint aussi de subir des tentatives d'envoûtement. Et là on voit que c'est la papauté qui est sujette à cette inquiétude-là et qui stimule finalement le zèle de l'inquisition en invitant les inquisiteurs à s'intéresser aussi à ces pratiques. Mais la diabolisation finalement de la sorcellerie commence par celle de la magie avant de s'étendre finalement à des formes de sorcellerie plus populaires ou plus rudimentaires, on va dire. Et plus tard, on verra justement que la papauté se situe plutôt en retrait par rapport à l'imaginaire du Sabbat. Là, il y a aussi une évolution assez intéressante. Mais pour l'heure, au XIVe siècle, c'est elle qui est à l'initiative des poursuites contre diverses formes de sorcellerie et
Host
de magie. Comment on peut expliquer que cela se passe à ce moment-là. Pourquoi, au XIIIe siècle, on commence à avoir un regard nouveau sur la sorcellerie? Et comment on sent que la papauté se charge de cette affaire-là et envoie les inquisiteurs? Est-ce qu'il y a des éléments d'analyse ici? Est-ce qu'on peut essayer de comprendre? J'ai deux regards
Maxime Geliper-Mellini
qui sont... Je vous
Host
vois chercher. Non, non, mais c'est vrai qu'on se dit, le renversement est très net. Et vous nous l'avez dit, Franck Mercier, depuis l'Antiquité, on a des mentions de sorciers et de sorcières parce que cette magie blanche est omniprésente en parallèle de la médecine. Et là, on voit ce basculement au point que le pape se charge de régler la question. C'est une volonté de reprendre en main le
Franck Mercier
monde chrétien. Alors je pense qu'il faut déjà rappeler que l'hérésie, en tant que crime de lèse-majesté, est un crime qui porte d'une façon ou d'une autre atteinte au pouvoir sans limite de Dieu, mais aussi d'une certaine façon du Pape. Et du même coup, le champ d'application de l'hérésie, presque mécaniquement, va avoir tendance à s'élargir. Puisque le crime de majesté renvoie aussi à cette grandeur indépassable du pouvoir, grandeur qui elle-même n'a pas de limite. Et les crimes qui lui portent atteinte, eux-mêmes sont d'une certaine façon extensifs. Et donc on peut penser que si la papauté s'inquiète plus particulièrement de la montée en puissance aussi du pouvoir satanique qui va pouvoir s'appuyer sur des hommes pour relayer et diffuser sa puissance, C'est sans doute aussi une inquiétude qui est propre au pouvoir pontifical, qui cherche aussi à affirmer son autorité, à un moment où celle-ci se trouve aussi pour une part contestée par des pouvoirs séculiers, à commencer par celui du roi de France par exemple. qui lui aussi commence à s'intéresser à la sorcellerie, à la magie, dès lors que la sorcellerie et la magie peuvent aussi mettre en cause son pouvoir et peut-être même aussi sa
Host
propre grandeur. Maxime, j'ai l'hyperbédie dans cette histoire-là, on entend une histoire de pouvoir aussi, des histoires de domination, domination diverse, ou en tout cas s'affermir. Dans la construction de l'image de la sorcière en Occident, je reprends les premiers mots de votre thèse, on voit bien que ces interventions papales sont importantes, que l'inquisition c'est important pour construire l'image qui va être accolé aux pauvres sorcières et aux pauvres sorciers qui en font des êtres absolument démoniaques. Et c'est dur même, comme le sparadrap du capitaine Haddock, après de l'enlever. Même si on est une bonne sorcière qui soigne un peu type rebouteuse dans un village, très vite on a peur que ce soit lié
Maxime Geliper-Mellini
au démon. Oui, tout à fait, c'est tout à fait le cas. En effet, c'est une image qui colle à
Host
la peau. C'est une construction, cette image-là. On l'entend bien. C'est une construction qui vient de la papauté,
Maxime Geliper-Mellini
