Podcast Summary
Podcast: Le Cours de l'histoire – France Culture
Episode: Vedettes ! Histoire de la célébrité 4/4 : Du muet au parlant, les folles années des vedettes de cinéma
Date: 15 mai 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests:
- Myriam Jouan, historienne, maîtresse de conférences en études cinématographiques (Université Normandie)
- Anne Bléget, docteure en histoire, chercheuse associée (Centre d'Histoire du XIXe siècle, Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
1. Épisode en un coup d’œil
Cet épisode conclut la série sur l’histoire de la célébrité, en explorant la naissance et l’évolution du vedettariat cinématographique, depuis les débuts du cinéma muet jusqu’à l’ère du parlant. Les intervenantes retracent la genèse des vedettes du 7e art, la fabrication de leur image, la concurrence internationale (notamment avec Hollywood) et la transformation radicale provoquée par l’avènement du cinéma sonore. L’émission met aussi en lumière le rôle fondamental de la presse et des stratégies commerciales derrière l’émergence et la pérennité des célébrités du cinéma.
2. Principaux points et analyses
A. Les premières vedettes du cinéma muet (00:00–07:00)
- Origines : Le cinéma, à ses débuts, n’a pas de vedette. On va voir un spectacle : le "cinématographe", sans savoir à l’avance quel film ni quels acteurs ([01:41]).
- Origine des acteurs : Beaucoup viennent du théâtre ou du Café-Concert ; au départ, ils restent anonymes ([02:49], Xavier Mauduit).
- Émergence du vedettariat : À la fin des années 1900/début 1910, certains noms émergent — d’abord liés à des personnages (ex : Max Linder, Charlot) ; les burlesques sont précurseurs ([03:56], Anne Bléget).
- De l’anonymat à la célébrité : Les studios comme Pathé commencent à mettre le nom des acteurs en avant, instaurant un « système » du vedettariat ([06:40], Xavier Mauduit).
"On connaît Max avant de connaître Max Linder... Et là, le système du védétariat est en marche." (Xavier Mauduit, 06:40)
B. La construction de la vedette : Récits, fantasmes et industrie (08:05–12:59)
- Exemples de parcours : Figures marquantes du vedettariat naissant, issues du music-hall (Mistinguett), ou du cinéma (Musidora dans Les Vampires) ([08:05], Anne Bléget).
- Dimension internationale : Phénomène simultané en France, Italie, États-Unis, Danemark, accentué par l’industrialisation rapide du cinéma ([10:42], Xavier Mauduit).
- Stratégies de légitimation : Pour crédibiliser le cinéma, on fait tourner des vedettes reconnues du théâtre à l’écran (ex : « Le Film d’Art ») ([11:55], Xavier Mauduit).
- "Petits arrangements" biographiques : La presse réécrit les parcours pour faire rêver le public et occulter certains aspects moins reluisants (ex : Lise Laurent alias Claude Mérel, au passé criminel gommé) ([13:29], Anne Bléget).
"Faire rêver, c’est aussi gommer, faire des petits arrangements dans la presse pour ne pas tout dire et ne pas dévoiler les aspects négatifs de la vedette qui doit continuer à faire rêver." (Anne Bléget, 15:33)
C. Le choc hollywoodien et la réponse française (15:51–20:53)
- Domination américaine : Après 1918, 80% des films à la censure sont américains. Le cinéma français, autrefois leader, est menacé par le modèle hollywoodien ([16:30–16:50], Xavier Mauduit).
- Le "star system" : Hollywood développe une méthode industrielle de création et de gestion de vedettes, copiant peu à peu le modèle dans d’autres pays sans jamais l’égaler totalement ([19:38], Xavier Mauduit ; [19:57], Anne Bléget).
- Mobilité des stars à l’ère du muet : Le cinéma muet facilite les échanges d’acteurs européens et américains, la barrière de la langue étant absente ([19:57], Anne Bléget).
