
Tout nu et tout bronzé, histoire du corps à la plage
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Xavier Mauduit
Le cours de l'histoire, Xavier Mauduit. Tout nu et tout bronzé, histoire du corps à la plage. Quelle est la meilleure manière de bien bronzer? En avril 1870, le petit journal des peintres en bâtiments et décors nous apporte des éléments de réponse. Avec de la poudre et une bonne couche de vernis gras, le tout appliqué avec une pâte de lièvre et un morceau de velours. Sinon, il est possible d'obtenir un bon bronzage par de l'huile électromagnétique. ou bien du cuivre galvanique. Le bronzage, c'est l'action de bronzer, c'est-à-dire de rendre dur et résistant comme le bronze. Ou alors de couvrir un objet pour lui donner la couleur du bronze. De bronze à brun, il n'y a qu'un pas. Ce pas nous conduit à la plage, sous le soleil exactement, pour exhiber notre corps dénudé. Et voici que nous brunissons. Allez, c'est parti! Pascal Ory, bonjour!
Pascal Ory
Bonjour Xavier Mauduit!
Xavier Mauduit
Ce mot, bronzage, est intéressant. Le bronze, pourquoi pas cuivre? Le cuivrage, je ne sais pas.
Pascal Ory
Et pourquoi pas brunir, etc.? Puisque en allemand ou en anglais, tan, on est dans une autre famille linguistique. C'est le français et à sa suite les langues romanes, l'italien, l'espagnol, le portugais, qui conservent cette métaphore très valorisante, complètement esthétique du bronze. Alors ça m'avait beaucoup intéressé de repérer l'apparition du mot avec toutes les réserves habituelles. On cite souvent Monterland en ce qui concerne le français, d'ailleurs on y reviendra, mais c'est la France qui est pionnière dans ce domaine, en ce qui concerne les corps humains. En 1924, il publie, c'est un de ses premiers textes, une sorte de poème lyrique d'essai sur les Jeux Olympiques. dont bientôt on va célébrer le centenaire des Jeux Olympiques de 1924. Ça s'appelle les Olympiques. Et c'est là qu'on voit que le mot bronzage, je cite exactement, au bronzage des genoux des jeunes éphèbes qui le regardent, qui cessent net, on voit que ça, ça les éphèbes n'a jamais mis de pantalon. Alors en réalité, on voit apparaître le verbe bronzer dans ce sens-là, appliqué à des corps humains en action, un peu plus tôt, mais c'est vraiment à quelques années près. Donc c'est là que ça se situe. J'ai personnellement pour l'instant repéré une première occurrence en 1919, et là ce sont des médecins. On va sans doute en parler, les médecins sont capitaux dans cette histoire. Et un médecin n'hésite pas à parler de corps bronzés à propos d'adolescents qui soignent leur tuberculose. Voilà, on a défini déjà un périmètre.
Xavier Mauduit
Un périmètre et ce périmètre nous conduit dans les années 1920. Nous sommes dans l'entre-deux-guerres. C'est drôlement intéressant ça de voir à un moment précis l'historien que vous êtes, Pascal Horry, évidemment d'un seul coup à les yeux qui s'écarquillent, qui s'éveillent et qui cherchent le pourquoi. Ce discours autour du corps est un discours très long. Le corps coloré lui-même n'est pas lié au soleil. Il y a une histoire du corps coloré, mais c'est cette longue histoire liée à l'idée de race, pour utiliser des mots qu'on employait alors.
Pascal Ory
Quand je me suis préoccupé il y a déjà très longtemps de cette invention du bronzage, j'insiste sur le mot, je n'ai pas fait une histoire du bronzage dans un livre, mais une histoire de cette révolution culturelle, alors je n'hésite pas à dire révolution culturelle, qui consiste à pouvoir basculer en l'espace de peu de temps A la limite, en l'espace de dix ans, c'est quand même très court, à l'échelle de l'humanité, de dix ans, en remontant aux prémices, on peut ajouter une cinquantaine d'années, fin XIXe siècle, début XXe, comment peut-on expliquer aujourd'hui, avec le recul, qu'on ait complètement modifié notre rapport au soleil, qui de prudent, expectatif, voire franchement hostile, Mais ça se passe sur quel corps? Plutôt le corps de la femme que de l'homme. Et de la femme des élites. On y reviendra sans doute. Et bien, comment en est-on passé à exalter l'exposition quasiment permanente au soleil avec ses conséquences, le bronzage, le hâle. Tout ça dans les élites, bien entendu. Mais comment se fait-il qu'on ait complètement renversé ce regard? C'est ça qui m'avait intéressé.
Xavier Mauduit
Oui, là, ce que vous soulignez, c'est la rapidité du phénomène. C'est vrai, quelques dizaines d'années au XXe siècle, c'est formidable déjà. Et surtout dans cette histoire-là, c'est l'inversion complète parce que ces femmes de l'élite, longtemps, en tout cas, c'est la représentation que nous en avons, sont représentés avec la peau claire et diaphane. Est-ce que cela est une réalité? Est-ce que ça correspond vraiment à un discours, un imaginaire appliqué sur ces corps féminins? Et c'est une histoire qui est peut-être millénaire même sur ce corps blanc.
Pascal Ory
Puisque c'est un discours, c'est une réalité. Mais cette réalité n'est qu'un discours, c'est-à-dire que c'est un idéal. C'est un idéal. Et évidemment, il y a une lecture sociale qu'on peut faire. C'est-à-dire que dans les sociétés pré-bronzage, donc, à la limite, l'humanité en tous les cas, limitons-nous à l'Occident, de l'Antiquité jusqu'à 1920, à peu près, il y a une distinction. Justement, c'est une affaire de distinction, comme dirait l'autre. Dans les élites, on ne doit pas ressembler au corps de ceux qui ne sont pas dans l'élite, et surtout de celles qui ne sont pas dans l'élite. Le paysan ne peut pas éviter les coups de soleil. La paysanne ne peut pas éviter les coups de soleil. Mais la femme de distinction, la femme des élites, doit au contraire manifester cette distinction en se protégeant. Et vous avez à ce moment-là des siècles de soins de beauté. Personnellement, quand j'ai écrit ce livre, je me suis plongé dans les manuels de soins de beauté qui ne préoccupaient pas énormément mes collègues jusque-là. Et c'était tout à fait impressionnant de voir qu'il n'y avait jusque dans les années 1920, j'insiste une fois de plus, il n'y avait que des soins pour se protéger du soleil. Alors ça commence avec les grands chapeaux, les voilettes, les survoilettes et puis différentes huiles, différents ongans, produits dont on s'est rendu compte parfois qu'ils étaient extraordinairement toxiques, pour garder la peau blanche. Et ça, ça remonte au moins à la fin de l'Antiquité, car j'avais trouvé aussi une citation dans Sénèque qui laisse entendre que dans les élites romaines, on pourrait commencer à se hâler, mais il s'agit là des hommes qui vont au terme. Donc on est quand même dans une toute autre société. Mais à partir du moment où le christianisme s'installe, on a effectivement cette gradation qui fait que la femme des élites est protégée du soleil, elle est protégée dans sa pureté, la Vierge Marie, c'est toutes les métaphores qu'on connaît dans la poétique romantique, c'est-à-dire le lys, et tout ce qui sera dans cette direction-là, jusqu'à ce fameux basculement des années 20.
