
Sur le chemin de l’université, une histoire studieuse 2/4 : Romantiques, socialistes et pas contents ! Étudiants dans le siècle des révolutions
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Host 1
France Culture.
Host 2
Le cours de l'histoire.
Narrator
Xavier Mauduit.
Interviewer
Romantique, socialiste et pas content, les étudiants s'organisent. Voilà une figure incontournable des stéréotypes sociaux au siècle des révolutions. L'étudiant plus ou moins fortuné qui traîne ses guêtres du côté de l'université et qui parfois divague un peu plus loin pour compter fleurettes à quelques laurettes. C'est cet étudiant qui refait le monde avec ses camarades et avec la ferme intention de jouer un rôle dans la société. au point d'agir dès que l'occasion se présente lors des agitations et des révolutions.
Host 2
Quelle bonne farce !
Host 1
Une farce qui a l'air de se renouveler souvent ces derniers temps, vous ne trouvez pas ?
Host 2
Cela manque de galber le couleur. Et voilà ce qu'on appelle la jeunesse des écoles.
Host 1
Si les sergentes-villes s'y mettent, maintenant.
Host 2
Ces hommes en blouse qui se mêlent aux étudiants appartiennent sûrement à des sociétés secrètes.
Host 1
Parlez plus bas, monsieur.
Antonin Dubois
Si la police vous entendait.
Host 1
Penses-tu, Martineau, les sociétés secrètes ? C'est une vieille blague du gouvernement pour épouvanter les bourgeois.
Host 2
Vous croyez encore à la police, vous ?
Host 1
C'est-à-dire ?
Host 2
Vous faites bien.
Interviewer
Si j'étais moi-même un mouchard...
Host 2
Le cours de l'histoire.
Interviewer
L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert, paru en 1869, mais l'action se passe plus tôt dans les années 1841. Bonjour Gilles Kandar.
Host 1
Bonjour.
Interviewer
Avec vous, Gilles Kandar, on va réfléchir à cette idée d'organisation des étudiants. Vous êtes historien de la vie politique, vous êtes président de la Société des études jaurésiennes, nous emmène évidemment à Jean Jaurès, et vous avez co-dirigé avec Guy Dereux et Christian Laval, en deux volumes, cette histoire des socialismes et de l'éducation. Premier volume 19e, l'autre volume c'est le 20e siècle. Là, j'évoquais le stéréotype des étudiants au XIXe siècle. C'est vrai que c'est un incontournable, l'étudiant que l'on voit passer, l'étudiant dont on se méfie. On entendait parler des sociétés secrètes dans l'éducation sentimentale de Flaubert.
Host 1
Oui, et puis qu'on retrouve dans d'autres romans aussi, après tout, Lucien Levenne, Stendhal. Balzac, etc. Mais oui, la figure du jeune qui n'est pas forcément romantique, d'ailleurs, parce que Blanqui n'aime pas les romantiques, mais du côté des classiques, il est quand même un bon révolutionnaire déterminé. Et donc, c'est un personnage extrêmement actif, même qu'il a très peu d'étudiants. et qui sont évidemment d'origine en général bourgeoise. Mais même après l'éducation sentimentale, on va y retrouver des étudiants des années 1860, on va en reparler avec Antonin Dubois, sont très souvent à la pointe de la contestation du Second Empire.
Interviewer
Antonin Dubois, bonjour. Vous êtes maître de conférence en histoire contemporaine à l'Université de Lorraine. Organisez les étudiants socio-histoires d'un groupe social Un peu d'histoire comparée, ça ne fait jamais de mal en Allemagne et en France. On l'évoquait, cette figure de l'étudiant. Mais Gilles Kandar a quand même dit comme ça, au milieu de sa phrase, un élément qui est important, c'est le nombre, les effectifs, petits effectifs au XIXe siècle.
Antonin Dubois
Tout petit effectif comparé aujourd'hui, c'est évident, dans la première moitié du XIXe siècle, toute Europe comprise et quelques dizaines de milliers d'étudiants, 80 000 environ, Russie comprise, à la fin des années 1840, qu'à peu près au moment de l'époque de l'extrait qu'on vient d'entendre. Et à cette époque-là, première moitié du XIXe siècle, Un monde exclusivement masculin, puisque les portes des universités sont encore fermées aux femmes. Et un monde effectivement plutôt bourgeois, avec toujours la figure de l'étudiant pauvre, mais c'est un classique depuis le Moyen-Âge, et qui se poursuit longtemps. Et qui en ce milieu du XIXe siècle, évidemment ensuite, est incarné par la figure de Vallès qui se met en scène plus tard, quelques décennies plus tard, mais dont l'action d'un de ses romans, Le Bachelier, se passe évidemment en ce milieu de de XIXe siècle.
Interviewer
Nous avons Blanqui, nous avons Vallée, ça y est la brochette des grandes figures des étudiants révolutionnaires est en train de se construire. Faut-on atteindre un moment où les étudiants commencent à faire parler d'eux par leur action politique au sens où on se dit les étudiants forment un groupe particulier qui peut prendre part à l'action politique éventuellement violente ?
Antonin Dubois
Alors, un grand moment, c'est la révolution de 1848, qui touche la France, où les étudiants se mobilisent en France, en février 1848, mais ensuite dans toute la vague révolutionnaire qui touche l'Europe, à Berlin, à Vienne, qui est un des centres les plus importants, où les étudiants ont joué un des rôles les plus importants dans le mouvement révolutionnaire. Ils prennent presque le pouvoir à Vienne au printemps 1848, forment une légion académique, c'est militarisé. C'est également militarisé dans la péninsule italienne où des étudiants forment des bataillons, notamment pour défendre la République romaine. Et à ce moment-là, la figure de l'étudiant engagé dans les affaires politiques s'impose définitivement. Mais ça reste un moment exceptionnel, révolutionnaire, une brèche qui se referme avec les contre-révolutions dès fin 48 et jusqu'au début des années 1850. Et ensuite, on pourra y revenir, les années 1870-1880 permettent une libéralisation qui permet cette fois-ci aux étudiants de s'imposer de manière plus durable.
Interviewer
Avec aujourd'hui dans le cours de l'histoire ce souci de l'organisation de ses étudiants. Nous l'entendons bien, en 1848 c'est un moment fort. Souvent est évoquée la révolution de 1830 en France avec les polytechniciens. C'est pas vraiment une organisation d'étudiants, c'est une école particulière avec des étudiants qui décident de prendre part aux événements. C'est comme ça qu'on peut le comprendre ?
Host 1
Oui, c'est vrai que cette histoire est souvent, enfin pour la France, très parisienne parce que, ça c'est une constante de la période, la moitié des étudiants, au moins, sont à Paris. Donc, sont très souvent des mouvements parisiens avec, évidemment, parfois quelques villes de province qui vont aussi rentrer dans l'action. L'autre chose aussi que je me disais qu'on pouvait rappeler, c'est que nous allons nous intéresser plutôt aux étudiants révolutionnaires il a existé aussi des étudiants contre-révolutionnaires. Par exemple, sous la Restauration, il y a parfois des manifestations de lycéens ou d'étudiants blancs ultra-royalistes qui existent, qui sont à prendre en compte. Mais c'est vrai que ce qui est resté dans les mémoires, c'est la figure des étudiants qui prennent part aux grandes révolutions libérales ou démocratiques de 1830 et de 1848.
Interviewer
C'est très juste, Gilles Kandart, de dire cela parce qu'il ne faut pas invisibiliser toutes ces actions, alors qu'on pourrait qualifier de conservatrices de la part de certains étudiants. Et ce que vous dites là pour le XIXe siècle, ça vaut pour l'ensemble de cette histoire. Jusqu'à aujourd'hui, il ne faut pas invisibiliser ces autres mouvements.