de l'inquisition. C'est un processus qui se construit. Alors bien sûr, comme toute construction, il y a plusieurs étages et dans ce processus d'élaboration, tout ne se fait pas d'un coup. C'est un peu comme une sorte de millefeuille où des discours se superposent, se mettent progressivement en ordre pour pour élaborer une image, comme vous dites, maléfique, malfaisante, démoniaque, diabolisée, et qui trouve dans la première moitié du XVe siècle une expression tout à fait particulière, qui est celui dans l'imaginaire du sabbat, où homme et femme, femme et homme, d'une manière assez indifférenciée, pour le XVe siècle, en tout cas pour la période qui nous intéresse, se voit être défini comme des adorateurs
Host
du diable. Oui, ça y est, là on a le sabbat, cette rupture-là avec le sabbat, on l'entend bien, nous ne sommes plus du tout dans cette sorcellerie bon enfant et sorcellerie blanche, c'est-à-dire que le sabbat, là aussi, est proposé comme un élément de cette histoire de la sorcellerie Comment ça se construit, cette invention du sabbat? Là aussi, on pourrait tirer des fils les plus lointains possibles, parce que ça a besoin d'une forte antériorité pour que ça prenne. Mais le sabbat, ça devient quelque chose qui est mentionné, qui est présent, en tout cas dans
Franck Mercier
les imaginaires. Je dirais que l'imaginaire du Sabbat est une création, une invention même, du début du XVe siècle. Le Sabbat, on peut le dire, est une idée neuve en Europe au XVe siècle, en ce sens que tous ces éléments dont on a déjà parlé, à savoir la pratique des sortilèges, l'idée que des hommes et des femmes peuvent nouer des pactes, invoquer aussi les démons, tous ces éléments finissent par se rassembler et par fusionner au début du 15e siècle pour donner naissance à l'imaginaire du Sabbat. Là s'opère quand même aussi une rupture par rapport à ce qui s'est passé antérieurement. Par exemple, les sorciers et les sorcières qui sont supposées se rendre sabbat n'agissent plus, par exemple, de façon isolée. Contrairement aux guérisseurs, aux guérisseuses et même aux magiciens. invocateur des démons. Ceux-ci étaient supposés agir seuls de manière solitaire et tout d'un coup on considère qu'ils appartiennent à une secte inspirée par Satan dont tous les membres sont solidaires entre eux qui sont non seulement liés individuellement par un pacte au diable mais aussi entre eux par un pacte de silence. Et cela change complètement la donne puisque ce qu'on va continuer d'appeler la sorcellerie se transforme et devient un crime terrible qui implique une sorte de société parallèle qui oeuvre à la destruction et qui oeuvre collectivement sous la direction du diable à la destruction du monde. L'imaginaire du Sabbat va certes recycler un certain nombre d'accusations un peu fantasmatiques qui avaient déjà été mobilisées contre les hérétiques, comme par exemple le fait de se rassembler de façon clandestine dans des caves, dans des lieux souterrains, autour du diable pour lui prêter hommage, Voilà, l'adorer, ce sont des accusations que l'on avait déjà pu porter dans une certaine littérature polémique contre les hérétiques et l'imaginaire du Sabbat va reprendre ces accusations fantasmatiques mais va les durcir, va ajouter également d'autres éléments qui contribuent aussi à à spécifier l'imaginaire du sabbat, à commencer par exemple par cette idée qui peut nous sembler proprement extraordinaire, et qu'il était de fait aux yeux aussi du long Moyen-Âge, enfin du Moyen-Âge, c'est-à-dire que ces hérétiques, puisque les sorciers qui se rendent au sabbat sont considérés comme des hérétiques, s'y rendent, on commence par dire qu'ils s'y rendent par la voie des airs, montés sur des bâtons ou sur des balais. Et là c'est vrai que c'est un élément aussi nouveau qui contribue à singulariser quand même l'imaginaire du Sabbat et à distinguer finalement les sorciers et les sorcières des anciens hérétiques. Alors on peut certes en cherchant bien trouver quelques références impliquant des hérétiques qui s'envolent dans les airs, mais généralement c'est pour mieux s'écraser. sur le sol et puis ce sont des cas extrêmement rares alors qu'à partir du début du XVe siècle, dans un nombre croissant de procès, de textes, on va aller jusqu'à dire que les adorateurs du diable qui appartiennent donc à cette secte se rendent aussi à leurs assemblées clandestines par la voie