Xavier Mauduit
L'invention du bronzage, votre ouvrage Pascal Aurier, c'est passionnant effectivement, nous l'entendons, c'est une histoire sociale, une histoire du genre aussi parce que c'est très important et dans cette lecture-là, histoire du genre, la place des femmes, histoire sociale, Il faut souligner que, et vous l'avez dit, les paysannes ne peuvent pas se protéger du soleil. Et quand nous réfléchissons à la nudité, nous pensons souvent que le corps est sans cesse couvert. Mais dans la réalité pratique du travail de la paysanne, de celle qui va laver le linge, le corps est facilement dénudé. Il y a aussi cette importance-là à prendre en compte.
Pascal Ory
étant bien entendu, et là l'éclair une fois de plus joue un rôle important, que la pudeur contraint à limiter cette exposition, mais on n'y échappe pas complètement. J'ajoute que l'homme des élites, guerrier ou pas, il s'expose, même beaucoup s'il est guerrier. Il peut avoir des armures, tout ce qu'on veut, mais au total il s'expose. Donc ce qui est important, c'est qu'il ait, je dirais, une expression peut-être un peu vulgaire, il est en stock une femme qui, elle, est épargnée. Et donc, c'est la femme de l'homme des élites qui prouve qu'il fait partie de ces élites. Mais bon sang, pourquoi est-ce que ça bascule?
Xavier Mauduit
Oui, mais c'est vraiment ça, c'est vraiment la question, c'est le pourquoi est-ce que ça bascule? Pascal Laurie, d'ailleurs, ce basculement n'est pas une évidence. Ce n'est pas l'ensemble de la société qui d'un coup admet que le bronzage ce n'est pas si mal que ça. Que se passe-t-il? Comment expliquer qu'au début du XXe siècle, principalement dans les années 1920, l'idée que le bronzage ce n'est pas si mal s'impose peu à peu?
Pascal Ory
Alors, ça part des élites, parce que j'ai beaucoup parlé des élites, mais il faut savoir que ces révolutions, comme beaucoup de révolutions culturelles, beaucoup d'avant-garde partent des élites. Ça part du haut vers le bas, et pas l'inverse, bien entendu. Il y avait deux thèses avant mon livre, grosso modo une thèse élitiste, c'est Gabrielle Chanel, par exemple. Elle aurait tout inventé, dans les années 20, elle s'expose plus que les autres, etc. Bon, c'est absolument inexact. A elle toute seule, elle ne pouvait pas faire basculer, à la limite, l'Occident?
Xavier Mauduit
Non.
Pascal Ory
Elle a participé d'un mouvement d'avant-garde qui modifiait, évidemment, le rapport au corps féminin. Et elle a pris ça en main. Elle, une femme, ça c'est très important. Mais, en ce qui concerne le bons âges, c'est purement mythique. Et puis, vous aviez l'argument populaire, populiste, démocratique, c'était les congés payés. D'abord, ça n'aurait concerné que la France. Non, parce qu'au moment des congés payés, ça, les congés payés ont joué un rôle. En particulier, c'est à ce moment-là qu'un commerçant avisé, mais grand chimiste, qui avait créé l'entreprise L'Oréal, prononçons le mot, lance Ambre Solaire. Donc oui, mais les congés payés interviennent alors que la mode du bronzage est déjà lancée dans les élites.
Xavier Mauduit
Oui, dans les élites, parce que pour les gens qui sont à l'extérieur, sous le soleil, et bien cette chaleur que nous apprécions beaucoup, ce qui chauffe la peau, n'est pas si bénéfique.
Pascal Ory
Galinette. France Culture. Si nous avons encore quelques bonnes journées
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comme ça, c'est pas avec deux ou trois bidons qu'il pourra sauver les maïs, le potager et tout le reste.
Xavier Mauduit
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Jean de Flaurette, Pagnol évidemment, bon ici c'est évidemment Yves Montand et Daniel Auteuil. Nous sommes dans les années 1920. Avec Jean de Flaurette, eh bien oui, là le soleil n'est pas forcément un ami. Alors dans ce discours autour du soleil, il y a le discours paysan du soleil qui peut détruire les récoltes, bien sûr, il y a le discours médical aussi. Est-ce que le soleil est considéré comme un ami par les médecins?
Pascal Ory
Pour être clair, ce que j'ai découvert en travaillant il y a déjà pas mal d'années là-dessus, c'est que le corps, en jouant sur les mots, le corps le plus important c'est le corps médical. C'est là que ça bascule. Mais c'est relayé, on en parlera sans doute, par le commerce, par les artistes, par diverses stratégies, par les réformateurs sociaux dont Pierre de Coubertin va faire partie, etc. Bon, commençons par les médecins. Il y a à la fin du XIXe siècle, en Europe occidentale, en particulier dans les pays germaniques au départ, puis en Suisse, même francophone, et finalement ça finit par concerner la France, un mouvement qui déjà à l'époque s'affirme souvent comme naturiste. Non pas qu'il soit nudiste, mais ça donnera aussi le nudisme, on en reparlera peut-être, qui se développe surtout en Allemagne dans un premier temps, dans les années 1900. Mais c'est tout simplement l'idée que, bon d'accord, Pasteur, Claude Bernard, tout ce que vous voulez, mais quand même, retournons aux fondamentaux et soignons, voire même guérissons, par quoi? Par l'eau. Alors c'est très intéressant, vous avez un personnage dont le nom est resté, un certain Knepp, qui est un curé bavarois, qui, non pas invente, mais qui théorise l'hydrothérapie à contre-courant. On est en 1886, à contre-courant de Pasteur et compagnie. On peut soigner, on peut guérir par des bains d'eau. Et vous aurez bientôt quelqu'un qui parlera de bains de soleil. C'est pour ça qu'on parlait de bains de soleil. À partir de l'hydrothérapie, il va y avoir l'héliothérapie. Et entre les deux, il y a l'aérisme, les bains atmosphériques. Et à chaque fois, vous avez un nom de nom d'innom qui sont des médecins ou des semi-médecins. Ce prêtre bavarois, c'est presque un guérisseur. Vous avez donc des semi-médecins et puis de plus en plus des médecins un peu marginaux par rapport à la majorité qui disent mais l'eau, l'air, le soleil peuvent soigner et guérir. Et l'importance d'ailleurs de la Suisse se vérifie parce que vous avez l'un de ces chirurgiens qui va dire mais j'ai soigné en m'inspirant de la viande des grisons. J'ai vu que la dessication, l'exposition au soleil pourrait être curative. Et peu à peu, ça gagne. Ça va gagner les réformateurs sociaux, les éducateurs qui vont dire mais ouvrons les écoles au plein air. On crée des colonies de vacances, ça part de la Suisse et de l'Autriche comme par hasard. Il y a tout un mouvement assez germanique mais qui gagne, c'est quand même très frappant pour un mouvement d'essence germanique, assez facilement la France.