Host 1
Nous allons retrouver tout à l'heure, sans doute, l'action française. C'est déjà le royaliste qui va tenir le haut du pavé dans le quartier latin, très souvent à la fin du XIXe, début XXe. Quand vous lisez la presse socialiste de la Troisième République, C'est assez amusant de voir que souvent la figure de l'étudiant est une figure qui est traitée avec un peu de condescendance, un petit peu de... ...sensibilisation de supériorité. Ce sont des moutards bourgeois que l'ouvrier doit remettre un petit peu au pas, quoi.
Interviewer
Oui, parce qu'on se méfie des étudiants. Vous avez cité ce moment en 1848. Antonin Dubois, en 1848, il n'y a pas d'organisation d'étudiants au sens que nous pouvons entendre avec ces organisations politiques une construction, je sais pas moi, un texte écrit où on se reconnaît ?
Antonin Dubois
Alors des organisations politiques, non. Dans certains pays, il existe des formes de groupes, de cercles, de corporations, alors particulièrement dans l'espace germanique, ces différentes corporations qui portent des couleurs, se battent en duel, c'est un petit peu le cliché, qui existe, mais qui existe aussi en grande partie de manière clandestine. parce que la grande tendance des pouvoirs politiques, tous pays confondus, de la première moitié du XIXe siècle, c'est la répression et l'encadrement très fort des étudiants, dans et en dehors des facultés, avec une obsession pour le complot, pour la potentielle remise en cause du pouvoir par ces jeunes gens qui sont censés reprendre les grandes fonctions du pays, que ce soit en politique ou dans les professions libérales, etc. et donc un ensemble de textes qui sont mis en place en 1819 dans la Confédération Germanique, en 1820 en France, etc. pour briser tout potentiel, toute organisation collective des étudiants. Le phénomène associatif est une grande peur et 1848 vient briser en partie cela, de manière courte mais forte en France, de manière plus durable dans l'espace germanique et dans d'autres. Et à côté de cela, il y a quelques pays un petit peu plus libéraux, l'Angleterre, la Suisse, qui plus précocement et sans phénomène révolutionnaire, autorisent progressivement les étudiants à s'organiser.
Interviewer
Constatez qu'en 1848, il existe des mouvements similaires dans différents pays, ne signifie pas que les étudiants, vu qu'on parle des étudiants, souhaitent partout la même chose. Au moment où en Allemagne les étudiants s'agitent et qu'en France ils s'agitent, peut-on dire qu'ils souhaitent la même chose ?
Antonin Dubois
Alors, fondamentalement, on retrouve des revendications similaires. Liberté d'expression, liberté de la presse, liberté d'association, etc. Mais évidemment, pour rester entre la France et l'espace allemand, la différence fondamentale, c'est la construction de l'état national qui est revendiqué côté allemand, qui n'a plus besoin d'être revendiqué, évidemment, côté français. Et une des grandes revendications de 1848 en Allemagne, chez les étudiants comme dans le mouvement révolutionnaire plus généralement, c'est l'unification de l'Allemagne, avec des étudiants qui sont en contact avec les députés élus au Parlement de Francfort, qui est ce premier Parlement élu au suffrage universel masculin pour donner une constitution à cette future Allemagne unifiée. C'est un échec. Et on retrouve la même chose dans la péninsule italienne, où là aussi les étudiants italiens montent sur les barricades, à Milan tout particulièrement, entre autres pour des droits politiques et civils, mais aussi pour l'unité du pays.
Interviewer
Et oui voilà, il a y deux pays, l'Italie et l'Allemagne, qui déjà pensent à leur unification avec Gilles Kandar, le besoin peut-être de contextualiser ces mouvements étudiants, ceux de 1848, dans une histoire politique plus large. Le socialisme, vu que c'est un des points qui nous intéresse aujourd'hui, on est où en 1848 ? Est-ce qu'il y a un mouvement politique qui existe déjà et qui pourrait nous faire comprendre comment s'organise le mouvement étudiant ?
Host 1
Alors, je ne sais pas si Antonin sera d'accord, moi, le socialisme dans les années 1840 se pose, disons, comme une question intellectuelle. On parle de socialisme, c'est la grande décennie justement du débat. Comme organisation politique, ça me semble, disons, prématuré. Alors évidemment, pendant la révolution de 48, on va voir apparaître ce qu'on appellera les rouges, les démocrates socialistes, mais il faut plutôt voir ça comme une mouvance large de ce que nous, nous appellons aujourd'hui la gauche, quoi. La gauche républicaine, démocratique, avec des aspirations sociales, et les termes de socialisme et de communisme sont souvent employés. Et ça va durer. Je vois dans les jeunes étudiants du Second Empire, des années 60, où il y a, par exemple, les futurs gendres de Marx, Longuet, Lafargue et puis le troisième, qui a failli l'être, Issa Garaï. Bon, ce sont des jeunes gens, on voit bien, qui participent à, disons, à toute une agitation, une réflexion avec des amis, des camarades, qui seront plus tard parfois des députés républicains ou des notaires tranquilles chez eux. Mais c'est plutôt, je dirais, une aspiration à la... Effectivement, à la nation, à la concorde des peuples, souvent. et puis à une émancipation, je dirais, démocratique et libérale. C'est plutôt donc à prendre dans un sens très large. Avec, évidemment, parfois une tentation de révolution et puis de s'opposer, la grande question de savoir comment arrive-t-on à faire une nation avec des catégories sociales si opposées. Donc, effectivement, la question sociale et plus tard socialiste va émerger.
Interviewer
Il n'existe pas encore de parti politique, pas de syndicat au sens actuel.
Host 1
Tout à fait. Il y a les sociétés secrètes dont on parlait dans l'extrait sonore, déjà sous la monarchie de Juillet, et qu'on va retrouver sous compte Empire. Sociétés secrètes ou clubs ou associations, les étudiants veulent souvent fonder des journaux. Sous compte Empire, il y aura la Rive Gauche, par exemple, d'où ensuite, évidemment, poursuite, expérience de la prison ou expérience de l'exil. Ces étudiants révolutionnaires, Il y a le côté romantique, il faut voir que parfois, leurs expériences peuvent être assez rudes. Ils peuvent aller en prison pour quelques semaines, quelques mois ou un peu plus.
Antonin Dubois
Juste, et peut-être pour rappeler que les étudiants ne sont pas fondamentalement socialistes en 1848, c'est que les étudiants parisiens se battent contre le pouvoir sur les barricades de février 1848, mais certains contre les ouvriers en juin 1848, lors de la grande insurrection parisienne pour la République démocratique et sociale. le fossé se creuse rapidement entre les deux groupes sociaux qui s'étaient rejoints en février.
Interviewer
Février 1848, c'est la révolution qui chasse le roi Louis-Philippe, qui met fin à la monarchie de Juillet. Et quelques mois plus tard, en juin 1848, autre émeute, c'est là pour savoir quelle république on va avoir. Maintenant c'est la république youpi, mais sera-t-elle bourgeoise ou sera-t-elle sociale ? Et c'est là où on regarde les positionnements des étudiants.
Antonin Dubois
Absolument, on peut voir que les grands meneurs qui étaient surveillés par la police à la veille de la révolution de février, qui se faisaient dans les rapports traités d'anarchistes, de communistes, parce que là encore une fois, même le pouvoir ne sait pas qualifier ces positions, dénoncent les ouvriers en juin 48, très majoritairement, qui n'ont pas compris que ça y est, on est en République, tout va bien, et maintenant il faut laisser faire les gens sérieux.
Interviewer
Étudiants pas contents.