Host
des airs. Voilà, le ballet est ici et c'est vrai que les enluminures, on peut le voir sur le site du cours de l'histoire franceculture.fr, on en a mis quelques unes, nous montrent ces sorcières et ces sorciers sur des ballets. D'ailleurs c'est très étonnant, Maxime Gelli-Perbellini, de voir combien cette idée-là est restée, cette histoire du ballet, mais à se demander d'ailleurs comment c'est apparu, on ne le saura sans doute jamais, on voit que c'est ce processus dont vous parliez, Mais il y a une image qui se fixe peu à peu de la sorcière et du sorcier, un peu comme
Maxime Geliper-Mellini
un archétype. Oui, qui se fixe progressivement encore une fois. Alors si le vol magique devient central et à la fois problématique dans l'imaginaire du sabbat, c'est un... comment dire... parce que de fait, l'imaginaire du sabbat, c'est un concept cumulatif. où les premiers textes qui élaborent, qui décrivent cette nouvelle conception du crime de sorcellerie utilisent un matériau qui est ancien. qui utilise un matériau qui est ancien, en le réactualisant, en lui donnant une nouvelle dimension, avec un aspect bien sûr qui est devenu essentiel, qui est celui de la secte, un aspect sectaire, qui est doublé de l'apostasie, de la soumission aux démons, de son adoration, et de cet aspect de réunion nocturne, secrète, cachée, qui fait de la sorcellerie un crime de l'ombre. Et dans cette criminalité
Host
de
Maxime Geliper-Mellini
l'ombre, va se produire une forme de surenchère pour aller à la recherche d'une dimension criminelle la plus atroce possible, la plus extraordinaire possible, la plus énorme, la plus exceptionnelle. La sorcellerie finit par rimer avec un crimen exceptum, un crime exceptionnel. Et dans cette architecture-là, le vol magique est finalement la cerise sur le gâteau. Mais c'est un concept qui est ancien et qui vient être réactualisé au début du XVe siècle, qui provient dans la littérature savante. des pénitentiaires à la fin du Xe, à la charnière entre le Xe et le XIe siècle, où est produit une forme de répression des superstitions. dans le canon épiscopique de Bouchard de Worms et produit une condamnation de la croyance de certaines femmes à l'idée qu'elles voleraient la nuit sur des bêtes sauvages pour rejoindre des déesses qui portent des noms comme Diane ou Hérodiade. Et cette idée du concept du vol magique va suivre son cours, va être intégré dans le droit canon et va venir et fait partie d'une idée, d'une possibilité qui est débattue et va être réutilisée au moment de la formation de l'imaginaire du Sabbat comme un nouvel élément supplémentaire pour pour décrire l'horreur du crime
Host
de sorcellerie. Merci, c'est vrai qu'on peut dire ça. Le curseur est poussé de plus en plus loin pour faire de ce crime quelque chose du plus horrible possible ou du plus extraordinaire possible. Parce que là, nous sommes loin de cette dame esselée dans sa forêt ou de ce monsieur qui fabrique ses petites potions. Nous sommes avec des gens qui volent dans les airs sur des balais pour se réunir et pour comploter, pour détruire le monde. Ça va de plus en plus loin
Franck Mercier