Xavier Mauduit
Il y a un paradoxe Pascal Horry dans cette histoire, c'est que vous nous expliquez ce mouvement et c'est passionnant, nous voyons que le soleil est regardé d'une manière particulière par certains, pas par tout le monde. Le 19ème siècle, C'est encore le siècle où le soleil est un petit peu suspect. Et pourtant, c'est le siècle des stations balnéaires. Tout le littoral se couvre de stations balnéaires. Alors là, paradoxe sans nom, comment fait-on? Comment fait-on pour réussir à aller se baigner dans la mer, mais sans exposer son corps?
Pascal Ory
Pour reprendre votre formule, le littoral se couvre de stations, mais les baigneurs se couvrent de vêtements. Et ils vont parfois en cabine roulante jusqu'à l'eau. Alain Corbin et d'autres ont bien montré ça. Donc on a fait un grand pas vers en particulier le bain, le bain un peu libre quand même, exposé. Ça c'est entre autres un incommun qu'il avait bien montré au XVIIe siècle. Se jeter dans l'eau c'est abominable. Et d'ailleurs quand on y réfléchit pourquoi, mon dieu, pourquoi va-t-on passer son temps à faire les 100 pas sur le sable? C'est pas très agréable le sable. On reçoit les embruns, on attrape des coups de soleil. Franchement, d'un point de vue encore au XVIIe, XVIIIe siècle, c'est complètement absurde. Donc qu'est-ce qui est en train de bouger? Il y a effectivement ce discours médical, en particulier en ce qui concerne la maladie, j'allais dire, du siècle à ce moment-là, qui est la tuberculose. D'où, ça part aussi du monde germanique, mais ça conquiert vite le monde français, les sanatoriums, les aériums, les préventoriums, etc. Et l'idée qu'à ce moment-là, si le soleil est curatif pour la tuberculose, aujourd'hui on sait que c'était inexact, mais vous savez, à partir du moment où on le croit, pour un historien c'est l'essentiel. On sait que ce qui était important c'était plutôt l'isolement. par rapport à la société standard, qui pouvait contribuer à une certaine guérison. Ce n'était pas l'exposition au soleil. Mais à partir du moment, on croit, où vous avez des architectes spécialisés qui vont créer des solariums, etc., il est évident que toute la société va se mettre en branle. Et vous avez à ce moment-là des militants qui affirment qu'il faut s'exposer le plus possible, et ça commence par les enfants. D'où d'ailleurs l'allusion tout à l'heure de Monterland à des adolescents. Et dans les années 1900-1910, donc on est avant le basculement du vrai bronzage, on peut dire que ça y est c'est lancé, vous avez des Cliniques du Soleil, en Suisse évidemment, en Autriche, en France, vous avez des manuels, vous avez des congrès d'héliothérapie, et on peut dire que l'essentiel est déjà posé. Mais ce qui est intéressant pour notre sujet, Xavier, c'est que les instituts de beauté, parce que je me suis plongé aussi dans les catalogues, Elena Rubinstein, Elisabeth Arden, Clitia, etc. Jusqu'en 1925, il n'y a aucune recette pour bronzer. C'est assez dire que la société civile et le commerce... Parce que certains disent, oui, tout ça c'est commercial, ça a été lancé par... Mais non! Les marchands, ils sont... Vraiment, ils collent à la mode, et pour l'instant la mode c'est de se protéger. Donc ils ne proposent absolument rien, ils sont dépassés par les événements. D'ailleurs ça se voit très bien dans les articles de Vogue des années 20, ou là où ça se passe, dans le magazine Vogue, on voit bien qu'Elisabeth Arden et Lena Robinson sont dépassés par les événements, parce qu'elles trouvent complètement stupide de s'exposer au soleil. Ça se passe ailleurs.
Xavier Mauduit
Ça se passe ailleurs et dans cette exposition au soleil, la question de la nudité n'est pas une évidence. Il est possible de s'exposer au soleil sans être nu. Il y a ce mouvement naturiste et ça c'est très intéressant de voir comment il se développe au XIXe siècle et puis principalement au XXe siècle avec vraiment beaucoup de réflexions. Mais tout ce que vous nous racontez là, Pascal Ory, ne nécessite pas obligatoirement d'exposer entièrement son corps.
Pascal Ory
Et surtout d'entretenir ensuite. Ça, c'est-à-dire que ce qui est très intéressant, c'est de voir basculer pour le coup dans les années 30, dans les magazines qui sont d'abord destinés aux élites comme Vogue, édition française. Pourquoi d'ailleurs est-il une édition française de Vogue? Tout ça c'est de la grande histoire, c'est parce qu'il y a eu la guerre de 14-18. et que ce magazine américain, désormais, est une référence en France, et les troupes américaines sortirent, mais Vogue s'installe en France. Oui, c'est très cohérent, il faut toujours penser à ces chevauchements. Dans le magazine Vogue, on voit vers 1919-1920 une sorte de prudence vraiment très frileuse, à l'égard des premières excentriques qui s'exposent, donc il y a un petit mouvement d'avant-garde, puis ça retombe, Il y a sans doute un lien avec la 14-18 et le retour à la paix. Mais en revanche, à la fin des années 20, c'est parti. En revanche, les magazines plus populaires, le petit écho de la mode, est absolument hostile à ce qui est déjà en effet une vogue. Donc on a à peu près l'élément. Et en plus, dernière remarque, on s'expose l'été. puisqu'on est à l'hémisphère nord, etc. Pour passer à un bronzage permanent, c'est une autre affaire, mais à la veille de la Seconde Guerre mondiale, on en est déjà là. Et il y a un magazine qui représente les jeunes, les filles d'électrices du Petit École de la Mode, c'est Marie-Claire. Marie-Claire qui est l'ancêtre de elle, c'est-à-dire un Marie-Claire hebdomadaire et non pas mensuelle, et qui dit clairement, en 1937, ça, c'est un passionné, « Chère petite Marie-Claire », alors la petite Marie-Claire, elle travaille. Elle a un salaire, elle n'est pas seulement sténodactylo comme le veut le mythe, mais enfin on voit très bien qu'elle fait du secrétariat, elle est formée chez Pigier, etc. Et elle se retrouve avec cette question, faut-il entretenir son bronzage en septembre? C'est une
Xavier Mauduit
grave question. Une question très
Pascal Ory
contemporaine d'ailleurs. Et on voit bien que les rédactrices de Marie-Claire, qui sont souvent d'ailleurs des rédacteurs sous pseudonyme féminin pendant le premier temps, ne savent pas comment répondre parce qu'ils se disent, dans quel sens devons-nous brosser? Et finalement, on sent bien qu'ils vont succomber. Et en 1939, mais c'est 1939, tout triomphe, y compris ce qu'on appellera après-guerre le bikini. Parce que le bikini, on dit toujours en 1946, Louis Réard, d'accord, et le nom est significatif. Mais le maillot deux pièces, il a déjà été lancé en France par un couturier qui s'appelle Jacques M en 1932. Et dans Marie Claire pour l'été 39, été qui sera un petit peu perturbé, pour l'été 39, il est évident que l'élégante doit être un maillot
Xavier Mauduit
deux pièces. Oui, parce que c'est ça qui est aussi lié à notre histoire du corps. C'est ce corps dénudé, bien sûr, mais ce corps couvert, alors couvert
Pascal Ory