Host 2
Enfants des écoles de France, gais volontaires du progrès, suivons le peuple et sa science, sifflons Malthus et ses arrêts. Éclairons les routes nouvelles que le travail veut se frayer. Le socialisme a deux ailes, l'étudiant et l'ouvrier. Marchons sans clairons ni cymbales aux conquêtes de l'avenir et montrons, s'il le faut, nos poitrines aux balles, comme l'a fait Robert Blum, le glorieux martyr. Au ras, jeunesse des écoles, à Vienne, à Berlin, à Paris, partout Lampion et Farandol feraient sauter tout le pays. Tyrans et vieux abus, arrière, de Dieu nous sommes le flambeau. Attila qui portait la guerre, vous n'en êtes que le fléau. Et montrons, s'il le faut, nos poitrines aux balles, comme l'a fait Robert Bloom, le glorieux martyr.
Interviewer
Robert Blum, ça nous conduit en Allemagne dans le champ des étudiants du chansonnier Pierre Dupont en 1849. Voilà, bon ben ça c'est pour vous Antonin Dubois vu qu'on est en Allemagne. Enfin, en Allemagne, non, c'est en Prusse à ce moment-là. C'était un Prussien. Ces figures-là sont transnationales. On entend dans une chanson française l'évocation de quelqu'un qu'on pense être étudiant à l'autre bout de l'Europe ?
Antonin Dubois
Ou en tout cas, qui est le grand martyr de la révolution allemande de 1848, donc Robert Blum, qui n'est pas du tout étudiant, qui n'a jamais été étudiant, qui vient d'une famille plutôt modeste, qui fait une formation artisanale, qui est élu justement au Parlement de Francfort dont je parlais, l'aile radicale à gauche. et qui décide en octobre 1848 de partir pour Vienne, où se prépare, où débute une nouvelle insurrection pour sauver la Révolution, qui marque une victoire du pouvoir des Habsbourg, le début du mouvement contre-révolutionnaire et de répression. Et Robert Blum est fait prisonnier par l'armée autrichienne puis exécuté. Donc il ne meurt pas directement sur des baléricades, il est véritablement exécuté. Et c'est un des scandales de ceux, en tout cas pour les révolutionnaires, pour les personnes favorables aux révolutionnaires. C'est un scandale que cette exécution sommaire, en grande partie. Et c'est intéressant de voir que, oui, cette figure circule, plutôt que de figure proprement étudiante, dans un champ des étudiants. Un champ des étudiants qui n'est pas écrit par un étudiant. Vous l'avez dit, Pierre Dupont est un chansonnier qui s'est fait connaître notamment dans les années 1840. Mais il y a quelques liens, on est au courant que les étudiants de l'autre côté de la frontière, en Allemagne, en Autriche, en Italie, se battent eux aussi pour plus de liberté. Peu de circulation physique entre étudiants de différents pays. On ne se rencontre pas à ce moment-là, mais on échange, en tout cas on exprime sa solidarité envers le mouvement révolutionnaire européen.
Interviewer
Dans cette chanson, on a entendu l'évocation des deux ailes du socialisme, étudiants et ouvriers. Gilles Kandar, l'association des luttes entre les luttes des étudiants et les luttes des ouvriers, c'est un souhait ici du chansonnier Pierre Dupont ou c'est une réalité ?
Host 1
Je pense que c'est surtout un souhait. Donc oui, Antonin a rappelé effectivement le désaccord de 1848. On peut dire peut-être qu'à la fin du Second Empire, avec l'Association Internationale des Travailleurs, il y aura une minorité de la minorité politisée et à gauche qui... qui sera intéressé par cette internationale et qui s'engagera. J'évoquais les futures jantes de Marx tout à l'heure. Mais c'est vraiment la pointe extrême. Peut-être qu'effectivement ce qui est en train de se passer, qui explique les prises d'opposition de ces étudiants, C'est le côté brassage avec des gens d'origines diverses. Parce qu'on vient souvent à Paris. Justement, je prends l'exemple des futurs gens de Demarx. Lafargue, il vient de la Havane, puis de Bordeaux. Longuet, il vient de Normandie. Di Sagara, il vient du Gers. On se retrouve à Paris, mais la notion d'étudiant étranger existe déjà. Quelqu'un comme Édouard Vaillant, qui vient du Berry, va faire de très longues années d'études à Vienne, en Allemagne aussi. disons, ce qui reste du grand tour dont on parlait pour les étudiants de l'époque moderne. fonctionne encore. C'est une toute petite minorité, bien sûr, parce que c'est encore plus cher. Mais ça peut expliquer qu'effectivement, chez un certain nombre d'esprits, il y ait cette ouverture à l'altérité, quoi, d'autres sociétés qui seraient possibles et puis à une entente internationale. Ça ne les empêchera pas parfois d'être très patriotes parce qu'ils sont très attachés à la construction de la nation. Ce sera le cas d'Edouard Vaillant lui-même, par exemple. Mais il y a les deux.
Interviewer
Et puis, Pendant que nous évoquons cette période, il se passe ce que vous venez de dire, Gilles Kandar, une organisation socialiste. Alors, là, organisation ouvrière, internationale des travailleurs, etc. Est-ce qu'il y a l'idée de construire la même chose chez les étudiants, en écho justement à ce qui se passe dans le monde ouvrier ?
Antonin Dubois
Alors dans les années 1860 effectivement, donc 1864 la première internationale et quelques étudiants très engagés dans cette direction organisent des congrès internationaux dans cette même décennie 1860. Alors les trois se tiennent en Belgique à Liège. Le plus important c'est le premier à Liège en 1865, en suivront deux donc à Bruxelles en 1867 et à Gans l'année suivante. Congrès international, c'est un beau nom pour un rassemblement de quelques centaines d'étudiants, ce qui à l'époque est déjà un rassemblement important pour réussir à faire traverser les frontières. Mais sur ces quelques centaines d'étudiants, la quasi-totalité sont belges ou français. Et ces belges et français se feront remarquer par des champs socialistes, pour vouloir renverser le pouvoir en place, pour des paroles très favorables envers Robespierre et d'autres acteurs de la Révolution française encore fortement controversés, etc. Et on essaye de tisser des liens de solidarité entre les étudiants à cette époque-là, avec une composante socialiste importante, mais pas qu'eux. Et il y a un repli dans les années 70, qui reprend ensuite dans les années 1880 et encore plus 1890. Et là, dans les années 1890, il y a des congrès internationaux d'étudiants socialistes, qui se déclarent socialistes, à Bruxelles à nouveau en 1891, à Genève en 1893, et enfin à Paris en 1900, au moment de l'exposition internationale, de l'exposition universelle. Et là, on réfléchit plus largement aux questions du temps et aux liens entre étudiants et ouvriers, notamment.
Interviewer
Oui, les questions du temps, c'est aussi la question du temps qui passe parce que c'est vrai qu'on traverse la chronologie là, mais il y a un aspect qu'il faut souligner avec cette histoire des étudiants. C'est une histoire de génération, concrètement de génération. Ça change à chaque fois. Ce ne sont pas les mêmes étudiants en 1848, en 1870. On parle des étudiants, mais systématiquement, ce sont de nouvelles personnes, donc avec un nouveau vécu et puis un nouveau regard sur l'avenir. On est obligé de prendre ça en compte. C'est vrai qu'on a l'impression que c'est une continuité. Non, ce n'est pas une continuité.
Host 1
Oui, oui. Et des superpositions. Parce que ce moment-là, effectivement, des années 60-70, il faut bien voir que la question de la paix et de l'amitié entre les peuples, c'est quelque chose qui est nouveau à gauche, notamment. La gauche faisait plutôt avant que ce commune, disons, avec la construction de la nation, donc avec parfois des politiques extérieures un peu agressives les uns avec les autres. Et là, ces appels à la paix entre Français, Allemands, Anglais, Italiens, c'est quelque chose de nouveau. Il y a d'ailleurs que les révolutionnaires plus âgés, comme Marx ou d'autres parfois, ne prennent pas forcément très bien, parce qu'ils ont l'impression que ce sont des déclarations humanitaires, un peu vagues, etc. Et on les voit un peu grommelés, quoi. Donc, justement, le côté parfois de la difficulté pour la génération ancienne de comprendre les aspirations de la génération nouvelle, même à l'époque, et même chez les plus grands révolutionnaires du XIXe, on la retrouve.