dans l'accusation. Oui, c'est cela. Le crime de sorcellerie devient au XVe siècle le crime de majesté par excellence, c'est-à-dire le crime suprême, de sorte que l'on va déverser dans ce concept de Sabbat toute la cruauté en quelque sorte du monde. On va y projeter les crimes les plus atroces que l'on peut concevoir. à commencer par exemple par l'infanticide qui est aussi considéré comme un crime majeur par la société médiévale et donc les sorciers et les sorcières vont être accusés d'assassiner des enfants non pas seulement de les assassiner mais même de les faire cuire pour en extraire aussi de la graisse avec laquelle on va fabriquer des onguents qui vont ensuite servir pour confectionner des maléfices ou pour participer aussi au vol magique. On va en enduire également les bâtons ou les mains pour participer au vol. Du coup, le sabbat devient le foyer, le point de concentration de tous les crimes les plus importants. En même temps, il existe plusieurs modèles du sabbat encore au XVe siècle. avec par exemple un modèle pour aller vite qu'on peut qualifier d'italien qui va plutôt se développer dans la péninsule italienne où là ce sont d'abord et déjà avant tout les femmes qui sont supposées se rendre aux assemblées nocturnes On va dire aussi que ces femmes se transforment parfois en animal, notamment en chatte pour se faufiler à l'intérieur de maisons closes afin justement d'étouffer ou de vampiriser les enfants. Mais dans la péninsule italienne, Toutes ces accusations liées à l'imaginaire du sabbat relèvent encore pour l'essentiel d'une activité onirique. C'est encore quelque chose qui est considéré comme relevant du rêve. Un rêve téléguidé en quelque sorte par le diable mais qui reste de l'ordre du rêve. Et du même coup cela va poser problème parce que les partisans de la chasse aux sorcières dans le contexte italien vont chercher du même coup à criminaliser le rêve. Tandis qu'ailleurs, on va au contraire insister sur la réalité des crimes qui sont commis dans le cadre de ces assemblées sataniques, en durcissant les traits du sabbat, en parlant d'infanticide, d'adoration du diable avec un arrimage dans le réel beaucoup plus fort qu'on va rencontrer en particulier dans le cadre des Alpes, dans l'arc alpin en Dauphiné, en Savoie et ensuite en Bourgogne. où là, on va construire un autre modèle du sabbat, beaucoup plus réaliste, si l'on
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veut dire. Maléfique! De la sorcellerie utile au crime hérétique dans le cours de l'histoire sur France Culture. Et pour la soupe de sorcière, on peut y mettre de la bave de crapaud, des yeux de vipère évidemment, et ajouter un peu
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de champagne. La nuit promet d'être belle Car voici qu'au fond du ciel Apparaît la lune rousse Saisie d'une sainte frousse Tout le commun des mortels Croit voir le diable à ses trousses Valet volage et vulgaire Ouvrez mon sarcophage Et vous parlez pervers Courrez au cimetière Prenez de ma part Mes amis, les crofages Que ce soit, nous sommes attendus Voici mon message. Cauchemars, fantômes et squelettes. Des sifflots bâtés aux cinémas. Près de la mare aux oubliettes. Près de l'univers obligatoire. Lutter contre l'elfe Follet. Elfe faune et farfataire. C'est Fred, mes grands carnassiers. Une muse un peu dedue Me dit d'un air entendu Vous auriez pu vous raser Comme je lui fais remarquer Deux, trois pendus établis Qui sont venus sans cravate Elle me lance un oeil à garde Et vomit sans crier garde Quelques vipères et carlates Vampires éblouis par de l'ubérique Vestal Et géries insatiables sur vos champs des Valkyries Afféreuses appétits de frénésies bacchanales Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie Envoie! Satire joufflu, bouc émissaire, gargouilleuse émue, fière, encore conne. Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères à la licorne. Soudain les hommes en frissons Car Lucifer en personne Fait une courte apparition L'air tellement d'accablé Qu'on lui donnerait volontiers Le bon Dieu sans confession S'il ne laissait malicieux Courir le loup, le stackeux Devant ses yeux maléfiques Et ne serait-ce qu'un bon dans un concert de chouron Disant d'un coup pathétique Que l'état des obsènes civiques et corrompus Rassuriez de leur peine à ceux qu'ils ont élus Car devant tant de problèmes et de malentendus Les dieux et les diables en sont allés à douter de l'homme Mais déjà le ciel blanchit. Esprit, je me remercie de m'avoir si bien reçu. Caché, légume et bassus, déposez-moi au manoir et lâchez ce crucifix. Décrochez-moi ces gouttes d'ail qui déshonorent mon portail et me cherchent sans retard. L'amie qui soigne et guérit La folie qui m'accompagne Et jamais ne