parfois... De moins en
Xavier Mauduit
moins couvert. Voilà, de moins en moins couvert. Allez, juste
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un bikini. Enfin, il faut faire une place dans ce monde d'aujourd'hui à l'expérience nouvelle qui vient d'être faite de la bombe Hache dans l'atoll de Bikini. Pour la première fois, la bombe a été larguée d'un avion volant à 11 000 m au-dessus d'une cible tracée sur l'îlot de Namur. Les appareils de contrôle ont enregistré à 55 km les effets de cette bombe qui équivaut à 15 bombes modèle Hiroshima. Une boule de feu de 5 km de rayon a semblé naître à 3000 m du sol du champignon maintenant classique. Allons, le progrès poursuit
Xavier Mauduit
sa marche. Le journal des actualités françaises en mai 1956 qui évoquait l'essai nucléaire sur bikini. Vous parliez, Pascal Lory, de chevauchement. Mais c'est ça, le chevauchement parfois nous étonne au sens où le bikini-vêtement est relié à un
Pascal Ory
autre bikini. Oui, Louis Réard est un entrepreneur qui a compris l'importance des symboles, de la publicité, etc. Et relançant, en effet, le maillot de pièce qui est pourtant déjà installé dans les élites avant-guerre, il saisit au vol, si j'ose dire, l'explosion de Bikini. C'était très risqué, quand même, et ça a marché à tel point qu'on a oublié l'origine nucléaire, que rappelle votre extrait de ce mot. C'est le même Réard, sauf erreur, qui va essayer de lancer le Monokini, une génération après. Ce qui est intéressant, c'est de noter l'importance de ces médiateurs. Par exemple, Jean Patou. J'ai découvert Jean Patou en travaillant à ce livre parce que c'est une sorte de Gabriel Chanel masculin avec une audace un peu provocatrice, destinée aux élites toujours. D'ailleurs, ce Patou a tellement le génie de l'élite qu'en pleine crise économique, En 1930, il lance Joy, qui existe toujours, le parfum Joy, avec comme publicité le parfum le plus cher du monde, en pleine crise, et ça marche évidemment! Évidemment que ça marche, parce que là c'est un élément de distinction. Mais le même Patou, qui a lancé le sportswear, comme on dit maintenant, qui avait une égérie, comme on dit maintenant, qui était tout simplement Suzanne Langlène, cette extraordinaire tennis woman, qui a joué un rôle important dans l'émancipation de la femme, à travers un très bel exemple de réussite d'héroïne sportive, Patou a inventé la première huile bronzante de l'histoire de l'humanité. L'huile de Caldé, alors les noms, aujourd'hui ça ne dirait plus grand-chose. On a affaire à des gens qui ont une culture judéo-chrétienne, antique, la caldée ou en caldée, etc. L'huile de caldée 1927, c'est une date absolument historique. Et c'est un parfumeur qui est en fait un couturier au départ, comme
Xavier Mauduit
Gabriel Chanel. en sein de ses commerçants, donc les couturiers Chanel, Patou, et puis de la couture il y a le parfum, et puis il y a toutes ces crèmes, vous avez cité le Réal, Pascal Horry. Dans cette histoire-là, c'est vrai qu'il y a énormément de faisceaux, il est très dur aussi pour l'historien, et là je vais vous poser des questions de méthode parce que moi je voudrais comprendre. C'est très difficile parce que tout se chevauche, tout est extrêmement fin. Qui induit quoi? Vous nous avez dit qu'il y a des phénomènes de société suivis ensuite par les commerçants. Vaut-il plutôt proposer une poudre qui permet de blanchir la peau ou alors une crème qui va permettre de bronzer? Comment travaille-t-on à partir de ça? Donc la
Pascal Ory
presse beaucoup? Alors on travaille à partir d'un constat qu'il faut documenter et vérifier. Est-ce qu'il y a eu vraiment un basculement? C'est à cette époque-là que je me suis plongé dans la littérature, des soins de beauté, des magazines féminins, des magazines de loisirs qui commencent à apparaître, etc. fortifier le constat, parce que si le constat était inexact, on se rend compte que c'est à la fois très concentré après la première guerre mondiale, plutôt en France qu'ailleurs, c'est très important, parce que, tout simplement, le modèle de l'élégance féminine reste la France. Donc l'américaine, l'anglaise, la bolivienne qui rêve devant des magazines, Souvent l'édition française et non pas américaine de Vogue, etc. Mais une fois qu'on a constaté ça, effectivement, il faut tester des hypothèses et on voit qu'il y a des convergences. Les titres de mes chapitres, ça s'appelle accompagner, soigner, modeler et jouir. Voilà, donc ça se superpose. L'un fait la courte échelle à l'autre, le sport va intervenir. Mais je pense que ce qui est quand même capital, c'est la médecine. dans un rapport subtil avec ce qu'on appellera plus tard la société civile, qui, elle, s'ouvre à des activités sportives tournées vers les femmes. Pierre de Coubertin est tout à fait hostile, mais il est dépassé par les événements. Lui, par exemple, il a encore utilisé bronzer au sens traditionnel, parce que la métaphore du bronzage a été très utilisée par des intellectuels virilistes. Ils font bronzer ou re-bronzer la jeunesse française, dit Coubertin. Mais le mouvement sportif déborde complètement l'olympisme élitiste de Coubertin. Et là, à ce moment-là, on voit très bien comment on passe de Suzanne Langlène au
Xavier Mauduit
congé payé. Bronzer, c'est endurcir. C'est couvrir de la couleur bronze, mais c'est endurcir
Pascal Ory
pour certains. Pour la génération d'avant. Mais là, ça consiste à être beau comme une statue grecque. C'est quand même ça. Donc, du coup, l'homoérotisme de Montherland ou l'érotisme de tant d'autres. Et en face, qu'est-ce que vous avez? Vous avez un certain nombre de médecins, Paul Carton, qui sont, par ailleurs, assez médecine naturelle. On dit déjà très souvent médecine naturelle, il faut insister là-dessus. Mais qui sont, eux, plutôt racistes, conservateurs. Le nudisme, le naturisme, ça va de l'extrême droite à l'extrême gauche, attention. Et ceux-là sont effrayés par le métissage. Ils disent mais ces femmes vont devenir
Xavier Mauduit
des négresses. Et voilà, tout de suite, il y a toutes ces questions qui se posent. Et Pascal Horry, on peut faire un peu d'égo-histoire pour pas que les auditeurs, les auditrices se trompent de livre. Nous parlons de l'invention du bronzage, votre ouvrage, et non pas ce côté obscur du peuple. C'est votre autre ouvrage chez Bouquin qui réunit vos textes. Mais c'est très intéressant, dans cette démarche historien du social, historien du politique, réflexion sur le peuple et Cette histoire du bronzage, de l'invention du bronzage, c'est très intéressant aussi parce qu'il y a une histoire populaire et vous l'évoquez, certains partisans du bronzage ou certains opposants ne font pas que ça de leur vie. Evidemment, ils s'inscrivent dans une histoire plus large avec des engagements, certains
Pascal Ory