Interviewer
Et puis vous l'avez bien dit, les étudiants de 1848, si on regarde quelques années plus tard, pour certains ils sont devenus notaires, le côté révolutionnaire a été mis de côté. Non mais c'est pour ça qu'Antonin Dubois, socio-histoire d'un groupe social, je reprends le sous-titre de votre ouvrage Organiser les étudiants, socio-histoire, parce qu'il faut vraiment s'intéresser à ces individus-là et c'est très dur de parler d'un groupe comme d'une continuité et d'un ensemble cohérent, c'est très divers.
Antonin Dubois
C'est très divers. Et effectivement, c'est un problème fondamental pour les étudiants de s'organiser comme groupe. Ce que vous venez d'évoquer, c'est le renouvellement constant des effectifs. Ce que sont les étudiants à un moment donné, l'année suivante, l'année universitaire suivante, ce ne sont plus les mêmes. Il y en a qui, évidemment, poursuivent leurs études, mais il y a des nouveaux qui arrivent et les plus anciens qui partent. Et c'est... Pour ça, l'idée, c'est qu'à la fin du XIXe siècle, au moment où les étudiants peuvent fonder des associations durables, justement que ces associations subsistent à ce renouvellement générationnel, à ce renouvellement des effectifs, permet aux étudiants, en tout cas, c'est ce que j'essaie de montrer dans le livre, d'exister comme groupe. Mais c'est vraiment la fin du XIXe siècle, là encore, vraiment à partir des années 1880-1990-1900.
Interviewer
Il faut que le mouvement demeure alors que les gens changent sans arrêt. Gilles Kandahar, dans la pensée de Marx, prolétaire de tous les pays, unissez-vous, il n'a pas voulu rajouter, puis les étudiants, donnez-vous la main. Est-ce que les étudiants ont une place dans cette pensée-là du socialisme qui se réfléchit et puis ensuite qui se construit ?
Host 1
Alors, c'est une grande question. Oui, parce que vous savez bien qu'on Quand on veut résumer le socialisme ou le communisme, on parle souvent du marteau et de la fossile. Et dans l'histoire des symboles, on voit bien que beaucoup de résumés communistes ont rajouté le compas en RDA ou la plume en Amérique latine. Ça s'est fait aussi. Donc, la question des intellectuels s'est posée, y compris aux marxistes et les plus orthodoxes. Quelqu'un comme Jules Gued, par exemple, qui lui-même, d'ailleurs, un étudiant qui devient révolutionnaire, puis enfin, puis homme politique socialiste, va théoriser que finalement, ce qui est intéressant, ce sont les étudiants déclassés, ceux qui n'arrivent pas à trouver justement une place de notaire ou de médecin ou d'avocat ou de politique, et que ce sont ces déclassés de la vie sociale qui vont donner les leaders au mouvement ouvrier. Ce qui peut poser aussi des questions. Est-ce que le mouvement ouvrier a besoin de leaders qui ne seraient pas des ouvriers eux-mêmes, mais qui viendraient, disons, d'une bourgeoisie intellectuelle, mais qui ne seraient plus solidaires de leur classe parce qu'ils n'auraient pas trouvé, disons, des positions intéressantes dans la vie sociale ou pas ? Ça va être des grands débats de la fin du 19e et du début du 20e siècle avec des des diversités de réponses. Quelqu'un comme Jaurès, qui lui, a fait un très beau parcours, n'est pas sur cette même position. Ça va être très discuté. Les Allemands, notamment aussi avec Kotsky, discuteront beaucoup de cette question des déclassés.
Interviewer
Avec ce mot intellectuel que vous avez utilisé, qui a ici un moment historique, celui où il apparaît d'ailleurs, c'est celui de l'affaire Dreyfus, bien sûr, Émile Zola, Jacuzzi. Et puis, il y a tous ces étudiants qui regardent ce qui se passe à ce moment-là.
Marius Moutet
J'ai commencé mon action politique en 1896 en étant adhérent aux étudiants socialistes que nous avons fondés précisément avec la plupart de ces étudiants russes. Nous avions fait l'unité socialiste, il y avait des almanistes, il y avait des guedistes, il y avait des socialistes révolutionnaires de Vaillant et il y avait les indépendants jaurécistes comme moi. Je connaissais Jaurès, j'avais organisé des conférences de Jaurès en 1902, et de Vandervelde en 1902, et en 1904, j'ai été élu pour la première fois, conseiller général du Rhône, sous le vocable des canuts de la Croix-Rousse, vivre en travaillant ou mourir en combattant. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'à cette époque, si j'ai toujours eu beaucoup de vitalité, j'avais à cette époque une ardeur militante extrêmement vigoureuse.
Interviewer
Marius Moutet figure du socialisme qui s'exprimait en 1966. Il s'exprimait à propos des années 1896, précisément. Lui, il était né en 1876. C'était un jeune homme, il avait 20 ans et il évoque ici des organisations. Quelles sont-elles ces organisations à la toute fin du XIXe siècle ?
Host 1
Pour la France, il va y avoir les étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes. qui vont être fondées en 1891, puis les étudiants collectivistes, qui sont plus, disons, dans le sillage du parti ouvrier de Guedde et de Lafargue, donc l'organisation marxiste, les étudiants socialistes, révolutionnaires, internationalistes, eux vont évoluer plus, disons, dans un sens libertaire et vont se maintenir jusqu'au début du siècle. Et puis, comme souvent dans le mouvement étudiant, il y aura l'organisation large. Un collectiviste, c'est la formation du parti, quelque part. Et la formation large, ça sera la ligue démocratique des écoles, qui fera parfois double emploi. Donc, faut-il la maintenir ? Oui, dira son animateur Jean Longuet, parce que Ça permet de demander des subventions au pouvoir public et de les obtenir, et ça fait vivre les deux organisations. Donc ça, effectivement, ce sont les années 90, un petit peu avant l'affaire Dreyfus, mais elles vont surtout se, disons, recruter et être extrêmement actives au moment des grandes bagarres de l'affaire Dreyfus, notamment entre les deux côtés. Par exemple, les premiers Cagnol et l'Ormanien militant socialiste, c'est à ce moment-là la fameuse turne utopie avec Péguy, Vélers, Mathiez, historien, et puis Albert Lévy, en 1894.
Interviewer
Ah oui, on a ici des organisations avant l'affaire Dreyfus, mais qui, au moment de l'affaire Dreyfus, vraiment se renforcent. D'ailleurs, Antonin Dubois, vous commencez votre étude sur organiser les étudiants dans ces années 1880. Pourquoi ces années 1880 ? La France, c'est la Troisième République. Très bien, mais vous faites une histoire comparée avec l'Allemagne. Il se passe quelque chose en Allemagne aussi, mais ce n'est pas la République, donc ce n'est pas spécifiquement français.
Antonin Dubois
Ce n'est pas spécifiquement français. Au tournant des années 1870-1880, il y a un changement de regard du pouvoir politique sur les étudiants, que ce soit en France ou en Allemagne, avec les nouveaux régimes, avec la République en France et avec l'Empire allemand de l'autre côté, où les étudiants ne sont plus toujours perçus comme une menace. peuvent l'être, ils peuvent le demeurer, surtout quand ils se politisent à gauche, mais où les étudiants sont perçus comme pouvant être des nouveaux piliers de soutien au régime, au régime républicain, au régime impérial, et que, en autorisant leurs associations, en les finançant, côté français c'est très fort, ça existe moins côté allemand, avec les associations générales des étudiants en France, qui est la première forme d'association durable du monde étudiantin français, les AGE, qui se constitue au cours des années 1880, avec le soutien actif de professeurs, Ernest Lavis, par exemple, l'historien, et avec le soutien du pouvoir républicain. C'est courant pour le président de l'association de Paris d'être reçu par le ministre de l'Instruction publique, actuelle ministre de l'éducation nationale, par le président de la République lors de cérémonies, etc. Et là, on voit qu'il y a un reversement qui se passe et qu'on retrouve, avec quelques décennies d'écart, dans plusieurs pays européens. C'est un peu plus précoce en Italie, par exemple, dès le moment de l'unification italienne, un peu plus tardif dans d'autres.