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m'a trahi Champagne, il y a Jacques Higelin dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Sam Bakias avec aujourd'hui la technique François Saint-Jour et aujourd'hui nous sommes avec des sorcières, des sorciers et d'ailleurs on peut réfléchir à cette histoire genrée, sorcière et quelque chose qui revient sans cesse et qui domine aujourd'hui dans notre représentation de cet univers-là. Franck Mercier, c'est possible en tant que médiéviste de faire une histoire genrée des sorciers ou des sorcières ou pour le dire autrement, est-ce que les sources donnent suffisamment d'indications
Franck Mercier
pour savoir? Alors, c'est une question qui trouble le médiaviste puisqu'il faut savoir que dans cette phase initiale de la chasse aux sorcières, le crime de sorcellerie, ce qui peut sembler un peu curieux, ne se conjugue pas essentiellement aux féminins. Finalement, du point de vue des juges, du point de vue des démonologues, les hommes, aussi bien que les femmes, sont susceptibles de se rendre au sabbat. Et dans les textes, dans les procès, on va incriminer autant les hommes que les femmes. Alors bien sûr avec des nuances régionales. Dans certains lieux, comme par exemple en Dauphiné, il semblait bien que les femmes se retrouvent majoritaires parmi les victimes. Mais dans d'autres cas, comme par exemple les procès qui ont lieu dans les années 1430-1440, sur la rivière alémanique, dans les Alpes, dans la Suisse actuelle, finalement les hommes deviennent majoritaires. Donc on ne peut pas parler encore pour le 15e siècle, disons, de crimes genrés. Il faut Alors, sauf, c'est vrai, puisqu'on l'a évoqué tout à l'heure, dans le cas par exemple italien, où là, c'est l'une des spécificités du sabbat à l'italienne, les femmes sont vraiment très majoritaires. Mais en même temps, comme on l'a vu, on ne croit pas complètement qu'elles participent effectivement à ces sabbats, et le fait est que la persécution est relativement modérée, en particulier en Italie centrale. On ne peut pas parler par exemple de féminicide à propos de la chasse aux sorcières telle qu'elle commence à se développer au XVe siècle. Il faut attendre la fin du XVe pour que véritablement la sorcellerie
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se féminise. Avec ce processus qu'on évoque depuis le début, on voit bien ces différents éléments qui construisent notre représentation d'aujourd'hui Maxime Geliperbellini sur cette
Maxime Geliper-Mellini
histoire genrée. Oui, tout à fait. Alors, dans cette émergence de l'imaginaire du sabbat, comme le disait Franck Mercier à l'instant, cet imaginaire apparaît à peu près au même moment, autour des années 20, 30, 40 du XVe siècle. à différents endroits, dans l'arc alpin, au nord de l'Italie, mais aussi dans l'espace pyrénéen. Et dans l'espace pyrénéen, un peu comme pour l'Italie, la sorcellerie rime avec un type de crime particulier qui est celui de l'empoisonnement. encore plus particulièrement, de l'empoisonnement magique, c'est-à-dire qu'on appelle le bénéfice. Et peut-être par truchement, par fluidité entre sorcellerie et empoisonnement, puisqu'on l'observe dans la pratique judiciaire, le crime de poison connaît des poursuites plus importantes auprès des femmes qu'auprès des hommes. Dans l'espace pyrénéen, le début de la chasse aux sorcières se porte plus volontiers sur des femmes que sur des hommes. Alors, bien sûr, cette question de la féminisation de la sorcellerie, qui est aussi une formulation qui est aussi un petit peu dérangeante puisque ça impliquerait une forme de processus