
[VOS MÉTAMORPHOSES] avec Mélanie Page : maternité / parentalité / transmission / empathie / résilience / écriture / deuil / famille / éducation / culpabilité / harcèlement / belle-mère / filiation / adolescence / amour
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Mélanie Page
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Brooke DeVard
Hello, hello, it's Brooke DeVard from Naked Beauty. Join me each week for unfiltered discussion about beauty trends, self-care journeys, wellness tips, and the products we absolutely love and cannot get enough of. If you are a skincare obsessive, et vous passez plus de 20 minutes sur votre routine de peau, ce podcast est pour vous. Ou si vous êtes un novice au début de votre voyage de peau, vous allez aimer ce podcast aussi, parce qu'on va beaucoup plus profond que la beauté. J'ai parlé à des gens incroyables et inspirants de toutes les industries à propos de leur relation avec la beauté. Vous allez aussi entendre des experts en peau. Nous résolvons de nombreuses mythes dans l'industrie de la beauté. Si ça vous a plu, cherchez Naked Beauty sur votre application podcast et écoutez-en. J'espère que vous nous rejoindrez.
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Mélanie Page
J'étais extrêmement dans la lune et dans mon monde. Je me racontais beaucoup, beaucoup d'histoires. Je passais plus de temps dans mon monde que dans le vrai, je crois vraiment. Ça n'a pas servi à grand-chose d'écouter l'enfant. C'est-à-dire qu'il faut vraiment aller au bout de l'écoute. Il faut écouter et puis il faut agir. Jamais je ne pourrai arrêter d'aimer mes enfants. Vos Métamorphoses, le podcast de vos parcours de vie, animé par Marion Duchesne, deux mercredis par mois.
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Être mère, être père, c'est le seul rôle dont personne ne nous donne le texte. On devient parent et puis on apprend. Dans la douleur, dans le doute, dans le bonheur aussi. Mon invitée est comédienne. On l'a longtemps identifiée comme la femme de Nagui. Elle a mis sa carrière entre parenthèses, huit ans durant, pour élever ses enfants. Et puis un soir, sur scène, elle réalise que l'écriture l'appelle. Le décès de sa mère la pousse à prendre la plume. Po à Po, son premier roman paru chez Albain Michel, est un hymne à la maternité, à l'amour, au droit à l'erreur, à l'humain en chacun de nous. Bonjour Mélanie Page.
Mélanie Page
Bonjour.
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Bienvenue dans vos Métamorphoses.
Mélanie Page
Merci, je suis ravie d'être là.
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Vous avez quatre enfants, Mélanie. Alors il y a Nina, Roxane, Annabelle, Adrien. Ils ont entre 14 et 29 ans, c'est ça maintenant? Oui, c'est ça. C'est des grands déjà.
Mélanie Page
Ah oui, c'est des grands. J'aime bien quand ça grandit.
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Alors Nina, c'est la fille de Nagui.
Mélanie Page
Oui.
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Vous n'avez pas porté dans votre ventre, on peut le dire, et vous diriez que vous avez été la même maman pour les quatre enfants ou pas?
Mélanie Page
Alors je crois qu'on n'est jamais la même maman, qu'on soit belle-mère, mère complètement, génétiquement également, quoi qu'il arrive, on n'est jamais la même maman dépendant des enfants, je pense. Déjà parce que les enfants sont différents, qu'on s'adapte, à moins de ne pas être humain, et que je pense que j'ai été quatre fois maman différemment. Je dirais même qu'en plus, même avec le temps, avec le même enfant, on continue à s'adapter et on adapte notre façon d'être mère, même pendant le temps et avec chaque enfant. Donc non, je n'ai pas été la même maman, je pense.
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Vous dites d'ailleurs que vous avez appris à devenir et à être mère avec Nina, c'est ça?
Mélanie Page
Oui, parce que c'était le premier enfant dont je me suis vraiment occupée, que j'ai aimé, que j'ai appris à connaître. C'est vrai que le rôle de beau-parent, c'est complexe, en même temps c'est fascinant. Ça se passe plus ou moins bien, dépendant des familles. Moi j'avais très envie en tout cas que ça se passe bien. Donc voilà, j'ai tout fait pour qu'on puisse se rencontrer au bon endroit, qu'on puisse s'aimer sainement. Et puis j'ai adoré m'occuper d'elle avant de m'occuper d'un enfant qui sortait de moi.
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On parle d'ailleurs beaucoup de famille recomposée. Composée, pour la comédienne que vous êtes, un rôle de composition, ça vous parle ça?
Mélanie Page
Oui, c'est marrant.
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Je dis que chacun trouve sa place.
Mélanie Page
J'avais jamais fait le parallèle. Oui, c'est vrai. Recomposer, composer.
Interviewer
Composer à chaque moment.
Mélanie Page
Composer une musique, composer un personnage. En fait, on est obligé aussi de composer avec les situations. C'est-à-dire qu'en fait, ça revient à l'idée de s'adapter. On s'adapte à la situation, on s'adapte à cet enfant qui est là avant que nous, on arrive dans cette famille. Et puis on improvise un peu, on voit comment ça se passe, on voit quelles sont les réactions, on voit ce qui marche, ce qui marche pas. Mais en même temps, c'est vrai qu'il y a de plus en plus de familles recomposées, évidemment, puisqu'il y a de plus en plus de séparations, de couples qui se font sur le tard. Et je trouve ça assez riche, en fait. Je pense que ça peut être riche pour les enfants aussi, d'avoir un beau-père, une belle-mère, en plus de leurs parents. parce qu'on apporte autre chose, on apporte une autre voix, un autre regard, une autre façon de faire.
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On est un autre confident peut-être aussi. C'est pas toujours évident de parler à sa maman ou à son papa et donc la belle-maman, elle est peut-être là pour ça, le beau-papa aussi?
Mélanie Page
Moi je pense qu'en tout cas il y a quelque chose qui est un petit peu plus léger peut-être dénuée de culpabilité, de tout ce qu'on porte quand on est enfant, comparé à ses parents, où on a peur de les blesser quand on dit quelque chose. Il y a un rapport peut-être plus franc, en fait, avec le beau-parent. Et on a moins peur de leur parler de choses intimes qui peuvent être... parfois qu'on peut considérer comme honteuse comme on est enfant, alors que bon, évidemment, on n'a pas à avoir honte, mais voilà, dans la tête de l'enfant, on peut se dire ça, je... J'ose pas en parler. Et donc je pense qu'il y a un chemin un peu plus direct vers le beau-parent et tant mieux.
Interviewer
Est-ce que nos enfants, les enfants tout court, sont nos plus grands maîtres? C'est ce qu'on dit toujours. Vous apprenez sans cesse aujourd'hui encore Mélanie? C'est un métier en soi. Est-ce que c'est pas le rôle le plus... Vous qui êtes comédienne, le rôle le plus difficile quand même?