Interviewer
AGE, Association Générale des étudiants, la première, c'est tout ?
Antonin Dubois
La première, c'est 1877 à Nancy.
Interviewer
Voilà, ça permet de rappeler qu'Antonin Dubois, vous êtes maître de conférence à l'université de Lorraine, donc c'est à Nancy. Je le dis parce que ce n'est pas une histoire parisienne.
Antonin Dubois
Ce n'est pas une histoire parisienne. Il se trouve que Nancy, après l'annexion de l'Alsace et de la Moselle et donc la perte de l'université de Strasbourg, Nancy, c'est l'université frontière, qui doit montrer la grandeur de la science et de l'université rénovée. Ces années 70 et puis surtout 1880-90, c'est le grand moment de la réforme républicaine de l'enseignement supérieur. Et on autorise à ses étudiants... Alors c'est une exception à ce moment-là, quand ce premier cercle étudiant à Nancy est autorisé par les autorités universitaires et par le préfet. C'est une exception parmi une multitude d'interdits, mais ça fonctionne. Ça engrange une dynamique et ces associations de ce même type se diffusent dans d'autres villes. La deuxième, c'est Lille. Ça reste provincial, mais Lille aussi une ville importante. Cette fois-ci, la frontière belge, puisqu'effectivement, les Belges ont leurs associations générales ou sociétés générales d'étudiants. Ils appellent plutôt ça depuis les années 1860. Et à Paris, c'est l'hiver 1883-1884. que l'Association des Grandes Éditions de Paris est fondée.
Interviewer
Co-Dirigée avec Guy Dereux et Christian Laval, vous avez mis un S à socialisme. Parce que socialisme en pluriel, il y a ça aussi à prendre en compte dans l'histoire que nous racontons de ces organisations. Il n'y a pas d'un côté un mouvement qui serait des travailleurs, des travailleuses organisées, puis de l'autre côté des étudiants qui s'organiseraient en parallèle. Tout ça a toutes les formes possibles. C'est un monde très complexe. Donc le S à socialisme.
Host 1
Tout à fait. C'est un monde divers. comme souvent, mais c'est valable aussi pour les organisations adultes, avec ses scissions, ses divisions, ses retrouvailles, ça peut être très fluctuant, des hauts, des bas, parce que, comme justement les étudiants se renouvellent vite, une association qui paraît très rayonnante une année peut très bien, parce que son animateur est parti faire autre chose, se retrouver tout à fait discrète ensuite, et être supplanté par une autre. Mais effectivement, ce que disait Antoine Allemoye me paraît aussi à souligner peut-être sur l'atmosphère générale du milieu étudiant, parce que c'est vrai que c'est à l'époque où il s'organise, et souvent nous-mêmes dans une atmosphère assez républicaine. Alors, il y a un certain nombre d'historiens qui travaillent sur ces questions, dans le cadre du GERME, le groupe d'études et de recherche sur les mouvements étudiants, avec Alain Monchablon, Roby Murber, Christian... Didier, pardon, Didier Fischer. Et Didier Fischer propose, j'aimerais avoir votre sentiment là-dessus, la formule de corpolitisme pour parler de ces organisations étudiantes qui sont à la fois un principe un peu apolitique, donc plutôt corporatiste, mais en même temps, ce n'est pas n'importe quel corporatisme. Moi, j'aurais bien tendance à proposer de parler d'apolitisme républicain, c'est-à-dire qu'on ne rentre pas dans les divisions. Oui, je vois que vous n'êtes pas entièrement d'accord. On ne rentre pas dans les divisions qu'il peut y avoir entre modérés, opportunistes, radicaux, socialistes. Mais on est un peu sous la tutelle du pouvoir républicain et on accepte quand même la logique du cadre républicain et national. Et dans les AG étudiantes et dans l'UNEF, ça va rester très fort. Et même si je disais tout à l'heure qu'il va y avoir à certains moments des fortes poussées vers une extrême droite anti-républicaine, des fortes poussées royalistes, au fond, Pendant toute autre période, ce cadre républicain va tenir. Sauf, bon, là j'ai Paris à un moment, quelques autres. Mais la majorité restera républicaine et redeviendra de plus en plus républicaine dans les années 30. Alors voilà, peut-être que... Oui, oui, alors.
Antonin Dubois
Je suis d'accord avec vous sur le fait que si on reste sur le cas français, ce cadre républicain est accepté mais soutenu. C'est pour ça qu'il y a peut-être un peu plus de mal avec le terme d'apolitisme puisque c'est quand même une prise d'opposition en faveur du pouvoir en place. Ce pouvoir en place qui, encore une fois, soutient, finance ces associations. où il y a des débats internes, mais le grand objectif c'est que toute discussion politique ou religieuse est interdite au sein de l'association, ce qui n'empêche pas des prises de positions individuelles et des débats internes. On a parlé de l'affaire Dreyfus, c'est un moment de division très fort. Un membre de l'AGE de Paris déchire le portrait de Zola qui est dans les locaux de l'AGE et se fait exclure pour cela de l'association, puisque Zola avait tenu un discours quelques années auparavant à l'association et donc avait eu le droit à son portrait. mais des tensions et on sent qu'avec le Bloc des Gauches plutôt au début des années 1900, les AGE vont plutôt tendre effectivement vers ce cadre-là. Alors à Paris c'est Louis Noguère. dans un de vos articles, son fils Henri Noguère, les deux seront résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, et Henri Noguère, un des premiers historiens de la Résistance, et lui-même étudiant socialiste une génération plus tard, mais Louis Noguère, lui, déjà ancré à gauche socialiste alors qu'il est étudiant, mais est élu président de l'Association des étudiants de Paris, et il sait gérer les conflits internes à ce moment-là.
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Oui, parce qu'il y a des destins d'individus et on l'entend bien ici, des positionnements sociaux, bien sûr, des choix politiques, des rencontres. Ce monde étudiant n'est fait que de rencontres. Avec la figure de Jean Jaurès, Gilles Kandart, vous êtes président de la société d'études jaurésiennes. Vous êtes l'auteur de Jean Jaurès, la publication de l'éducation de Jaurès. Jaurès qui naît en 1859. Donc, quand on fait ses études, on a une vingtaine d'années. Comment il se positionne, lui, justement ? un schéma classique d'un étudiant qui quitte le Tarn, qui arrive dans la ville pour étudier ?
Host 1
Oui, c'est un étudiant tout à fait sérieux et travailleur, un bon républicain. Il faut dire qu'à l'époque, vous savez, en Cagnes, il est interne, je crois, et même après l'école normale supérieure, je crois qu'ils ont une demi-journée par quinzaines de libertés, alors il va au Louvre avec Bergson, parfois, vous voyez, c'est sérieux, et lui se distingue parce qu'il va aussi au Palais Bourbon, parce qu'il veut voir Gambetta, il veut voir les orateurs, donc à mon avis, il réfléchit déjà à la possibilité d'une carrière politique. Et ça sera le cas d'ailleurs de plusieurs de ses camarades. On est quand même dans un monde où être républicain signifie quelque chose. Alors après, il va y avoir des grandes diversités entre ces différents normaliens agrégés républicains, plus ou moins modérés, plus ou moins progressistes. etc. Mais on est bien dans ce cadre-là. Mais des cagneaux des normaliens militants, c'est vraiment à la fin du siècle que là, ça se pose. Jaurès, lui-même, rentre dans la politique active lorsqu'il a obtenu tous ses diplômes, qu'il est revenu à Albi et qu'il va songer à se présenter aux élections législatives, à devenir député républicain du Tarn. Et puis, l'expérience, la vie, la rencontre avec les milieux travailleurs, la réflexion, les lectures, les amis, etc. vont faire qu'il va de républicain ouvert aux questions sociales passer à républicain socialiste et devenir donc un des grands champions du socialisme français. Républicain.