entendu et quelque chose qui met le médiéviste un petit peu en difficulté puisque dans les textes, la question du sexe des accusés, de ceux qui seraient poursuivis ou accusés de sorcellerie n'a très peu d'importance. Lorsque l'on retrouve cette question, en latin c'est souvent « utrusque sexus », peu importe le sexe. En revanche, dans la pratique judiciaire, c'est-à-dire lorsqu'on fait la différence entre les discours et comment ces discours peuvent être mobilisés par des juges dans le cadre de procédures judiciaires, On voit des territoires où les choses sont fort différentes. Par exemple, dans le Midi de la France, ce sont surtout des femmes qui vont être poursuivies. Pour le Nord du Royaume de France, c'est plutôt, en fonction des types de sources que l'on observe, c'est plutôt 50-50. Dans d'autres espaces, plutôt des hommes, etc. Donc pour la Genèse de la chasse sorcière, les choses sont pas forcément
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aussi sûre et certaine. Après l'Italie, après le
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monde
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pyrénéen, direction Arras. L'an 1459, la ville d'Arras fut fort persécutée d'un crime mensonger, faussement controuvé et mis en avant par aucun méchant gouverneur du pays, sachant sous couleur de justice s'enrichir du bien d'autrui. C'était qu'on chargeait ceux d'Arras d'avoir intelligence et communication avec les diables, et à l'aide de ceux-ci, faire je ne sais quel enchantement et sorcellerie qu'on appelait vauderie. Il est certain que la magie qui se gouverne par une abominable communication des diables, aussi tout tel enchantement, charme et sorcellerie, est digne de mort conformément au décret de la loi divine et civile. Mais il ne faut de léger croire un tel crime témérairement mis en avant, ni de charger quelqu'un sans bonne et suffisante information. D'autant que c'est un fait à
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bord de nature humaine. Un extrait de la chronique d'Artois de François Baudouin dans cette évocation. Nous avons un mot qui surprend, c'est vauderie. Franck Mercier, vous êtes l'auteur de « La Vauderie d'Arras, une chasse aux sorcières à l'automne du Moyen-Âge », mais également avec Martine Ostorero, « L'énigme de la vauderie de Lyon, enquête sur l'essor de la chasse aux sorcières
Franck Mercier
entre France et Empire ». Qu'est-ce qu'une vauderie? Une voudrie, c'est tout simplement le sabbat. Étant entendu qu'au XVe siècle, il n'existe pas un seul mot pour désigner ces assemblées démoniaques, il en existe plusieurs, comme par exemple celui de synagogue des démons, celui de voudrie, par conséquent. Et le terme de sabbat, lui, au sens d'assemblée, disons, de sorcier, apparaît pour la première fois en 1446 dans les traces d'un procès originaire de Sainte dans l'ouest du royaume de France. Mais le terme de Sabbat ne s'impose pas encore pour désigner les assemblées de sorciers et de sorcières. Donc l'avouderie correspond très exactement à ce que l'on va plus tard appeler le sabbat, c'est-à-dire une assemblée d'hommes et de femmes qui se rassemblent autour du démon pour l'adorer, lui rendre
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hommage et accomplir les forfaits les plus abominables. Et celle d'Arras est
Franck Mercier