Mélanie Page
Alors, moi je ne vois pas ça comme un rôle. Justement, c'est là où je suis vraiment moi-même. Et où, pour le coup, je ne compose pas. Je fais avec ce qui est à l'intérieur de moi le plus sincèrement possible. Oui, c'est compliqué. Oui, c'est important. Quand on est parent, c'est quand même la chose la plus importante de notre vie. En tout cas, pour toute la période où ils sont avec nous, mais finalement, quoi qu'il arrive, même quand nos parents... Non, nos parents, j'adore les lapsus! Quand nos enfants sont grands... Non, mais vraiment, j'adore faire des lapsus, parce qu'après...
Interviewer
Qu'est-ce que ça révèle, ça?
Mélanie Page
Ouais, quand nos enfants sont grands... Peut-être parce que je voyais mes parents un peu comme des grands-enfants, honnêtement, je pense que ça vient de là. Mais, bref, psychélasie mise à part... Oui, même quand ils sont grands, ils gardent une place prépondérante dans nos vies. Et oui, oui, c'est... C'est très important, juste je qualifierais pas ça d'un rôle.
Interviewer
Voilà. Alors je vais rebondir sur le lapsus, parce que finalement, c'est peut-être de grandes étapes, quand on devient maman, et quand on perd sa maman, parce que ça a été votre cas, est-ce que là, il n'y a pas un switch qui se fait, une bascule, et notamment dans tout ce qui est le poids du transgénérationnel, le poids de ce qu'on a vécu dans l'enfance, le règlement de compte s'il y en a, enfin je vais peut-être être un peu cash, mais c'est pas dans ces moments-là que tout d'un coup tout ressurgit. C'est ce qui s'est passé pour vous Mélanie ou pas?
Mélanie Page
Alors moi je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ressurgissent à la naissance de l'enfant. Peut-être surtout du premier et surtout quand l'enfant est du même sexe que nous. C'est-à-dire pour la mère ça se joue plus quand on a une fille et pour le père quand ils ont un fils. Parce qu'il y a cet effet miroir qui fait que on revit inconsciemment, mais du coup en fait ça passe de l'inconscient au conscient, on revit les étapes de ce qu'on a vécu enfant. Quand on a un bébé-fille, ça nous fait revivre ce qu'on a vécu en tant que fille avec notre mère. C'est comme si on rejouait cette situation. Et ça peut être un petit peu douloureux, un peu surprenant, un peu... ou joyeux, ça dépend un peu de l'enfance qu'on a eue aussi évidemment et du rapport qu'on a avec notre maman, mais clairement il y a quelque chose qui se rejoue à ce moment-là. Il y a des choses qui peuvent peut-être se dénouer, des dialogues qui peuvent naître de ça, peut-être justement avec notre mère au moment où on a une fille, de se dire mais... quand j'étais bébé, comment... Enfin voilà, et puis on peut la voir, elle, s'occuper de notre enfant, et avec les gestes qu'elle a avec son petit-enfant, donc notre enfant, comprendre des choses sur les gestes qu'elle a eu avec nous. Enfin, en fait, il y a plein de choses qui se rejouent à ce moment-là. Et effectivement, pour répondre sur ce que vous disiez, sur le fait de perdre un parent, quand on perd sa maman en l'occurrence, évidemment c'est un déchirement, quel que soit le rapport qu'on a eu d'ailleurs avec sa mère, qu'on a eu des bons rapports ou pas, quoi qu'il arrive, c'est absolument déchirant de perdre cet être-là. Parce qu'il y a quelque chose qui s'éteint en nous, une petite part d'enfance, un deuil à faire qui est compliqué, qu'on n'a pas envie de faire, en fait. Et donc, il peut y avoir des choses aussi qui se débloquent. C'est vrai que moi, j'ai commencé à écrire après, peu de temps après, et que je pense, mais j'en sais rien, mais que je l'aurais peut-être pas fait si elle était encore là. Et à ce côté, elle est partie, elle écrivait, elle aussi. Et j'ai eu envie de prendre le relais et de me dire que je ne voulais pas attendre aussi longtemps qu'elle, parce qu'elle aussi a écrit, mais elle s'est mise à écrire très tard. Je pense qu'il y a quelque chose qui s'est débloqué en moi à son départ.
Interviewer
C'était pour vous un accouchement, une forme d'accouchement. Vous parlez d'accouchement dans ce très beau livre, ce très beau roman. Pour vous, c'est un accouchement artistique. Il y a eu un avant-après avec Pohapo.
Mélanie Page
Ah oui, complètement. C'est comme si je me révélais un peu à moi-même, c'est-à-dire que j'ai assumé pleinement qui j'étais. J'adore être comédienne et je le suis encore et je le serai encore longtemps, j'espère. Donc, je ne renie pas du tout mes premiers amours, mais en écrivant, j'ai touché vraiment à l'endroit précis de mon identité. C'est-à-dire que je me suis dit, là, je suis vraiment à ma place. Quand j'écris, je sens que je suis exactement alignée avec qui je suis, qui j'ai envie d'être, ce que j'ai envie de dire aux gens, au monde. Enfin, c'est peut-être un peu pompeux de dire ça comme ça, mais quand on écrit, on écrit aussi pour être lu. Et je me sens exactement là où je dois être quand j'écris.
Interviewer
Alors dans ce livre, il y a une ministre chargée de l'égalité, je ne raconte pas tout évidemment, de l'égalité homme-femme qui cache sa première grossesse de peur de perdre sa crédibilité. Et puis de toute façon, c'est le monde du travail. Vous, vous avez indirectement connu ça aussi. Vous avez mis entre parenthèses votre carrière de comédienne pendant huit ans. C'est un sacrifice? C'était un choix? Est-ce que c'est les deux? Est-ce que... Comment on vit ça? Aujourd'hui les femmes sont toutes confrontées à ça, mettre sur arrêt, ou ne pas mettre sur arrêt mais rater une partie de l'enfance, voilà c'est ça. Ce choix là il est délicat.