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Républicain et dans le même temps se mettent en place ces partis politiques au début du XXe siècle, la section française de l'Internationale Ouvrière, la SFIO qui se dote de jeunes gardes.
Chansonnier / Singer
Enfants de la misère Nous sommes de force des révoltés Nous vengerons nos mères Que des brigands ont exploité Nous ne voulons plus de famille À qui travaille, il faut du pas Demain nous prendrons les usines Nous sommes des hommes et non des chiens Prenez garde, prenez garde Vous les sabreurs, les bourgeois, les gavés La la jeune garde, la la jeune garde Qui descend sur le pavé C'est la lutte finale qui commence C'est la revanche de tous les morts de faim C'est la révolution qui s'avance C'est la bataille contre les coquins Prenez garde, prenez garde La lâche me garde.
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Le chant des jeunes gardes, c'est Monteus en 1912 pour les jeunes gardes de la SFIO, la section française de l'international ouvrière, bon, les socialistes. Dites-nous, Antonin Dubois, au début du XXe siècle, on l'entend, les partis sont en train de se composer. Quel effet a cette composition sur le monde des étudiants ?
Antonin Dubois
Alors, ça met du temps au cours de la longue décennie avant la Première Guerre mondiale. Si on reste dans le cadre socialiste, les tenants de la SFIO hésitent beaucoup à créer une section de jeunesse, et encore plus, ils sont encore plus sceptiques, voire hostiles à la création d'une section ou d'un groupe étudiant. Ils ont peur que les étudiants défendent leurs intérêts d'étudiants et non les intérêts de la classe ouvrière. mais on retrouve de plus en plus des affiliations partisanes au sein des étudiants, alors qu'ils ne sont pas forcément des associations étudiantes strictes, mais où les étudiants sont nombreux, avec le Parti Radical, le Radical Socialiste, et on évoquait l'Action Française qui n'est pas un parti, mais un groupe des étudiants d'Action Française qui est créé dès décembre 1905, et qui fait beaucoup entendre parler de lui avec une stratégie d'imposition de la rue, de violence, avec la fameuse affaire Thalamas, ce professeur d'histoire, où il entre dans l'amphithéâtre de la Sorbonne pour le violenter, et où ces années 1900 sont des années d'opposition très forte avec donc d'un côté ces étudiants royalistes qui sont nombreux mais savent se montrer encore plus nombreux qu'ils ne sont réellement et de l'autre les étudiants républicains et socialistes qui là forment une alliance et n'hésitent pas à aller aux mains pour évincer les étudiants de l'action française des amphithéâtres.
Interviewer
Oui, l'affaire Talhamas, c'est 1904, on n'est pas d'accord sur Jeanne d'Arc, notamment, ça se tape beaucoup autour de Jeanne d'Arc, Gilles Kandah, mais on le voit bien, il y a une méfiance aussi autour de ce monde étudiant, parce que c'est formidable que les étudiants s'organisent, mais pour les autres organisations politiques, on se dit, mais qui sont-ils ? Que vont-ils faire ? C'est compliqué, est-ce qu'il faut crée soi-même son association, on vient d'évoquer la SFIO, mais il y a d'autres mouvements, comment les récupérer ? On parle de l'Action Française, les Camelots du Roi, que fait-on de ces choses-là ? On regarde ce monde étudiant avec méfiance.
Host 1
Et je crois que c'est général à l'égard de tous les mouvements de jeunesse. La méfiance, en fait, c'est de savoir s'ils vont rester dans la ligne ou pas. Et au fond, tous les groupes, enfin tous les partis vont être confrontés à ce problème. Les socialistes, comme le disait Antonin Dubois, se méfient parce qu'ils ont peur d'avoir des points de vue divergents. C'est déjà bien assez compliqué de faire fonctionner le groupe parlementaire et la direction du parti avec toutes les tendances. Alors si en plus on a une organisation pour les jeunes ou une organisation pour les étudiants qui dit un peu autre chose, ça va être très compliqué. Vous avez des groupes de jeunes socialistes, ils invitent Pierre Monard qui est un libertaire pour parler de la lutte contre la guerre. Ça fait tousser la direction. Donc, un contrôle et le refus souvent qu'il y ait des moyens d'une vie très autonome. On demande d'avoir des dirigeants adultes qui soient là pour pouvoir les recadrer un petit peu. On leur donne de bons conseils. Faites du sport, c'est bien. Ayez des distractions saines, c'est bien. Allez coller les affiches, distribuer les tracts pour les élections. C'est bien, mais surtout écoutez les anciens qui sont de bons militants et qui vous remettront dans le droit chemin. Alors on voit ça effectivement très à gauche, mais au fond, quand on y réfléchit, l'action française sera aussi un jour confrontée à ce problème. Tous les jeunes de l'action française, avec Brasillac et autres, qui rompront dans les années 30 avec le vieux mentor Maurras et Daudet, ça sera un peu sur la même base. Depuis des décennies qu'ils vous parlent de révolution nationale et de retour à la monarchie, que font-ils, mis à part de vendre leur journal et puis d'organiser des conférences, des réunions ? Rien, il faut passer à l'action. Et donc, il y a une attente, disons, dans la jeunesse, de manière générale, qui trouve souvent le temps un peu long avec les adultes qui ont appris la lenteur de l'accomplissement des choses.
Interviewer
Voilà. Et puis ça castagne, Antonin Dubois, parce qu'il y a tant et tant de moments assez violents qui ponctuent cette histoire-là, alors c'est très local souvent.
Antonin Dubois
Ça peut être local, ça peut exister. C'est vrai qu'il y a eu une vraie période de pacification dans la deuxième moitié du 19e siècle où il y a pu avoir quelques bagarres un peu spontanées. Mais disons que la violence avec des liens en division politique, c'est l'affaire Dreyfus qui remet ça au goût du jour, si je puis dire. où là effectivement, entre étudiants et manifestants plus généralement, Dreyfusard et anti-Dreyfusard, on en venait volontiers aux mains. Ça se retasse, et puis ensuite avec la montée de l'action française, qui est très forte à Paris, qui est forte dans d'autres, quelques centres provinciaux, je pense à Montpellier par exemple, mais qui n'est pas implantée partout, et donc, comme c'était rappelé, Paris c'est encore à l'époque, avant la première guerre mondiale, 40% des étudiants de France, donc ça fait du monde. Et il peut y avoir des épisodes de violence absolument lors de moments de crise. Mais ce n'est pas le quotidien non plus des étudiants. Et puis... Allez-y, j'ai le candard.
Host 1
Oui, ce qui me paraît notable, c'est que ces étudiants, du coup, très à gauche, parfois révolutionnaires, internationalistes, sont solidaires souvent de leurs profs dans l'affaire Dreyfus. Donc on voit bien que c'est là où, finalement, la gauche, jusqu'à l'extrême gauche, scelle un peu son union avec la République. Ça va avoir une réalité, ce moment Dreyfusard. Les drapeaux rouges et noirs qui seront là pour l'inauguration du monument de la République, Place de la Nation, le monument de Balou. Ça se retrouve dans la défense, on a dit, de Thalamas, mais ça a été aussi Victor Bacharen, ça sera plus tard dans l'entre-deux guerges, chahuté par l'action française. Cette solidarité étudiant-professeur, évidemment, à 68, on vivra une expérience un peu différente, mais je crois que c'est très important pour expliquer comment, en France, l'ensemble de la gauche, y compris dans ses fractions les plus révolutionnaires, est quand même du côté de la République contre les ennemis de la République.