particulièrement réputée dans cette histoire-là, la vaudrie d'Arras. La Vaudrée d'Arras désigne l'un des plus fameux procès en sorcellerie qui a touché le nord du royaume de France, donc Arras, la capitale de l'Artois, qui dépendait alors, à ce moment-là, pour l'essentiel, de l'autorité des ducs de Bourgogne, en l'occurrence Philippe le Bon. Et la ville a été, entre 1459 et 1460, le théâtre d'une très virulente chasse aux sorciers et aux sorcières, puisque là, les hommes aussi bien que les femmes sont pourchassés. La répression est introduite dans la ville à l'initiative, semble-t-il, de l'inquisition dominicaine. qui procède aux premières arrestations, qui visent essentiellement, dans un premier temps, des femmes, à savoir des prostituées, des femmes publiques, comme on disait. Et puis progressivement, et c'est ce qui fait l'originalité aussi de cette persécution, mais en conformité avec l'idée que l'on se fait du sabbat, les arrestations vont s'étendre dans la ville, en touchant des personnes plus haut placées dans la hiérarchie sociale, au point que l'on va mettre en cause des échevins par exemple, des marchands bien sûr, mais également un noble aussi important. Comme si d'une certaine façon, mais c'est l'idée qui est sous-jacente aussi à la conception du Sabbat, toute la ville d'Arras, finalement, était potentiellement suspecte. Et la persécution va se développer dans le temps avec l'appui, parce que cela n'aurait pas pu avoir lieu sans cela, avec l'appui du pouvoir politique, en l'occurrence essentiellement celui du Duc du Bourgogne, dont les officiers par exemple vont infiltrer le tribunal d'inquisition locale en appuyant son action jusqu'à un moment donné quand même que la persécution va s'arrêter parce qu'elle ne pouvait pas non plus continuer indéfiniment, mais les accusés vont chercher à se défendre, mais en se tournant vers le pouvoir rival de celui du duc de Bourgogne, c'est-à-dire le roi de France. En même temps, ce qui fait l'originalité aussi de cette affaire, c'est que les personnes accusées sont systématiquement supposées s'être rendues au sabbat par la voix des airs. Ce qui n'est pas forcément le cas dans tous les procès en sorcellerie de l'époque. Et là, avec l'Avodé d'Arras, le vol magique prend une importance quand même particulière, assez exceptionnelle. Au point que c'est aussi dans le contexte de ce procès en sorcellerie que l'on a écrit, que l'un des juges en fait, qui était aussi théologien, a écrit ce que je considère comme étant le premier traité tentant de de défendre, d'un point de vue doctrinal, le principe du vol réel dans les airs. C'est aussi dans le contexte de race que l'on produit les premières représentations figurées, iconographiques, connues du sabbat des sorcières et où, là
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aussi, le vol magique occupe une place importante. Ce vol magique, cet imaginaire dont nous sommes les héritiers aujourd'hui, est théorisé, réfléchi, analysé. D'ailleurs, on sent bien, Maxime, Agélie, Père Bellini, que cette persécution est de plus en plus violente. Avec tout ce qui a été dit, et dans le cas de la Voldry d'Arras, tant de personnes sont concernées. C'est-à-dire qu'être sorcier ou être sorcière, ce n'est pas simplement être une personne en marge de la société. C'est-à-dire que même des personnes bien insérées
Maxime Geliper-Mellini
dans la société peuvent être accusées de sorcellerie. Oui, tout à fait. C'est vrai que l'exemple de la vaudrie d'Arras nous le montre de manière tout à fait pertinente. Après, il faut savoir raison garder puisque pour la vaudrie d'Arras, Franck, tu me
Franck Mercier
dis si je me
Maxime Geliper-Mellini
trompe, c'est 23 personnes. Une trentaine, 34 précisément. Voilà, une dizaine en moins. Donc on est très loin, en fait, pour le milieu du XVe siècle, de très grandes poursuites, comme on pourrait le fantasmer. soit des procès extrêmement réduits dans le temps, mais aussi dans le nombre de
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personnes qui peuvent être poursuivies devant les tribunaux. Mais c'est en personne tout de même. Ce que je veux dire, c'est qu'on n'est plus vraiment dans l'idée d'une marginalité d'une personne exclue qui vit hors de la société. D'ailleurs, on est à l'intérieur d'une ville en lien avec les liens de pouvoir. Et cette sorcellerie-là, on voit qu'elle fait peur, demeure malgré tout. On peut le rappeler, cette sorcellerie blanche, ce qu'on a appelé par la suite les rebouteux, les rebouteuses, qui sont toujours là. Mais c'est