antisémites, racistes. Oui, en ce qui concerne le nudisme, parfois donc significativement appelé naturisme. Dans ma jeunesse, on disait naturisme, ça voulait dire nudisme, très largement d'origine germanique. Pour se limiter à l'Allemagne, on a tous les spectres politiques. Et vous avez un nudisme libertaire qui va s'épanouir pendant la guerre de 14-18 dans cet endroit étonnant qui s'appelle Monte Verita. dans le canton du Tessin, qui est une communauté, dirait-on aujourd'hui, utopique, et qui a plusieurs caractéristiques libertaires, dont le nudisme. Mais vous avez un nudisme nazi! et un nudisme aristocratique, la Nudo Natio, etc. Donc, il y a un vrai débat. Dans les années 30, quand il y a des reportages, il commence à y en avoir pas mal sur les camps de nudistes, en France, Heliopolis, Ile-du-Levant, etc. Ce sont souvent des magazines plutôt à droite, voire d'extrême droite. Alors, il s'y mêle un côté voyeuriste, mais aussi, après tout, il ne faut pas imaginer que ce soit forcément progressiste, libérateur et libertaire. C'est beaucoup
Xavier Mauduit
plus complexe. Et puis dans cette histoire, il y a effectivement une histoire du peuple avec une élite qui peut être toute nue, mais là, nous sommes dans un cercle fermé. Et puis, vous l'avez évoqué, il y a ce moment majeur, celui des congés payés où le peuple, c'est Lorie que vous connaissez bien, en tout cas, l'histoire du peuple. Eh bien, le peuple est bronzé, mais différemment. Ce n'est plus le bronzage du travailleur dans les champs, c'est le bronzage du congé payé à
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la plage. En juin 1936, les travailleurs de France ont conquis deux semaines de
Singer / Performer (possibly Dalida or Carlos)
congés
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payés. Chaque été, on ferme, on part, on s'en va, la clé sous la porte, la joie dans le cœur, vers la campagne et le grand air, vers la montagne et vers la mer, vers le soleil et la santé, par le rail et par
Xavier Mauduit
la route. Ce sont les cinéarchives du Parti Communiste Français, les congés payés, 1936. Le bronzage, c'est clair, vous nous l'avez dit, il est déjà inventé, il est déjà là. Que changent les congés payés avec cette histoire
Pascal Ory
du bronzage? Si on revient 30 secondes sur les congés payés en eux-mêmes, d'abord c'est une mesure qui vient de Léon Blum parce qu'elle ne figurait pas dans le programme du Rassemblement Populaire. Pour des raisons biographiques, Blum se préoccupait des loisirs du travailleur depuis très longtemps. Deuxième remarque, bien entendu il s'agit de généraliser une réforme qui existe déjà par exemple pour les fonctionnaires. La grande nouveauté c'est que ça va concerner tous les travailleurs, il y a tout un débat d'ailleurs sur les congés payés des ouvriers agricoles et on imagine bien que dans les milieux agricoles certains sont profondément hostiles à cette réforme. Et d'autre part c'est surtout le libéralisme de l'attribution des congés payés parce que certains pays avaient même commencé à attribuer des congés payés assez largement mais pas deux semaines dans des conditions extrêmement faciles d'accès. Alors le rapport au bronzage il est indirect parce que l'essentiel c'est déjà de sortir de l'endroit où on travaille et on sait qu'aujourd'hui les masses vont arriver en 37 parce que la mesure est prise en mai-juin. Donc en réalité, C-37, que ça bat son plein. Mais au même moment, il y a effectivement Jens Schueller, il y a effectivement L'Oréal, qui vient de tester en 1935 ambre solaire, qui est un certain type de crème, différent de l'huile aristocratique de Kaldé et de Jean Patou réunis, moins chère, et là on est déjà dans cette logique qui va aboutir après-guerre à toutes les publicités autour des pin-up, enfin, pin-up, ça nous vient là aussi de la seconde guerre mondiale et de l'armée américaine, il faut se le rappeler. Donc il y a effectivement cette contemporanéité, Marie-Claire commence à apparaître en 1937, donc on peut dire que les classes moyennes, exemple Marie-Claire, les classes populaires, mais avec beaucoup de prudence parce qu'il s'agit surtout d'aller profiter du monnaire, mais la question du bronzage ne peut plus apparaître comme privilège. de
Xavier Mauduit
quelques élites. Et cette question du bronzage apparaît malgré tout dans les caricatures de presse parce que le congé payé qui part en vacances, on le voit bronzé. Mais alors, parce qu'il a juste l'avant-bras bronzé, il a le visage bronzé, pour le reste il est
Pascal Ory
tout blanc. On va se moquer
Xavier Mauduit
de lui. Il n'a pas entretenu son corps toute l'année, il n'a pas fait du tennis, il n'a pas fait du golf, il n'a pas su faire de la natation. Et il y a ce jeu aussi que l'on retrouve toujours dans ces distinctions sociales. Oui, il faut avoir un corps bronzé, mais très vite. Il faut éviter les coups
Pascal Ory
de soleil. Le Front Populaire était également à l'origine du brevet sportif populaire. qui est une manière d'encourager la pratique sportive dans le cadre scolaire, mais en espérant qu'au-delà, et qui permet, alors là, à la plupart des jeunes enfants, des classes en particulier populaires, d'avoir ce fameux brevet, donc d'avoir une sorte de ticket symbolique d'accès au sport, Après, les activités sportives sont très clivées. On peut dire que l'activité sportive la plus populaire à l'époque est celle qui est la plus liée à la vie quotidienne de la classe ouvrière et au-delà, à savoir le cyclisme. C'est un sport mais en même temps c'est un moyen de transport. Evidemment, mais le Front Populaire va lancer un programme, encore arrivé à l'époque, de ski populaire et de tennis populaire. Bon, ce sera modeste, mais l'intention
Xavier Mauduit
est là. Et peut-on dire que ça y est, dans les années 1930, ou en tout cas à la fin des années 1930, l'idée du bronzage s'est imposée. Y a-t-il des discours de contestation
Pascal Ory
du bronzage? Oui, chez ces élitistes parfois proches de l'extrême droite comme Alexis Carrel, qui considère que, en tant que médecin, qu'il y a un grand danger. Alors il faut savoir que le discours médical sur les dangers de l'exposition au soleil a toujours existé. Mais ça c'est une grande leçon pour l'histoire en général, l'histoire culturelle en particulier. Il n'y a de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. La société n'a pas du tout envie d'entendre ces médecins-là. Elle va commencer à les entendre au milieu des années 70. Donc le mouvement qu'on est en train d'écrire, Xavier, va poursuivre sur son air jusqu'au milieu des années 70. On va voir apparaître, comme par hasard en Allemagne, les lits bronzants, les instituts qui vous permettent d'être bronzés avant de vous exposer au soleil. Et franchement, l'apothéose, c'est au milieu des années 70. Et là, le discours critique, inquiet, alarmiste, va commencer à
Xavier Mauduit
être entendu. Oui, mais
Pascal Ory
seulement là. Seulement à
Xavier Mauduit
ce moment-là. Seulement à ce moment-là, parce que sur ce long cheminement, sur cette longue histoire de l'invention du bronzage et du bronzage qui s'affirme, vous nous l'avez dit Pascal Horry, il y a un moment des pin-up, moment essentiel ces