Antonin Dubois
Et simplement, le groupe des étudiants collectivistes, par exemple, qui était dans les années 1890 le principal groupe socialiste étudiant, se divise sur l'affaire Dreyfus. Mais en fait, c'est entre ceux qui disent on n'a pas à s'en occuper, ce ne sont pas nos affaires, ce sont des affaires de bourgeois militaires, etc. Et ceux qui s'engageront frontalement en faveur de Dreyfus contre les anti-Dreyfusards, plutôt donc de droite.
Interviewer
Oui, et puis, Antoine Hindebois, vous nous avez bien dit au tout début de cette émission que pour les effectifs, au milieu du XIXe siècle, enfin dans les années 1840, l'ensemble des étudiants en France et peut-être en Europe, c'est l'équivalent d'une université française aujourd'hui.
Antonin Dubois
J'exagère un peu, mais... Non, non, non, tout à fait. En 1900, enfin durant l'année 1913-1914, donc la dernière université complète avant la guerre, En France, on est à 42 000 étudiants. Seulement les facultés, donc il faudrait rajouter les écoles, les grandes écoles, etc. Mais ça ne fait pas beaucoup de monde en plus. Donc 42 000, c'est une université moyenne grande en France actuellement.
Host 1
Actuellement, c'est 1 600 000.
Interviewer
Voilà, c'est pour bien montrer cet écart-là.
Antonin Dubois
On est dans des ordres de grandeur très différents. Tout de même, une forte croissance des effectifs en France, comme dans beaucoup de pays européens, dans les deux, trois dernières décennies du XIXe siècle et qui se poursuit ensuite. Il y a la brèche de la Première Guerre mondiale évidemment, mais les effectifs reprennent très vite dans les années 1920. redescendent avec la crise dans les années 30 en partie. Et c'est un groupe toujours plus nombreux et plus divers aussi, par contre, il faut le dire, avec... Je disais que dans les années 1840, il n'y avait pas de femmes, mais désormais, selon les pays européens, entre les années 1860 et les années 1900, chaque pays finit par accepter l'entrée des femmes à l'université. D'abord comme étudiante, pour être enseignante, c'est souvent plus tardif. Et on parlait des étudiants étrangers déjà en 1848 et une massification aussi, une forte augmentation des flux des étudiants étrangers qui fait que le nombre de groupes qui existent, le nombre d'associations, et ça vaut pour la France comme pour tous les pays, se démultiplie et chacun va défendre sa cause ou peut entrer en contact avec des étudiants d'horizons divers.
Host 1
Un quart de jeunes filles en 1930 c'est plus la réalité du XIXe siècle. Alors, beaucoup les lettres, évidemment, mais aussi un petit peu dans les autres disciplines. Et même, ça m'a surpris d'ailleurs, 20% d'étudiants étrangers en 1930, c'est déjà 15% en 1914. C'est-à-dire, aujourd'hui, je crois qu'on est à 27%. C'est-à-dire qu'on voit que, oui, c'est une réalité internationale. Enfin, le mythe de l'auberge espagnole et autres est déjà une réalité sous la Troisième République, de cette mesure. Et pas très loin de ces chiffres-là, quoi.
Interviewer
Durant l'entre-deux-guerres, étudiants et étudiantes s'engagent.
Narrator
Le début a commencé avec la marche sur Rome en 1922. Les étudiants dits de gauche et qu'on a commencé à appeler antifascistes ont été très émus par l'apparition de Mussolini. Ça nous a profondément touchés. Un jour, à la suite de je ne sais quel défilé, on s'est dit, il faut faire quelque chose. On s'est retrouvés une vingtaine dans un café du boulevard Saint-Michel en disant, il faut faire quelque chose, il faut essayer d'empêcher le fascisme de venir en France, on peut faire une association. On commencera par les universités, puis on essaimera, on s'engagera, on en parlera. C'est là qu'est née l'idée d'une association qui ne soit inféodée à aucun parti, financée par aucun parti, ni de droite ni de gauche, mais qui soit quand même républicaine et contre le fascisme. Alors il s'appelait Ligue d'Action Universitaire, républicaine, ce qui est un mot très large pour regrouper justement tous les démocrates, et socialiste. Socialiste pour montrer qu'on voulait quand même aller de l'avant, qu'on voulait quand même avancer dans la démocratie. Au début, les étudiants socialistes n'ont pas voulu adhérer. Les étudiants communistes, pas question. Les étudiants radicaux, plus facilement. Il en est venu beaucoup. Et puis d'autres qui n'étaient rien. Il suffisait qu'il ne soit pas de droite. Évidemment, l'Action Française n'a pas adhéré.
Interviewer
Suzanne Vattier, fondatrice de la Ligue d'Action Universitaire Républicaine et Socialiste. Enfin, une des fondatrices. On a bien entendu l'explication pourquoi on a mis tous ces noms-là. Nous étions au milieu des années 1920, c'est-à-dire quelques temps après la scission entre la SFIO et le Parti communiste. Pour recontextualiser tout ça, on comprend pourquoi elle réfléchit à tous ces mouvements-là. On l'entend, durant l'entre-deux-guerres, les organisations continuent à se mettre en place. Je voudrais savoir, Gilles Kandahar, on a parlé beaucoup des partis politiques, mais pas des syndicats, parce que c'est aussi une histoire syndicale. Et dans le même temps, les syndicats s'organisent, la CGT à la fin du 19e siècle est créée. Est-ce que tout cela a un lien avec l'organisation des étudiants ?
Host 1
Je n'ai pas trop l'impression, parce que pour le monde syndical, le jeune est un travailleur. Donc, justement, ça va être la question de la rencontre éventuelle entre étudiants et jeunes. Donc, la CGT ou les autres syndicats, ensuite, organisent les jeunes. Mais c'est pour ça aussi qu'il y a des hésitations en dehors des problèmes politiques chez les jeunes socialistes ou d'autres, parce que le jeune militant, il devient un adulte. C'est l'étudiant qui est un petit peu à part dans la société française. Et quand vous lisez l'Humanité ou d'autres journaux, ça se voit très bien qu'il est un petit peu à part et qu'on a souvent tendance à penser bon ben, quand tu travailleras, quand tu seras dans la vraie vie, on reparlera de tes problèmes. Donc, ça me semble différent. Alors, comme justement, il y a plus d'étudiants dans l'entre-deux-guerres, disons que les questions sociales de débouchés, de vie des étudiants, d'étudiants pauvres, vont davantage s'opposer. Alors, les communistes, par exemple, hésiteront toujours, avec leur union fédérale des étudiants, entre une ligne extrêmement large, on parle des problèmes sociaux, éventuellement du logement étudiantin, mais on ne fait pas de politique, et puis une ligne, non, on est dans l'idéologie classe contre classe, on applique les consignes, etc. Il y aura toujours les deux tendances. Les étudiants socialistes veulent également causer politique, Mais au début, ils n'existent quasiment pas. Ils sont très, très, très peu nombreux. Ils vont se reconstituer dans les années 20 à partir de leur MADSUP. Mais de toute façon, le maximum, ce sera de milliers d'adhérents. Ce ne sera pas une grande organisation de masse. Et les étudiants radicaux, il y aura la grande époque de la Lorsse avec Pierre Wendès-France, qui va la présider pendant un temps. Mais disons que ça reste des associations, finalement, qui qui ne sont pas des associations de masse. L'évolution même de l'UNEF à partir des âgées étudiantes, je pense, en fait, là, Antonin connaît mieux que moi, il y a une lutte un peu entre républicains et gens de droite. Il faut attendre en gros le Front populaire pour que l'UNEF, disons, se recale bien dans un camp républicain avancé.