Mélanie Page
Le choix quand on peut le faire, parce qu'il y a aussi des femmes qui n'ont pas le choix parce que de toute façon il faut qu'elles retentent travailler, mais quand on peut prendre ce choix, Oui, il y a entre louper plein de choses qu'on ne rattrapera jamais parce que la petite enfance de nos enfants, si on loupe les premiers pas, on les a loupés, c'est fini. Ou alors peut-être louper des choses professionnellement ou faire grandir notre carrière, évoluer. C'est vrai que c'est assez cornelien et en même temps, moi, je pense que j'ai fait le choix d'arrêter en même temps, comme vous me le demandez. Peut-être que c'était un mélange, c'est-à-dire qu'effectivement, être comédienne et enceinte, Déjà, c'est pratiquement impossible. C'est très, très rare de pouvoir travailler en tant que comédienne enceinte. Donc déjà, on se met sur le côté pendant cette période-là. Et puis, ensuite, on met du temps à récupérer son corps, à ressembler à nouveau à la même femme qu'on était avant. Et puis, il y a aussi le fait que quand on s'arrête pendant un moment, il faut un peu refaire son réseau. C'est-à-dire que ça demande beaucoup d'énergie de revenir. Et c'est vrai que j'ai pas fait... Alors, après la première, j'ai continué à travailler, c'est après la deuxième que j'ai mis ma carrière sur stop pendant huit ans. Je pense que j'avais vu ce que ça avait fait après la première, que j'avais vu l'énergie que ça m'avait demandé, tout ça, et que je me suis dit, là, j'ai envie, en fait, de profiter, de mettre toute mon énergie dans le fait de m'occuper de mes enfants. Puis en plus, deux, c'est pas un, c'est-à-dire qu'il en faut plus de l'énergie, plus de temps. J'ai vu peut-être ce que j'avais loupé aussi avec la première et je me suis dit non, moi là j'ai envie de vivre ça à fond. Et je ne regrette pas d'ailleurs. Mais je ne regrette pas non plus d'avoir repris le travail après. Ça m'a fait du bien aussi.
Interviewer
Et vous pensez quand même qu'aujourd'hui on peut être ambitieuse et être maman en même temps?
Podcast Host
J'espère.
Interviewer
C'est pas incompatible ou c'est encore difficile
Mélanie Page
Alors, j'espère qu'on peut être... Alors, ambitieuse, on peut l'être.? Après, dans les faits, est-ce qu'on laisse toute la place aux femmes de prendre leur place, justement, dans le milieu du travail, dans ce qu'elles veulent faire et dans leurs ambitions? Alors ça, c'est une autre question. Je pense qu'il faut, en fait, redoubler d'énergie, c'est-à-dire que pour les femmes, c'est encore plus compliqué. Elles peuvent être ambitieuses, elles peuvent aller très loin dans leur métier. Mais il leur a fallu plus de courage, plus d'énergie, il faut prouver encore plus sa motivation, c'est-à-dire qu'on leur en demande plus pour arriver au même niveau que les hommes. Ce n'est pas impossible, mais c'est plus dur.
Interviewer
Po a po, c'est le premier contact après la naissance, quand ça peut se faire, parce que c'est pas toujours le cas malheureusement. Le contact fondateur qui s'amorce, qui se construit aussi tout au long de la vie parce que finalement c'est un peu ça ce livre aussi. Il y a ce premier contact, mais il y a tous les contacts de tout ce qui se passe dans la vie à des grands moments entre le père, la mère et l'enfant. Et vous avez choisi le pluriel pour ce livre, peau à peau, pour écrire vous vous êtes mis dans la peau d'une je crois d'une trentaine, pas tout à fait, une vingtaine parce qu'on les retrouve en fait tout au long.
Mélanie Page
Oui c'est ça, en fait j'ai pas compté pour être honnête combien de mamans il y a.
Interviewer
Moi non plus.
Mélanie Page
Il y a 36 chapitres, mais il
Interviewer
y a pas mal de mères qui
Mélanie Page
reviennent, il y en a certaines qui reviennent plus que d'autres, je sais pas, une vingtaine on va dire.
Interviewer
C'est ça. C'est votre métier de comédienne qui vous pousse comme ça à vous mettre à la place d'eux. Est-ce qu'on ne devrait pas tous se mettre à la place d'eux? Parce que finalement, ça ne changerait pas le monde de se mettre à la place d'eux.
Mélanie Page
Complètement, en fait, c'est un nom, ça s'appelle l'empathie. Et l'empathie, s'il y avait plus d'empathie dans ce monde, ah oui, le monde irait beaucoup mieux. Ça, c'est certain. Je pense que c'est même la clé, c'est le secret. Il faudrait que l'humanité aille vers ça. Effectivement, j'ai eu envie de mettre le titre au pluriel parce qu'il y a le pot à pot, ces premiers moments avec le bébé après la naissance, et il y a le fait de me mettre dans la peau de toutes ces femmes. Et c'est là où je me dis que j'ai écrit comme une comédienne, c'est-à-dire qu'en tant que comédienne, je me mets dans la peau des personnages. Et là, je me suis vraiment mise dans la peau de ces femmes pour décrire ce qu'elles ressentaient, ce qu'elles vivaient. Et en fait, quand je commençais un chapitre, quand je commençais de parler d'une femme, je ne savais pas trop où ça allait me mener, mais le fait de me mettre dans leur peau me guidait, me guidait vers un chemin de vie. Et d'où le fait que je passe d'une peau à l'autre. Les peaux sont au pluriel.
Interviewer
Ce sont des témoignages très différents. Les sources d'inspiration, c'est des femmes que vous avez rencontrées autour de vous? Ou alors c'est une partie de vous que vous êtes allée puiser dans votre imagination?
Mélanie Page
Alors non, je n'ai pas du tout fait un travail de recherche de rencontres ou de parler de ce que mes amis m'avaient raconté.
Interviewer
Pas du tout, du tout.
Mélanie Page
C'est vraiment uniquement de la fiction. c'est pas non plus ce que j'ai vécu. Il y a un seul chapitre sur les 36 qui est très proche de quelque chose que j'ai vécu et je ne vais pas dire lequel.
Interviewer
Oui, je ne dirais pas non plus.
Mélanie Page
Non, mais je pense pas qu'on puisse le savoir honnêtement. Mais sinon, à part ça, il y a, oui, des situations que j'ai vécues. Les sorties scolaires, j'ai vécu. Le voyage en train, j'ai vécu.
Interviewer
Un grand moment, très drôle.
Mélanie Page
Les spectacles de fin d'année, j'ai vécu. Mais en revanche, ces histoires-là, comme ça, je ne les ai pas vécues. C'est vraiment inventé. Donc, je pars de thèmes que je connais en tant que maman, mais pas tous. Il y a plein de thèmes que je ne connais pas du tout, que je suis vraiment allée inventer complètement. Mais chaque personnage et tous les faits que je décris sont complètement sortent de mon imaginaire.
Interviewer
Il y a aussi plein d'enfants, des petites filles dans ce livre. À laquelle vous vous ressemblez le plus? Vous, vous étiez comment enfant en fait?
Mélanie Page
J'étais extrêmement dans la lune et dans mon monde. Je me racontais beaucoup, beaucoup d'histoires. Je passais plus de temps dans mon monde que dans le vrai, je crois vraiment. C'est aussi pour ça, je pense, que j'adore écrire. Parce qu'en fait, même avant d'écrire, j'ai passé 50 ans à... à m'inventer des personnages, des histoires assez complexes parfois que j'abandonnais pour reprendre le lendemain. Je vis beaucoup dans la fiction et ça m'a beaucoup aidée à traverser des moments parfois un peu compliqués. Tout le monde traverse des moments compliqués. Chacun a ses solutions. Moi, ma solution, c'était de... de vivre autre chose et de penser mes plaies en m'inventant plein de vies merveilleuses.