Archive Narrator / Historical Clip Speaker
petites pin-up. Ici on est toutes aussi dévêtues, mais ce n'est peut-être pas pour nager, c'est plutôt pour se faire voir. Ces belles filles exhibent des costumes de bain devant un public et un jury qui s'intéressent plus au contenu qu'au contenant. Paulette Dubost n'a pas l'air de s'ennuyer et Madeleine Sologne remet à la gagnante une coupe dans laquelle tiendrait à peine
Xavier Mauduit
son maillot. En 1946, fête de l'eau et concours de maillots à la piscine Molitor à Paris. Des archives qui piquent toujours un peu après la Seconde Guerre mondiale. Là, nous avons ici le corps qui se monte. Parce que c'est très important aussi dans cette histoire du bronzage de réfléchir à l'histoire du corps qui s'exhibe. C'est des ruptures très nettes. Vous avez évoqué ces maillots des premiers temps qui couvraient le corps, qui disparaissent peu à peu. Et après la Seconde Guerre mondiale, ça y est, le corps peut
Pascal Ory
se voir. Oui, ce qui pose, avec aussi cette archive sonore tout à fait intéressante dont on imagine ce qu'on peut faire aujourd'hui, dans une perspective genrée, la question de savoir, et j'affirme dans ce livre et j'essaie de documenter l'affirmation, que ça participe de l'histoire de l'émancipation féminine aussi, parce que la femme objet, etc. Oui, mais il y a une autonomisation de ces pratiques. Les magazines féminins ne demandent plus leur conseil à une sorte de jury masculin. Il y a clairement une autonomie, qui concerne plutôt les classes moyennes à l'arrivée, liée aussi à la pratique du sport. Donc il y a tous ces signes qui accompagnent la fameuse coupe des cheveux des femmes. D'ailleurs, il y a pas mal de légendes là-dessus. Le lien avec 14-18 n'est Il n'est pas niable, mais il n'est pas essentiel. J'avais fait travailler une étudiante sur, effectivement, le fait qu'avant 1914, il y a déjà une mode de coupe de cheveux qui est liée plutôt à l'affirmation de la virilité des femmes, modèle Jeanne d'Arc. C'est la coupe à la Jeanne d'Arc. Donc c'est pas tout à fait la même perspective que l'ouvrière qui est obligé de travailler en usine. C'est important, mais ça n'a pas été essentiel. Dans la symbolique, c'était autant Jeanne d'Arc. et puis le raccourcissement des jupes, etc. Donc le corps féminin s'expose. On peut dire que oui, c'est un regard de mâle, dominateur, sauf que c'est plein d'autonomie. D'ailleurs, Gabrielle Chanel, c'est tout à fait ça. C'est une femme qui vient quand même de très bas, socialement, qui vient même de la province la plus profonde, si je peux me permettre, qui est une femme entretenue. Clairement, et qui prend la direction de son destin. Donc voilà, on ne peut pas uniquement rattacher ça à un rapport genré, traditionnel, où la domination mâle s'exprimerait même là. Elle échappe au mâle
Xavier Mauduit
très largement. C'est ça d'ailleurs qui est passionnant dans cette histoire. Vous parlez de la coupe des cheveux, et avec toujours ces nuances, et c'est bien d'entendre l'historien qui affirme, et c'est très juste, que tout ne se fait pas d'un claquement de doigts à un moment donné. Ce sont des évolutions très lentes. Pour le corps, il n'y a pas que les cheveux, il y a les poils, il y a la pilosité. Et cette histoire du bronzage du corps qui s'exprime, c'est une histoire aussi d'une lutte, ou non, contre
Pascal Ory
le poil. Oui, c'est aussi une histoire, je l'évoque rapidement à la fin du livre, du rapport au noir, à la couleur, mais au supposé race noir, avec cette différence que, effectivement, c'est un rapprochement par rapport, effectivement, c'est dominé de couleurs sombres. avec la supériorité qu'a le blanc qui se fait bronzer, que
Xavier Mauduit
c'est réversible. Et oui, c'est vrai que ça
Pascal Ory
change beaucoup. Mais quand même, écoutez, on a beaucoup évoqué, j'y ai participé personnellement à l'occasion de sa panthéonisation de Josephine Baker, il est clair qu'il y a l'affirmation pendant cette entre-deux-guerres, et en France, par exemple, pas aux Etats-Unis, il faut quand même insister là-dessus, d'une beauté noire qui n'est pas que instrumentalisée. Si on ramène tout à l'instrumentalisation, on ne comprend rien à l'histoire de
Xavier Mauduit
cette époque. Et puis toute une réflexion de code, de capacité à comprendre. Si nous parlons des couleurs, la couleur du bronzage, c'est vrai que nous utilisons ces mots blancs, noirs, qui sont ces mots qui traversent les siècles. Nous sommes plutôt roses, Pascal, il faut le lire, nous ne sommes pas tellement blancs. Nous sommes rosés, plus ou moins rosés, plus ou moins bronzés, parfois très rouges quand c'est le coup de soleil. Mais tout Ces couleurs sont décryptées, c'est ça qui est passionnant. Ah, lui, il prend un coup
Pascal Ory
de soleil. Oui, il faut préciser que tout ce que nous venons de dire depuis le début de l'émission concerne un Occident qui a désormais quand même une valorisation du Hall. Vous avez quantité de société, ou au contraire, c'est le rapport à la clarté, voire à la blancheur, qui continue à être privilégié. Il est évident que l'extrême-orient asiatique est sur d'autres bases, que les Antilles sont sur d'autres bases, et qu'encore aujourd'hui, dans beaucoup de ces pays, au Caraïbe ou ailleurs, il reste plus que quelque chose d'une hiérarchie liée à la couleur de la peau, mais en sens inverse, être le plus
Xavier Mauduit
clair possible. Et ça c'est ce que vous soulignez, en plus le bronzage est réversible, c'est très important aussi
Pascal Ory
cette idée-là. Ça
Xavier Mauduit
change tout. C'est comme un tatouage aux aînés quoi, on peut espérer qu'il parte
Pascal Ory
un moment. Alors je signale que la fin de la grande vogue du bronzage correspond à une révolution symétrique qu'on a rattachée là aussi par une perspective un peu avant-gardiste à la mode punk mais qui est incontestablement celle qui fait qu'aujourd'hui, ça c'est un vrai sujet, nous sommes dans une société qui se tatoue et qui se perce. Autre révolution culturelle, à l'échelle des millénaires. Ce qui s'est passé sous nos yeux, enfin sous mes yeux. Imaginez que quand je donnais des cours il y a encore peu de temps dans un amphithéâtre, je parlais désormais à des hommes et des femmes qui étaient assez largement tatoués par rapport à ma jeunesse. Mais ça, si la notion de révolution culturelle a un sens, elle
Xavier Mauduit
est là. Pascal Horibe, vous êtes professeur émérite d'histoire à la Sorbonne Parisien, spécialiste d'histoire culturelle et membre de l'Académie française. Et je ne sais pas s'il y a beaucoup de tatoués à l'Académie, il doit y
Pascal Ory
en avoir. Je ne l'ai pas
Xavier Mauduit
encore vérifié. Il doit y en avoir. Et dans cette histoire du corps, de la nudité et du corps à la plage, parfois un corps nu, il y a la question, et là aussi révolution culturelle, de la poitrine. Oui, des
Pascal Ory
seins nus. Montrer votre poitrine, ça ne vous
Interviewee / Beachgoer
gêne pas?