Interviewer
L'ALORS, c'est la Ligue d'Action Universitaire Républicaine et Socialiste dont nous parlions, Antonin Dubois.
Antonin Dubois
Alors sur la question du syndicalisme, en fait, il y a beaucoup de débats parmi certaines franges des étudiants avant 14 déjà. Ils se demandent, on a nos associations, mais est-ce qu'un syndicat ne nous représenterait pas mieux ? Mais évidemment, l'étudiant n'est pas défini comme un travailleur. Il ne peut pas entrer dans les clous statutairement de la loi 1884 sur les syndicats, sur l'autorisation des syndicats, la constitution des syndicats. Et ça n'aboutit pas, mais il y a beaucoup de réflexions. Est-ce que le syndicalisme, on s'inspire du syndicalisme ouvrier, ce n'est pas ce qu'il nous faudrait pour défendre nos intérêts. Et ça, c'est très spécifique à la France. On ne retrouve pas ça en Angleterre, on ne retrouve pas ça en Allemagne à la même époque. Et il y a un petit reflux, effectivement, de la question syndicale, ou en tout cas de la forme syndicale dans les années d'entre-deux-guerres. Aussi parce que l'État intervient. Alors effectivement, l'augmentation des effectifs, les difficultés économiques, conduisent à poser la question des conditions de vie étudiante d'une nouvelle manière. Et il y a le début de ce qu'on appelle les œuvres étudiantes, donc l'ancêtre du cross, si vous voulez, où on crée un sanatorium, où on crée... Il y avait quelques restaurants universitaires, surtout autogérés d'ailleurs, avant 1914, mais de plus en plus on crée des lieux de restauration pour les étudiants, des logements pour les étudiants. C'est encore une fois, c'est très, très petit par rapport à ce qu'on peut connaître aujourd'hui. Mais l'État se préoccupe de plus en plus de ces questions dans les années 1930, 1920 et surtout 1930. Et là, effectivement, le Front populaire va créer des institutions assez importantes dès 1936, ce qui peut aussi expliquer ce rééquilibre, recalibrage de l'UNAEF qui s'appelle encore, qui n'est pas encore l'UNAEF avant 1946 sur la ligne républicaine.
Interviewer
Et puis ce contexte de lutte contre les fascismes, parce qu'il faut vraiment saisir pourquoi ces étudiants peuvent se mobiliser, s'organiser à la lutte contre le fascisme. Donc on peut dire que ce moment Front Populaire, c'est le moment où se mettent en place ce qui va donner les institutions d'organisations étudiantes. Par la suite, on entend l'UNEF, on entend ces choses-là, c'est au moment du Front Populaire.
Antonin Dubois
Non, la forme que prend l'UNEF en 1946, c'est l'héritage plus de la résistance et de l'expérience de Vichy, qui recalibre... Alors, évidemment, des étudiants ont pu connaître les années 30... Louis Lauguerre, qui est.
Host 1
Secrétaire des étudiants socialistes de Paris...
Antonin Dubois
Il y a un héritage, évidemment, de l'avance Seconde Guerre mondiale, mais il y a, pour le côté français, une forme d'organisation dont on n'a pas encore parlé, mais c'est les associations corporatives en médecine et en droit. On parle aujourd'hui encore des corpos de médecine, corpos de droit, etc. Mais corporation en 1945, ça sonne un peu trop vichyste. Et c'est là d'où le retour à l'idée syndicale et où on fait tomber le A de Union Nationale des Associations d'étudiants de France qui avait été créé à Lille en 1907. Et on opte pour l'Union Nationale des étudiants de France et dire que c'est un syndicat, s'il n'en a pas forcément la forme légale, mais adopter ce format syndical en 1946.
Interviewer
Donc ça veut dire qu'en un mot, ça y est, on a réussi à mettre en place des institutions qui durent même si les individus changent vu que ce sont des étudiants et ça change régulièrement, ça y est. globalement.
Antonin Dubois
On peut parler même avant 1914, même durant l'entre-deux-guerres, ça c'est déjà en place. C'est la forme syndicale qui est nouvelle après la seconde guerre mondiale.
Interviewer
Merci vivement à tous les deux d'être venus dans le cours de l'histoire pour nous parler de ces organisations étudiantes sur un temps particulièrement long, enfin du 19e siècle avec ce tout petit nombre d'étudiants jusqu'à cette mise en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Organiser les étudiants, Antonin Dubois, c'est votre ouvrage publié aux éditions du Croquant. Quant à vous, Gilles Kandar, je rappelle, un socialisme au pluriel et éducation, ces deux volumes 19e-20e siècle avec Guy Dereux et Christian Laval. Vous faites tout avec Guy Dereux et Christian Laval. De l'éducation de Jean Jaurès, c'est aussi avec eux. Et étudiants et groupes intellectuels de jeunesse, c'est Aden. C'est la revue Aden qu'on peut consulter. Il a quelques années ce numéro, mais toujours d'actualité.
Host 1
Et retrouvé au salon de la revue 15 octobre.
Interviewer
Tout est dit, merci vivement à tous les deux. Prochain épisode dans le cours de l'histoire, fédérons-nous, les femmes s'engagent.
Narrator
Dans tout le domaine, les femmes de chez nous s'efforcent de mesurer leur mérite à celui des hommes. Ce n'est pas un légère comme d'autres le disent, ce n'est pas une idée fixe ni une mode, c'est un vœu, c'est une résolution fervente.
Marius Moutet
Il a fallu environ l'année 1900, un mouvement irrésistible d'émancipation. pour permettre à l'intelligence féminine de s'épanouir enfin.
Le Cours de l'histoire — Sur le chemin de l’université, une histoire studieuse 2/4 : Romantiques, socialistes et pas contents ! Étudiants dans le siècle des révolutions
France Culture
Host: Xavier Mauduit
Guests: Gilles Kandart (historien, Société des études jaurésiennes), Antonin Dubois (maître de conférences, Université de Lorraine)
Date: September 16, 2025
This episode explores the tumultuous and vibrant history of university students during the 19th and early 20th centuries—a period marked in Europe by revolutions, ideological ferment, and burgeoning student organizations. The hosts and guests reflect on the evolving image of the student: from a stereotypically romantic and rebellious young man of bourgeois origin to a complex, diverse social group grappling with questions of organization, collective identity, and political engagement. The focus traverses France, Germany, and broader Europe, unpacking the intersections of student activism, revolutionary movements, the rise of socialism, and the formation of enduring student organizations.
[02:23] Gilles Kandart:
“La figure du jeune qui n’est pas forcément romantique... est quand même un bon révolutionnaire déterminé.”
[04:43] Antonin Dubois:
“La figure de l'étudiant engagé dans les affaires politiques s’impose définitivement.”
[13:24] Antonin Dubois:
“Les étudiants parisiens... se battent contre le pouvoir... mais certains contre les ouvriers en juin 1848."
[17:40] Gilles Kandart:
“Je pense que c’est surtout un souhait” [about the worker-student alliance sung by Pierre Dupont].
[23:10] Antonin Dubois (on generational renewal):
“C’est un problème fondamental pour les étudiants de s’organiser comme groupe.”
[24:18] Gilles Kandart (on “déclassés”):
“Ce sont ces déclassés de la vie sociale qui vont donner les leaders au mouvement ouvrier. Ce qui peut poser aussi des questions.”
[49:40] Suzanne Vattier (anti-fascist organizing):
“Il faut faire quelque chose... une association... qui soit quand même républicaine et contre le fascisme.”
The conversation is lively, erudite, and peppered with historical detail, candid insights, and wry humor. The guests gently debate, nuance, and enrich each other’s perspectives. The hosts draw connections between canonical literary figures and historical events, while the guests bring in concrete examples, demographic context, and case studies. Archival audio and songs give a sense of period atmosphere and illustrate ideological aspirations.
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