Interviewer
Ce n'est pas une fuite en avant.
Mélanie Page
Non, ce n'est pas. Enfin, moi, je ne vois pas ça comme une fuite en avant. Parce que bon, ma vie, elle continuait et je l'assumais quand même. Mais ça m'aidait à supporter le quotidien, de m'inventer d'autres quotidiens absolument merveilleux. Et ça s'appelle rêver aussi. Sauf que moi, c'était très élaboré dans ma tête. Et depuis toute petite.
Interviewer
Alors votre plus grande métamorphose, c'est peut-être d'avoir sauté le pas et d'avoir enfin écrit un roman peut-être. D'avoir osé vous lancer.
Mélanie Page
J'ai eu un déclic quand je jouais un sol en scène où je parlais de d'un personnage qui, en fait, était passé à côté de sa vie jusqu'à... jusqu'à passer très proche de la mort et se rendre compte qu'en fait, on n'a pas le temps. Et donc, que c'est maintenant et que sa vie, en fait, c'était d'écrire. Et donc, pendant des mois, j'ai joué ça sans me rendre compte que c'était à moi que je parlais. C'est fou. Et puis un soir, sur scène, je me suis dit non, mais Mélanie, c'est à toi que tu parles. C'est toi qui dois écrire. C'est toi qui, depuis des années, enfouis ça en toi. Et donc, voilà, je suis rentrée chez moi. J'ai commencé à écrire et j'ai écrit pendant la nuit, toutes les nuits, très rapidement. Et c'est sorti effectivement comme un accouchement.
Podcast Host
Les amis, petite pause et confidence pendant cet épisode. Quand on est entrepreneur indépendant ou que l'on porte un projet comme c'est mon cas, on peut vite se laisser happer par tout ce qu'il y a autour. Alors je parle des devis, des factures, de la comptabilité, des relances administratives. Alors la meilleure façon de préserver son énergie reste de choisir des outils fiables qui simplifient nettement la question. C'est ce que propose notre sponsor qui s'appelle Odoo, une plateforme complète qui centralise plus de 45 applications interconnectées pour gérer tous les aspects de votre activité, que ce soit les ventes, vos projets, mais aussi votre comptabilité et vos factures par exemple. Avec l'application facturation d'Odoo, Suivre ces paiements devient beaucoup plus simple. Créer, envoyer une facture se fait en quelques secondes depuis l'appli. Et pour ceux qui doivent obligatoirement passer à la facturation électronique cette année, Odoo est une plateforme agréée qui est déjà conforme à la nouvelle réglementation. Alors si vous cherchez, les amis, une solution pour alléger votre charge mentale, gagner un temps dingue et précieux au quotidien, je vous invite à découvrir Odoo sur le site odoo.com. Je vous appelle O-D-O-O.com.
Interviewer
avec ce livre Pau à Pau qui fait effet de miroir pour certaines mamans. Je pense notamment à cette mère qui avoue avoir trouvé sa fille plus jolie quand elle a commencé à maigrir, quand elle commence à maigrir. Ça c'est très dur en tant que maman. Il y a plein de mamans qui ont traversé ça, qui... Tu es trop grosse, fais attention... mes griffes, attention à ce que tu manges, on est toutes passées par là. C'est très troublant, ça dérange. Je pense que c'est volontaire. On voulait un peu bousculer les mamans aussi, je pense, dans ce livre. C'est important de mettre des mots là-dessus aussi, sur ces tabous, ces choses que les mamans n'osent pas s'avouer. Et puis sur ce qu'on plaque sur son enfant surtout, en fait.
Mélanie Page
En fait, je voulais pas du tout écrire un livre lisse et un livre sur la maternité en chanteresse. Oh mon Dieu, qu'on est heureuse quand on est mère, ça m'intéressait pas du tout ça. Donc il y a plein de moments de joie, évidemment, parce que la maternité, c'est ça aussi. mais il y a aussi tous les doutes, toutes les frustrations, tous les sentiments qui sont pas clairs, qu'on ne s'avoue pas. Et comme je me mettais dans la peau des mères, je me suis interdit aucune pensée, en fait. Même les pensées qui sont pas très jolies, mais que certaines mères ont. Et d'ailleurs, ça peut faire des ravages pour les enfants, mais cette mère-là, elle revient. En fait, cette mère dont vous parlez, on l'a vue avant dans une autre histoire où Elle a eu un rapport à elle-même compliqué avec son propre corps après l'accouchement et tout ça, et où elle s'est sentie rejetée à cause du poids qu'elle avait pris. Et donc, quelque part, elle a reproduit ça sur sa fille en pensant, enfin moi je le vis comme ça, mais évidemment que c'est pas sain, mais en pensant protéger sa fille en lui disant surtout il faut pas que tu grossisses. et qu'on est plus belle quand on est très, très mince. Et du coup, sa fille prend ce message à bras le corps, ce message inconscient un petit peu, mais ce message qui venait d'ailleurs de sa propre mère, parce qu'on a vu que ça peut passer les générations, et en l'occurrence dans ce personnage, ça passe les générations. Et oui, des pensées comme celle-là où, au début, quand sa fille, qui est un petit peu pouponne, à un moment de l'adolescence où c'est normal, se met à maigrir, en fait, sa première pensée, c'est «Ah, elle est jolie, ça lui va bien de maigrir », et en fait, elle passe à côté du vrai problème qu'est l'anorexie. Et elle ne voit pas à quel point sa fille, en fait, c'est pas qu'elle maigrit, c'est qu'elle est en train de disparaître.
Interviewer
Vous, vous avez eu des pensées comme ça, mauvaises en tant que maman?
Mélanie Page
Alors, j'ai certainement eu des pensées mauvaises, j'ai jamais eu cette pensée-là. D'ailleurs, je fais assez attention. Alors, je fais attention dans les deux sens, c'est-à-dire que... juste pour que les enfants soient en bonne santé, en fait. Tout simplement, j'essaye de vraiment faire attention à ce qu'ils mangent pas trop, de choses qui soient pas bonnes pour eux, donc pour pas... trop prendre de poids parce que je sais que c'est pas bon pour leur santé, mais en même temps je veux pas non plus qu'ils soient trop omnubilés par ça, je veux qu'ils soient bien dans leur tête et dans leur corps. Donc en fait le mélange, il faut trouver le fil ténu de fais attention à toi, fais attention à ce que tu manges, fais attention à... enfin fais du sport, prends soin de toi, et en même temps faut pas que ça devienne une obsession. Voilà, c'est...