- Inégalités d’échanges : Les acteurs européens partent souvent en pleine ascension à Hollywood, alors que les vedettes américaines recrutées en France sont plutôt en fin de carrière ([20:54], Xavier Mauduit).
D. Façonner la vedette : Hollywood vs. France (23:07–29:17)
- Contrats et longévité : La "vedettisation" nécessite des contrats longs pour rentabiliser l’investissement (cit. Fernandel/Jacques Deval, 23:07–23:58).
- Façonnage physique et biographique : Les acteurs, surtout les actrices, sont modelés selon les canons du moment (exemples : Greta Garbo, Marlène Dietrich, soumises à des transformations physiques et à une réécriture de leur histoire) ([24:19–26:16], Xavier Mauduit).
- Rôle central de la presse : En France, faute de studios organisés, la presse et les journalistes prennent le relais pour inventer et relayer le récit des étoiles ([28:02], Xavier Mauduit ; [29:17], Interviewer/Host).
- Magazine Cinémonde : Témoignage de René Saint-Cyr sur l’importance du magazine Cinémonde, véritable tremplin et catalyseur d’imaginaire autour des vedettes ([29:22], Anne Bléget).
E. La presse et le public, la fabrique du rêve (31:01–36:17)
- Essor de la presse spécialisée : Dès les années 1910-20, de nombreux titres entièrement dédiés au cinéma émergent, hybrides entre presse cinéma et presse "people" ([31:01], Xavier Mauduit).
- Courrier des lecteurs : Source précieuse pour mesurer l’impact des vedettes et la passion du public, les courriers sont aussi transmis via les magazines ([33:31], Anne Bléget ; [35:48], Xavier Mauduit).
- La proximité orchestrée : Les interviews sont scénarisées pour que les lecteurs aient l’illusion de côtoyer l’intimité des vedettes ([33:53], Anne Bléget).
F. Du mot "vedette" au mot "star" : effet hollywoodien (36:46–39:59)
- Langage reflète la mondialisation : Le mot "star", symbole de l’influence culturelle américaine, s’impose lentement dans la presse française mais reste d’abord réservé aux figures hollywoodiennes ou européenne passées par Hollywood ([37:58], Xavier Mauduit).
"Le mot star fait son introduction pour désigner justement des stars, soit hollywoodiennes, soit des acteurs et actrices européennes passées par Hollywood." (Xavier Mauduit, 38:20)
- Ce qui change avec le cinéma hollywoodien : Hollywood procède à une "industrialisation de la célébrité", un phénomène nouveau par comparaison au vedettariat du théâtre ([38:54]).
G. La révolution du parlant (39:59–47:05)
- Grand bouleversement : L’arrivée du son bouleverse la hiérarchie des vedettes, leur jeu, la possibilité d’exportation des films ([39:59], Anne Bléget).
- Conséquences : Certains acteurs dominants du muet disparaissent, incapables de s’adapter au jeu du parlant ou pénalisés par leur accent ([40:40], Anne Bléget ; [41:51], Xavier Mauduit).
- Aubaine française : Le passage au parlant ouvre une fenêtre d’opportunité pour les vedettes nationales et limite la domination américaine le temps de trouver une solution technique (doublage, sous-titrage, versions multiples) ([41:51–44:28], Xavier Mauduit).
"L’arrivée de la parole, c’est une aubaine sur le plan économique… et aussi sur le plan culturel, car cela renforce la proximité, la connivence entre les vedettes françaises et le public français." (Xavier Mauduit, 43:49)
- Accent et identité : Les vedettes françaises comme Fernandel, avec leurs accents régionaux, créent une forte proximité culturelle ([44:36], Fernandel ; [45:36], Anne Bléget).
- Le chant comme nouveau ressort : Le cinéma parlant met souvent en avant le chant comme vitrine du talent, à l’instar de Marlène Dietrich dans "L’Ange Bleu" ([47:05], Anne Bléget).