Pascal Ory
Absolument pas. Est-ce que vous avez l'impression
Archive Narrator / Historical Clip Speaker
d'être indécente? Pas
Pascal Ory
du tout. Où est-ce qu'elle commence l'indécence
Interviewee / Beachgoer
pour vous? De toute façon, pas quand on est nu. Non, l'indécence, je trouve qu'il est indécent de se promener dans Saint-Tropez en maillot
Pascal Ory
de bain.
Interviewee / Beachgoer
En ville. Mais sur les plages, on peut être même tout nu. Ce n'est pas gênant du tout. Je suis venue en vacances pour me faire briser, bien sûr. Et j'ai trouvé ça tellement agréable de pouvoir se mettre à l'aise, se faire bronzer torse nu, que personne ne vous remarque. Je trouve ça terrible et vous voyez, je l'ai fait dès le premier jour, je ne pense pas avoir de mal. Je trouve ça vraiment
Xavier Mauduit
très agréable. Oui, c'est très agréable, le bronzage topless dans les années 1970. Pascal Horry, le corps se dévoile de plus en plus. Cette histoire du rapport au corps, cette histoire sociale, c'est aussi une acceptation. Parce que le fait d'être sannu, c'est quelque chose qui s'écrit. Là aussi, depuis très longtemps, il n'y a qu'à voir les représentations des peintures avec toutes ces déesses. L'acceptation, c'est autre chose. Et dans les années 60-70, il y a une révolution
Pascal Ory
du regard. Oui, et puis la popularisation, parce que ce qu'on réservera aux déesses ou à des sociétés aussi exotiques, est-ce qu'on va l'accepter dans le commun des loisirs? Le maître mot est sans doute loisirs, civilisation des loisirs d'Occident. Et c'est ça, toute cette histoire. Je pense que ce sont des enjeux historiographiques aussi importants que
Xavier Mauduit
les autres. Oui, ce sont des enjeux très forts parce que depuis que nous échangeons Pascal Horry, j'entends très bien que cette invention du bronzage, vous avez écrite, est largement plus qu'une invention qui se limite à un petit bout de sable sur la plage, au coin de la serviette. C'est une histoire sociale et politique beaucoup, beaucoup
Pascal Ory
plus large. J'ai placé mon livre sous l'égide d'une phrase que vous avez peut-être cité précédemment dans d'autres émissions, Xavier Mauduit. « Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau. » C'est Paul Valéry et c'était en 1931. Et je trouve que c'est
Xavier Mauduit
très profond comme phrase. C'est très profond, oui, parce que ça fait partie de notre imaginaire et dans l'histoire du corps à la plage, notre imaginaire est alimenté par la variété. Pascal
Singer / Performer (possibly Dalida or Carlos)
Ory, accrochez-vous, c'est parti! Tout nu et tout bronzé On est bien, on est beau quand on vient l'être Tout nu et tout bronzé Au chalet, sur le
Interviewee / Beachgoer
sable, sur les galets Un, deux, trois, elle
Singer / Performer (possibly Dalida or Carlos)
tremblait de montrer quoi? Son petit Ici, petit Teeny Weeny Tout petit, petit bikini Qu'elle mettait pour la première fois Elle mit si petit Teeny Weeny Tout petit, petit bikini Un bikini rouge et jaune
Interviewee / Beachgoer
à petit pois Un, deux, trois, voilà
Singer / Performer (possibly Dalida or Carlos)
ce qui arrive Il est mort Il est mort, le soleil Quand tu m'as quitté Il est mort l'été L'amour et le soleil s'éparaient Tu parles non Non, non J'ai attrapé les coups d'soleil Les coups d'amour, les coups d'je t'aime J'sais pas comment pour qu'j'me réveille Et si je rêve, tant pis J'ai attrapé les coups d'soleil Les coups d'amour, les coups d'je t'aime Les coups d'amour,
Xavier Mauduit
les coups d'je t'aime Carlos Dalida, Nicoleta, Richard Cochiant, dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Alexandre Manzanares, oui, qui connaît bien ses hits de l'été. Une émission aujourd'hui à la technique, Jean-Guylain Mej, Pascal Horry. Culture populaire, le corps dénudé, le corps bronzé, nous avons tant et tant d'images. Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a toute une réflexion autour de l'exhibition du corps. On a beaucoup parlé du burkini, le corps caché. Comment L'historien regarde ces transformations sur le temps long. Il y a une rupture aujourd'hui, mais s'inscrit-elle dans
Pascal Ory
une histoire plus longue? Généralement, vous avez les deux. Bien entendu, il y a des signes précurseurs, ça se déplace d'un plan à un autre. Mais la première chose, c'est de prendre au sérieux ces questions. Et la France, Cocorico, a été pionnière en ce qui concerne l'historiographie du corps. L'histoire du corps, ça a d'abord été en français. On est tellement habitué à penser que les modes historiographiques
Xavier Mauduit
viennent du
Pascal Ory
monde anglo-saxon. Non, non. Peut-être, d'ailleurs, qu'un peu de puritanisme protestant a ralenti, comme d'ailleurs dans les années 30, le ralliement des élégantes américaines à l'exposition au soleil. Non, je crois qu'on peut être assez fier de la contribution de, j'ai cité Alain Corbin, Georges Vigarello, Jean-Jacques Courtine, etc. Il y a une réflexion, il faut la documenter, et on se rend compte à ce moment-là que si on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, ça c'est certain, en même temps, quelque chose peut nous permettre de conclure qu'il n'y a rien de
Xavier Mauduit
nouveau sous le soleil. Il n'y a rien de nouveau sur le soleil et c'est cette histoire qui est passionnante sur cette invention du bronzage. Pascal Ory, dans cette longue recherche à l'invention du bronzage, moi j'ai sous les yeux en ce moment ces deux livres, ce côté obscur du peuple que vous publiez avec toute cette réflexion sur la souveraineté du peuple, la légitimité du peuple. Et puis, il y a l'invention du bronzage. Vous diriez que dans votre travail, cela s'inscrit dans cette même réflexion. Ça apparaît très loin comme sujet. Et pourtant, il y a toujours cette volonté de comprendre de manière globale, pour utiliser un mot qui est un peu lourd,
Pascal Ory
des fonctionnements de société. Comme le dit Marcel Duchamp, c'est le regardeur qui fait le tableau. Donc c'est le lecteur, vous, qui décidez qu'il y a un lien. Je l'accepte, je n'y avais pas forcément réfléchi autant que vous. Mais ce qui est clair, c'est qu'on a là, avec l'invention du bronzage, l'exemple d'une révolution qui est partie du sommet quand même. Donc une bonne partie des révolutions partent des élites, y compris quand elles se présentent comme populaires. Ça c'était essentiel. Après, vous avez cette grande révolution politique qu'est la souveraineté populaire, qu'on peut situer quelque part entre le XVIe et le XVIIIe siècle, et du coup les valeurs politiques doivent être désormais orientées en fonction de cette hypothèse d'une souveraineté populaire. L'économie aussi, et ça se vérifie, c'est-à-dire que même si ça part d'une avant-garde bourgeoise ou aristocratique, ça n'a pu s'enraciner que parce qu'il y a eu une sorte de transaction avec
Xavier Mauduit
ces fameuses catégories populaires. Nous avons beaucoup parlé du genre. Une histoire du genre et beaucoup de la place féminine dans cette histoire-là. L'invention du bronzage du côté masculin a-t-elle la même histoire