Interviewer
Ce qu'on sent dans ce livre, c'est ce besoin de déculpabiliser les mamans quand même. Parce qu'en fait, on se pose sans doute, quand on est mère, toute la question. Suis-je une bonne maman, une mauvaise mère? Mais il n'y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire. On fait ce qu'on peut, c'est ce que vous dites.
Mélanie Page
Oui, je pense que vraiment toutes les femmes font ce qu'elles peuvent. Aucune mère ne commence sa maternité en se disant «je vais être une mauvaise mère». Si les mères, d'ailleurs j'aime pas le terme «mauvaise mère », mais les mères défaillantes, sont défaillantes pour des raisons X ou Y qui souvent viennent de leur enfance. de leur propre éducation, de l'amour qu'elles ont reçu ou pas, plus ou moins bien donné, les failles qu'elles ont, enfin voilà, donc elles composent pour le coup avec ce qu'elles peuvent, et c'était très important pour moi de ne juger aucune mer, tout en ne m'interdisant, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, en ne m'interdisant aucune pensée, même les pensées les plus troublantes. qui peuvent, oui, un peu troubler le lecteur, peut-être gêner en se disant «Waouh, ah ouais, mais faut pas se dire ça!» Mais en fait, certaines mères se disent ça, mais il faut en parler, mais c'est pas pour ça qu'il faut les pointer du doigt en disant «Ah mon Dieu, t'as tout faux!» Non, là, effectivement, ça peut créer des désordres, mais pourquoi? Pourquoi elle pense ça? Pourquoi elle fait ça? Moi, vraiment, ce qui me fascine, c'est la psyché humaine. C'est de me demander pourquoi les personnes réagissent comme ça. Je pense que si j'avais pas été comédienne, j'aurais été psy, ça c'est sûr. J'ai d'ailleurs fait quelques mois d'études de psy et puis j'avais tellement pas le temps que j'ai dû arrêter. J'adore ça. Et écrire, pour moi, c'est aussi un peu être la psy des personnages.
Interviewer
Il y a une volonté de comprendre ou c'est plus que ça? De se mettre à la place de
Mélanie Page
l'autre, ça c'est sûr? Encore une fois, c'est l'empathie. Je pense qu'on ne peut pas être empathique si on n'essaie pas de comprendre l'autre. Et en même temps, il y a aussi cette fascination du psychisme chez moi. Vraiment. Et d'ailleurs, en tant que maman, je suis tout le temps en train d'essayer de me demander, parfois mes enfants me disent Ça les saoule! Oui, mais voilà, c'est ça, ça les saoule parce que j'essaie tout le temps de décoder ce qu'ils me disent et pourquoi ils me disent ça, mais parce que je... Je veux pas m'enlever des flancs, mais je pense que j'ai relativement souvent raison sur justement pourquoi ils ressentent ça et j'essaye en fait de les guider, de les aider pour qu'ils aillent mieux s'ils vont pas bien, pour que la tristesse se calme. Tout le monde est triste par moment, tout le monde a des problèmes à régler. Et en tant que parent, on est là pour les guider et essayer de leur donner les clés pour aller mieux.
Interviewer
Vous êtes le genre de maman à dire, tu verras plus tard, je te l'avais dit, ça se passera comme ça.
Mélanie Page
Alors, en tout cas, je suis du genre à dire, quand ils comprennent pas, alors quand tu seras parent, tu comprendras, on en reparlera. Ça oui, j'aime bien dire ça, mais... Oui, il y a des choses évidemment qu'ils ne peuvent comprendre que plus tard.
Interviewer
Qu'en expérimentant?
Mélanie Page
En expérimentant, en le faisant, et puis en plus il y a des choses qu'on dit, finalement on les dit, on sait que ça n'aura pas forcément d'impact, mais bon, on leur a dit parce qu'il faut aussi qu'ils fassent leur chemin, leurs erreurs, et c'est en se prenant aussi une pente dans la gueule parfois qu'on apprend que ça fait mal, qu'en fait on va plutôt prendre l'autre porte, mais... Ça, on a beau leur dire, finalement, il faut qu'ils l'expérimentent eux-mêmes. Et en tant que parents, il faut lâcher aussi. Il faut apprendre à lâcher. Il faut apprendre le fait qu'on n'est pas une toute puissance, finalement, et qu'ils feront leur chemin en tant qu'adultes.
Interviewer
Dans le livre, il y a aussi des choses dures que vous abordez, des thèmes malheureusement de plus en plus d'actualité, de plus en plus visibles, notamment à cause des réseaux sociaux. C'est le harcèlement scolaire, et c'est ce personnage d'Aurélien qui a 12 ans qui est harcelé sur WhatsApp par ses camarades de classe. Les mots sont d'une extrême violence. C'est dur, enfin, voilà. Et les parents ne voient rien, enfin, n'ont rien vu venir en fait. D'abord, comment on peut armer son enfant, Mélanie, face à ce type de violence? Vous, en tant que maman, vous vous dites quoi? Parce que vous êtes confrontée à ça, le plus jeune il a 14 ans.
Mélanie Page
Bien sûr, et puis les réseaux, c'est une plaie, vraiment. Je trouve que les parents de notre génération sont face à des défis bien plus grand parce que vraiment la plaie des réseaux et des écrans en règle générale, de toutes les vidéos qui circulent et tout, on est face à une espèce de monstre à neuf têtes et la bataille est presque perdue d'avance. Honnêtement c'est vraiment compliqué pour les parents en ce moment. à cause de ça, entre autres. Et pour ce qui est du harcèlement, qu'il soit numérique sur les réseaux ou en vrai, d'ailleurs, dans la classe, mais très souvent, les parents... Pour le coup, je ne me suis pas inspirée d'histoires vraies, mais forcément, j'ai entendu des témoignages de parents quand il se passe des drames. Et j'avais remarqué que les parents très souvent disent qu'ils n'avaient rien vu ou pas vu grand-chose. Et dans l'histoire que je raconte, en fait, au tout début, l'enfant essaye de raconter certaines petites choses, comme s'il prenait la température de ce qu'il peut dire, de ce qu'il peut pas dire.
Interviewer
Mais on peut pas entendre parfois, enfin...
Mélanie Page
Alors, parfois on peut pas entendre, ou alors on entend un peu à côté, et on entend pas forcément l'importance. C'est-à-dire qu'on entend qu'il y a des mots qui sont déplacés, on essaye, en essayant de bien faire, mais on essaye de... de minimiser les choses en disant non, mais ne prête pas attention à ça. Voilà. Mais en fait, en disant ça, quelque part, c'est aussi de dire à l'enfant, j'y prête pas attention moi-même. Même si c'est pas ça que le parent dit, mais l'enfant peut le prendre comme ça. Et quand aussi l'enfant s'adresse parfois à la direction ou au prof et que pareil, tout est minimisé en disant non, mais laisse les dire. En fait, il y a un moment où l'enfant se sent extrêmement seul face à tout ça, parce que comme sa parole est minimisée, il se dit «Ok, ça sert à rien de parler, donc je vais faire comme si tout allait bien». Et puis souvent, il ne veut pas rendre ses parents tristes, il ne veut pas les inquiéter. Les enfants, souvent, ont envie de protéger leurs propres parents, d'inverser les choses. Et c'est aussi ça qui fait que les parents, souvent, passent complètement ou presque complètement à côté de la gravité. de ce que traverse leur enfant et malheureusement s'en rendre compte soit trop tard dans le pire des cas ou en tout cas à un moment où l'escalade est allée très très loin.