H. Comparaison finale France/Hollywood après le muet (47:05–56:19)
- Tentatives françaises d’imiter Hollywood : Entre 1931 et 1935, tentatives d’un système "maison", avec contrats sur le long terme, mais la crise économique coupe cette dynamique ([47:32], Xavier Mauduit).
- Spécificité française : Contrairement à Hollywood, la célébrité en France repose plus sur l’individualité, la voix, la culture locale, et la presse qui joue le rôle de créateur et d’intermédiaire ([54:27], Xavier Mauduit ; [54:54], Anne Bléget).
- Versions multiples : Particularité de l’entre-deux-guerres : les studios tournent plusieurs versions linguistiques d’un même film, favorisant l’émergence de vedettes multilingues (ex : Maurice Chevalier) ([52:28], Anne Bléget ; [53:03], Xavier Mauduit).
- Relations presse/vedettes/journalistes : Amicales ou ambiguës, elles entretiennent la mécanique de la célébrité et la proximité perçue par le public ([54:54], Anne Bléget).
I. Héritages et actualité du vedettariat (56:19–fin)
- Un système installé : La structure du vedettariat du début du XXe perdure, amplifiée après-guerre avec l’essor des paparazzis et plus tard la médiatisation accrue ([56:19], Xavier Mauduit).
- Le rôle du talent : Rappel que, malgré tout, le talent demeure central dans la constituion d’une vedette pérenne ([57:04], Interviewer/Host).
3. Citations et moments marquants
- "C’est un art qui n’avait pas besoin de la parole. C’était l’art des images animées silencieuses..." (Myriam Jouan, 41:51)
- "Hollywood, c’est la ville qui industrialise la célébrité..." (Xavier Mauduit, 38:54)
- "Et là, le système du védétariat est en marche." (Xavier Mauduit, 06:40)
- "Faire rêver, c’est aussi gommer... On fabrique des histoires et parfois, souvent, on gomme les aspects qui ne font pas rêver." (Anne Bléget, 15:33)
- "Le jour où je quitterai ce métier, à regret certainement, je le quitterai lorsque le public me dira 'allez-vous-en'." (Fernandel, 45:05)
- "La presse, le cinéma, l’un fait vendre l’autre... et puis servitude aussi quand même pour les stars parce que c’est de plus en plus intrusif..." (Xavier Mauduit, 56:19)
4. Timestamps et repères clés
- 00:00–07:00 : Histoire du vedettariat muet, premiers noms, Max Linder, Alice Guy.
- 08:05–12:59 : Parcours originaux, construction du mythe, presse et petits arrangements.
- 13:29–20:53 : L’industrie cinématographique entre France et Hollywood, concurrences et échanges.
- 23:07–29:17 : Star system, façonnage, importance des magazines, témoignage René Saint-Cyr.
- 31:01–36:17 : Rôle de la presse spécialisée, courrier des lecteurs, construction de la proximité.
- 37:58–39:59 : L’arrivée du mot "star" en français et industrialisation de la célébrité.
- 39:59–47:05 : Conséquences du passage au parlant, nouvelle dynamique pour les vedettes nationales.
- 47:32–56:19 : Limites du système à la française, évolutions du rapport presse-vedettes, héritages.
- 56:19–fin : Actualité et continuité du star system français, du talent et des transformations culturelles.
5. Conclusion
Cet épisode propose un voyage érudit et vivant à travers la naissance de la célébrité cinématographique, du muet au parlant, en insistant sur la fabrication sociale et médiatique des vedettes, la spécificité française face à l’emprise hollywoodienne et l’importance cruciale des voix, des images et des récits transmis par la presse. Les intervenantes rappellent la pérennité de ces mécanismes tout en soulignant leur complexification au fil du temps, jusqu’à nos jours.
À retenir : La star de cinéma ne "naît" jamais seule ; elle est le produit d’un moment historique, d’une industrie, d’un récit et toujours, du regard et du désir du public.