Pascal Ory
que du côté féminin? Mais clairement, ce sont les femmes qui ont donné le ton. Alors peu importe qu'il y ait eu des hommes aussi à la manœuvre, mais ce sont les femmes qui ont donné le ton. Et la réflexion sur le bronzage de l'homme n'est arrivée que dans un deuxième temps. dans un deuxième temps. Parce que ça supposait à ce moment-là un rapprochement des deux genres. Avant, il y avait cette distinction, la femme était évidemment exclue du soleil. Désormais, elle apporte le soleil, je ne dis pas à l'homme, mais en tous les cas, elle l'apporte dans le
Xavier Mauduit
couple, ça c'est clair. Voilà, la femme a donné le ton et le teint aussi. C'est Sol Inuitus, un des chapitres de fin de cette invention du bronzage. Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui
Pascal Ory
c'est toujours le cas? Non, puisque ce qui m'intéressait, c'est de voir qu'on est passé d'une mode à la mode inverse. À partir du milieu des années 70, on ne retourne pas à l'idolâtrie de la blancheur, même s'il y a des mouvements punk et autres. Non, on est dans un marché. Un marché du rapport au soleil, ce qui fait que vous avez superposition, coexistence, dans une vie d'ailleurs, de moments où on... On met ses pas dans les pas de nos, maintenant, grands-parents, adeptes du bronzage intégral. Et puis, à d'autres moments, on peut revenir en arrière. On n'a plus une tendance dominante. On était dans la tendance dominante pendant des siècles. Elle est du côté de la pâleur. Pendant, je dirais, trois quarts de siècle, en sens inverse, c'est fini. Mais ce que je viens de dire vaut pour quantité d'autres domaines. Il y a une sorte de grand marché de simultanéité D'autant plus que tout ça est mondialisé et que vous avez des civilisations qui sont complètement étrangères à cette démarche,
Xavier Mauduit
en particulier en Asie. C'est important, vous avez raison de le souligner. Puis le bronzage n'est pas toujours le même. Ce n'est pas la même chose que d'être bronzé parce qu'on est resté sur une plage de la Côte d'Azur toute la journée à se retourner ou parce qu'on
Pascal Ory
a fait
Xavier Mauduit
une redonnée. Bien entendu. C'est important d'avoir toutes ces réflexions parce que l'été, ça y est, il est là. Donc merci beaucoup Pascale Horry, l'invention du bonsage à retrouver. Puis je le dis aussi, ce côté obscur du peuple, parce que c'est passionnant, bien sûr, pertinent, évidemment, et sans doute utile chez Bouquin. Ce côté obscur du peuple.
Pascal Ory
Merci beaucoup Pascale
Xavier Mauduit
Horry. Merci à vous. Et il est temps de retrouver Gérard Noiriel avec
Gérard Noiriel
le Pourquoi du Comment. Connaissez-vous l'histoire des ateliers de misère? On estime qu'aujourd'hui, environ 150 pays à travers le monde accueillent des ateliers de misère où travaillent plus de 27 millions de personnes. On les retrouve principalement dans les zones franches des pays en développement. Mais il en existe aussi en Europe, aux États-Unis et au Canada, là où des entrepreneurs peu scrupuleux emploient des immigrants sans papier et donc sans droit. Les ouvriers qui travaillent dans ces ateliers de misère reçoivent des salaires en dessous du seuil de pauvreté. Ils n'ont aucune sécurité de l'emploi et aucune protection sociale. Ce type de surexploitation rappelle ce qu'on appelait au XIXe siècle le «sweating system». Ce «système de la sueur», comme on disait en français, présentait deux grandes caractéristiques. de mauvaises conditions de travail et l'inscription dans une chaîne de sous-traitance. En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il fut dénoncé dès les années 1830-40. Mais en France, il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que le mouvement ouvrier s'en préoccupe vraiment. Dans le cas français, en effet, le système de production en petit atelier, voire même à domicile, qu'on appelait la fabrique collective, avait connu un grand développement sous le Second Empire, souvent avec le soutien des paysans et des artisans qui voulaient éviter le déracinement vers les grandes usines. Au début du XXe siècle, des enquêtes sociales montrèrent comment ce système avait favorisé le développement de la sous-traitance pour intensifier notamment l'exploitation des ouvrières employées dans l'industrie de la confection. Le débat public se focalisa sur les responsables d'une telle dégradation du travail. La presse de l'époque eut tendance à dénoncer le rôle des intermédiaires alors que les syndicats ouvriers mettaient en cause les patrons et le système capitaliste. Dès cette époque, les sociologues qui avaient réalisé ces enquêtes furent accusés par les conservateurs de menacer l'ordre social. Quelques-uns de ces nouveaux sociologues, pour employer un mot devenu à la mode, ont qualifié d'injustice ce qui n'était que la conséquence fatale des lois économiques. Et en répétant ce mot d'injustice, ils ont contribué à entretenir des illusions ou à surexciter des passions, dont ils sont aujourd'hui les premiers à déplorer les excès. Car il est toujours dangereux de dire à des hommes qu'ils sont victimes d'une injustice sans leur apporter ou même leur proposer quelques remèdes à l'injustice dont on les dit victimes. Voilà ce qu'écrivait le comte de Haussonville dans un ouvrage paru en 1904. L'histoire montre pourtant que la mise en évidence des formes d'exploitation qui existaient dans ces ateliers de la misère fut le point de départ des lois sociales grâce auxquelles elles furent sinon abandonnées, tout au moins atténuées. Dans le cas français, la première étape fut l'interdiction effective du marchandage, qui mit fin au tâcheron, le suiter anglais, intermédiaire entre le capital et le travail. Puis, la loi dite « de protection du travail féminin », adoptée en 1915, fit disparaître les écarts de rémunération entre les travailleuses à domicile et les ouvrières d'usine. Le bénéfice de cette loi fut étendu aux
Xavier Mauduit
travailleurs à domicile masculin en 1928. Merci Gérard Noiriel. C'était le cours de l'histoire sur France Culture. Une émission préparée par Anne-Toscane Vioudès, Marion Dupont, Jeanne Delecroix, Shirley Adelaïde, Margot Vielle et Mayu Engizyu. Cette émission et toutes les précédentes sont à écouter et à podcaster sur notre site franceculture.fr. Vous allez retrouver toutes les informations qui concernent cette émission et notamment la bibliographie
France Culture – 23 juin 2022
Host: Xavier Mauduit | Guest: Pascal Ory, historien
This episode is the final installment in the series "Tous à poil ! Histoire de la nudité" and explores the history of the tanned, bare body at the beach, with a focus on how social, cultural, gender, and political dynamics shaped our relationship with sun, skin, and nudity. Historian Pascal Ory, author of L’invention du bronzage, traces the transformation of tanning from stigmatised marker of manual labour to emblem of leisure, health, and social emancipation—especially as embodied on the French beach.
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