Interviewer
Ce que vous dites Mélanie, c'est qu'il y a une chose qu'il ne faut jamais rompre avec son enfant et notamment au moment de l'adolescence qui est parfois plus compliqué, c'est l'écoute et c'est le dialogue.
Mélanie Page
Oui, mais du coup la bonne écoute, c'est-à-dire... Et c'est là que c'est compliqué. Alors, c'est pas seulement tu peux me parler quand tu veux, c'est effectivement que l'enfant sente, quand il nous a dit quelque chose, que ça a un vrai effet. C'est pas seulement qu'il a parlé et que le parent a écouté, c'est que ça a un impact, un effet, voire des actes. Si un enfant va vers son parent en disant un tel m'a touché le zizi, enfin voilà, une histoire d'agression sexuelle par exemple, si le parent entend et dit, ah mais c'est horrible, il n'a pas le droit de te faire ça, mais qu'au final, rien n'est fait, c'est-à-dire que cette personne-là n'est pas poursuivie, que l'école n'est pas au courant, que ça n'a pas servi à grand-chose d'écouter l'enfant. C'est-à-dire qu'il faut vraiment aller au bout de l'écoute. Il faut écouter, et puis il faut agir. Et il n'y a pas toujours des choses aussi graves, heureusement, à entendre de la part de l'enfant, mais quoi qu'il arrive, Je pense que c'est hyper important que l'enfant, par exemple, en reparlant le lendemain d'un sujet qui a été évoqué la veille, en disant «Tu sais ce que tu m'as dit hier? J'y ai pensé, je me suis dit que...» C'est-à-dire qu'en fait, que l'enfant voit qu'il a vraiment semé une petite graine dans le cerveau du parent et que c'est important pour lui, en fait.
Interviewer
Je vais vous poser la question cash, Mélanie, pour faire écho à votre livre. Si l'un de vos enfants commettait l'irréparable aujourd'hui, un meurtre, est-ce que vous l'aimeriez inconditionnellement?
Podcast Host
Oui.
Mélanie Page
Je sais que c'est compliqué. Évidemment que je ressentirais de l'incompréhension, de la colère, de la tristesse, enfin plein d'émotions négatives. Mais jamais, je ne pourrais arrêter d'aimer mes enfants. Et je l'aurai toujours dit. Et d'ailleurs, je pense que c'est pour ça que j'ai écrit là-dessus aussi. Et que c'est aussi un peu complexe. J'adore écrire sur la complexité, évidemment. Et la maternité, pour ça, c'est un thème magnifique. Et ce qu'elle ressent est complexe, cette mère. Parce qu'en même temps, elle est en empathie avec la mère de la victime. et elle se rend compte que ce que son fils a fait est absolument abominable et elle culpabilise parce qu'elle se dit que c'est peut-être aussi de sa faute si son fils a commis l'irréparable. Quelque chose dans l'éducation qui n'a pas fonctionné. Mais l'amour, lui... ils ne s'arrêtent pas avec le drame. Et vraiment, je pense que mes enfants, ils pourraient faire n'importe quoi. Je pourrais jamais arrêter de les aimer. Jamais.
Interviewer
Il y a cette mère qui est très malade, qui écrit six lettres à sa fille Alice pour l'accompagner dans chaque étape de sa vie. Elle lui dit «Mon sang coule dans tes veines, tu es ma plus grande fierté». C'est vous qui écrivez ça pour vos enfants, Elanie? Vous auriez pu dire ça?
Mélanie Page
Ah, je pense que oui, j'aurais pu écrire ces lettres-là, oui. Oui, oui. Donc je ne les ai pas écrites pour eux, même si ce livre, quelque part, je suis hyper heureuse de l'avoir écrit aussi pour eux. Parce que voilà, ils auront toujours ça. Et que je suis quand même dans chaque mot, même si ce ne sont pas mes histoires. Mais bien sûr qu'ils sont ma fierté. Évidemment, pour moi, ce sont les enfants les plus magnifiques, les plus intelligents, les plus drôles de la planète. Je suis hyper fière de mes enfants, bien sûr.
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Après quatre fives infructueuses, il y a Iphigénie, ce personnage qui adopte une petite fille. Elle dit je la regarde, je la reconnais, c'est elle. La génétique n'a aucune importance. Vous avez fait ce chemin, on l'a dit tout à l'heure aussi avec Nina, indirectement. être mère ou parent, c'est plus que de donner la vie. Si on pouvait définir en fait ce que c'est qu'être maman, qu'est-ce que ça serait? C'est indéfinissable?
Mélanie Page
Je le définis aussi dans l'histoire des deux femmes qui sont ensemble et dont une femme a vraiment porté l'enfant en elle et l'autre est la mère, même si elle n'est pas la mère ni génétique, ni porteuse, j'ai envie de dire. En fait, être mère ou être parent, c'est s'occuper d'un enfant. comme s'il était le nôtre, qu'il soit le nôtre ou pas en fait, c'est-à-dire que quoi qu'il arrive, c'est le temps qu'on accorde à cet enfant, c'est les liens qu'on tisse, c'est l'amour qui nous lie, c'est l'éducation qu'on transmet, c'est tout ça être parent. Et oui, évidemment qu'on peut aimer un enfant qui n'est pas génétiquement le nôtre, qu'on l'ait adopté, qu'on soit beau-parent, qu'on soit coparent, enfin... L'amour, il est lié... Oui, il y a quelque chose d'animal dans le fait de donner la vie et d'avoir cet enfant qui nous ressemble un peu, dans lequel on peut se reconnaître physiquement dans des traits, dans des traits de personnalité. Mais en fait, bizarrement, même si on n'a pas donné la vie à un enfant, il y a la ressemblance, on va dire, génétique, mais il y a aussi la ressemblance du fait qu'un enfant qui passe beaucoup de temps avec un adulte en fait, un parent, prend parfois ses mimiques, ses types de langage, une façon de regarder, de sourire. Donc en fait, l'enfant, même si génétiquement il n'est pas à nous, il peut aussi nous ressembler quelque part. Et ce sont tous ces liens, tous ces moments passés ensemble, les peines, les joies, tout ce qu'on a partagé, c'est ça qui fait qu'on est une famille en fait.