Franck Mercier
que ces frontières sont devenues poreuses. Franck Mercier. Les sorcières de village, les guérisseurs, les rebouteux, vont être d'une certaine façon entraînés, malgré eux, dans l'opprobre qui pèse sur la sorcellerie devenue diabolique, fondée sur l'imaginaire du sabbat, puisque tous ces sorciers et sorcières de village vont pouvoir faire l'objet de dénonciations et d'accusations et une fois pris par la justice, on va leur faire avouer d'une façon ou d'une autre, en ayant recours pour l'essentiel à la torture judiciaire, on va leur faire avouer
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leur participation et leur adhésion à cette secte. On a commencé avec des sorciers et des sorcières plutôt bienveillants qui pouvaient soigner les gens et on termine avec des gens que l'on condamne. C'est cette histoire-là que vous nous avez raconté, comment la sorcellerie utile est devenue un crime hérétique. On a une démonstration. Merci vivement à tous les deux, Maxime Gellip, Herbé Ligny et Franck Mercier. Je rappelle l'énigme de la vaudrie de Lyon ou encore celle d'Arras. Avec vous, on a des vaudries. Prochain épisode dans le cours de l'histoire,
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Possédés au couvent, procès des sorcières mal aimées.
Maxime Geliper-Mellini
C'est lui qui m'a fait ça! Le nonce! C'est
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lui qui a
Maxime Geliper-Mellini
amené la peste à Péchiat!
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Si
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on veut! Si on veut aux enfants! C'était le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission préparée par Jeanne Delecroix, Jeanne Copé-Raphaël Lalou, Maël Vincent Randonnier et Mayu Engizyu. Le cours de l'Histoire est à écouter, à podcaster
Episode 1/4 : Maléfique ! De la sorcellerie utile au crime hérétique
Date : 2 juin 2025 | Host: France Culture
Invités : Franck Mercier (Professeur en histoire médiévale, Université Rennes 2), Maxime Geliper-Mellini (Docteur en histoire médiévale)
Cet épisode inaugure une série sur l’histoire de la sorcellerie, explorant le passage de la “sorcellerie utile”—guérisseuse, empirique, villageoise—vers la diabolisation et son assimilation progressive au rang de crime hérétique, notamment entre le XIIIe et le XVe siècle. S’appuyant sur la recherche historique, les archives, ainsi que l’iconographie, il interroge les mutations sociales, religieuses, et judiciaires qui ont contribué à forger l’image inquiétante et persécutée de la sorcière et du sorcier.
Sur l’évolution de la perception
“Comment sommes-nous passés de la sorcellerie utile au crime hérétique?” (00:10, Host)
Sur le rôle du diable
“Le diable apparaît partout. Il est non seulement omniprésent, mais il apparaît, il fait peur, mais en même temps il devient plus ou moins familier.” (09:00, Jacques Le Goff, archive)
Sur le sabbat et la mutation du crime
“Le crime de sorcellerie devient au XVe siècle le crime de majesté par excellence...” (36:01, Mercier)
Sur la persistance des stéréotypes
“C’est dur même, comme le sparadrap du capitaine Haddock, après de l’enlever. Même si on est une bonne sorcière qui soigne un peu [...] très vite on a peur que ce soit lié au démon.” (26:19, Host)
L’épisode dévoile comment la sorcellerie, initialement tolérée voire recherchée pour ses vertus guérisseuses, a basculé sous la pression ecclésiale et politique dans la catégorie du crime suprême, instrumentalisée dans les luttes de pouvoir et de contrôle social. L’histoire de la sorcellerie est donc celle d’un “effet domino” : de la superstition rurale à la construction d’une menace collective, centrale dans l’imaginaire européen.
Résumé réalisé à partir des propos et de l’esprit de l’émission, respectant la richesse des sources et la nuance historique des intervenants.