Interviewer
Est-ce que vous vous souvenez, Mélanie, de la première fois où on vous a dit maman? Où le mot maman est sorti? Oui ou pas?
Mélanie Page
Oui. Mais alors, évidemment, c'était après que le bébé ait dit papa, parce que très
Interviewer
souvent... Ça, c'est une injustice aussi.
Mélanie Page
Alors, je pense quand même que c'est parce que papa, c'est plus facile à dire que mama. Mais oui, on passe souvent en deuxième. C'est pas grave. En même temps, ça fait super plaisir au papa, donc c'est chouette. Et oui, oui, oui, je me souviens. Je me souviens. Le premier mot de ma première fille, c'était attitude. Ce qui est assez impressionnant pour un premier mot. Mais en fait, elle se mettait comme une danseuse sur son parc. Elle ne savait pas encore marcher ni rien. Elle disait «attitude». Et je me suis dit «waouh». Mais je me souviens aussi, évidemment...
Interviewer
Fierté, là!
Mélanie Page
Oui, je me souviens, évidemment, quand elle a dit «Maman, C'est hyper émouvant, comme les premiers pas, comme la première dent. La maternité est faite de premières fois qui se succèdent.
Interviewer
En lisant votre livre, j'ai pensé à cette phrase du prophète de Halil Gibran. «Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la vie elle-même. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. Est-ce» que vous reconnaissez dans cette image l'arc qui reste stable, ça c'est le parent, pour que la flèche puisse voler loin finalement?
Mélanie Page
Je suis complètement d'accord avec Khalil Gibran. Oui, je pense qu'être parent, c'est faire en sorte, comme les mamans oiseaux en fait, qui construisent souvent, moi j'avais vu ça quand j'étais enfant, je vais faire un parallèle marrant, Mais quand j'étais enfant, il y avait des pigeons qui avaient fait un nid sur le balcon chez mes parents. Et la maman avait construit une espèce de piste de décollage avec des petites brindilles. Et puis elle leur avait montré, c'est-à-dire qu'elle s'était mis sur la piste et hop, elle s'était envolée. Et derrière, les petits bébés oiseaux s'étaient mis sur la piste et il y en avait un qui était le plus réfractaire, qui avait le plus peur et ça a été le dernier à s'envoler. Et quand il s'est envolé, on était tellement émus, on était là, oui! Et en fait, c'est ça, être parent.
Interviewer
Là, tout est dit, en fait.
Mélanie Page
C'est ça, c'est construire une piste de décollage pour nos enfants avec les bonnes brindilles, donner assez d'amour, assez de force, assez de clés pour qu'ils s'en sortent sans nous. Je pense qu'on a réussi notre job de parent quand nos enfants sont heureux sans nous. et qu'ils ont compris qu'en fait on était toujours là pour eux, il y a ce côté rassurant, mais que leur chemin se ferait sans nous.
Interviewer
Alors j'ai cru entendre que vous n'aimiez pas une certaine phrase, ne grandis pas trop vite, ça vous détestait.
Mélanie Page
Bah en fait, alors je ne veux pas culpabiliser les parents qui disent ça. Mais je trouve que c'est justement culpabilisant pour l'enfant de dire à un enfant, surtout ne grandis pas trop vite, ce mot-là tu le dis bien, c'était mignon quand tu le disais comme ça. Non, en fait, parce que l'enfant, quoi qu'il arrive, il va grandir. Il ne pourra pas s'arrêter de grandir. Donc, qu'est-ce qu'il fait, en fait, avec cette info, l'enfant? Si le parent dit il ne grandit pas trop vite, bah, en fait, j'ai pas le choix. Donc, ça veut dire quoi? Qu'il faut que je fasse semblant de rester petit? Que mes parents seront malheureux si je grandis? Si je deviens plus intelligent? Si je parle mieux? Mais non, mais moi, j'adore que mes enfants grandissent, pouvoir parler dessus.
Interviewer
Et par le mal. Je pense à la journée bonus dans votre livre. Cette journée on a le droit de dire tous les gros mots du monde et de la terre.
Mélanie Page
Mais les parents ont le droit, pas les enfants.
Interviewer
C'est pas juste.
Mélanie Page
Mais c'est parce que c'est les parents qui trinquent dans les voyages en train. J'ai trouvé ça rigolo cette idée de journée bonus.
Interviewer
Vous pratiquez d'ailleurs?
Mélanie Page
Pas du tout. Encore une fois c'est complètement fictionnel, ça m'est venu au moment d'écrire. Je trouvais que c'était peut-être une idée à développer dans la vraie vie, effectivement.
Interviewer
Est-ce que vous pensez qu'il est juste de chercher dans la famille une manière de se réparer? Est-ce que vous vous êtes réparée avec la famille, avec le fait de devenir maman?
Mélanie Page
Alors moi, je pense qu'il faut se réparer avant au maximum. J'ai fait sept ans de thérapie avant de devenir maman. parce que je voulais me débarrasser le plus possible justement de... On ne peut pas se débarrasser de tout, évidemment, mais le plus possible des bagages un peu lourds à porter que je leur aurais donné comme un cadeau empoisonné. Alors oui, on peut réparer des choses avec les enfants, mais honnêtement, ils sont pas là pour ça. C'est comme les couples qui vont mal et qui se disent on va faire un enfant, ça ira mieux. Ah bah non, surtout pas, non. Très mauvaise idée. Déjà, il y a peu de chances que le couple aille mieux avec un enfant en plus. Et puis en plus, c'est pas du tout à l'enfant de porter ça. J'aime pas trop me dire qu'un enfant est un médicament. Il faut que chacun fasse son chemin et se débarrasse de toutes les petites merdouilles avant.
Interviewer
Vous vous êtes débarrassé de quelle merdouille?
Mélanie Page
Non, plein. Ça c'est beaucoup trop personnel, mais plein de choses, évidemment. On compare à mes parents, on compare à des choses que j'avais vécues. Oui, bien sûr.
Interviewer
Alors, on va finir ce vaux métamorphose avec notre traditionnel objet qui symbolise cette métamorphose. Mélanie, qu'est-ce que vous avez apporté? Pourquoi cet objet?
Mélanie Page
Alors, j'ai apporté ce petit kangourou en peluche. C'est pas vraiment de la peluche, je ne sais pas trop en quoi c'est fait. En fait, ce petit kangourou, c'est ma maman qui l'a acheté quand j'étais enceinte de ma première fille. Elle est australienne, elle était en Australie quand j'étais enceinte. Comme tous les ans, elle faisait un voyage d'un mois. Et elle est revenue avec ce petit kangourou qui est donc le premier objet que ma mère a acheté pour moi en tant que future mère et pour mon enfant. Donc on l'a donné à ma fille et puis en fait je l'ai récupéré il n'y a pas longtemps parce que j'avais cru le perdre. On faisait du tri et on donnait plein de peluches parce qu'on n'en a évidemment plus besoin. on donnait plein de jouets d'enfants et tout ça. J'ai cru l'avoir perdu. Honnêtement, j'ai vécu deux jours horribles. Mais vraiment. Parce qu'en plus, ma maman n'est plus là. Donc c'était hyper important symboliquement pour moi. Et je l'ai retrouvé. Et franchement, ça a été l'un des moments les plus heureux de ma vie. Donc maintenant, je ne le lâcherai plus jamais, ce petit kangourou. Et pour moi, c'est le C'est le lien, c'est le passage de relais entre la grand-mère, la mère et la fille.
Interviewer
Po à po, c'est un livre de transmission justement, pour toutes les mamans mais pas qu'eux en fait, c'est pour ceux qui ne sont pas parents aussi parce qu'on peut être parent autrement, pour tous les papas. C'est à découvrir aux éditions Albert Michel. Avec cette magnifique couverture des trois âges de la femme de Klimt, c'est sublime. En tout cas, il n'y a pas mieux pour illustrer l'amour.
Mélanie Page
C'était l'un des tableaux préférés de ma maman.
Interviewer
Voilà, tout est dit. Merci, Mélanie Page.
Mélanie Page
Merci beaucoup. Merci.
Podcast Host
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Date : 12 août 2026
Invitée : Mélanie Page (comédienne et autrice)
Hôte : Anne Ghesquière
Cet épisode explore le parcours intime de Mélanie Page à travers la maternité (biologique, recomposée et adoptive), la perte de sa propre mère, et la naissance de son identité d’écrivaine avec la sortie de son premier roman "Peau à Peau". Mélanie partage ses réflexions sur ce que signifie "être mère", la transmission, l’empathie, l’importance du dialogue avec les enfants, et la nécessité – parfois douloureuse – de se transformer.
[02:33–06:19]
Mélanie n’a pas porté tous ses enfants mais affirme :
« Je crois qu’on n’est jamais la même maman... on continue à s’adapter et on adapte notre façon d’être mère, même pendant le temps et avec chaque enfant. »
(Mélanie Page, 03:41)
Elle explique la complexité et la richesse d’être belle-mère :
« Le rôle de beau-parent, c’est complexe, en même temps c’est fascinant... J’ai adoré m’occuper d’elle [Nina] avant d’un enfant qui sortait de moi. »
(Mélanie Page, 04:23)
L’importance d’apporter un autre regard, une autre voix, d’être parfois un confident "plus léger", loin de la culpabilité ou la peur de blesser.
[07:04–08:24]
[08:24–11:15]
« Je pense qu’il y a quelque chose qui s’est débloqué en moi à son départ… Je ne voulais pas attendre aussi longtemps qu’elle. »
(Mélanie Page, 10:53)
[11:15–20:11]
Écrire son livre a été « un accouchement artistique » et une révélation identitaire :
« Je me sens exactement là où je dois être quand j’écris. »
(Mélanie Page, 11:25)
Le livre adopte la voix de différentes mères, inspiré par son métier de comédienne (empathie, incarnation).
Mélanie aborde les sacrifices et choix professionnels liés à la maternité, et la difficulté pour les femmes d’être ambitieuses dans certains milieux :
« Il leur a fallu plus de courage, plus d’énergie, il faut prouver encore plus sa motivation… Ce n’est pas impossible, mais c’est plus dur. »
(Mélanie Page, 14:47)
[16:27–18:48]
L’écriture plurielle du roman est pensée comme exercice d’empathie :
« Complètement, c’est un nom, ça s’appelle l’empathie. S’il y avait plus d’empathie dans ce monde, le monde irait beaucoup mieux. »
(Mélanie Page, 16:27)
Mélanie insiste sur l’importance de ne pas "écrire un livre lisse" sur la maternité :
« Je me suis interdit aucune pensée… Même celles qui sont pas très jolies mais que certaines mères ont. » (Mélanie Page, 22:44)
[25:33–27:01]
Démarche de déculpabilisation :
« Vraiment toutes les femmes font ce qu’elles peuvent… C’était très important pour moi de ne juger aucune mère. »
(Mélanie Page, 25:33)
Passion pour comprendre la psyché humaine, un attrait pour le métier de psy qu’elle transpose dans l’écriture :
« Et écrire, pour moi, c’est aussi un peu être la psy des personnages. »
(Mélanie Page, 26:38)
[28:50–33:32]
Mélanie décrit la difficulté des parents à appréhender la violence numérique :
« On est face à une espèce de monstre à neuf têtes et la bataille est presque perdue d’avance… »
(Mélanie Page, 29:25)
Importance de l’écoute active :
« Il faut vraiment aller au bout de l’écoute… il faut écouter et puis il faut agir. »
(Mélanie Page, 32:00)
[33:32–34:56]
« Jamais, je ne pourrais arrêter d’aimer mes enfants. »
(Mélanie Page, 33:48)
[37:03–39:08]
« L’amour… il est lié… aux liens, au temps partagé, à l’éducation transmise, à l’amour qui nous lie. »
(Mélanie Page, 37:28)
[44:51–46:01]
« Pour moi, c’est le lien, c’est le passage de relais entre la grand-mère, la mère et la fille. »
(Mélanie Page, 45:45)
Sur l’adoption et la recomposition :
« Être mère ou être parent, c’est s’occuper d’un enfant comme s’il était le nôtre, qu’il soit le nôtre ou pas. » (37:28)
Sur l’écriture et la vocation :
« J’ai assumé pleinement qui j’étais… Je me sens exactement là où je dois être quand j’écris. » (11:25)
Sur la transmission intergénérationnelle :
« Une petite part d’enfance s’éteint en nous quand on perd sa mère, un deuil à faire qui est compliqué, qu’on n’a pas envie de faire… » (09:42)
Sur la lucidité maternelle :
« Il faut que les enfants fassent leur chemin, leurs erreurs… En tant que parents, il faut lâcher. » (28:17)
Sur l’empathie :
« S’il y avait plus d’empathie dans ce monde, le monde irait beaucoup mieux. » (16:27)
Sur l’amour inconditionnel :
« Je pourrais jamais arrêter de les aimer. Jamais. » (34:00)
Cet épisode est un témoignage vibrant sur les métamorphoses que la vie impose, de la maternité vécue sous toutes ses facettes à l’affirmation artistique après le deuil, en passant par la transmission, l’importance de l’écoute réelle, et le refus du jugement. Mélanie Page incarne une figure de mère, de belle-mère, de fille, de femme travailleuse… mais, avant tout, de femme consciente et empathique face à la complexité et la beauté de l’existence.
À lire : "Peau à peau" de Mélanie Page (Albin Michel)
À réécouter : pour toutes les nuances sur la famille, la transmission, la psyché et la liberté d’oser.